‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 46 sur 56 · IX · texte numérisé non relu

IX

Moins les électeurs Sdnt nombreux» plus il leur art m» de s^entendre, cela est éfident» En oonsdquenee II mslituiion déclara que réleeiion du t^rësident aérait iitt par des électeurs spéeiaui, non point priYilë|iéB| M revêtus de ce mandat par le soShige. Chaque Etat dHgM donc ses pouvoirs à un certain nombre d*électeun, ipi est égal au nombre de sénateurs et de représentants qi'i ' envoie au Congrès. C'est là un premier hommage rends i la puissance isolée de chaque Etat, en même temps qu^vo appel fait à tous les citoyens de se confondre dans «b môme sentiment, comme un seul peuple.

Les électeurs de tous les Etats ne se réunissent polo! cependant pour voter ensenible ; mais ils opèrent à jonr fixe e( simultanément sur toute la surface de rCJnion, dias leurs Etats respectifs. C'est-à-dire que ceux du Masachusselts votent dans le Massachussetts, ceux de la Géorgie dans la Géorgie, etc. L'élection du vice-président avant lieu en même temps que celle du président, les éle^ teurs ne peuvent donner leur voix pour les deux charg«$ à deux citoyens habitant le même Etat. L'un des deui noms, doit appartenir à un candidat d'un autre Ktai. Les électeurs dressent une liste de toutes les personnes qui ont obtenu des suffrages et l'envoient cachetée au

siège du gouvernement fédéral, c'esl-à-dire à Washington-€ily. Le président du sénat ouvre les listes en présence des deux chambres, compte les votes et proclame président des Etals-Unis celui des canditats (c qui a réuni » le plus grand nombre de suffrages, si ce nombre forme » la majorité de tous les électeurs réunis. »

S'il n'y a pas majorité, c'est à la chambre des représentants qu'ont dévolu alors le droit de procéder à Télection en choisissant parmi les trois candidats qui ont obtenu le plus de suffrages. La chambre, dans ce cas, ne vote plus par nombre de représentants, mais par Etat, c'est-à-dire que le New-York, qui compte trente-quatre représentants, tandis que le Delaware n'en a qu'un seul, n'apporte, comme ce dernier, qu'un seul bulletin, mais il faut que deux tiers des Etats soient présents. La chambre vote alors jusqu^à ce que Tun des trois candidats réunisse la majorité de tous les Etats. Deux fois seulement les représentants ont usé de ce droit, en 1801, pour lefferson, qui ne fût élu qu'au trente-cinquième tour de scrutin, et en 1825, lorsque le général Jackson, à sa première candidature, se trouva en concurrence avec Quincy Âdams, qui l'emporta sur lui. — Si aucun candidat n'a obtenu de majorité pour la vice-présidence, c'est au sénat que revient le droit de l'élire, en le choisissant parmi les deux personnes qui ont réuni le plus de suffrages.

160 LES KOX AMÉMQOIS.

Aux termes de la constiuition» le président est éla pow quatre années. AucuBe disposition n'interdit la rééleelNt du président à Texpiration de son mandat; mais persome n'ignore avec quel noble désintéressement Washiogtoa résigna ses pouvoirs après huit années de fonctions. Cei exemple d'une grande vertu républicaine est devenu comme une loi que tous ses successeurs appelés â la réélection ont scrupuleusement suivie. Depuis 1789 jusqu'au jour, quatorze présidents ont occupé ces hautes et importantes fonctions, Washington, John Adam, Thomas Jefferson, James Madison, James Monroe, Quincy Adams Général Jakson, Van Buren, Henry Harrisson, John Tvier James Polk, Zacchary Taylor, Milliard Fillmore et le général Pierce, actuellement en fonctions '.

Parmi eux cinq ont été réélus : Washington, Jefferson, Madison , Monroe et Jakson , et ont par conséquent rempli la présidence pendant huit années consécutives. Les Etats ont donc procédé déjà à dix-sept élections de cette nature.

^ M. Uarrisson et le général Taylor sont morts en fonctioix. ils ont été remplacés par les vices-présidents, MM. Tyler et Fillmore.

MOEURS POLlTiQU£S DES ÉTATS-UNIS. 161

J'ajouterai que nul individu n*esl aple à être élevé à cette haute magistrature non plus qu'à la vice-présidence» s'il n'est né sur le sol des Etats-Unis, s'il n'y a résidé au moins quatorze ans, et s'il n'est âgé de trente-cinq ans.

Il est important de compléter ce rapide exposé par quelques réflexions et quelques détails. Les usages, les mœurs ont un empire incontestables sur les lois, et souvent même vont au-delà du but qu'elles se proposaient.

Nous en allons trouver la preuve ici.

La constitution y ai-je dit, a voulu avant toute chose éviter des retards préjudiciables peut-être à Tordre social, dans l'élection du président, et elle s'est efforcée sagement de simplifier l'opération. Les usages ont encore amoindri cette tâche.

Du moment où les partis se sont formés, ils ont éprouvé le besoin, comme je l'ai dit plus haut, de compter leurs forces à l'avance et de s'assurer les chances du combat. De là sont nées les conventions au sein desquelles, en dehors des prévisions de la constitution, mais du consentement de la nation, se prépare, se décide même l'élection.

Chacun des deux grands partis qui divisent l'Union désigne un certain nombre de citoyens munis de pou-

I6t LES mox AMÉtioras.

voirs pour discater les titres des eaBdidcH im ptfli, de fsçofi è éliminer les bonnes qui tompnNMUnieot b suceès, et è s'entendre sur l'adoplioli d*oll seai éisdidrt» car généralement ehaque Etat a le sieiit whtg on déMcrate. Il se forme par conséquent deux oonventicos, FaBi démocrate, l'autre whig^ ifui se réunisesat dans diox villes différentes de l'Union | et ebacuûe d'elles irrâle le candidat sur lequel devront se porter les suflfrages et k présente à son parti qui l'aoe^.

11 résulte de là qu'au jouroù les éleetsurs se réuniassot, il n'y a plus entre eux de discussion et qu'ils votent eo connaissance de cause. Il y a cette différence nécessair^ ment entre les conventionnels et tes électeurs, que les premiers ont des pouvoirs illimités, tandis que les seconds reçoivent forcément un mandat impératif.

