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QUATRIÈME ÉTUDE

LA RELIGION DE L'AMOUIU — M. MIGHBLET.

M. TOUSSËNEL.

Toutes ces formes diverses de l'idolâtrie humanitaire que nous venons d'analyser ont un trait commun : la plus aimable représentation de Thumanité étant la femme, l'amour est Tiniliation à la fois la plus savante et la plus populaire^ la plus intelligible assurément à tous ces nouveaux cultes. C'est ce qu'exprimait à sa manière H. A. Comte, formulant un de ses dogmes les plus chers : « Le culte systématique de la femme est le précurseur nécessaire de la religion de l'humanité. »

Cette religion de l'amour avait déjà trouvé, il y a de cela longtemps, dans l'école Saint-Simonienne et plus tard dans M.Pierre Leroux, des interprètes ardents et convaincus. Hais plus récemment elle a a été renouvelée avec éclat; elle est arrivée dans un livre célèbre de M. Michelet à sa plus brillante expression; il ne faut pas omettre non plus, parmi les plus spirituels apôtres du nouveau culte.

M. Toussenel dont ringénieiise prédication me parait injustement oubliée et que j'essayerai de remettre en lumière.

Dans le livre de V Amour ^ de M. Hichelet, je fais deux parts d'étendue bien inégale et de valeur inverse. Il me semble que je démêle deux livres, dont l'un se serait ajouté à l'autre; je distingue deux moments dans le développement de l'idée et comme deux degrés dans le talent de l'auteur. A Torigine, il y a l'idée excellente, saine, juste, dont le lecteur attentif peut recueillir çà et là quelques nobles et beaux débris ; il y a l'écrivain ingénieux et sensé, le moraliste pénétrant, l'artiste délicat qui, dans telle page, a laissé un vestige reconnaissable de son passage. Mais, tout au travers, surviennent l'idée trouble, l'effort excessif qui étreint la nuée et ne la féconde pas, le lyrisme immodéré, la visée malheureuse de l'illuminé et du prophète social qui vient tout compromettre et tout perdre. Quel malheur que l'écrivain ne se soit pas satisfait de la première forme de son idée et arrêté au premier degré de son talent 1 II tenait entre ses mains une de ces œuvres qu'un charme vrai consacre, qui fixent, en les résumant sous une forme durable, les meilleures aspirations d'une époque.

et qui, si elles ne guérissent pas d'un seul coup une maladie sociale, guérissent du moins et relèvent quelques âmes. Et c'est assez pour tenter une noble ambition. Hais^ au lieu d'un livre simplement utile, aimable et profond, l'auteur n'a voulu écrire rien moins que l'Ëvangile des temps nouveaux. Je ne sais quel Messie voluptueux a tué dans M. Hichelet le moraliste et l'artiste, en les exagérant l'un et l'autre, en les jetant violemment hors de leurs limites et de leur voie.

A quoi se réduisait, dans la pensée de l'auteur, l'idée primitive de ce livre de F Amour? Si nous faisions ici de la critique par induction, nous serions assuré de ne pas trop donner à la conjecture, tant notre volonté a été loyale d'étudier de près cette œuvre et de nous rendre un compte exact des idées de l'auteur. Hais nous avons mieux qu'une hypothèse vraisemblable à présenter. Nous avons tout le plan du livre , sous sa première forme raisonnable, tracé en quelques coups de crayon dans une siMple note.

L'auteur a saisi une des plaies, la plus vive peutêtre et la plus profonde, de la vie parisienne, qu'il appelle spirituellement la polygamie de COccident^ mais qu'il a tort d'étendre à la société française tout entière. M. Michelet partage cette erreur d'optique si commune aux Parisiens et qui leur fait voir toute la France dans quelques quartiers de

Paris. L'immense fond des mœurs provinciales est à peu près intact, et la contagion de la polygamie n'a pas encore entamé le sang de ces générations sérieuses et sobres, qui sont comme la réserve de la nation. Cette restriction faite, le mal n'est pas niable, pour la partie la plus en vue de la société française, pour celle qui s'agite tumultueusement sur le premier plan. Les symptômes abondent de toutes parts dans la littérature, dans le monde, et c'est l'œuvre d'un moraliste honnête de chercher remède aux progrès du mal. H. Hichelet indique le mal d'un trait précis et fort.

c Nul besoin, dit-il, de société, d'amour, de famille. A la place, les mornes plaisirs d'une vie polygamique qui, n'imposant nulle charge à Thomme, ne garantissant pas la femme, est d'autant plus destructive, indéfinie, sans limite, stimulante et énervante par un continuel changement. On se marie de moins en moins (voir les chiffes officiels). £t, ce qui n'est pas moins grave^ quand la femme est épousée, ce n'est que très-tard. A Paris, où elle est précoce et nubile de honne heure, elle n'arrive au mariage qu'à vingt-cinq ans. Donc, huit ou dix ans d'attente, le plus souvent de misère, de désordres môme forcés. Le mariage est peu solide et ne garantit pas de l'abandon. État sauvage où l'amour Ji 'est qu'une guerre à la femme, profitant de sa niisère, Tavilissant, et, flétrie, la rejetant vers la faim. »

