‹ Études NapoléoniennesChapitre 123 sur 177 · I. Cf. plus haut, p. 3()'i · texte numérisé non relu

I. Cf. plus haut, p. 3()'i

a. Cf. plu» tiaut, p. 278-376.

FIN DE l'ambassade DE SÉnASTIANI 3o5

depuis plusieurs mois. Il était réellement malade, épuisé : « Je ne puis sortir du palais de France qu'en chaise à porteurs. Je ne puis digérer aucun aliment... Je me verrai forcé de renoncer au bonheur de servir Sa Majesté et de rentrer dans l'état de simple citoyen. J'ai fait de grands sacrifices d'argent ; je suis chargé de dettes, presque dans l'impossibilité d'y faire honneur. J'ai perdu mon bonheur intérieur, bonheur que j'avais reçu des mains de Sa Majesté. Je suis presque paralytique. Je me sens entraîné vers ma fia faute de secours, et je trouve bien pénible de perdre la vie d'une manière aussi inutile au service de Sa Majesté '. »

Au moment de fermer cette lettre, il recevait de Paris les dépêches du 5 février ; il espérait y trouver enfin quelques nouvelles agréables aux Turcs, quelques renseignements satisfaisants sur les négociations de Paris. Or il y était dit que Tolstoï n'avait pas encore reçu ses instructions de Saint- Pétersbourg. Les lettres de Ghampagny ne contenaient que de nouvelles plaintes sur la conduite du dey d'Alger et une sèche demande d'intervention de la Porte contre lui.

Sébastiani ne put se contenir. Il rouvrit son courrier et y répandit sa douleur : « J'ai vu avec chagrin qu'au moment où les Turcs viennent de faire ce que Sa Majesté désirait et où ils ont persuadé le peuple en lui donnant l'espoir d'une paix prochaine, il n'est seulement pas question de négociation... Le peuple en l'apprenant peut se révolter, et il sera difficile de lui cacher la situation... Il est impossible de faire l'ambassade avec un peu de considération et de succès auprès d'une cour à qui Ton a fait faire tout ce qu'on a voulu, qui est dans la crainte continuelle d'une révolte, et à laquelle on ne peut donner aucune espèce d'assurance et de consolation. L'armistice finit dans vingt-cinq jours et les Russes attaqueront les Turcs qui sont dans la bonne foi et qui seront pris au dépourvu. Muhib se plaint de ne trouver à Paris aucun appui... »

« Les Turcs se croient sacrifiés et le peu de confiance que pouvait leur donner mon caractère est maintenant usé. J'ai

I. Afl". étr. Corr. de Turquie, Dépêche de Sébastian!, 5 mars i8o8. Driault. — Napoléon. ao

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Tair de les tromper tous les jours et de les livrer sans défense à leurs ennemis. Ce ne peut être la volonté de Sa Majesté que je détruise ainsi l'influence du caractère de l'homme qui a l'honneur de la représenter, et je puis assurer à Votre Excellence que je me vois absolument hors d'élat de rien faire et que tout homme au monde se trouverait dans le même cas s'il était dans ma position. »

Il renouvelait ses instances pour rire rappelé : « De celle façon, je n'aurai point manqué de dévouement et de fidélité à Sa Majesté, et je ne contribuerai pas à la ruine d'une nation qui a été et qui est pleine de bonne foi. Je ne dois pas cacher à Votre Excellence que les malheureux négociants répandus dans les Échelles seront livrés à la mort, si la moindre hostilité est commise avant qu'on les ait retirés du Levant. Je me croirais coupable de leur perte, si je ne parlais avec celle franchise. »

« Je préférerais tout à la situation dans laquelle je me trouve et je regarderais môme comme une faveur précieuse que Sa Majesté me donnât la faculté de rentrer dans l'état de simple citoyen. J'ai exposé avec joie ma vie poiir défendre les Turcs contre les Anglais et je ne puis penser sans une vive douleur que je vais devenir l'instrument de leur [jerle après avoir été témoin de leur fidélité*. »

Quelques semaines après, il disait même : « Je reste désoi mais éloigné des aflaires. C'est autant i\ c^iuse du dé(foiU(\uii m'ont inspiré les dernières que par raison de sanlé que je tiens cette conduite*. » Il avait déjà remis la gérance de l'ambassade à M. de La Blanche.

