Correspondance de Perse, 21 janvier
3l4 I.A rOLITIQLE ORIENTALE DE NAPOLÉON
Quand j'aurai le premier ordre, je serai à celle du Soleil '. » Le grand-vizir M irza-Chefy profile du départ d'Askerklian. envoyé en ambassade à Paris, pour ouvrir avec Champagny une correspondance amicale; il se félicite de celte « circonstance favorable pour dévoiler aux yeux de Votre Excellence les charmes et appas de la nymphe de Tamitié que nous lui avons vouée* ». Le schah serait heureux d'envoyer auprès de Napoléon son plus jeune fils, âgé de six ans, pour recevoir à Paris une éducation française, ou du moins il réserve à son grand ami une garde d'honneur de 60 cavaliers persans, armés de lances, de boucliers, couverts de cottes de mailles, montés sur des chevaux entiers, ajoute Gardane, qui seraient utiles aux haras français.
Plus Uud, quand l'été fut venu et que le schah alla passer quelque temps à sa résidence de Sultanîé, Gardane fut du voyage, et eut le long de la route de fréquents entretiens avec le souverain. C'est là que, le i5 août, fut célébrer solennellement la fête de Napoléon ; il y eut de brillantes manœuvres des troupes nouvellement organisées à Tauris |Jar le capitaine Verdier. Il y eut un Te Deiini, des salves iTarlillerie; le second drogman, de Ncrciat, composa pour l;i circonstance des strophes poétiques. Peu de jours après, on fêta aussi l'anniversaire de la naissance de Felh-Mi, qui regardait comme « une prédestination céleste le rapproche ment de ces deux époques ». — « Grâce au Dieu sublime el très saint, écrivait le schah h Na[X)léon, toutes les aflaircs de la Perse coulent au gré des souhaits do notre cœur alTec tueux, et la coupe des intentions de l'amitié contient .\ pleins bords le nectar du succès '. »
Cependant la mission travaillait beaucoup, avec une sorte de fièvre ; (Jardanc n'oubliait pas que Napoléon lui avait donné quatre mois |X)ur étudier la Perse, el se persuadait sans doute que l'année ne s'écoulerait pas sans que la grande entreprise de l'Inde fi'it commencée. Kn vérité il fut, avec ses
I . Lettre de Fabvier & son frère (article cité de M . Debidour). a. Correspondance de Perse, a3 février 1808. 3. /</.. i'"^ juin 1808.
ofBciers, le premier Européen qui connût la Perse, il en lîl comme la découverte, et son séjour en Perse, malheureux au point de vue polftique, n'en est pas moins le premier contact de rOccident avec l'Iran; ce fut un des éléments essentiels de la connaissance de l'Asie au xix** siècle. Dès lors l'attention de l'Europe ne s'en détacha plus ; d'autres Français après lui continuèrent glorieusement son œuvre d'exploration scientifique.
Dès le mois de janvier, Niebuhr lui faisait demander par Champagny des renseignements sur les antiquités historiques de la Perse ; nous ignorons quelle réponse il y fit. Il apparaît qu'il eut peu de temps à consacrer à ce sujet ; il avait à traiter des questions plus pratiques et plus pressantes.
Le ministre de l'Intérieur, Crétet, lui avait demandé comme un « service éminent » des renseignements sur l'animal qui donne les précieux châles de Cachemire : « Est-il de l'espèce du mouton ou de la chèvre ? En pourraiton avoir des individus mâles et femelles ? » Gardane répondit, dans un mémoire complet, que cet animal est une chèvre du ïhibet, de la région de Lhassa, que son poil est particulièrement fin et moelleux, mais qu'elle n'est pas transportable ; même pour aller seulement de Lhassa à Cachemire, de loo chèvres il en meurt 20. Il vante à la même occasion la laine des chèvres de Kirman en Perse, celle encore des chèvres blanches d'Angora, et estime qu'on pourrait les acclimater plus aisément*.
Une autre fois, il s'étend en considérations précises sur la condition économique de la Perse. Téhéran fait peu de commerce ; la concurrence y est impossible contre les marchands qui ont le monopole des fournitures de la cour impériale ; Ispahan offre plus de ressources : on y vend les laines de Kirman, les tapis de Yezd. Recht et le Ghilan sont assez riches aussi. Tout le commerce avec l'Inde se fait par Bender- Bouchir, et non par les routes de l'Afghanistan ; il est aux mains des Anglais, qui apportent du sucre, des épices, des drogues, des mouchoirs, etc. Tout le commerce de la Cas-