Voilà le mal. En voici le remède :

c C'est l'amour qui refera tout.... Il te faut, jeune homme, on sérieux associé. Tu ne le trouveras pas tout

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fait, mais ce livre t'apprend à le faire. La mère ne peut savoir d'avance quel sera le rôle actif de sa fille mariée, ni Py préparer. Toute chose aujourd'hui est devenue personnelle. Dans certaines professions, la femme est collai boratrice ; par exemple, dans le commerce. Dans d'autres, comme dans les arts, elle assiste et elle inspire, elle s'aS' socie de la pensée. Enfin, dans les plus pénibles, les carrières d'honmies d'action, d'hommes d'affaires, elle est la confidente naturelle et la seule possible, le soutien moral, la consolation. Si tu ne la négliges point, si tu la tiens au courant, si tu établis avec elle une communication complète, tu verras combien la personne qu'en certaines professions on croit inutile y prête au contraire de force. Dans un monde où tout remue, il faut avoir un point *fîxe oii l'on puisse bien s'appuyer. Or, ce point, c'est le fçyer. Le foyer n'est pas une pierre, comme on dit souvent, c'est un cœur, et c'est le cœur d'une femme. :»

Tout le livre était là, l'œuvre du moraliste, appelant la jeunesse, du fond de sa vie stérilement agitée et morne en ses tristes orgies, aux sources pures de l'amour sérieux et digne où elle devra retremper ses mœurs flétries et ses forces éteintes. Ajoutez à ridée grande et saine du livre la grâce tour à tour naïve et savante , l'éclair d'une vive sensibilité, les jeux charmants d*une imagination rajeunie par le sujet même, la fantaisie d'un art aimable, l'élan d'une poésie vraie inspirée par le cœur, vous aurez l'idée du livre primitif que M. Michelet avait conçu, et dont il semble, par un soin cruel, nous avoir laissé ici et là des pages muti-

lées, d'adorables fragments , comme pour nous inspirer un plus vif regret de Fœuvre qu'il aurait pu faire et qu'il n'a pas faite.

Quelles espérances ce livre nous avait données, et comme il les a déçues I L'œuvre primitive, l'œuvre d'une haute et saine raison a été envahie, de vive force, par le plus étrange et le plus ténébreux des illuminismes. Une originalité équivoque, l'exaltation dans le faux, est venue altérer toutes les harmonies de la pensée primitive, en fausser toutes les proportions, en détruire tous les résultats, la stériliser. M. Michelet ne s'est pas contenté de la gloire honnête et de l'influence modérée du moraliste. Il a voulu élever son sujet à des hauteurs nouvelles, faire non pas seulement la morale, mais la Religion de l'amour, tracer le plan d'un art et d'un culte nouveaux. C'est un Révélateur qui parle. Et voyez le résultat inattendu. Un livre qui aurait pu être si utile est devenu tout au moins le plus inutile des livres. Je doute qu'il guérisse une seule âme, et il en troublera plusieurs. C'est une Apocalypse dans son genre, dans un genre périlleux et tristement étrange. Le vertige mystique a tout emporté, en certains endroits de Tœuvre, le goût, le sentiment de l'harmonie et des convenances, la grâce. On sort de cette lecture, les yeux éblouis de lumière fausse, de couleurs discordantes et de proportions fantastiques, vues comme à travers un mauvais rêve.

L'illtuniné agrandit tout outre mesure; devant son regard troublé la vraie proportion des choses s'exagère. Un effort douloureux du style pour se soutenir à ce niveau chimérique des objets, l'exagération et la bizarrerie du langage, voilà le premier signe et le premier résultat. Je prends quelques titres de chapitres au hasard dans le livre. Certes, s'il y a un endroit du livre qui semblerait devoir être inaccessible au mysticisme sensuel, c'est la table des matières. Lisez pourtant ces titres étranges, impossibles : La Femme est une malade. Poésie de sa crise ordinaire. Elle n^est point capricieuse, mais barométrique. — // faut que tu crées ta femme. Elle ne demande pas mieux. -^ Qui suis-je pour créer une femme? — La Maison du Berger. — De la Fécondation intellectuelle. Difficulté d'enseigner une Femme. Une faut pas lui donner d'aliments indigènes. — Met" tre en elle -des germes vivants. Trop de lecture tanne Vesprit. — : Qu'elle garde le velouté de Vâme. — De Vlncuhation morale. — La Papillonne. — La Mouche et l'Araignée. — La Tentation. — Une Rose pour Directeur. — Seconde jeunesse de la Femme. Elle administre et gouverne le régime et le plaisir.— Elle affine Vesprit ou rend V étincelle, etc., etc. Les amis de M. Michelet appellent cela une originalité charmante. Xy consens. Disons alors qu'il y a une adorable simplicité dans cette phrase qui ouvre le livre : c Cette question de TAmour gtt, immepse et obs-

cure, sous les profondeurs de la vie humaine.... » — Je sais bien que les exigences du sacerdoce qu'il s'est conféré lui imposent ces grandes attitudes de style ; je le sais et j'en gémis.

