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LES FRANÇAIS SUR LA COTE DE L ADRIATIQUE

servir pour cela d'Ali ; mais qu'il ne lui plaisait pas d'établir la domination d'Ali sur les îles ; elle préférait y préparer lentement sa propre installation. On sait qu'elle devait arriver à ses fins quelque temps après. Ali-pacha fut d'abord consterné de ce contretemps ; il dut, malgré son impatience, remettre à plus tard la satisfaction de son ambition et se contenter de rendre aussi intenable que possible la situation des Français de Corfpu ; les barques de ravitaillement qui allaient de la côte à l'île furent sans cesse arrêtées et détruites ou livrées aux Anglais, notamment un jour [\o à 5o barques chargées de vin. Des signaux le long des côtes, à coups de canon dans le jour, avec des feux la nuit, prévenaient les croisières anglaises du passage des barques. Du 20 juin au 6 juillet 1808, 427 bœufs destinés aux Français furent con fisqués par le pacha et leurs conducteurs arrêtés ; cinq barques de bœufs furent coulées dans le golfe de la Vallona par des bâtiments anglais que les gens d'Ali avaient prévenus. Margariti, caporal dans les chasseurs septinsulaires, fut dans le même temps arrêté et emprisonné, parce que le pacha le soupçonnait d'avoir des lettres pour le consul de France.

Le consul réclama la liberté des prisonniers et notamment de Margariti. Ali répondit « qu'il ne reconnaissait pas les habitants des Sept-Iles pour les sujets de l'empereur des Français et qu'il prétendait les traiter en rayas toutes les fois que cela lui conviendrait ». Les Anglais descendaient presque chaque jour à Mética, village sur la côte près de Prevesa ; ils recevaient des habitants ou leur donnaient à leur tour des repas abondants ; ils débarquaient de la poudre, des lîoulets, des canons. Le 6 juin, ils y débarquèrent neuf caisses pleines d'argent; le 16, la plus grande partie de ces sommes fut expédiée à Divan-eflendi et Marin-Oglou, agents d'Ali à Gonstantinople, pour être distribuée aux membres les plus influents du divan, aux principaux ministères de la Porte. •

Ainsi Janina était devenue le centre de l'opposition aux desseins qu'on attribuait au gouvernement français ; Alipacha, soutenu par les Anglais, était le principal agent de

celte hostilité et son action s'étendait tout le long de la côte de l'Épire et de l'Albanie jusqu'à ConsLmtinople. Il dressait une barrière devant la politique de Napoléon.

De la Grèce à la Dalmalie toutes les provinces turques étaient troublées par les intrigues des ennemis de la Franco et les inquiétudes que causaient les projets de l'Huipercur, d'autant plus redoutables qu'ils étaient inconnus. La pclitr république de Raguse était particulièrement agitée ; elle ne cessait de protester contre l'occupation française, faisait appel à la suzeraineté ancienne du sultan ; ses habitants appelaient la France leur mauvais génie et demandaient à se faire Otto mans, même Musulmans'. Elle envoyait un député au pacha de Traunik, se j)laignait vivement des Français qui avaient envahi son territoire, abattu les armes de saint Biaise, son vénéré patron, mis sous séquestre le trésor de la République, malgré le protectorat de la Porte'. Un sénateur de la petite République, Natali, porta ces réclamations jusqu'à Conslan tinople et y fut bien accueilli dos ministres turcs. Mais Sébastiani exigea son arrestation, qui fut accordée'.

Toute la Bosnie, assiégée on quelque sorte par rinflucnco française, se croyait la première menacée d'une invasion do l'armée de Marmont et en était toute enfiévrée. Le consul français de Traunik, David, exprime cet état d'esprit dans des dépêches fréquentes et longues. La plupart sont intéres santés ; leur auteur y répète tout ce qu'il entend ; il n'y a pas certes à y ajouter toujours foi ; mais ce commérage esl curieux par endroits ; il donne une idée de la situation mo raie des provinces qui se trouvaient au voisinage de loin pire français. Écoutons-le un moment.

Le premier pacha de Traunik avec lequel David dès son arrivée se trouva en rapports, Krousserof-Mohémct, était unami de la France, et il témoigna toujoiirs au consul une franche amitié. Cela ne l'empêcha pas — car il semble bien qu'il était sincère — d'être étonné et mal satisfait de la conclusion de l'alliance franco-jussc, et à cette occasion il laissait

I. AIT. élr. Gorr. de Turquie, Dépêche de Davi<l, i" janvier 1808.

a. Id., id. de David, aâ janvier 1808.

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