Voilà comment on peut dire que, même dans une élection à un second degré, la volonté du peuple se fait sentir directement, et qu'il conserve encore le droit d'électioD dont il est jaloux à si juste titre, et auquel la constitutioD n'a porté aucune atteinte en appelant l'intervention dek chambre des représentants pour prononcer en dernier ressort sur le choix du président, puisqu'elle met cette chambre dans l'obligation de fixer ses votes sur des eaudidats qui lui sont désignés déjà par une majorité relative qu'ils tiennent du corps des électeurs.

La constitution n encore évidemment respecté le droit de la nation, en ne cherchant pas les électeurs dans iâ chambre des représentants qui tiennent pourtant leurs mandats directement du peuple, parceque,élu8 pour plu-

sienrs années, ils auraient pu ne plus être, au moment grave dont il s'agit, l'expression véritable et exacte des volontés du peuple, et qu'il n'était plus possible alors de leur iniposer un mandat impératif, attendit qu'ils sont déjà en possession d'une mission dont les tei'mes sont bien déterminés.

G'dst pal' une garantie analogue qu'aucun teembrë du sénat ou de la chambre, ni aUcun individu eh jouissance d'une fbnction relevant de là fédération, ne peut être nommé électeur. En6n les droits du peuple ont encore été sauvegardés par la constitution lorsqu'elle a désigné la ehaitabre des représentants à l'exclusion du sénat, pour opérer, par cette raison que les sénateurs ne sont eux-mômes déjà que le produit d'une élection à un deuxième degré , tandis que lee représentants sont nommés directement par le suffrage du peuple.

Au surplus, il ne faut pas s'étonner que le peuple délègue aussi facilement ses droits pour le choix du président, parce que cette élection, en définitive, le préoccupe beaucoup moins que celle d'un fonctionnaire quelconque de l'Etat.

L'intérêt, les instincts des masses les rattachent bien

184 LES DEUX AUl^Klrjt'ES. ^^Ê

plus au son tics Emis donl les cous li lu lions sont Imq plus démocraiiques que celle de l'Union.

La fédération, comme jo l'si déjà dil, esl une Dcùm dans le irai» ordinaire des aiïaires. Le citoyen de l'Oblu ne s'inquiète que peu de ce qui se passe à Wasingbion- Cily, en tant que les acles émanés du gouvernemfni général ne portent aucune atteinte à aes droits et à «e prérogalives.

Si donc l'élection du président produit de l'agitation w toute la surface de l'Union, c«tte émotion est beaucoup moiDi vive qu'on pourrait le croire dans la masse des populaiiooi. Elle ne s'y fait vigoureusement sentir que dans un rnonier]! donnt.', quand il s'agit de faire acte de pouvoir, d'user d'un droit réel el posilif, en nommant les membres des convolions et leséleclours; mais elle esl, par exemple, deloii^« durée et date de loin toujours chez la partie éclairée et influente de la nation, chez celle qui active les partis el <jui) desvueï plusélenduespeuvenlpréoccuper. Elle ne l'est [ai moins iluns les journaux qui, en de pareils momentsi prennent une importance que nous ne saurions imagifiiT en Franco. Un an â l'avance, selon sa nuance, chacun d'eux porte en lâLo, chaque matin, comme un drapeau, le nom de son candidat, et dans ses colonnes un arsenal d'attaques et même d'invectives contre ses adversaires.

MOEURS POLmQDES DES ÉTATS-UmS. 165

J'ai parlé de l'élection du président des Etats-Unis, uniquement pour donner une idée des mœurs politiques de l'Union américaine. Puisque j'ai mis ce haut magistrat en scène» je demande à définir, au même titre, la nature de ses fonctions.

Le jeu de ce rouage politique qu'on appelle le gouvernement exécutif, n'est pas le moins digne d'attention dans la vie politique des démocrates américains. Cette position exceptionnelle, grandiose et humble tout à la fois, du chef de la fédération, donne une mesure complète du caractère politique de ce peuple. Il faut appartenir exclusivement i ses mœurs, que nulle autre nation n'a pu pratiquer, malgré tous les efforts possibles; il faut avoir reçu, comme un héritage transmis de générations en générations, le sentiment d'un respect accompli, pour savoir placer si haut dans l'estime et la vénération publique un pouvoir si faible sur ses bases.

Tous les peuples qui ont essayé de la démocratie et qui ont tenté d'en asseoir les fondements sur l'imitation du gouvernement exécutif des Etats-Unis ont échoué dans leur rôve. C'est par là que s'affaiblissent chaque jour davantage les républiques américaines, c'est par là qu'elles périront.

Iflâ LES DEUX AMÉRIUtlES. -^^

noyées dans le sang, appauvries par le désordre et l'anarchie.

On pfiut peindre d'un irait la poeilioit que l» CmM tion américaine a hite au préeideni, an disant (fu'il l'exéeuleur pur ei simplft de la volonté el des déeiaiopi

la majorité des chambres, sout pouvoir réel, taul pou agissant, eonire lequel le présidepl n'a jimais besoin n lutter, ni de combattre; su(|uel il n'a rien i imposer, quel il doit obéir.

La prégidenl n'est rien de plus, FÏen de inoîns qui pouvoir exécutif, dans la plus rigoureuse acception di mot, dont le sens exacl, aussi bien que la haute considi tion qui s'y rattache, semblent avoir échappé aux peu| qui ont essayé d'en faire l'application.

Son rôle en toutes nhoses est bien défini, nettem tracé.

Il commande en chef les armées de terre et de mer In milice des divers Etals, quand elle est appelée au ser actif des Etals-Unis. — Mais ce n'est pas lui qui l'y pelle.

Il a le droit de grice pour les délits commis envers Etats-Unis, mais jamais dans les cas de mise en aoci tion par la chambre des représentants.

Il fait des tr^ilÀ» mais o'esl avec l'avis et le eonsentement du sénat.

Il nomme aux hautes fonctions des Etats-Unis ; mais le sénat deit approuver ces nominations; et dans l'intervalle des sessions, les nominations n'ont qu'une durée déterminée.

La constitution américaine n'a point entendu par là suspecter à l'avance la bonne foi et l'intégrité du premier magistrat de rUnion, mais elle a agi dans la mesure de Texpérience que ses auteurs avaient du c^ur humain, de ses faiblesses et de ses penchants.