Tout ce qui touche à l'Amour deviendra nécessairement sacré. Rien n'égale la solennité de l'accent religieux du prophète quand il raconte la noce, pas trop mystique dans le détail, de son couple idéal. < Jeune homme, ceci c'est de la religion, de la pure, de la vraie. Si tu trouvais ceci un amusement, un sujet de plaisanterie.... j'aime autant que tu ries à la mort de ta mère. » — Ailleurs : « Qu'est-ce que le sein de la femme, sinon notre temple vivant, notre sanctuaire, notre autel où brûle la flamme de Dieu, etc., etc. » — A chaque page on pourrait recueillir de ces expressions religieuses détournées de leur sens au profit du culte nouveau. Ici, ce sont les gaietés de la femme (et quelles gaietés I voir la page 324) qui sont le secret No'èl du mariage. Là, c'est la grossesse, qui est Vétat de grâce. U faut se faire à cette langue qui étonne au premier abord. Grâbe à ce pieux travestissement, les idées les plus vives reviennent sans cesse. On ne croirait pas combien la femme idéale du livre est déyote en ce sens et avec quelle complaisance l'auteur l'accompagne dans ses dévotions. Dès l'instant où les mystères de l'amour deviennent des rites sacrés, il faut que le rituel soit com-

plet. Que parlez-vous de chasteté? U s'agit de culte ici.

Rien n'est médiocre** dans le culte. Il y aura du mysticisme dans l'hygiène domestique, du mysticisme même dans le cabinet de toilette.

c Profonde» profonde communion que celle de la table I... L^honime nourrit la femme, apporte chaque jour, comme l'oiseau des légendes, le pain de Dieu à sa bien-aimée solitaire. £t la femme nourrit l'homme. A son besoin, à sa fatigue, à son tempérament connu, elle approprie la nourriture, l'humanise par le feu, par le sel et par Yâme, Elle s'y môle, y met le parfum de la main aimée. Donc ils sont nourris l'un de Tautre. Chacun d'eux sent avec bonheur que pas un atome en lui n'est à lui, que jour par jour tout est renouvelé, ravivé par l'objet aimé. De la loi que nous trouvions dure et basse, de la fatalité du ventre, la nature sadt nous faire le plus doux des liens, haute poésie du cœur, où l'union devient unité.... Cuisine, c'est médecine, donc c'est œuvre d'épouse. En tout ce qui est propre, et non répugnant pour elle, en tout ce qui ne grossit pas sa jolie main, en ce qui doit être touché de la main môme (et, disons-le, nécessairement mêlé des émanations de la personne), il est désirable et charmant que ce soit elle qui agisse. Telles pâtes, tels gâteaux, telles crèmes ne peuvent être faits que par celle qu'on aime et dont on est avide^ etc., etc. »

Le ménage étant un culte, tout est divin en ménage, et toute chose de nature est noble en la personne aimée. C'est là un des grands axiomes du livre. Le plus fier a bonne grâce à tout faire pour eelle qu'il aime. Et elle, reine de la maison, quoi

qu'elle fasse, fait œuvre royale. — Elle fait les gâteaux. En revanche, lui serait fort mal avisé s'il ne faisait pas l'office de femme de chambre. Dans quels détails Tauteur nous initie, mon Dieu I II faut lire tout le passage de la page 100 à la page 104. Ce passage sera cité un jour parmi les plus curieux morceaux qui aient été écrits dans ce siècle : « Objet sacré, ne craignez rien, vous êtes une religion, et si vous gardez vous-même le cœur digne et pur, vous le serez toujours. Vous ne perdrez point votre autel. Vous resterez Dieu. » C'est un mélange sans nom de mignardise enfantine et de luxure littéraire. le brillant, le grand historien, qu'êtes -vous devenu? on nous Ta dit : Un confesseur défroqué. Et encore, faut-il ajouter : un confesseur tel que nous le peignait M. Michelet dans un livre trop fameux, lui attribuant ses propres instincts si vifs, sa curiosité du détail risqué, son imagination toujours en émoi. >

