Id., id., Talleyrand à Muhib-eirendi, 3o juillet i8o
58 LA POUTIQUE OBIEÎfTALE DE NAPOLÉON
elle était favorable aux entreprises de la Russie et de TAutiiche. Un agent des administrations militaires au 7" corps de la Grande Armée, d'Aubignosc, adressa à Talleyrand un mémoire sur ce sujet. Il convenait, disait-il, d'envoyer des officiers français |X)ur commander les troupes turques en Serbie et pour empêcher les horribles massacres qu'elles ne manqueraient pas de commettre par esprit de vengeance. En échange de ce service, la France pourrait recevoir Rhodes et d'Aubignosc le vice-consulat de Belgrade. Talleyrand ne fit pas état de ces propositions ; mais Napoléon no tarda |)as à offrir le concours des troupes françaises au sultan \
Déjà en prenant iK)ur point de départ la Dalmalie et Venise, il opposait résolument rinfluence française à Tinfluence russe. David, chargé daiTaires de France près de Tordre de Malte à Rome, était nommé vice-consul à Traunik, alors résidence du pacha de Bosnie, invité à se rendre immédiatement à son poste, alin d'étudier les dispositions du pacha au sujet des ojjéralions que l'on pourrait diriger contre les Serbes et les Monténégrins'. Parant était nommé sous commissaire des relations commerciales, à Bucharest. Reinhard, ministre plénipotentiaire, conseiller d'Kli\t, était envoyé à ^assy, comme commissaire général des relations commerciales dans les provinces ottomanes au-delà du Danube. Napoléon aimait à cucher ses entreprises politiques sous les apparences de missions commerciales. Un jeune officier, Falcowski, originaire de Kaminiec, fut chargé d'explorer le Dniestr de la mer à (Ihoc/im, de se rendre compte de la situation des Russe* dans ces régions et de l'état des défenses le long de cette rivière cl le long du Pruth '.L'action de la |K>litique na|>o léonienne, de la Bosnie au Dniestr, s'opposait nettement à celle dv. la politique russe, dressait une barrière le long du Danube.
Mais il fallait surtout se mettre d'accord avec la Porte,
I. AIT. <^tr.. Corr. de Turqiiio. Mc'moirc d'Aubignosc. t aoAl ; — Mémoire Du liouclicl. 16 aoiU ; — LoUres d'Aubignosc. a8 août, 8 »epicmbre.
a. W., id., Talleyrand à David, 4 aoiU 180G.
3. Id.. id., RutTui à la Porte, 6 juillet ; —Talleyrand k Sébaaliani, 3i juillet.
SÉBASTIANI AMBASSADEUR A COINSTANTINOPLE 5c^
contracter avec elle une étroite alliance. Elle s'y montrait dis- |:)Osée, mais redoutait les colères de TAngleterre et de la Jlussie. Il lui était difficile de se tenir en équilibre entre la France et les ennemies de la France. Cependant, après Austerlitz, il n'eût pas été prudent de se refuser plus longtemps aux avances de Napoléon ; une ambassade extraordinaire lui fut envoyée, pour lui porter la reconnaissance officielle de son titre impérial par le gouvernement ottoman. On a vu plus haut que Napoléon affecta de donner une exceptionnelle solennité à cette cérémonie ; il voulait forcer la Porte à se prononcer franchement pour lui.
Les manifestations les plus cordiales furent alors échangées. Durand, porteur d'eau, demeurant Chaussée de l'Ecole Militaire, demandait l'intervention de Talleyrand pour être payé de l'eau fournie à l'ambassade ottomane pendant 12 mois 1 1 jours, à 80 francs par mois, soit 1289 fr. 6 s. 4 d., plus 3oo francs d'un ancien mémoire: il ne faut pas oublier que le Coran défend l'usage du vin'. On arrangea cette affaire et on évita des ennuis à l'ambassadeur. Le gouvernement de Constantinople annonçait le prochain envoi à Paris de treize portefeuilles en maroquin, trois grands avec leurs serrures pour l'Empereur, pour le prince Eugène et pour Talleyrand, les autres plus petits pour l'impératrice, les dames et les princesses de la cour^. Le 20 juin. Napoléon envoyait une lettre autographe à Sélim. En même temps Talleyrand adressait des lettres aimables au reis-effendi, au grand-vizir, au prince Alexandre Soutzo, au prince Callimachi, premier drogman de la Sublime Porte. Ce sont là les principaux agents de la politique qui va se développer pendant quelques mois. Mais le véritable représentant de Napoléon en Orient, l'instrument spécialement choisi par lui pour poursuivre l'exécution de sa pensée, ce fut le général Sébastiani.
C'est pourquoi les instructions qui lui furent remises ont une importance particulière. Elles furent dictées par l'Empereur lui-même avant de prendre sous la plume de Talleyrand une forme plus correcte et plus diplomatique.
1. Aff. étr., Corr. de Turquie, Mémoire Durand, 8 septembre 180G.