Elle a en même temps posé une limite aux entraînements de la reconnaissance, et écarté les dangers que la lutte des partis peut engendrer quand les ambitieux affamés d'emplois serrent leurs rangs autour d'un chef porté naturellement à payer leur dévoûment par la fortuneetpar les honneurs.

Les aspirants à la présidence n'ayant donc ni dignités ni places à promettre, il s'ensuit qu'une conviction sincère plutôt que rintérét personnel inspire les luttes acharnées que se livrent quelquefois les partis pour assurer le triomphe d'un candidat.

Le président ne fait point de lois, n*en dicte pas, ne peut ni arrêter la formation d'aucune, ni les modifier, ni les interpréter.

Sa mission est d'assurer, sous sa responsabilité, la promulgation de celles que vot^ le Congrès, et d'en surveiller l'exécution.

168 LIS DEUX mAUQlIBg.

Son initiative et son aotioo persoDuaUe eo «alla dm

se msniresient en deux cas :

1° Il propose et recommande telle loi, t^le menre < croit bonne ; mais c'est au CongrÔB seal qu'il appui d'en décider l'opportunité. I^ président n'est pu n admis, directement ou indirectement, à défendre les jets qu'il présente. Ni lui ni ses ministres n'ont oitié Congrès.

3° Il est armé du veto, c'est4-dire du droit, mii la promulguer, de renvoyer devant celle dea deux di bresqui l'a proposée, telle loi surlaqudle il croit pM adresser des observations qu'il motive par écrit. La le alors de nouveau disculée, et si elle réunit l'assentii des deux tiers des membres, le veto est annulé et la son cours.

Un seul pouvoir peut arrêter l'exécution des lois, ' des circonstances données, c'est le pouvoir judiciaire.

Il en résulte que le président, comme pouvoir exéc peut se trouver en opposition formelle avec le Congrès qu'il se manifeste, pour cela, le moindre conflit dar marche ordinaire des affaires. Cela s'est présenté souv ainsi l'honorable général Taylor appartenait au paru « tandis que le psrli démocrate dominait dans les assemb Pourtant aucun des doux pouvoirs ne s'est jamais tr entravé par l'autre, et la majorilé n'a pas même eu la sée de refuser au président la sanction d'aucune non tion aux emplois publics, bien que tous les candidats sentes par lui fussent choisis nécessairement dans le whig.

Qu'importe à la majorité? Elle ne demande qu'une chose, c'est que ses résolutions soient exécutées. Elle se soucie peu de savoir par qui. Un seul homme, à ses yeux, répond de tous, c'est le président, c'est son commisy non point dans le sens ridicule que nous avons attaché, en politique, à ce mot, mais dans le sons qu'en Amérique on lui a laissé, le sens emprunté à son origine, c'est-à-dire un homme à qui l'on commet, à qui l'on confie un devoir, un mandat à remplir.

On comprend donc aisément de quelle nature peut être, la responsabilité qui pèse sur le président, aux Etats-Unis. Il est responsable, non pas de ses actes et de sa politique, car il ne fait pas d'actes, car sa politique doit Atve celle du Congrès, pouvoir souverain ; il est responsable de la manière dont il exécute les lois que dicte la mi^jorité.

Enfin sa position de dépendance est explicitement dé- Qnie dans ces passages de la constitution :

^ En cas que le présidept soit privé de sa place, ou en >} cas de mort, de démission ou d'inhabileté à remplir les D devoirs et les fonctions de cette place, elle sera con- » fiée, etc. » ($ 6, section V% art» 2 de la constitution. )

a Le président, le vice-président et tous les fonction- » naires civils seront renvoyés de leurs places si, à la » suite d'une accusation, ils sont convaincus de trahison , » de dilapidation du trésor public, ou d'autres grands cri- » mes et d'inconduite. » ( Section 4^, art. 2 de la consti- Intion.

Tout ee qui précède prouve autant en EiTenr de h : gesse el du bon esprit de la nation amérioaine» que la logique des ÎDStilutiooB; car depuis i780 OM tel oboses dure, et quatorze préridenis en ont snbî l'épreai

Ce qui me reste i dire sur celle question le déoMOin victorieusement.

Il ne parait pas, en tout cas, que cette position faite président ait paru, aux Etats-Unis, dégradante ou indigi puisqu'il n'est pas un homme éminent de l'Union qui n' tenu à honneur d'aspirer à cette haute magistrature.

Washington l'accepta avec une touchante gratitude, descendit du siège présidentiel avec un mémorable dési léresseroeni. On ne se montre jamais si fier ni si reçu naissant d'une telle fonction quand elle n'entraîne | après soi la gloire de l'avoir occupée.

L'unité dans le pouvoir, c'est ce que la constiiuti américaine a pu inventer de plus rationnel, de plus sii pie, de plus propre à y maintenir l'équilibre el à en ée ter les complications el les conOiis.

Cette unité, que nous avons trouvée dans le poux agissant, résumé dans un seul corps politique, le Congn se retrouve également dans le pouvoir exéeutir représeï par l« président qui, autouret au-dessus de lui, ne renco

tre aucun autre pouvoir lui disputant la part d'influence et de responsabilité qu'il tient de son mandat.

De même que toute rivalité dans l'exercice de la souveraineté conduit à la complication dans les affaires, de même toute rivalité dans l'exécution des ordres et des décrets du pouvoir souverain doit enfanter des conflits.

Les législateurs américains ont parfaitement senti cela, el ils ont dégagé les abords des deux pouvoirs des dangers de cette nature.

Cette unité, cet isolement de l'Exécutif aux Etats-Unis fait sa force el son autorité. C'est de là que le président lire l'importance et la considération dont sa magistrature esi entourée.

Le cabinet aux Etats-Unis se compose de six membres.

— Un secrétaire d'Etat qui tient à la fois dans ses attributions l'intérieur et l'extérieur, — un secrétaire du trésor, — un secrétaire de la guerre, — un secrétaire de la marine, — un directeur général des postes — et un procureur général.

Ce sont des secrétaires d'Etat, des agents choisis par le président pour diriger, sous sa responsabilité, les divers départements; des hommes de confiance, en un mot, à qui il délègue une large part d'administration.

I7i I ES lil-lS AMIlIKI.H'RS.