Confesseur laïque, le titre ne déplairait pas trop, après tout, à Fauteur. Du moins, l'emploi semble-t-il avoir pour lui un vif attrait. C'est une des plus singulières prétentions de ce livre qui en est rempli, de représenter l'auteur comme un directeur de conscience, ayant charge d'âmes et composant son livre avec les confessions de ses pénitents, de ses pénitentes surtout, dont quelques-unes lui ont fait des récits bien étranges (voir la page 236, — voir

aussi la formule d'un incroyable remède contre la tentation , la discipline conjugale réclamée par la femme, p. 260) : « La source la plus riche où j'ai puisé, dit quelque part l'auteur, c'est la confiance avec laquelle mes amis, et beaucoup d'autres personnes, m'ont révélé leur vie intime. Ils étaient si sûrs de ma sympathie, qu'ils m'ont souvent fait connaître plus d'un détail délicat, qu'ils cachaient même à leur famille. J'ai profité de toute chose, bien entendu sans désigner personne par des signes trop précis. • La grande époque de sa carrière de confesseur fut l'année 1844. Cette année -là, c des hommes toujours fermés de défiance contre la dérision du monde s'ouvrirent sans difficulté de< vant lui. Des dames brillantes et mondaines, d'autant plus malheureuses, d'autres pieuses, studieuses, austères, des religieuses, franchirent les . vaines barrières de convenance et d'opinion, comme on fait quand on est malade. »

Médecin de l'âme, médecin du corps aussi. Le prêtre de l'amour est doublé d'un physiologiste qui ne vous épargnera pas, en l'honneur de ses clientes, une S)llabe de sa terrible science. Ce que poursuit M. Michelet, sur ce point, c'est l'accord des sciences morales et physiologiques, qui créera à ce qu'il nous assure, le plus fécond des arts, diamétralement contraire à l'influence morbide de la vieille casuistique, l'art de vivifier par l'amowr. Et

dans son enthousiasme pour le grand art, il déploie une érudition qui serait magnifique si elle était à sa place, dans un traité spécial, et qui n'est rien moins, dans ce livre, qu*une profanation du titre et du sujet. Il faudrait s'entendre. Il ne s'agit pas le moins du monde d'un scrupule de décence hypocrite^ comme le dit quelque part M. Michelet. Il s'agit uniquement d'une question de goût. Nous sommes bien peu à l'aise pour discuter cette question. Un mot suffira. J'admire les grandes découvertes et Tingénieuse curiosité du scalpel ; mais j'en admire et j'en étudie le travail dans un amphithéâtre, non dans un salon. Un livre de littérature et de morale est un peu comme un salon ouvert à toute personne qui vient y chercher ou une noble distraction d'esprit ou une leçon de conduite. Avez-vous réfléchi à ce que ce titre de i* Amour aurait d'attrait et combien de personnes diverses et mêlées, invitées par le titre seul, parcourront ce livre d'une main f urtive ou le méditeront à loisir ? C'est au directeur de conscience que je m'adresse, non plus au physiologiste. Croyez-vous que la lecture de ce bréviaire d'Amour, si mélangée de descriptions anatomiques, soit sans péril pour tous vos lecteurs? J'ajoute que les résultats de la science, dans les traités spéciaux, sont exprimés sous la forme la plus simple et la plus exacte, la plus brève. Ici, chaque détail physiologique est chanté sur un ton lyrique.

n est poétisé par des images d'une hardiesse inouïe. Là est le danger pour les imaginations faibles. J'admets la physiologie; mais qui pourrait souflfrir la physiologie commentée par la volupté?

Résultat bien inattendu pour l'auteur I Les femmes (je parle des femmes honnêtes) ont regardé comme un outrage ce livre qui prétendait les réhabiliter devant la physiologie et devant la morale. Il y a longtemps que le bon sens éclairé des lueurs et des pressentiments de la science, avait rompu avec des préjugés barbares. D'ailleurs, c'est là une de ces causes, qu'il est au moins maladroit de plaider longuement. Tant insister sur certains arguments, c'est rappeler trop sensiblement l'humiliation et l'injure.

Ce que les femmes pardonnent le moins, c'est l'indiscrétion dans l'idolâtrie. Au fond de cette fastueuse adoration, de ce culte ardent, elles sentent confusément que quelque chose manque, le respect qui, surtout en certains sujets, se marque mieux par le silence que par des éclats bruyants. On dira de M. Michelet qu'il écrivit un dithyrambe en l'honneur des femmes honnêtes et que le livre n'est pas allé à son adresse. — Ce qui n'a pas empêché le succès, 8W1 contraire. Et voilà précisément le malheur et le châtiment de ce livre. Énormément lu, mais turtivement (^t la rougeur au front! Triste fortune pour l'œuvre de celui qui fut un de nos

plus charmants écrivains, des plus sympathiques et des plus aimés.

Voici le vaudeville après la grande pièce. Le livre d*un spirituel phalanstérien, M. Toussenel, l'Esprit des Bêtes, est consacré 4 la gloire du même culte, le culte de la femme, sous une forme moins lyrique, il est vrai, que le livre de M. Michelet.

