S. Talislclief, Alexandre /•="■ et Napoléon, p. ago
g^/j l.V POI.rri(,H K OIUENT.VLE DE NAPOLÉON
d'Alexandre, la grande-duchesse Catherine, clail 1res populaire par son nom et par son caractère. Paul I"' avait été étranglé en 1801 pour de moindres causes. Le tsar courait réellement le risque d'une révolution et de la vie même. 'Son seulement pour le maintien de l'alliance franco-russe, mais encore pour la sécurité d'Alexandre, il fallait (ju'il ohtînt (juelque satisfaction, au plus tôt.
Le blocus continental était préjudiciable déjà au commerce russe dont les transactions alors se faisaient surtout avec l'Angleterre. Tant que durerait Tliiver, ce préjiidice ne serait pas sensible, les vaisseaux anglais à chaque saison étant éloignés par les glaces autant que par le blocus. Mais chaque année au printemps, c'était la coutume que la Russie reçAt, par la mer Baltique principalement, d'importantes cargaisons de marchandises de toutes sortes, nécessaires à la suhsistancr, au luxe, à toutes les habitudes de la société russe, et notamment de la classe noble. 11 était à prévoir ol à rcdoulrr(ju'alnrs l'opposition à la politique du tsar Alexandre ne prît un caractère absolument menaçant et ne mît en danger son ln*»ne et son existence.
C'est pourquoi, depuis (|u'il a déclaré à Caulaiii» mirl (ju'ij ne voulait pas laisser la Silésie à la France et qu'il von lait garder la Moldavie et la Valachic, il s'impatiente, il s'énerve, il s'irrite, il a de vifs entretiens avec rand)assadour, des scènes de colère mêlées de subites caresses, en altendani les réponses définitives de Napoléon.
Janvier se passe, et la correspondance diplomali(|ue du gouvernement français roule toujours sur la «pieslion de la Silésie. Les semaines s'écoulent; l'opinitMi s'érueut plus vivement à Saint-Pétersbourg ; (îaulaincourt a quehjues succès pci-sonnels dans la société russe, mais ils ne siillisrnt pas à faire oublier l'inutilité et les charges de l'alliance française, o La corde est tendue de plus en plus. » L'alliance sera brisée dès le printemps prochain, si elle ne se présente pas de nouvelle façon. Savary et (iaulaincourt sont d'accord jMiur donner à cet égard à Najwléon les avertissements les plus jiressants'.
I. S. Talistchef, Alexandrf /'•'' et \apoléon, 2(k>-a75. — \. Vandal. \npolron et Mexamlre Z'', I, ai5 : I^cllre de (>aulaincourl à Napoléon.
l\rmistice de slobodzié 245
Napoléon est moins ému des sentiments que ses deux ambassadeurs ont éprouvés à Saint-Pétersbourg. Il sent Futilité de Talliance russe ; mais il n'y veut faire que les moindres sacrifices ; il ne veut point s'y donner tout entier ; il essaie de contenir l'ambilion du tsar par un savant équilibre.
Il espère quelque entente avec l'Autriche ; car elle n'a pas intérêt à ce que la Russie soit puissante dans les Balkans ; elle a intérêt à lui barrer la route de Constantinople '.
Il espère surtout que l'Angleterre enfin se résignera peutêtre à traiter. Car le blocus continental lui est assurément terrible, et l'accord de la Russie et de la France lui ménage de grands dangers, en Europe ou en Asie. Si des négociations aboutissaient entre la France et l'Angleterre, Napoléon n'aurait l)as besoin de rien sacrifier à l'alliance russe. Il ne se nourrit point de sentiments ; peu lui importe que la société de Saint- Pétersbourg pense ceci ou cela de l'alliance française, que l'empereur Alexandre coure danger de révolution ou de mort, ce ne sont point ses affaires ; il ne s'occupe que de ses propres intérêts et ne s'encombre point de générosité.
Mais l'Angleterre ne veut pas traiter. Bien loin de s'effrayer du blocus ou de paraître disposé à des pourparlers, le gouvernement de Londres, en son discours du trône, à l'ouverture de la session de janvier 1808, s'inspire de la résolution la plus belliqueuse. Il est donc nécessaire que Napoléon garde et ménage l'alliance russe, et il adresse à l'empereur Alexandre la fameuse lettre du 2 février 1808.
Elle est une date importante dans l'histoire de la politique orientale de Napoléon. Il y a même été attribué une telle signification, peut-être exagérée, qu'il est nécessaire de la re[)roduire encore et de l'analyser'.
« Monsieur mon frère, le général Savary vient d'arriver. J'ai passé des heures entières avec lui pour m'entretenir de N otrc Majesté, Tout ce qu'il m'a dit m'a été au cœur, et je ne veux pas perdre un moment pour la remercier de toutes