Ils n'ont, vis-S'vis du Congràs, aueun oanotàra de reslionsabililé. lU ne jouent, datis te mouveoieni da la poli' lk)uej aucun rtle offioiel par eux-méfitn^ Lmita actes, quels qu'ils soient, remontent au présidenti

Ils ne font partie ni du Rénat, ni de U cbambre d«s représenlaniE. Ils n'y ont pas entrée, et n'y viennent soutenir ofRciellementaucune des propositions du pouvoir etéouiif. Ils ne servent pas même d'iniermédialras aa président dans ses relations avec le Congrès ; car cea relalioDS sont dipelMes. Ainsi l'une des deux chambres a besoin de renseignements, d'éclaircissements sur tel ou tel point des affaires publiques ou de l'administration, c'est au priaient qu'on les demande, el c'est lui qui les iranoinel directement.

L'action du secrétaire d'Etat ne va pas au-delà de celle du chef de division vis-à-vis de son ministre, dans notre organisation administrative.

Les actes du président ne sont contresignées d'aucun secrétaire d'Elat; quarid il s'adresscau Congrès (jamais verbalement, mais toujours par écrit), le message ne porte d'autre signature que la sienne.

Voilà tout ce qu'est un secrétaire d'Ftat aux Etats-Unis- Dégagés de toutes les préoccupations politiques qui entraînent si souvent les personnes, les secrétaires d'Ël«lau)i Etats-Unis se trouvent ainsi placés dans un milieu oiiil^ sont forcés, avant tout, d'administrer les affaires piibli> ques, ce qui est leur mission.

Administrateurs, simples agents du pouvoir exécutif, et non plus membres du pouvoir, ils ne peuvent en riefi

engager la conduite du président, ni s'immiscer dans la politique du Congrès. Par conséquent, on ignore aux Etats- Unis ces grandes crises si funestes et si fatales quelquefois, que nous appelions questions de cabinet, et qui peuvent mettre en péril tout un pays pour la satisfaction de l'ambition ou de rintérét de quelques hommes.

Aucune action intermédiaire pour enchaîner la liberté des deux pouvoirs qui représentent la volonté populaire, — celui qui fait la loi, — celui qui l'exécute.

Cela a toujours paru aux Américains une chose monstrueuse et illogique, que cette participation forcée du pouvoir exécutif à la politique du pouvoir législatif par l'entremise de ministres venant défendre devant les assemblées des projets de loi qu'ils sont chargés d'exécuter ensuite; et ils ont toujours considéré comme souverainement immoral le vote que des ministres émettent sur leurs propres conceptions, et sur leur conduite passée et à venir, — se posant ainsi juges et parties, — par conséquent s'amnistiant toujours.

Que serait-ce donc, alors que le président, comme nous l'avons vu, se trouve en opposition avec la majorité du Congrès, s'il était obligé pour satisfaire aux volontés de cette majorité d'aller choisir dans son sein, ses ministres, des hommes en qui il ne pourrait avoir pleine confiance, et à qui il laisserait le soin d'engager la responsabilité dont il est investi lui seul?

1T4 LES DEtIX AHÉRIQUBS.

Au mois de novembre 1849, j'avais Ireiié, dans un journal de Paris ■, la question relative aux rapporte du rbef de l'Etat avec ses minisires, el à cette époque, — c'est le seul rapprochement que jk me permets de (aire en ce hkiment entre la politique américaine et la nôtre, — et à cette époque, dis-je, j'avais ouvertement posé le principe qut! la coiislilulion du 13 janvier 1852 a si sagement résolu : la séparation entière de t 'administration des ministres et du pouvoir du chef de l'Etat.

Je demande donc a citer quelques passages d'un des articles que j'ai publiés en ces temps de tristes luttes, sur cette question. Cette citation ne m'éloigne pas de moa sujei, et achèvera de peindre ce que j'ai essayé des mœurs politiques aux Etats-Unis.

Voici comment je m'exprimais dans la Pnwedu 8 novembre 1849 :

n Le lendemain du 24 février, tout le monde en France n avait besoin d'apprendre à être républicain, i com- » mencer par la plupart dus républicains eux-mêmes. L'al- » phabet de cette éducation consistait tout simplement à » se bien persuader que la forme nouvelle de gouverne-

» ment que l'on adoptait exigeait dans la vie publique » comme dans la vie politique, — des mœurs simples, -^ » le renoncement à toutes les vieilles traditions, — et » un système administratif qui ne conservât rien de celui T» qui avait coûté tant de luttes stériles au pays.

» Le reste serait venu de soi.

» Mais la vanité et la routine qui tenaient tant au cœur » des uns, — Torgueilleuse satisfaction qu'éprouvaient )) les autres de se partager entre le plus de mains possi- » blés le pouvoir au premier rang, — à litre de revanche, » — jetèrent le voile sur la vérité, et étouffèrent tous les » germes de bon sens.

» On se contenta de changer le nom de la vieille ma- » chine administrative, on lui laissa tous ses rouages an- » ciens, et on la lança de nouveau, sans prendre garde » qu'on avait compliqué ces mêmes rouages de deux ou » trois ressorts, qui en gênaient les mouvements et devaient » inévitablement l'arrêter dès le début.

» N'est-ce pas ce qui est arrivé?

» Il faut s'en prendre, comme nous disions, à une D sotte vanité, à une criminelle et plus sotie ambition.

r> Sottise et vanité, en effet, que de s'imaginer qu'un I» pays n'est grand, puissant et considéré qu'à la condition i> d'avoir un état-major de pouvoirs; — sottise et crime x> quand, après avoir fait table rase, on pouvait recon- » struirs un édifice tout neuf, que d'avoir caché les » vieilles charpentes vermoulues sous une couche de pifttre.

» Non ; — un pays est grand, puissant et considéré 9 quand le système gouvernemental est en harmonie avec

176 LES 1>ELX AMtRigUES. ^^

j» les principes de mu organisme, (]uaii<l avec un poutnit » simple el facile l'administralion est assez forle puur i]<ie » le bien Bone de chacun de ses acies.

» Nous le repéions, sous la rorme du gouvernemeal ijui » r^l aujourd'hui la Frauce *,'<"> ealnnet oonstituétel B qu'il esl, avec des ministres responsables et partagcanl » le pouvoir avec un président reaponsable : rouage so- » perdu.

» Un cabinet gênant l'action du président, vMtable rt » seul pouvoir exécutif en fait el en droit : rouage dio- » gereux.

n Neuf ministres abandonnant chaque matin les soins » des départements â la télé desquels on les a placés [pour » tes administrer probablement), et se rendant au sein n d'une assemblée où ils devraient n'avoir que faire : n rouage absurde.