Dès les premières lignes nous devons donner à nos lecteur 9 la célèbre formule du Gerfaut. Sans cette formule, pas de salut possible. Le gerfaut est le prophète emplumé de la religion nouvelle. Du haut de son perchoir, il prononce ses oracles.

Le gerfaut est de tous les êtres animés le premier qui ait dit : le bonheur des individus et le rang des espèces sont en raison directe de l'autorité féminine. Aussi, donnant à la fois l'exemple et le précepte, le gerfaut, qui laisse le sceptre à sa femelle, tient la tête dans Tordre des oiseaux supérieurs, et porte la parole devant Dieu, dans toute occasion solennelle. Si l'humanité fait fausse route, si tant de bassesses et d'infamies souillent notre globe, si tant de crimes déshonorent la pensée et la main de Thomme, n'en doutez pas, c est la faute des gouvernements qui n'ont pas encore compris

i^ appliqué la formule du gerfaut. Le jour où cette formule servira d'épigraphe à une constitution nouvelle, le jour où la politique et la société adopteront cette législation du Lycurgue des airs, Tordre par la force fera place à Tordre par Tamour, la giberne du gendarme disparaîtra devant le carquois de Gupidon, et Thumanité sera sauvée.

Nous prions nos lecteurs de ne pas faire à M. Toussenel Tinjure de croire que nous plaisantons. Tout ce qui précède est un fidèle extrait de son livre.

Ce livre est un traité d'histoire naturelle, et en même temps un code de morale. Les oiseaux y donnent des leçons aux hommes, et certes des leçons bien sévères. Ils sont heureux, ils sont contents, ils jouissent de toutes les satisfactions de Tesprit, de toutes les joies du cœur, de toutes les voluptés des sens : l'âge de l'harmonie est déjà un fait accompli chez eux : le phalanstère n'y est plus une utopie, et l'homme attardé dans la sphère nébuleuse du limbisme {civilisation) doit porter envie à ces frères, à ces sœurs ailées dont les mélodies et les libres amours sont un sarcasme perpétuel à nos tristesses et à nos misères. Soyons oiseaux à notre tour ! Ahnons librement, et nous chanterons aussi.

On le voit, M. Toussenel est un fouriérîste de haut titre. Il a la foi, il a le zèle du prosélytisme.

Son traité d'ornithologie n'est qu'un prétexte fallacieux pour insinuer la bonne doctrine. Il faudrait être un vieux ^ un chauve ou un gendarme (trois termes qui sont chez lui la dernière expression du mépris), pour se tromper un seul instant sur le véritable sens du livre. M. Toussenel est donc un prédicateur, un moraliste de l'école passionnelle. Mais soyons juste, et disons tout de suite qu'il n'appartient pas à cette école ennuyeuse des fouriéristes pédants qui marchent à la conquête du nouveau monde avec une grosse artillerie de syllogismes scientifiques. L'auteur est trop galant pour ne pas savoir qu'il perdra sa cause s'il ne se fait pas lire des dames ; et comment voulez- vous conquérir à votre doctrine les suffrages de Vénus, si vous chapitrez Vénus sur le ton d'un pédagogue? Aussi, ne craignez pas, en ouvrant ce livre pimpant, de vous endormir comme vous l'avez fait tant de fois peut-être sur une page de Pourier, ou de quelqu'un de ses disciples. Ici tout est gai, tout est joyeux; l'allure est libre et le ton leste» l'image légère. Vous rirez peut-être, mais vous ne bâille ez pas. Certes, le monde des moineaux n'est pas un monde collet-monté ; mais, en revanche, vous y trouverez de l'esprit et de la gaieté : c'est une bonne lecture de mardi gras. Chaque livre n'est-il pas fait pour chaque époque de l'année, et la librairie n'a-t-elle pas aussi son calendrier?

Malheureusement le carnaval ne dure pas toute l'année. Nous serons donc tenus à quelques réserves dans l'exposition des points délicats, dût M. Toussenel nous traiter de vestale. Ce titre d'ailleurs ne nous déplairait pas trop, précisément parce qu'il sera très-rare dans le futur phalanstère. La rareté fait le prix des choses.

Ce ne sera pas là assurément le cas de l'amour» Si la chose se multiplie dans le phalanstère comme le mot dans le livre, les résultats seront efifrayants ^ mais il faut bien s'y résigner. Ainsi le veut la formule du gerfaut ; et M. Toussenel nous l'assure^ se révolter contre cette formule, c'est nier la loi de Dieu, c'est nier le Dieu du phalanstère dont le gerfaut est le premier ministre. Revenons donc à la formule ; aussi bien elle explique tout : elle contient toute la science et toute l'histoire de l'avenir, plus celle du passé, plus la solution immédiate et radicale de toutes les questions épineuses auxquelles cette pauvre humanité se déchire depuis six mille ans, religion, politique, beaux-arts et littérature. Deux autorités inattendues, un païen et un chrétien, viennent confirmer de leur vote la formule du faucon blanc. C'est Tacite et c'est Rol>ert d'Arbrissel, l'un dans sa description des mœurs des Germains, où il constate l'influence presque divine des femmes; l'autre, que M. Toussenel ne semble connaître que sur une légende des

