BRITTON, LE PETIT CHARBONNIER
quelques manuscrits lui tombèrent sous les
) eux, une vieille basse de viole entre les mains et c’est ainsi qu’il devint musicien.
Puis il repartit pour Londres et s’y établit charbonnier à son tour. Charbonnier au détail, charbonnier ambulant, criant son petit charbon [small-coal /) sur deux notes en octave, d’une parfaite justesse. Comme il aimait la musique, les livres et la conversation, il se glissa chez les libraires et les éditeurs. Le magasin d’un Batteman ou d’un Playford était alors un cercle, un salon, où se retrouvaient les grands seigneurs, les grands artistes et les amateurs en renom. Le petit charbonnier fit leur connaissance à tous et bientôt leurs délices. Ils l’avaient accueilli ; il prétendit les recevoir et bravement les invita.
Ils vinrent. En 1678, il fonda son club musi¬
cal, chez lui. Il avait fait deux parts de son logement : l’une, au rez-de-chaussée, pour le charbon , 1 autre, pour la musique, au premier étage, où l’on montait par une échelle. « Venez, écrivait
en son nom un poète du temps, venez le jeudi dans mon palais. Grimpez échelon par échelon et prenez bien garde de ne vous point rompre les os. Sans payer un liard à moi-même ou à mon
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épouse, asseyez-vous tout là-haut, muets comme des souris, et vous entendrez un joli tapage. » Musique instrumentale et vocale, c’était de la musique de chambre, et de quelle chambre! étroite et si basse, qu’on avait peine à s’y tenir debout.
A Londres jusqu’alors, voici ce qu’était un concert : « Aujourd’hui, 4 février 1674, à la taverne de la Toison, près Saint-James, à deux heures de l’après-midi, rare concert par quatre trompettes marines, instrument encore inconnu en Angleterre. Prix des places : les meilleures, un shilling, trois pence les autres. » Quatre ans plus tard, les maîtres de l’époque : les Banister, les Hart, les Pepush et Hændel lui-même faisaient de la musique toutes les semaines dans la soupente d’un charbonnier. Parmi les invités, on remarquait les comtes de Pembroke et d’Oxford, le duc de Devonshire et la belle comtesse de Queensbury.
Cela dura près de quarante ans, non sans étonner et même choquer un peu le cant britannique. Hawkins écrit avec dédain : « La première réunion qu’on puisse appeler concert se tint en des circonstances plutôt faites pour avilir