‹ Études NapoléoniennesChapitre 103 sur 177 · A. \an(Jal, IVapoléon et Alexandre /«■', l, a · texte numérisé non relu

A. \an(Jal, IVapoléon et Alexandre /«■', l, a

2. Corr. de Naijoléon. XVI, page 586. — A. Vandal, Napoléon et Alexandre I"'', l, cli. vu.

les bontés qu'elle a eues pour lui et qu'elle a pour mon ambassadeur.

« Votre Majesté aura \u les derniers discours du parioujent d'Angleterre et la décision où l'on y est de pousser la guerre à outrance. Dans cet état de choses, j'écris directement à Caulaincourt. Si Votre Majesté daigne l'entretenir, il lui fera connaître mon opinion. Ce n'est plus que par de grandes et vastes mesures que nous pouvons arriver à la paix et consolider notre système. Que Voire Majesté augmente et fortifie son armée. Tous les secours et assistance que je jwurrai lui donner, elle les recevra franchement de moi ; aucun sentiment de jalousie ne m'anime contre la Russie, mais le désir de sa gloire, de sa prospérité, de son extension. Votre Majesté veutelle permettre im avis à une personne qui fait profession de lui être tendrement et vraiment dévouée ? Votre Majesté a besoin d'éloigner les Suédois de sa capitale : qu'elle élendo de ce côté ses frontières aussi loin qu'elle le voudra, je suis prêt à l'y aider de tous mes moyens.

« Une armée de 5oooo hommes, russe, française, peutêtre même un peu autrichienne, qui se dirigerait ytar Constantinople sur l'Asie, ne serait pas arrivée sur lEuphrate qu'elle ferait trembler l'Angleterre et la mettrait aux genoux du continent. Je suis en mesure en Daliualie ; Votre Majest('' l'est sur le Danube. Un mois après que nous en serions convenus, l'armée jwurrait être sur le Bosphore. Le coup en retentirait aux Indes, et l'Angleterre serait soumise. Je ne me refuse à aucune des stipulations préalables, nécessaires |K)ur arriver à un si grand but. Mais l'intérêt réciproque de nos deux États doit être combiné et balancé. Cela ne peut se faire que dans une entrevue avec Voire Majesté, ou bien après de sincères conférences entre Roumiantzov et Caulaincourt, el l'envoi ici d'un homme qui fût bien dans le système. M. de Tolstoï est un brave homme, mais il est rempli de préjugés et de méfiance contre la France, et est bien loin de la hauteur des événements de Tilsit et de la nouvelle position où l'étroite amitié qui règne entre Votre Majesté cl moi a placé l'univers. Tout peut être signé et décidé avant le i5 mars. Au i*"*" mai, nos troujws peuvent être en Asie, el à la même époque les

l'armistice de SLOBODZIÉ 2^7

troupes de Votre Majesté à Stockholm. Alors les Anglais, menacés dans les Indes, chassés du Levant, seront écrasés sous le poids des événements dont l'atmosphère sera chargée. Votre Majesté et moi aurions préféré la douceur de la paix et de passer notre vie au milieu de nos vastes empires, occupés de les vivifier et de les rendre heureux par les arts et les bienfaits de l'administration : les ennemis du monde ne le veulent pas. Il faut être plus grands, malgré nous. Il est de la sagesse et de la politique de faire ce que le destin ordonne et d'aller oii la marche irrésistible des événements nous conduit. Alors cette nuée de pygmées, qui ne veulent pas voir que les événements actuels sont tels qu'il en faut chercher la comparaison dans l'histoire et non dans les gazettes du dernier siècle, fléchiront et suivront le mouvement que Votre Majesté et moi aurons ordonné, et les peuples russes seront contents de la gloire, des richesses et de la fortune qui seront le résultat de ces grands événements.

« Dans ce peu de lignes, j'exprime à Votre Majesté mon âme tout entière. L'ouvrage de Tilsit réglera les destins du monde. Peut-être, delà part de Votre Majesté et de la mienne, un peu de pusillanimité nous portait à préférer un bien certain et présent à un état meilleur et plus parfait ; mais, puisqu'enfin l'Angleterre ne veut pas, reconnaissons l'époque arrivée des grands changements et des grands événements. »

Cette lettre est incontestablement d'une très haute inspiration. Napoléon n'en écrivit peut-être jamais de plus éloquente. Elle renferme plus de belles phrases que d'engagements précis : elle annonce, comme les oracles, les grands événements et les grands changements dont l'atmosphère est chargée ; elle soulève un coin du voile qui cache les destinées du monde, comme si Napoléon en était le grand régulateur. Mais on n'est pas obligé d'attribuer à ces belles expressions un sens ferme, puisqu'elles sont volontairement vagues. Pas davantage on ne prendra au pied de la lettre les protestations « d'étroite amitié » où l'Empereur se plaît, ni cette assurance qu'il n'est animé que « du désir de la gloire, de la prospérité et de l'extension de l'empire russe ». Il faut passer sur ces formules et venir aux faits.

On noiera qu'il n'y est pas question de l'évacuation de la" Prusse, qui était à ce moment, depuis deux mois, le fond du débat entre les cours de Paris et de Pétersbourg, la cause principale de l'anxiété du gouvernement russe et notamment du comte Tolstoï. Cela seul empêcherait de considérer celle IcUre comme le signal d'un revirement nouveau dans la poli tique impériale ; elle n'a pas plus ce caractère que ne l'avait la confidence théâtrale de Tilsil au sujet du décret de la Providence qui disait (pie l'empire turc ne pouvait plus exister'. Napoléon n'abandonne rien de ses avantages, ne fait aucun sacrifice à la Russie. Il demande le ra|)jx'l de Tolstoï qui ne veut s'intéresser qu'à la Prusse, qui se défie de toute caresse, dont la haine est importune et |)out-étre trop clairvoyante.

Il est question à plusieurs reprises de la Suède et de Slockholm d'une part, de l'Asie et des Indes d'autre part, nulle part de Constantinople ni de la Turquie. Le Bosphore est nommé, non comme un but, mais comme le chemin de l'Asie oiî l'on veut entraîner les Busses. Les domaines où Napoléon jKDusse le tsar sont très éloignés géographiquement ail nord et à l'est, comme s'il se réservait ce qui est en deçà, toute l'Europe, et se refusait à en parler. Même de cette lettre destinée à resserrer les liens d'amitié avec le tsar, il serait possible de conclure que Napoléon n'était pas disposé à admettre la Bussie autre part que vers Stockholm et vers l'Asie ; il n'y est même pas question, comme à Tilsil, à l'article 8 du traité d'alliance, d'en finir avec la Turquie, « de soustraire toutes les provinces de l'empire ottoman en Europe, la ville de Constantinople et la province de Bomélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs* ». Et jK)urlant les termes fixés par cet article étaient échiis ou près de Pélre.

Sans doute Caulaincourt élait autorisé à entrer en confé rences avec le chancelier de Bussie ; mais nous verrons que ces conférences n'aboutirent à rien, et la lettre du a février ne prenait en eflct à ce sujet aucun engagement, de quelque sorte que ce fût. Sans doute Napoléon ne se refusait « à aucune

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