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plus apocryphes. Voilà donc Tacite et Robert d'Arbrissel qui avouent avec le gerfaut que Tusage d'adorer la femme est la source de toutes les vertus et de toutes les vérités littéraires, politiques, sociales. Phalanstériens anticipés et par pressentiment, TÉglise de l'avenir leur dressera des statues. Savez- vous pourquoi la république est tombée? C'est, n'en doutez pas, parce qu'elle s'est constituée juste au rebours de celle des faucons blancs. La république de 89 n'a pas tenu parce qu'elle n'avait fait que décréter l'égalité des hommes, celle de Février a vécu ce que vivent les roses^ parce que les députés de 1848 n'ont pas osé réparer l'i- ' niquité de leurs pères. A la place de ces constituants qui n'ont su rien faire, si vous n'aviez mis que des amoureux^ vous auriez décrété du môme coup Téternité de la république, qui fût devenue bien vite la république idéale, celle des femmes. Mais non, il y a eu je ne sais quelle conspiration occulte et stupide. Les amoureux ont été proscrits, vous savez le reste.

Cette pauvre république a eu deux autres torts que M. Toussenel ne lui pardonne pas, l'un d'avoir eu des ministres trop vieux, et qui avaient depuis longtemps passé l'âge des amours ; l'autre (nous en demandons pardon à qui de droit) est d'avoir eu des ministres trop laids. Quand M. Toussenel a vu la république gouvernée par des têtes de Mé-

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duse, il s'est voilé la face pour ne pas voir la leur. Quand un pays consent à se laisser gouverner par des hommes très-laids, il a perdu le sentiment du beau ptiysique, et le sentiment du beau moral suit de près son confrère. Montesquieu a oublié de noter les progrès de la laideur parmi les causes de la décadence des Romains. M. Toussenel complète Montesquieu, et n'hésite pas à déclarer que, si Je régime^parlementaire est mort, c'est à cause de la laideur abusive des orateurs. Si ces jeunes pre- • miers de la scène parlementaire avaient été réellement jeunes et beaux, la scène ne se serait pas fermée pour eux. Certes voilà des révélations inédites qui vont jeter un grand jour sur l'histoire de ces dernières années.

Continuerons-nous l'exposé de cette politique amoureuse ? Nous connaissons le mal et la cause du mal. Que faut-il pour le réparer? Soyons de vrais et loyaux faucons, cédons le sceptre avec les droits à la femme, et nous verrons éclore des merveilles. Nous lui ouvrirons la tribune pour qu'on sache une fois ce que c'est que l'éloquence et la république : < L'institution du parlement féminin en France, c'est la renaissance des arts, des plaisirs, des fêtes éternelles; c'est le règne de l'amour, dont la venue fera tressaillir les planètes d'allégresse. »

L'histoire est là qui nous démontre avec évidence

ces grandes lois de la politique de Vénus. Assurément nous ne connaissons pas de révolutionnaire aussi galant que M. Toussenel. Si depuis un demisiècle la fortune de la France a tant de peine à s'affermir, c'est la faute de la loi salique, qui nous a ôté le droit d'avoir, comme les Anglais, ime grande Elisabeth, et, comme les Russes une grande Catherine. Deux peuples sont entre eux comme leurs femmes. Aussi les Anglais et les Russes tiennent-ils la tête, à ce que nous assure M. Toussenel. Et, si nous n'y prenons pas garde, nous pourrions bien voir s'éterniser cette suprématie ; car nos rivaux sont très -fins : convaincus de la supériorité de la femme, les Anglais et les Russes font tout, même Timpossible, pour lui ressembler, l'Anglais en se rasant sans cesse, le Russe en se bombant la poitrine.

M. Toussenel déteste l'Université, et certes, à cela il y a bien des raisons. Je crois d'abord qu'il soupçonne tous les professeurs d'être très-vieux et très-laids , et M. Toussenel , qui sans doute a joui durant sa vie d'un printemps et d'unebeauté éternels, ne leur pardonne pas ce double grief de l'âjge et de la figure. Mais il a bien d'autres motifs de colère, et il ne se fait pas faute de les dire avec force iiyures, dont quelques-unes sont trop spirituelles pour que je ne les rappelle pas avec bonheur : Cuistres f pédants f savantasses qui partez des abat'

jour verts, tout cela va de soi ; et vraiment à voir s'étaler dans ce beau style cette grosse rancune contre les professeurs, ne dirait-on pas que M. Toussenel est un étudiant imberbe, frais éclos du lycée ; mais nous n'avons pas été médiocrement surpris de retrouver, sous la plume de cet écrivain folâtre, une facétie de haut goût que nous avions parfois surprise sur les lèvres de ces jeunes phalanstériens de douze ans qu'on appelle vulgairement des gamins de collège. mes maîtres!

qu'avez-vous donc fait à M. Toussenel?

