‹ Études NapoléoniennesChapitre 118 sur 177 · Id., id., Dépèclie de Mériage, 4 février · texte numérisé non relu

Id., id., Dépèclie de Mériage, 4 février

Driault. — Napoléon, 19

290 L\ l'OUTIQUE ORIENTALE DE NAPOLEON

miantzov, et Tambassadcur de France à Pélersbonrg, M. de Oaulaincourt, traçaient sur la cartç les premières lignes du partage de l'empire ottoman. Le tsar Alexandre avait lu la lettre du 2 février 1808 avec une joie non dissimulée ; il était heureux, après de longues inquiétudes, que Napoléon parût dès lors disposé à entreprendre une grande expédition francorusse contre l'Inde anglaise, plus heureux encore que cette expédition dût avoir pour préamhule un partage de l'empire ottoman. Il demanda à entrer aussitôt en conversation avec l'ambassadeur français Caulaincourt, non pas sur l'expédition de rinde — il n'avait pas liAledes'en occuper — , mais sur le partiige turc. Caulaincourt avait reçu de Napoléon des instructions spéciales qui l'y autorisaient.

Il serait intéressant de connaître le texte intégral do ces instructions ; on y découvrirait peut-être sur la pensée do l'Empereur des renseignements plus précis que dans l'élo quente lettre du 2 février. Il est intéressant du moins d'obser ver, comme le fait M. Vandal ', que « les lettres écrites j)ai Napoléon i\ Caulaincourt, [tendant la mission de ce dernier ou Russie, n'ont pas été retrouvées jusqu'à présent à de très raros exceptions près ». Faut-il supjK)ser, comme M. Tatistchof*, « qu'elles ont été brûlées h Nilna, par ordre de Napoléon, en décembre 181 2, pour ne pas tomber au |K)uvoirdes Russes » > Il en faudrait peut-être conclure que les instructions envoyée^ k Caulaincourt étaient moins satisfaisantes pour la Russie que la lettre adressée au Lsar ; mais il faut se garder d'entrer dans la voie des hy|K)thèse8, au risque de ne pouvoir donnei la solution du problème avec une complète certitude. Aussi bien les faits ac(}uis sont-ils suHisants pour y jeter quelque lumière.

Du 2 au 12 mars, se développèrent presque quotidiennement « les Entretiens de Saint Pélersl)ourg », soit entre Caulain court et le chancelier Roumiantzov, soit même entre Caulain court et Alexandre I•^ Le sens en est connu très sufiisam ment par les rapports très détaillés qu'en a adressés Caulain -

I. A. Vandai, Napoléon et Alexandre I""^, I, p. a65, doIc. a. S. Tatistchef, Alexandre I" et Napoléon, 3ii, note.

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court à l'Empereur*. Il fut bien entendu dès le début que ces entretiens ne pouvaient avoir qu'un caractère provisoire, qu'en tout état de cause ils ne devaient pas aboutir à un contrat quelconque, que Napoléon réservait une véritable négociation à une entrevue qu'il devait avoir personnellement plus tard avec le tsar. Les Russes tentèrent souvent d'établir un accord sur certains points reconnus comme acquis ; Caulaincourt refusa de se prêter à quelque engagement que ce fût. Il y eut d'intéressantes discussions, rien qui ressemble à une conversation diplomatique en vue d'un résultat ; ce ne furent que des entretiens, comme à ïilsit ; ce fut la continuation par Caulaincourt des séduisantes paroles de son souverain.

Alexandre I"" admit d'abord qu'il ne fut point question de Constanlinople, que, si elle était enlevée au sultan, elle fût établie en une sorte de ville libre, de petit état neutre. Puis Caulaincourt et Roumiantzov se mirent à partager, à envisager toutes sortes d'hypothèses, l'hypothèse d'un partage restreint, puis l'hypothèse d'un partage intégral de toute la Turquie d'Europe, puis l'hypothèse d'un partage de tout Tempire ottoman en Asie comme en Europe. Ce fut un beau débat, non pas très passionnant, puisqu'il était établi qu'il ne pouvait aboutira rien, une sorte de discussion académique, assaisonnée de temps en temps de fines remarques, un jeu d'esprit de la plus exquise courtoisie ; on ne peut se défendre, à certains endroits, dépenser que Caulaincourt s'amuse ;de chancelier russe discutait plus sérieusement.

Roumiantzov, rappelant les paroles de Tilsit, demanda pour la Russie la Moldavie, la Valachie, la Bulgarie ; Caulaincourt admit que ce devait être le lot de la Russie, et réclama pour la France, l'Albanie, la Morée, Candie. On s'entendit moins bien sur la Serbie, que le Russe demandait pour lui, que le Français demandait pour l'Autriche, car ils étaient d'accord que les deux empires alliés ne pouvaient pas être de trop proches voisins ; ils voulaient être unis, mais de loin. Roumiantzov alors proposa que la Serbie fût attribuée à un archi-

1. Rapports et lettres de Caulaincourt du 26 février au 16 mars 1808. Ces pièces ont été publiées par M. Vandal dans la Revue d'histoire diplomatique, i<"' juillet 1890.

Vtgi LA POI.ITIQIE OHIE^TALE DE NAPOLÉON

duc autrichien, qui épouserait une grande-duchesse russe, laquelle grandé-duchesse étant de religion grecque serait fort bien accueillie des Serbes, orthodoxes aussi ; leurs enfants. |K)ur cette raison .religieuse, seraient élevés dans la religion grecque : on ne dit point quels seraient au juste le père et la mère de ces enfants. Caulaincourt écoutait cela avec inté rèt et ajoutait : « J'abonde dans votre sens ; aii reste, vous savez que je n'ai pouvoir ni pour vous accorder ni pour vous refuser'. » Dans ces conditions il pouvait tout écouter. Encouragé, le chancelier demanda Constantinople. Caulain court se récria, fil valoir la gravité «le la question : « Quell»* position, on peut dire, sur deux parties du monde ! Ce sont de ces idées avec lesquelles il faut se familiariser |K)ur oser en parler! » Deux ou trois jours après, il était familiarisé, et consentait qu'en eflet Constantinople ferait bien dans le lot de la Russie, mais estimait qu'il fallait un équivalent dans le lot de la France, que ce ne pouvait être que les Darda nellcs. Roumiantzov ne voulut point l'admetliv : Consinnii nople sans les Dardanelles ne pouvait avoir aucune utililé : la France aux Dardanelles pourrait encore fermer la Médi terranéc aux Russes. C'était bien ce que prétendait le gou verncment français ; il ne voulait pas laisser la Russie étendre son influence sur les pays du Levant ; c'aurait été do sa part une véritable abdication ; des gouvernements moins puissants que celui de Napoléon P*" s'y sont depuis toujours refusés. Là était en eflet le nœud de la (jucslion ; il était insoluble. Cela setil sufllrait à marquer le caractère oiseux des Entretiens de Saint Pétcrsbourg. Il fallut laisser cettr question sans solution, la réserver à l'onlrcvue dos doux souverains; cette réserve était bien inutile; une entrevuo «|uelconque, dans quelques circonstances que ce fi^l, ii«' pouvait trancher ce nœud. On se contenta i\c résumer on deux colomies les idées du chancelier russe et colles de Tarn hassadcur de France; ce fut l'objet de la dernière conversa lion, celle du i'?. mars 1808*. Caulaincourt répéta au tsar

I . Happort n" ao. — Cf. Nandal, \apoléon et Alexamlre A'"", I, p. aStj. a. Rapport do Caulaincourt, n" a'i, ta mars iM^.

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