‹ Études NapoléoniennesChapitre 126 sur 177 · Correspondance de Perse, 26 août · texte numérisé non relu

Correspondance de Perse, 26 août

2. Cf. A. Debidour, Le (jénéral Fabvier (Annales de l'Est, juillet 1887).

3. Cf. leurs nominations et leurs traitements, Arch. Nat. AF', iv, 1G86, plaquettes 1700, 1780, 1734, I745, 1746.

3l2 LA POLITIQUE ORIENTALE DE NAPOLÉON

Perse directement par l'Arménie. li leur fallut trois mois pour arriver à Téhéran.

Car TAsie turque manquait prcsfiue totalement, comme elle manque toujours, de routes et de ponts sur les rivières ; on ne trouvait aucunes ressources dans les villages ; on constatait partout Tanarchie, aussi complète dans les provinces d'Asie que dans celles d'Europe : le sultan désoliéi, comme ignoré; les pachas indépendants dans leurs provinces res|)ec lives ; les villages, au milieu des lorres les plus fertiles, ruines par les exactions des gouverneurs, par les pillages des bandits, surtout des Kurdes. D'ailleurs, si les Français étaient assez bien vus par tous ces chefs, il n'en était |>as de même des IVrsans qui accompagnaient l'ambassadeur; Cardane et ses oflicicrs durent souvent tirer Pépée pour arracher les gens de Mir/a-Hiza aux outrages et aux coups des Turcs. Ils furent bien reçus à Er/eroum par le parha Yousouf, celui-là même que Kléber avait vaincu à Iléliopolis en 1800; il n'avait conservé que de l'estime et de l'admiration |X)ur les Français.

Au milieu 'de dilTicultés qui croissaient à mesure qu'on avançait vers l'est, à travers un pays de villages brûlés, de couvents en ruines, la mission franchit la frontière j>crsane au commencement de novembre. Elle fut bientôt à Tauris, où elle fut fêtée par Abbas-Mirza, qui y avait le centre de son gouvernement, le quartier général de l'armée qui opérait de temps en temps contre les Russes. Le prince retint auprès de lui le capitaine Lamy, pour l'aidera instruire ses troupes à l'européenne.

Elle arriva enfin à Casvvin, tout près de Téhéran ; il lui fallut s'y arrêter quatre jours; car, écrit le lieutenant Fabvin . « Sa llautesse le Schah, le Padischah, le refuge du monde, l'un des pôles du globe, ombre de Dieu, et vingt ou trente autres noms que j'ai oubliés, avait lu elle-même dans les astres que l'ambassade française serait malheureuse si elle entrait à Téhéran tout autre joiir que le f\ décembre. Après avoir bien |Kîsté contre le frère ^u soleil et de la lune et ses connaissances astrologiques, il a fallu se résigner et le général Cîardane, rossignol de la sincérité, est heureusement arrivé, par une belle et l)<)nnc pluie, malgré les traverses du corbeau

LES TRAVAIX DE LA. MISSION GARDANE 3l3

de la perfidie, à la résidence du chef du siècle' ». C'est le 4 décembre en effet que les Français firent leur entrée solennelle dans' la capitale de Feth-Ali, au milieu d'une aflluence de peuple extraordinaire, escortés des plus brillants corps de la cavalerie royale.

La mission Cardanc fut chaleureusement accueillie en Perse. Le général fut l'hôte du grand-vizir Mirza-Chefy ; ses compagnons furent logés dans la maison d'un riche seigneur de Téhéran, qui dut leur laisser la place et chercher refuge ailleurs.

Tout réussit d'abord merveilleusement à l'ambassadeur de Napoléon. Le traité de Finkenstein fut ratifié aussitôt; sans doute, Feth-Ali tenait à s'assurer sans tarder les bénéfices de l'article 4 qwi lui garantissait "l'intégrité de ses Etats et notamment la restitution de la Géorgie. — Une convention militaire fut bientôt signée : le schah achetait à la France 20 000 fusils, livrables à Bender-Bouchir, payables à la livraison, en argent ou en vivres selon les circonstances. Le schah demandait en outre à son illustre allié de lui envoyer des ouvriers drapiers, des peintres, imprimeurs, verriers, horlogers, menuisiers, etc. ^. — Un traité de commerce fut immédiatement négocié, confirmant les conventions de 1708 et de 1715. L'îlot de Kharek dans le golfe Persique serait cédé à la France dès l'exécution de l'article 4 du traité de Finkenstein.

A la première audience où il fut reçu par Feth-Ali, avec des honneurs exceptionnels, Gardane fut décoré de l'ordre du Soleil de première classe; son frère, Rousseau, Lajard, Jouannin, Bontems, Yerdier, Blanchi d'Adda, Fabvier, Reboul, eurent le Soleil de deuxième classe. « Sa Hautesse, écrit à ce propos Fabvier, pour me faire connaître à quel point elle estime mon mérite, moi rayon de l'Occident qui vient briller jusqu'en Orient, a voulu, par cette faveur immense, m'élever des poissons à la hauteur de la Lune.

I. Lettre de Fabvier à son père, i5 décembre 1807. — Cf. A. Dcbiclour, arlicle cite, sur le général Fabvier.

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