INTRODUCTION ET BIBLIOGRAPHIE
Le moment est venu sans doute, à un siècle de distance, d'étudier l'histoire de Napoléon avec une parfaite impartialité. Plus près de son personnage, il fut difficile, à en juger par les ouvrages que nous avons, de se dégager de tout sentiment de haine ou d'admiration à son égard, et la vérité en fut longtemps plus délicate à démêler. Il faut peut-être quelque indifférence à l'exactitude de l'observation historique.
Les Italiens, semble-t-il, parmi tous les peuples de l'Europe, auraient pu les premiers rendre à l'œuvre de Napoléon la justice qui lui est due. Car, s'il leur fit attendre l'unité et l'indépendance qu'ils espéraient de lui, ils lui doivent pourtant la renaissance de leur nationalité. Mais, retombés après lui sous le joug de l'Autriche et de la papauté, il leur fut difficile de témoigner leur reconnaissance à celui qui fut au xix" siècle le premier roi d'Italie, et leur littérature historique fut pauvre jusqu'à ces derniers temps. L'histoire a besoin de la liberté.
Les Allemands peuvent oublier le mal qu'il leur a fait, maintenant que leur unité est achevée. Ils ont de la peine pourtant à admettre qu'il ait contribué en quelque manière à ce grand œuvre. Ils en veulent attribuer toute la gloire exclusivement à leurs grands hommes. Leur école historique ne doit pas ses meilleures qualités au caractère étroitement Driault. — Napoléon. i
2 LA I»OLlTIQUE ORIEISTALE DE RAPOLEON
national dont, depuis la mort de Gervinus, sous Tinspiration des illustres professeurs ïreitschke et Mommsen, elle a tenu à se marquer. Elle gagnerait à s'abstraire de la complaisante contemplation de la Grande Allemagne des Hohenzollern.
Les Anglais font de Thistoire plus qu'ils n'en écrivent. Ils n'ont consacré à l'Empereur que de |)etils ouvrages, imjîortants d'ailleurs par leur valeur, de Seeley à Lord Uosebery. Ils auraient pourtant quoique satisfaction sans doute à chercher comment ils l'ont vaincu, en considérant que leur gloire est grande d'avoir été ses plus constants et ses plus redoutables ennemis. Ils aiment mieux l'imiter que le raconter.
Quant à nous Français, qui avons plus de facilité pour l'élude de l'histoire impériale, qui avons le devoir de n'en pas lais.ser le soin à d'autres, nous n'oublions pas le mal (ju'il a fait à la Erancc, et qu'il l'a laissée plus |)etile qu'il ne l'avait reçue de la Convention, et que son héritier a continué son œuvre néfaste ; nous n'admirons pas sans réserve les institutions qui datent de lui et qui n'ont pas été imaginées pour assurer le développement de nos libertés. Mais nous nous dégageons lentement de la centralisation administrative qui fut par lui comme un harnais de servitude ; nous reprenons |)eu à |>eu les habitudes d'un gouvernement libre ; nous travaillons k la réparation des malheurs qui ilatent du premier Empire. Nous conservons n)algré tout une secrète admiration de l'œuvre glorieu.se qu'il a accomplie ù la lôte de la Grande Armée, en nous rendant compte qu'il a préparé, et nous par lui, la transformation révolutionnaire de l'Europe ; et nous aurions du regret que cet incomparable rôle, dont le monde subit encore l'action, n'eût pas été joué |)arun Français. Ainsi se produit en nous, à son égard, un mélange de colère et de reconnaissance qui peut se traduire en impartialité, .\ussi bien, sans doute, l'amour de la vérité cl le devoir d'y sacrifier toute considération même nationale, doivent-ils suflire à l'historien.
Car toute la grandeur de l'œuvre na|X)léoniennc est dans son caractère international, plus euroi)écn et même plus