» Il nous a donc fallu en France une nouvelle révolii- » tion pour réaliser une chose absurde, dangereuse, superu flue tout à la fois.

B Et le bon sens n'en ferait pas justice? C'est impossible!

» Nous en avons appelé, pour cela, i l'exemple des » Etats-Unis que la France a cru imiter, et nous avons » démonlré combien, ils avaient eu, au contraire de nous, » l'intelligence véritable du pouvoir, en relouant les mi- » nistres à la place qui leur revient, en les réduisant an

> On'on n'onblip pa< qnc anus sninmci en lfl4B.

» rôle qui leur appartient dans un goùverneinonl répu- » Wicôin.

D Aux Etals-Unis, dès que la constitution eut décidé » qu'il y aurait un pouvoir exécutif confié à un seul in^- )> dividuy appelé président, et qui serait responsable de » ses actes, tout, autour de cet homme, a été dégagé, de » manière à ce que sa position fût bien à découvert, à ce >» qu'il apparût en réalité et seul dans Tarène pour agir » avec ses propres bras^ avec sa propre intelligence.

» Tous ceux .qui se rattachaient à lui pour lui prêter » adsistance dans Taccomplissement du mandat dont il » était investi, furent considérés comme officiers de l'exé^ » culi/'etrien de plus, el à ce seul titre complètement min D hors du pouvoir législatif^ aussi bien que du pouvoir » judiciaire.

» Tels furent, en première ligne, les secrétaires d'Etat, » dont il n'est parlé dans la constitution, que comme » d'agents secondaires, ce qui ne leur enlève rien de leur » dignité.

» Lors de la discussion de la constitution américaine, » aucune question relative à la position, à l'action, à la » responsabilité individuelle des ministres ne fut même » soulevée. Sans qu'il fût besoin de le définir, on savait à » l'avance quel rôle leur serait assigné, dans quelle sphère 7> ils devraient se mouvoir. Aucun des projets qui furent » soumis à l'assemblée, ni celui du colonel Hamillon, ni » celui de Handolph, ni la proposition de Wilson, ni celle » de Pinckney, relatives à la compostiion du pouvoir exé- » cutif, ne parièrent de ces auxiliaires du président au-

178 LES DEVX AMERIQUES. ^H

» tremenl que dans les lorines que nous avons cil

» Vuii^i, à ce sujet, un passage des Vwnmfniaimt n fa conxtilitlifm, de Story, qui est une autoriu! consi » rableeDces malières.

B Story s'exprime ainsi (dupitra um, S 73S-7S9).

» Quelques objections, de moiodre valeur, oot élé bi » au sujet de la formation d'un conseil exjcatif doDil' 1» tion constitutionnelle paraîtrait néeeenire. Une eoU u adroite, dans ce conseil, pourrait divisar al aflEùl » l'ensemble des idées du conseil public, Hâme sans a j> colorie, la seule diversité des vues et des opioiiHU prev » toujours frapperait l'exercice du pouvoir exécutif d' » esprit de faiblesse habituelle et de lenteur, ou de coDl » diction humiliante. Mais une objection bien autrem » imporlanle dans un gouvernement républicaia , c n qu'une telle participation dans le pouvoir exécutif a i » tendance inévitable à pallier les fautes et à annihile! n responsabilité qui a deux degrés, le blâme ou le cl » timent. Le premier est le plus important des deux, s » tout dans un gouvernement électif.

» Les hommes qui jouissent de la confiance pnblir j) sont bien plus souvent exposés à commettre des aetesi » les rendront indignes de la faveur publique, que i » actes qui les emmèneront sous les coups de la loi. « mulUplicité des voix dans les affaires du pouvoir exéci n fait qu'il ^t diflicile de déterminer sut qui portera » responsabilité, car elle est sans cesse renvoyée de 1' n à l'autre. Il devient souvent impossible, au milieu » mutuelles accusations, de définir sur qui devra tomi

ni le blâme. Un sentiment de réciprocité conduit parfois » les parties à déguiser leur mauvaise administration, ou » bien la crainte d'une responsabilité publique, les eny> traîne, sous la conduite d'un démagogue populaire, à » cacher leurs fautes et leurs erreurs. Ainsi , un conseil » souvent devient ou un moyen de détourner du premier » magistrat toute la responsablililé réelle ou une source » d'intrigues et d'oppositions qui détruisent son pouvoir » en usurpant son influence.

D La conclusion qu'il faut tirer de ces considérations est » que la pluralité des membres dans le gouvernement exé- » cutif prive le peuple des deux plus grandes garanties » qu'il a contre l'exercice du pouvoir : 1"* en renversant 9 les bases sur lesquelles se fonde l'opinion publique ; D 2^ en diminuant les moyens aussi bien que la possibilité » de faire porter sur leur véritable auteur la responsabilité » de toutes mauvaises mesures. »

D Faut-il en appeler à une autre autorité?

Y> Citons Jefferson, qui fut successivement — secrétaire » d'État sous l'administration de Washington, — vice- 1» président avec Adams, — puis président à son tour, — y> et qui, en passant par les divers degrés du pouvoir exé- » cutif et du pouvoir législatif, a été plus que personne Y> à même d'observer, d'apprécier, d'étudier.

D Voici le fragment d'une lettre de Jefferson au prési- » dent Washington, lorsque celui-ci lui proposa les foncïf tiens de secrétaire d'État.

LLS [l£CX AMÉftlUVeS.

» J'ai reçu ici les leUreg dni^t yqqq n'ffv^ ftpiWf^. . daiBdasl3ociobrafil3Ûno(wpiife,WW«i«T»iW I flatté du choii que VQUS fsilM d^ ^ [leiir \m éi 4 iienles fonciioDs de ifitté\a\r6 d'Élat. PeripeH^rfDai n vous en Taire mes humbles reiner<i))|)enl8.

u ie me sans plus faipiliirisé avec Ips devaîtt des fci

4 lions t]ue je remplis aujourd'hui

» Uais ce n'esi pas à un individu à choisif spn pa

a c'est ù vnus à nous distribuer de la manière la plus at

i> lageuse au bien public Si vous me retafiu & Ni

a York, ma principale consolation sera de iravaîllsr s

0 vos yeux; mon seul appui l'auiarilé de VPtre nonii e

> sagesse des mesuresque vous me prescrirez etqif^ j'c ) culerai sans réserve, elc. u

u. Est-ce bien clair? Fl ces derniers mots cités ne

) sent-ils pas suffisamment à quel râle secondaire Jeffer

> se soumettait volontairement, sans sésbutb, d ) l'action politique? Nous ajouterons qu^ Jefferson é

> en mission diplomatique à Paris lorsque fu^ votée

> constitution, à lai]uelle il ne travailla point. I| a à

1 de nombreuses lettres sur les iroperfecliptis qu'il troui 1 à ce grand acte, qu'il acceptait cependaql ^vec ses i

> perfection»'. Kh bieni nulle part il ne dit un seul r

> sur la question des ministres.

