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LA RÉFORME DE LA MUSIQUE D ÉGLISE 2M

tion, il se recueille plus souvent qu’il ne se déploie, il est admirable moins par l’étendue que par la profon deur. « Tôt ou tard, a dit le philosophe, on ne jouit que des âmes. » Cela pourrait être la devise du chant alla Palestrina comme du chant grégorien, et parce que ces deux genres ou ces deux modes de la musique en sont les plus spirituels, les plus intérieurs, ils en sont aussi les plus religieux.

Ils le sont tout entiers : par toutes leurs qualités, on dirait presque par toutes leurs vertus. Ils mettent 1 un et l’autre en pratique l’humble parole de Kundry pénitente : « Dienen, servir, » où se résume leur fonction et leur devoir. Ils servent, non pas leur intérêt et leur gloire propre, mais ces fins supérieures qui sont :

« l’honneur de Dieu et l’édification des fidèles' ». En tout ils ne veulent que servir. Pas plus que sur le texte des offices, ils n’entreprennent sur leur duree. Ils ne font pas attendre le prêtre devant l’autel. « Sancta sancte. » Par eux les choses saintes s’accomplissent saintement. Par eux, par eux seuls, la liturgie commande et la musique obéit. Ils observent, ils sauvent les rapports nécessaires et les suprêmes convenances, qui sont la règle et presque la définition de l’art, surtout de l’art sacré.

D’après les instructions pontificales, la musique vrai ment d’église doit avoir pour mérites principaux la bonté ou la sainteté des formes et leur universalité. C’est un peu — qui l’aurait pu croire? — la doctrine

i. Lettre pastorale du cardinal Sarto.

de Taine : « La bienfaisance et la généralité du caractère » servant de mesure à la beauté. Ainsi, par une rencontre inattendue, mais que l’unité des lois fondamentales justifie, un des maîtres de l’esprit philosophique est ici d’accord avec le maître de l’esprit chrétien. La monodie grégorienne et la polyphonie classique satisfont à leurs communes exigences. Mélodie, harmonie, rythme, elles sont à elles deux la musique entière, le timbre excepté, — j’entends le timbre instrumental, — et le timbre n’est que la couleur et le dehors plutôt que l’àme meme des sons. Chacune de ces formes enfin, l’une étant mélodie, l’autre consistant en accords, représente un des deux éléments ou des deux pôles de l’art. Par cette double constitution, la musique d’église répond au génie divers et successif des peuples et des âges; nul ne demeure en dehors d’elle; elle réalise dans sa plénitude, autant que dans sa pureté, tout l’idéal religieux.

« C’est plus qu’une réforme, » s’écrieront quelques vendeurs chassés du temple, « c’est une révolution! » Mais un de nos maîtres, Melchior de Vogüé, parlant aussi d 'Affaires de Rome , écrivait autrefois : « Le mot de révolution, toujours sinistre pour nous, reprend sa valeur étymologique aussitôt qu’on l’applique à l’Église. Il signifie alors retour sur soi-même. » En musique, ainsi qu’en toute chose, ce retour n’est point aveugle; il s’accomplit sans colère et sans injustice, dans un esprit de tolérance et de liberté.

Le Motu proprio rappelle enfin que « l’Église a toujours reconnu et favorisé le progrès de l’art, en admettant

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