LES FRANÇAIS SUR LA COTE DE L ADRIATIQUE
rexportation des denrées de l'Albanie pour les Iles ; il avait «nvoyé un agent à Malte auprès des Anglais. Tout cela était d'autant plus grave que cela concordait avec l'attentat d'Antivari et paraissait indiquer un système concerté entre quelques autorités ottomanes*.
Ces réclamations du gouvernement français, le passage des officiers français à Antivari, l'arrivée de l'amiral Ganthcaume à Corfou, la confusion que quelques-uns faisaient du général César Berthier avec son frère Alexandre Berthier, le chef de l'état-major de Napoléon, et la croyance ainsi fortifiée que l'Empereur préparait à Corfou une grande opération militaire, enfin les ambitions des pachas d'Albanie intéressées à la diffusion de ces bruits vrais et faux, tout cela entretenait dans ces régions une continuelle et très vive émotion contre les Français. Des bouches du Danube aux Sept- Iles, les Turcs se croyaient et se sentaient enserrés dans le cercle d'une gigantesque entreprise franco-russe et se débattaient contre une invasion suprême qu'ils croyaient prochaine.
Ali-pacha, particulièrement inquiet parce qu'il voyait ses propres desseins noyés dans des conceptions plus grandioses, entretenait contre le gouvernement français un vaste système d'intrigues et de mensonges. Cela résulte d'un mémoire de Julien Bessières, commissaire impérial dans les îles Ioniennes ^ Ali fait venir de Malte un graveur anglais pour contrefaire le sceau du ministère français des relations extérieures et la griffe de M. de Champagny, le sceau de l'ambassadeur de France à Constantinople, celui de Marmont avec sa griffe, le sceau et une griffe du général Donzelot, nommé gouverneur des îles Ioniennes en remplacement de César Berthier, le sceau des consuls de France à Scutari, à Janina. Il envoie ces sceaux aux pachas voisins pour qu'ils puissent violer le secret des correspondances françaises ; si ces correspondances ne sont pas suffisamment intéressantes,
1. AfT. élr. Corr. de Turquie, Champagny à Muhib-eflendi, copie clans une dépêche de Champagny, 11 mai 1808, de Bayonne.
2. Aff. ctr. Turquie, Mémoires et Documents, i8oo-i8i3. Mémoire de Julien Bessières, daté de Corfou, 30 septembre 1808, f°* 249-274.
il en fabrique d'autres, y expose tout au long les projets prétendus d'un prochain partage de l'empire ottoman entre la France et la Russie, les expédie sous les sceaux français au divan de Constantinople, aux chefs des janissaires. Il n'est pas surprenant que Sébastiani ail rencontré parfois des diQicultés auprès de la Porte, surtout si l'on considère que les person nages qu'Ali trompait ne demandaient qu'à être trompés et prenaient soin de ne pas s'en apercevoir.
Dès le lendemain de Tilsil, le pacha avait congédié sans honneurs et dénués de tout les canonniers français que l'Empereur lui avait envoyés pour défendre son pachalik contre les Kusses. Le consul de France fut entouré d'espions ; ses dépêches furent interceptées et violées continuellement ; il fut réduit à s'enfermer dans sa maison pour ne pas être insulté dans la rue. A l'arrivée des Français dans les Sept-Iles, tous les ports de l'Albanie furent fermés.
Tout au contraire les meilleures relations s'établirent aussitôt entre le pacha el les Anglais. A la fin de 1807, Ali envoie à Malte un marchand, Janny de Calavrita, pour in viter les Anglais à former une entreprise contre les Sept-Iles. En janvier 1808, le major anglais Leke arrive en Albanie : il a de nombreux entretiens avec le pacha et signe avec lui une convention d'alliance : l'.Xngletcrrc paiera à Ali la solde de 10 000 Albanais, destinés à agir contre les îles; après \i\ conquête et l'expulsion des Français, Parga, Sainte-Maure et Ithaque appartiendront au « vizir » et il lui sera donné en outre un subside pour réunir les pachas de la Roumélie au parti de l'Angleterre et entraîner les ministres de la Porte dans une guerre contre la France. Le pacha se rend alors à Prevesa avec le major Leke ; des vaisseaux anglais y appor tent des canons, des munitions, de l'argent. Leke s'embarque pour Malte (avril 1808).
Il revient en mai et ne conununiquc point au pacha dttrès bonnes nouvelles : l'Angleterre, occupée de mettre la Sicile en état de défense, ne peut en ce moment seconder les projets d'Ali sur les îles Ioniennes. Peut-être faut il jienser que l'Angleterre voulait bien inquiéter les Français des Sept-IIes, les empêcher d'agir sur l'empire turc, et se