MOEURS POLITIQUES DES ÉTATS-UNIS. l8l

m Plus tard, alors qu'il était vice-président, il écrivait » en ces termes à Madison :

« Monticello, 22 janvier 1797.

<c Mes lettres m'annoncent que M. Adams parle de moi y> avec la plus grande amitié, et qu'il exprime la satisfac- » tion que lui donne l'espoir de mon concours dans l'ad- » ministration du gouvernement.... Quant à prendre part D à son administratiDn, s'il entend par là le cabinet du » conseil exécutif, le devoir et l'inclination m'en ferment » également l'entrée.

» Je ne me soucie pas de voir se renouveler à mon égard » les scènes de 1793, de descendre journellement dans D l'arène comme un gladiateur et de souffrir le martyre » dans chaque rencontre ^ Le droit ne s'y oppose pas ï> moins, car la constitution ne me recouvrait que comme y> membre du corps législatif^, ei son principe fondameny> toi est la séparation des fonctions législative^ executive » et jtuUdai/re. Si ce n'est pas exprimé d'une manière » directe, c'est bien évidemment l'esprit de la constitu- » tion ; c'est ainsi qu'elle doit être entendue et

» EXÉCUTÉE PAR rOUT AMI d'UN GOUVERNEMENT LIRRE... D

a Nous le demanderons encore, est-ce bien clair? N'y

> En 1793, Jeflerson, en opposition directe avec Washington sur une question, fat obligé de quitter le cabinet.

3 Comme vice-président de la Répnbliqaé, il était président dtt sénat. Les fonctions de vice-président aux Etats-Unis sont donc essentiellement législaiwes,

tb2 LES DEIX AMÉIligCI-.S.

» a-t-îl pas incompaiibililé flagrante entre le» lbnciion« '^h >» membre du pouvoir exécutif et celle de menibre du pi>ii> » voir législatif?

» Enfin citons ce dernier extrait de la corre^fiond i* • » de JefTerson :

« Monticello, M janvier I8ll •.

» ... Tandis que chez nous, où le pouvoir eTêrulif a • 1» confié à un seul, Taclion régulière et tren(|uill^ •!•• - » pouvoir, pendant une pério<le de vingl-iJeux annéf^, - » peuvent compter parmi les plus oragHus<*s que rin^^i *• p humaine ait encore préscnU.Vs, nous donne dtH m M raison nahlt»s d*espérer quo cet important prol>l«*m«* •- . » la fin n»<olu. ÀùU des mtuifiU dt*s chefs «!»•< d«'j.»- I» menis*, le pré^i«lenl les C4m<ulte, soit v»pan»mfi.i, • M réunis; il profite ainsi de leur sa^e<S4* et d«* Irurv » mières, ramène leurs vues é un centre cfHnmu'i. n imprime ain^i Vuuifnrmité désirable à r.iclion • l % » dirtN*tion de tiHitis les branches du gouvernement

» l 'excellence de cette or^'anisiliim du p»»ii\iiir ex » tif s\»«l déjà maiiif«*^l»*e dans d«»s rirc4in*>uiic-^ • » opfH»M'v<;. I)iirnnt fadrinnivlration de notre prfim- ' » siilfMil, son cabinet, ci»ni|MiM« de i|uatre tiH*nihr.-< , » i\\\\^* en diMit |»arli«* »'v''TU^... Mai* le prt-NiIrPi . » tait a^Y colme le> a^is et le*» raJMjn^ de cbanin, »*"^

< l«*itn* •«lre^*«*<* a M. l)e«(iiU dt Tracy. * lU rU«i*nl il'iilMinl 411 iionilirtf «1«* i|tl«lro, ^l« (nrr^ |b a rtfM|, H eulin 4 *it.

» ensuite la marche qu'il convenait de suivre» et mainte- » nait le gouverneroeol dans celte direction, sans que » cette agitation y apportât aucun trouble ^ le pt^lic x> cûwnaissait bien ces dissemiom intestines; mais il n'en x> concevait pas la moindre inquiétude^ parce qu'il avait » pourvu la machine d'un pouvoir modérateur capable » de maintenir la régularité dans 9es mouvements. Je » parle avec une intime connaissance de ces scènes, qm- » rumpars magnafui'^... La troisième administration ^ Y> présenta, dans un cabinet composé de six membres, et i> pendant un intervalle de huit années, le spectacle d'une » harmonie dont on ne trouverait peut-être pas un autre » exemple dans l'histoire... Nous n'avons presque jamais » manqué d'arriver à une résolution unanime.

)) Cependant quelles que fussent la capacité et les dispo- » sUions affectueuses de ces membres^ je ne suis pas cer- » tain que le résultat eût été le même si chacun d'eux eût » été investi d'un pouvoir égal et indépendant... Mais le » pouvoir de décider, dont le président élait muni, ne » laissait aucune prise aux dissensions intérieures. Je ne » crois pas que l'exercice du pouvoir exécutif qui m'a été » confié, ait produit en moi quelque prévention en faveur

1 C'est-à-dire que le président agissait à sa guise. Cela eût- il été posssible si. les membres du cabinet eussent fait partie des chambres ?

^ Et pourtant les membres du conseil avaient été choisis par Washington lui-même : c'étaient les anciens compagnons de ses travaux.

3 Celle de JefTerson lui-même.

184 LES DEUX AMÉIIIQIJBS.

» de roNiTt DB Cl POUToii; d*ahoni ptrne qv0 j*ai «.i » dans une position subordonnée avani de renplir le pfr^<- )i le plus élevé» etc. »

« GrAoe à cette sépaeatioii absolfe des trois |MHnu:r^ » législatif, exécutif et judiciaire» les Étals-Unis ont rr^- . » le double problème de Is liberté la plus étendue a^cr li » prospérité la plus rapide. »

GHAPITR8 VIII.