Les janissaires avaient recommencé leurs menées contre le gouvernement qu'ils accusaient de nouveau de faiblesse et de trahison. Les nouvelles venues d'Albanie, les démêlés entre Ali-pacha et le général C. Berthier mettaient Conslantinople en état d'insurrection ; la surexcitation était générale ; on ne parlait que d'une révolution inévitable si la paix n'était pas signée prochainement.

I. Aff. ctr. Corr. do Turquie. Dépêche do Séba»liani, 5 mars \So8. a. I<i., id.. Dépèche de Sébastian!, 19 avril 1808.

FIN DE l'ambassade DE SÉBASTIANI Soy

C'est au milieu de cette crise que Sébastiani reçut enfin rautorisation dc,rentrcr en France. Elle lui fut adressée par une lettre de Ghampagny, en date du 17 mars : il devait remettre la conduite des affaires à M. de Latour-Maubourg et ramener avec lui à Paris M. de La Blanche, dont l'Empereur attendait des renseignements sur la Perse. Il était invité à donner à la Porte les meilleures paroles ; il devait présenter son voyage à Paris comme un moyen de mieux défendre les intérêts ottomans auprès des négociateurs de la paix. « Vous pouvez même faire remarquer, écrivait le ministre <:jue, si la Russie occiq^e encore la Moldavie et la Valachie, de son côté l'Empereur n'a pas évacué la Prusse, et qu'avec i5oooo hommes sur les bords de la Vistule il est plus à portée de favoriser les intérêts de la Porte que la Porte ellemême qui a à peine 4 000 hommes à Andrinople' ». C'était la première fois que le gouvernement français rassurait aussi sérieusement la Porte et découvrait une légère indication de sa politique générale, de sa volonté de ne pas permettre que la Russie recommençât les hostilités contre les Turcs.

Le gouvernement turc dut s'en montrer satisfait, d'autant mieux qu'au terme de l'armistice de Slobodzié, la lutte en effet ne fut pas renouvelée sur le Danube. Il resta inquiet sur les négociations de Paris, mais il se tranquillisa quelque peu au sujet de la situation militaire. Et Sébastiani fit ses préparatifs de départ au milieu d'une accalmie relative. Il emporta une lettre de Mustapha IV à l'Empereur 011 le sultan exprimait l'espérance qu'en effet l'ambassadeur pourrait mieux à Paris hâter la conclusion d'un traité de paix avantageux pour la Porte et pour l'amitié qu'elle désirait conserver à la France. La séparation de Sébastiani et du divan fut cordiale ; le sultan lui donna un cheval richement caparaçonné, une boîte enrichie de diamants pour Champagny, l'assurance que la Porte resterait fidèle au système français.

L'ambassadeur fut instantanément remis sur pied par la nouvelle de son rappel ; sa santé se rétablit comme par miracle. Il quitta Constantinople le 27 avril. Il était le 4 niai à

I. Gorr. de Turquie, Dépêche de Champagny, 17 mars-3 avril 1808.

3o8 LA POLITIQUE ORIENTALE DE WAPOLÉON

Bucharcst ; il y entretint un moment avec le maréchal Prosorovitch les relations les plus agréables, obtint de lui des facilités pour le commerce français avec la Turquie le long du Danube, et se remit en route avec une hàtc joyeuse, sans crainte de se fatiguer : « Je marcherai rapidement pour rejoindre Sa Majesté et mettre à ses pieds mon resjMîct et mon dévouement. Si j'ai le bonheur de trouver mon auguste maître à Tannée, je donnerai avec empressement jwur son service une vie qu'il a comblée d'honneurs et de biens. Je dois tant à Sa Majesté que je ne sais comment pouvoir lui exprimer ma reconnaissance respectueuse. Que Votre Excellence soit mon interprète ; les bienfaits de Sa Majesté onl dans tous les temps surpassé mes désirs, mes esj>érances et mes vœux. Je suis l'ouvrage de sa bonté ; je consacre mon existence à chercher de la mériter'. »

Il revint par le sud de IWllemagne. Il arriva à Paris le 12 juin. L'Empereur et Champagny étaient alors n Bayonne. M. de La Blanche reçut de li\ l'autorisation d'aller passer quelque temps dans sa famille, « Sa Majesté n'ayant pas actuellement le temps de s'occuper de la Perse*. >» L'Empereur n'avait pas non plus le temps de s'occuper de la Turquie ; il regardait vers l'Espagne : elle allait retenir son allonlion plus longtemps qu'il ne le croyait.

i. AfT. ôlr. (lorr. de Turquie, DiJpèche de SélMstiani, de BucliarcsL 5 mai 1808.

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