Ce que vous avez fait, grand Dieu 1 vous me le demandez I et d'abord vous avez empêché M. Toussenel de manger des tartes aux cerises [sic) dont était très-friand ce jeune estomac, fouriériste précoce par amour pour les gâteaux. Hélas ! l'enfant était si heureux sur ces vertes pelouses ou dans les bois, faisant la guerre aux lapins ou dénichant les merles I Et vous l'avez condamné â la captivité entre quatre murs, au pain sec et au latin. C'est une lâcheté et une barbarie. Aussi M. Toussenel, fort de son expérience, pose-t-il en axiome que tout système d'enseignement national, qui ne débute pas par déférer à la fenune le monopole, ne peut aboutir qu'à des monstruosités. Il ne se console pas de n'avoir pas fait ses humanités sous le régime féminin : il recommencerait volontiers ses classes , si la formule du gerfaut renouvelait le

personnel caduc et masculin de TUniversîté. Vous pouvez Ten croire sur parole.

Pauvre Université! il n'est que trop vrai, et M. Toussenel le dit avec une noble franchise, c'est depuis trente ans bientôt à qui lui jettera la pierre. Et lui aussi a suivi l'exemple de tout le monde. Il a fait chorus, le croirait-on, avec son ennemi intime, M.* Veuillot, qu'il poursuit ailleurs de ses traits les plus acérés. Mais il a l'orgueil de croire que personne n'avait encore indiqué aussi traîtreusement que lui le côté vulnérable de la place. Ce qui tue l'Université, son mal secret, sa plaie intime, c'est la formule du rudiment! Gomment voulez-vous que l'Université vive? elle enseigne le latin, et le latin n'est qu'un long blasphème contre Dieu et la femme. Elle apprend à ses écoliers le rudiment de Lhomond, et l'affreux bouquin proclame que le masculin est plus noble que le féminin. Que pouvez-vous espérer d'une institution qui se déclare par ses premiers enseignements en insurrection ouverte contre la charte de l'avenir, la constitution du phalanstère, la souveraineté de la femme ?

Étonnez-vous après cela des colères que soulève le nom seul de Lhomond? M. Toussenel montre envers les noms propres une tolérance relative. Mais Lhomond est pour lui l'infâme. Il va même, en un passage décisif, à demander sa tête (la tète ^

de Lhomond !) pour décapiter en lui le rudiment tout entier. Il veut faire à tout prix justice de cette théorie scandaleuse qui a perdu tant de jeunes âmes, occasionné tant de pensums et couvert d'une cataracte si épaisse tant de magnifiques entendements.

L'Université va donc mourir parce que sa cause est liée à celle du rudiment. Cette alliance funeste la tue. Nous n'avons su faire que des jeunes gens forts en thème (plaisanterie à la mode depuis bientôt trente ans que M. Alphonse Karr Ta inventée), et Dieu sait quel avenir attend ces victimes dévouées au Minotaure de la grammaire latine. Le sort appesantit ses rigueurs sur ces pauvres jeunes gens qui ont trop cru à Lhomond, à ses œuvres et à ses règles.

Après cela, vous serez peut-être curieux de connaître les appréciations de M. Toussenel sur la littérature latine. Nous les résumons : le latin étant particulièrement répulsif à la femme qu'il met au second rang dans le classement des genres, n'a dû enfanter aucun chef-d'œuvre. Ce qu'on appelle improprement les comédies de Térènce sont des œuvres bâtardes baignées d'une atmosphère glaciale qui vous donne l'onglée. Virgile, avec tout son talent de poète, n'a jamais pu nous faire croire à l'amour de Didon pour le pieux Énée, un héros assommant qui se dit fils de Vénus, on ne sait

pourquoi, car sa principale occupation semble être d'occasionner du chagrin à sa mère. La littérature romaine est dans Sénèque, dans le Digeste et dans les Pandectes^ pas ailleuris.

Au reste, M. Toussenel est trop bon fouriériste pour être inconséquent. Du moment qu'il blâme le latin d'avoir subaltemisé le féminin au masculiny il s'affranchira du préjugé grammatical, et il écrira bravement cette phrase : Vart et la poésie sont soeurs, ajoutant qu'il aime mieux commettre trois fautes contre la grammaire que de se résigner à prononcer des mots qui blessent la pudeur. Gela nous promet des merveilles pour l'avenir, et nous entendons déjà retentir dans le phalanstère prochain ces phrases , charmants échantillons de la grammaire et de la morale nouvelles : Toutes les femmes et tous les hommes sont fiancées par la nature; ou bien encore : Cette jeune -fille et ce tendre adolescent sont d'ingénues amoureuses; le génie et la beauté sont faites Vune pour Vautre.