Premièrcii iiiiprciMitoiui«

Aux Etats-Unis, tout frappe» tout saisit, tout émeut. Tout est nouveau et inattendu pour l'Européen, soit qu'il parcoure le domaine des faits moraux, soit qu'il s'attache aux impressions extérieures. Chaque pas que l'on fait amène un sujet d'étude et d'observations. A chaque pas l'esprit étonné s'arrête, contemple et médite; de même que sur ces terres privilégiées que le génie de l'homme a enrichies des trésors de l'art et où la main du temps a semé des ruines sublimes, le voyageur fait une halte pieuse devant chaque monument et chaque débris, pour rêver et remonter, avec eux, le cours des âg^. Mais avec cette différence

ISS

que, en Amérique, on cherohorùt an ma rhnioira éerito duns les livres ou burinée sur des iMUfTes ooavertes de mousse, ou immortalisée par les chefs-d'œane de l'art. Dans les vieilles sociétés, ce senties souvenirs qui eoehintent et captivent le voyageur ; dans le Nouvaau-Honde, te sont les résultats immenses du présent que l'on constate, ce sont les mystères et les espénnces de l'aveDir que l'oo interroge.

Un de mes amis des Etats-Unis avait l'habitude, louM las fois qu'il rencontrait sur sa route un bAtel portant le nom d'un des grands hommes de l'Amérique, d'y aller loffdT de préférence : — J'en fais vanité, me disait-il, ar nous autres gens du Nouveau-Monde, nous sommes un peu ingrats. Et cela n'est pas bien. Le Nouveau-Monde est comme ces coquettes surannées, qui s'imaginent qu'on ne sait pas leur âge parce qu'elles cachent leurs rides. 11 ne veut pas vieillir; Confiant dans son nom, il oublie qu'il i déjà quatre cents ans dans l'histoire. Il semble s'attacher à faire disparaître du sol tout ce qui pourrait rappeler si naissance, espérant qu'ainsi 11 paraîtra toujours nouveao et découvert d'hier. Est-ce par Ingratitude OU par faiblesse (jlie, par exemple, dans toulfi l'Amérique on ne Irotiie pas un seul monumetil, pas la moindre colonne, pas U plus petite pierre en l'honneur de Christophe Colomb, — si ce n'est à la Havane, où son cœUr est conservé?

En revanche, les Américains du Nord professent un culte i toute épreuve pour tout ce qui rappelle la date de leur indépendance. Le nom de Washington est pour ainsi dire nanonisé ehei eu*, et il ne sUfgit pas de l«n un

hameau qui ne soit dussilôi plaeé sous son patronage.

Ne voulant eompter dans le monde que du jour où les premiers coups de fusil ont été tirés à Lexington, en reniant la période de leur oppression , ils se révoltent même contre leur origine.

Voici un exemple bieil frappant du contraste de ces deux sentiments :

Mon premier soin, en arrivant à Philadelphie, avait été de demander qu'on me conduisit en pèlerinage à la maison de Penn, cette première pierre de la riche cité qui se développait devant moi. Quel fut mon étonnement, je pourrais dire ma douleur, de voir cette maison presqu'en ruines, délabrée, rapiécée ël Occupée par un cabaret de bas étage I C'était déjà beaucoup même, à ce qu'on me fit pressentir, qu'elle fût encore sur pied. Et si elle n'a point été démolie, elle ne le doit qu'au hasard de ne s'être pas trouvée située dans la partie fashionable de Philadelphie.

Mais, en revanche, on conserve dans cette même ville avec une dévotion profonde que je suis loin de blâmer, le Stale-house, ou maison d*Etat. C'est là que fut signé et acclamé l'acte de l'Indépendance. Il faut dire que cette maison, par sa nature, réunit nlUement tous les grands corps politiques.

La maison d'Etal est située dans la belle rue Ckesnui, m est entourée d'un irès-beau square, qu'on nomme le square de l'Indépendance. C'est un véritable petit parc, ombragé par de magnitïques urbrcs. La salle ou se réunissait le Congrôs, avant que le siège du gouvernement de lUnioo fùi transporté à Washiogton-City, est présenlemeai oceupée par les cours de justice. Ce fut dans cette même salla que Washington fit ses adieux lorsqu'il résigna la préàdwce.

Les Américains ont conservé, avec non moins da i«apect, la vieille docbs qui sonna pour rassembler le peuple au moment où on lui lut la déclaration de l'Indépendance. On y a gravé cette inscription :

Proclame la liberté à toute ta terre et à tous les peupUs.

Arrivé aux termes d'une exploration même étrangère à la politique, malgré soi, souvent, on a tenté de tout sonder aux Etats-Unis; on a essayé de parcourir, de la base au sommet, l'édifice social h l'abri duquel vit, s'agile et grandit cbaque jour un peuple qui ne compte encore qu'un peu plus d'un deroi-siécle d'existence parmi les nations. On a demandé ainsi à chaque chose le secret de cel essor, si rapide qu'il éblouit.

Mais il faut se défier de la vivacité des impressions que l'on ressent aux Etats-Unis ; elles sont assez trompeuses, à cause de cette vivacité même.

11 y a une chose indispensable pour le voyageur qui veut tirer un profft réel de son séjour dans ce pays. Avant de rien observer, de rien noter de tous ces détails qui se présentent à lui, il doit se laisser, en manière de préface, initier à l'étude des mœurs et des institutions.

Cette éducation première, cet c^Ih: du voyage est nécessaire, par cette raison sans réplique, que les mœurs, les habitudes, les races d'hommes elles-mêmes changent, de la manière la plus absolue, d'un Etat à l'autre, on peut presque dire d'une ville à une autre ville. Rien donc n'est plus simple, et rien n'est plus compliqué en même temps que tout ce qui frappe aux Etats-Unis. S'il vous arrive de voir faux dès le début, vous pouvez tirer les conséquences les plus fausses de tout ce que vous voyez, entendez, observez. Il vous faut un guide sûr, ou vous vous fourvoyez sans ressource.

Supposez pour un instant que vous ayez affaire, par exemple, à un de ces fumeurs impitoyables qui ne mettent rien au-dessus de leur cigare. Pour peu que vous le rencontriez à la sortie de Philadelphie ou de Boston et que

190 LES DEUX AMÉUQtm.

TOUS l'inlfliTogiei! sur les Etals-Unis, il tod8 répondra, à foiip sflr, que c'est le pays de l'arbitraire.

