Id., id., Ruftin à Talleyrand, 5 juillet
6o LA POLITIQLE ORIENTALE DE NAPOLÉON
Voici les brèves notes dictées par l'Empereur :
i» Inspirer confiance et sécurité à la Porte; la France ne veut que la fortifier.
2° Triple alliance de Moi, Porte et Perse contre Russie.
3° Pas d'arrogance, de l'amitié. Tâcher que la Porte communique à l'ambassadeur les demandes de la .Russie et de rAnglcterre.
Ix" Je ne soutiendrai nulle part des rebelles.
5° Que la liaison avec la Porte apparaisse nettement i\ la Russie, à l'Anglelerre, à toute TEuropo.
6° Jeter de la défaveur sur la Russie ; aucune intimité avec sa légation.
7" Fermer le Bosphore aux Russes, fermer tous les jx^rts, rendre 5 la Porte son empire absolu sur la Moldavie et la Valachie.
8° Je ne veux point partager l'empire de Conslanlinople; voulût-on m'en offrir les trois quarts, je n'en veux point. Je veux ralTcrmir et consolider ce grand empire et m'en serNir tel quel comme opposition à la Russie'.
Cela est clair : Napoléon ne veut j)oint partager la Turquie avec qui que ce soit ; il veut la conserver, soit pour y maintenir à la France la suprématie commerciale que lui assurent les anciennes capitulations, soit pour y développer son influence politique, la prendre sous sa protection, l'absorber peu à peu dans son enipire, « s'en servir ». Il semblait (pie ce ne dût pas être beaucoup plus diflicile que d'absorboil'Allemagne où s'organisait k ce moment même la Confédération du Rhin (12 juillet i5o6).
Sébasliani partit aussitôt |>our Constantinople. II était \v 10 juillet à Vienne, sa femme assez mal portante, le 2S à Bucharest. Sur ces entrefaites, le 20 juillet, la paix était signée entre la l'rance et la Russie par Clarkc et le baron d'Oubril, agent russe à Paris; c'est ce que l'on appelle le traité d'Oubril. La Russie abandonnait Catl^iro aux Fran(;ais, reconnaissait l'indépendance des Sept Iles. Raguse aussi devait être de nouveau indé|M;ndante sous la garantie de la
1. Aff. ùlrangire», Corr. do Turquie, ao juin iS<>(». — L* rédaction de Tallejrand csl datée du ai juin.
SÉ13ASTIAM AMBASSADEUR A CONSTAîNTINOPLE 6l
Porle. La France et la Russie garantissaient ensemble l'indépendance «et rintégrilé de l'empire ottoman.
Cet accord aurait pu mettre Sébastiani dans un grand embarras ; car il enlevait à ses instructions une bonne partie de leur signification. Napoléon obtenait sans coup férir un résultat précieux en Orient : la Russie abandonnait toutes ses positions dans la mer Méditerranée, se retirait dans la mer Noire, désavouait implicitement toutes les tentatives de rébellion des provinces turques. Dans le même temps, Napoléon devenait le maître de l'Allemagne occidentale, négociait la paix avec le gouvernement anglais alors dirigé par Fox. La paix générale semblait prochaine : Austcrlitz semblait avoir suffi pour fonder la prépondérance de Napoléon sur l'Europe.
Il n'est pas surprenant que le traité d'Oubril n'ait pas été ratifié par le tsar et que son signataire ait été immédiatement désavoué et rappelé. Talleyrand en informait Sébastiani le lo soplombre suivant : « Le refus de ratification, disait-il, vient des dispositions favorables à la Porte : la Russie ne veut pas garantir son indépendance, ni celle de Raguse, ni abandonner les Monténégrins. Elle ne veut pas que l'empire ottoman soit consolidé ; elle voudrait y entretenir toujours des désordres et saisir la première occasion d'attaquer le pays affaibli par ses divisions. Il faut donc agir énergiqueraent, fermer le Bosphore aux Russes, les empêcher de cerner la Turquie de toutes parts de leurs menées'. »
Les instructions de Sébastiani reprenaient ainsi toute leui* valeur. Même le refus de ratification était une nouvelle offense que Napoléon ressentit vivement. Fox mourut et les négociations anglaises furent interrompues. La Prusse entra à son tour dans la lutte et forma avec la Russie et l'Angleterre la quatrième coalition. La situation politique devenait plus sombre que jamais ; les hostilités en eurent une ardeur plus passionnée. Constantinople fut tout à coup l'un des champs de bataille du conflit oii toute l'Europe s'engageait. La mission de Sébasiiani prenait une importance capitale.
I . A(T. élr. , Corrcsp. de Turquie, Talleyrand k Sébastiani, lo septembre