Si une institution déplaît encore plus à M. Toussenel que l'Université, c'est l'Académie. Mais aussi comme l'Institut est impertinent divers le phalanstère! Croirait-on que M. Flourens a persisté cinq ou six ans à ne pas vouloir dire à M. Toussenel pourquoi les canards ont une plume frisée sur la queue? Groirait-on enfin que rAcadémie n'accorderait pas seulement une prime d'un liard

à l'auteur de la meilleure histoire des Institutions politiques de Saturne et de Jitpiter? Quant à H. Toussenel, il ne réclame rien, mais enfin il rappelle avec une ironie superbe la mésaventure arrivée à un de ces prétendus découvreurs de l'Institut, qui ne put jamais dire ni le nom, ni la couleur, ni Todeur de sa planète, et qui ne saurait pas encore le premier mot de toutes ces belles choses sans M. Toussenel. Que voulez-vous? Il faut pardonner à l'Académie, car elle ne sait pas ce qu'elle fait : elle pourrait faire pourtant de grandes choses, si elle n'était pas trop généralement composée de gens chauves^ et tout le monde sait que cet inconvénient capital [sic) pousse à la paresse et à l'esprit de vieillerie.

Nous sommes bien loin du monde des oiseaux et de Vornithologie passionnelle. Pas si loin pourtant que vous le pourriez croire. Nous n'avons fait que dégager de sa formule abstraite la philosophie du gerfaut, la loi d'harmonie et d'amour qui n'a pas sur ce globe de sectateurs plus religieux que le moineau, le canari, l'hirondelle et les autres. Les oiseaux sont les précurseurs et les révélateurs de l'harmonie. On voit quel est le lien naturel qui rattache la théorie pure à l'observation ornithologîque. Nous demandons pardon à nos lecteurs d'avoir couru tout de suite aux principes qui forment la moralité du livre, et d'avoir négligé les

détails qui sont pourtant des plus curieux et des plus instructifs, mais immenses, infinis, intarissables. Nous allons peut-être étonner quelques personnes en affirmant très - sérieusement que M. Toussenel joint au rare mérite de dire des extravagances avec esprit le mérite plus rare encore d'avoir observé avec une patience merveilleuse les trois cent soixante espèces d*oiseaux qui habitent la France. Il les connaît avec une grande exactitude, il les décrit avec goût. Tant que M. Toussenel n'est que naturaliste, il est le plus ingénieux, le plus agréable des naturalistes. Il sent vivement les beautés de la nature, et il a le don naturel de les peindre en quelques traits hardis. Mais, hélas 1 le phalanstérien revient de temps en temps rendre visite à son ami le naturaliste, et le tic reprend aussitôt. Gomme M. Toussenel compromet à plaisir de charmantes qualités avec cette monomanie de Vanalogie passionnelle^ qui retrouve dans le monde emplumé les lois les plus amoureuses du phalanstère et les principes les plus avancés de la galanterie de l'avenir 1 Trois oiseaux pourtant font exception dans ce long dithyrambe ornithologique. C'est le dindon, c'est le vautour, c'est le coq. Voyez le dindon, chauve comme tous les viveurs, épais Mondor de basse-couri vermillooné par les excès de la table. Le vautour, image de Gobsek, se pare avec amour de ses grègues en lo-

ques. Le coq est rennemi personnel de M. Toussenel. Il livre au ridicule le plus mérité ces poses de matamore, ce verbe aigre et cassant, cette tenue et ces propos de salle d'armes qui ont fait la réputation des coqs auprès des épiciers. Or tout le monde sait que dans Yhumanologie passionnelle (pardon de ce dernier barbarisme), l'épicier possède un capital intellectuel extrêmement faible.

De tout cela que faut-il conclure? Quoi, sinon que le gerfaut est un grand prophète, que Descartes et Kant ne sont que des radoteurs auprès du faucon blanc, que la femme est plus belle que l'homme, et par conséquent qu'elle doit être notre reine, l'amour étant le seul bien de la terre ?

Soyons sérieux un instant même en jugeant un livre qui ne Test pas. Si nous n'avions peur de passer pour un pédant, pour un chauve^ pour un fort en thème^ nous dirions que nous vivons dans une singulière époque où l'on voit se produire de telles œuvres. Tant d'esprit de détail dépensé d'une si folle manière ! Une prodigalité de mots heureux dépensés pour un si petit résultat I Tant de verve compromise par tant d'extravagance I II y a peu de livres plus amusants à lire et qui laissent une impression aussi triste. Est-il bien possible d'imprimer cinq cents pages pour démontrer la formule du gerfaut, la supériorité de la femme, et cette loi, morale et raison unique du phalanstère,

que les galants du dernier siècle chantaient sur un air connu : Cest l' amour j t amour ^ Vam^ur! Est-ce donc là le dernier mot du mysticisme humanitaire? Ce serait à la fois trop plaisant et trop triste.

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