Je ne parle plus ici par supptirilion, je raoofitfl nn bit.

Je me IMaviis précisément un jour avec un de eee bomm«s. Il tne parut profondément désillusionné ; H tvgrettrii la FhInM et même le gendarme qui arait failli l'anêlw an milieil d'tine émeute eontre le gouvernement.

— Quel grand maltieur vous Ast donc fedtenn, mon oher monsieur? lui demandaî'je.

. « — Figurei-voua, me dit-il, que j'anÎTe ft Philadel- » phie un dimanche. H me prend fantaisie de courir un R peu la ville, sans autre mauvais dessein que de faire n connaissance avec les rues et les monumenia. J'allume » un cigare à l'hôtel, et je m'apprête à sortir. Je m'aper- » çois que déjà tous les r^ards s'arrêtent sur moi avec R étonnement, et semblent dire : Voilà un être bien au- » dadeux!

— Tout cela est fort innocent, je l'avoue.

» — Je sors ; mais à peine avais-je fait quelques pas » dans la rue, que je suis accosté par un individu qui, u d'un ton fort poli, j'en conviens, me dit : — Monsieur, » on ne fume pas dans les rues de Philadelphie le di- » manche.

» — Je craignis, au premier moment, d'avoir mal coin- » pris, n'étant pas très-familier avec la langue anglaise. » Je saluai pour rendre la politesse, et je voulus continuer » ma route ; mais mon interlocuteur m'arrêta par le bras, B et me réitéra l'ordre d'avoir à éteindre mon cigare, parce » qu'on ne (nmait pas dans les rues le dimanche. Je ren-

» trai furieux à Vtaôtel, et je ne sortis plus de la journée. y> C'est en vérité d'un despotisme qui n'a pas le senseom^ » mun ! Je partis le lendemain pour Boston ; j'éprouvai, x> comme à Philadelphie, le besoin de visiter la ville, et je » sortis, le cigare à la bouche, selon mon habitude. Je n'a- » vais pas posé le pied dans la rue, qu'un' homme de po- » lice m'aborda, non moins poliment qu'à Philadelphie^ )> et me tint ce langage :

» Monsieur, veuillez jeter votre cigare, on ne fume pas x> dans les rues de Boston.

» — Pardon, lui dis-je; si je connais bien mon calen- » drier, ce n'est pas dimanche aujourd'hui.

» — Vous avez raison, c'est aujourd'hui mardi...

»— Eh bien?

B Eh bien ! qu'est-ce que le jour de la semaine a de » commun avec ce que je vous dis?

ï> — A Philadelphie, répondis-je, un monsieur, qui a y> rempli près de moi le môme office que vous en ce mo- » ment, m'a bien positivement dit, et par deux fois, qu'on » ne fumait pas dans les rues le dimanche.

» — A Philadelphie, c'est possible, cela ne me regarde » pas; mais à Boston, monsieur, on ne fume dans les » rues aucun jour de la semaine, et à aucune heure du I» jour. Comme vous êtes étranger, je me contenterai de » l'avertissement ; mais si vous voulez persister, je serai » obligé de vous traiter comme si vous étiez un naturel du » pays...

D — Que feriez- vous?

Y> Je vous ferais condamner à cinq dollars d'amende.

192 LU DEOX AMtiUQOIS-

— )> Décidément mon cigare me fût ravenn trop ehi » s'écria le fumeur au comble da l'eiaipéralioa, et to V avouerez que c'est une tynanie qui n'a pas de noi B Nicolas ne traite pas plus mal ses esdaves. .. i la Sibè » prés, n

Et mon funfeur était parti de la pour prendre Etil cause contre les inslîtulioas et les mœurs de l'Union qn traitait de barbares.

Un point capital à observer, c'esidesavoir donc sepénél en général, et aussitôt que possible, de ce que j'appelle l'espnl américain.

Ces petits froissements dont je viens de citer UD enemp se renouvellent, à coup sAr, dans les mœurs des Eta Unis, aussi bien dans la vie publique que dans la vie } vée. Mais où donc est-il un pays qui n'ait pas ses c geuces locales auxquelles il faille se soumettre absolumei

Aussi bien devrait-on déclarer le sol de l'Union inh;i table s cause de la rigidité de l'observation du dimanci

A Baltimore, je voulais praHier de ce jour de repos p< mettre en ordre quelques notes de mon portefeuille voyage. Je sonnai le domesti<]iie de l'hôtel où je loge: Sur ma demande de me monter tout ce qu'il fallait p« écrire, le nègre fil un signe de têts négatif; puis, com

j'insistais, il me répondit nettement qu'il ne pouvait se permettre, un dimanche, de me mettre entre les mains des instruments de travail. Rien ne put convaincre son obstination. Je me résignai donc à écrire avec un crayon ; mais sur un avis qui m'avait été donné précédemment, j'eus le soin de m'enfermer. Bien m'en prit, car dix minutes après, je vis qu'on cherchait à ouvrir ma porte. C'était le domestique qui, sous prétexte d'avoir entendu un coup de sonnette, venait m'espionner, et cherchait à me surprendre en flagrant délit de travail. Il serait allé tout simplement me dénoncer au shérif, et aurait reçu pour sa délation moitié de l'amende de 20 dollars, à laquelle on m'eût inévitablement condamné.

Il n'y a que trois professions qui s'exercent librement le dimanche aux Etats-Unis : celle de barbier, celle de barroomrkeeper (débitant de liqueurs), et celle de cuisinier. £t encore, dans certaines localités, comme à Philadelphie, par exemple, ville essentiellement religieuse, mange-t-on toujours les restes de la veille, sauf les pommes de terre qu'il est permis de faire bouillir même le dimanche, mais toujours d'aussi grand matin que possible.

Cette observation du septième jour est si rigoureusement suivie, que les Américains remettent au lendemain leurs voyages les plus pressés, leurs affaires les plus urgentes. Pas de fêtes publiques ce jour-là. Le célèbre et pieux anniversaire du 4 juillet est lui-même impitoyablement ajourné quand il échoit un dimanche. Si l'on pouvait retarder les décès et les naissances qui arrivent le dimanche, on le ferait à coup sûr.

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