‹ Études NapoléoniennesChapitre 14 sur 177 · I. — Première action diplomatique de Sébastiani · texte numérisé non relu

I. — Première action diplomatique de Sébastiani

RiilTîn, laissé à Constantinople commo chargé d'alTairrs, avait hdtc de céder i\ Tambassadeur la responsabilité de la situation'. Car, depuis le départ pour Paris de la mission

I. Ail", élr., Corr. de Tiinmio, itiiirm à Tallcyrami, 10 jtiiii.

PREMIÈRE ACTION DIPLOMATIQUE DE SÉlîASTIAM 63

•extraordinaire ottomane, le Divan était assiégé par les sommations fies ministres anglais et russe, qui le mettaient ^n demeure de « choisir hic et nunc » entre la France et les puissances alliées. Constanlinople allait être pendant quelques mois Tun des points de rencontre des influences rivales : la Porte elle-même avait besoin de se sentir soutenue par un représentant autorisé de Napoléon.

Sébastian i arriva à Gonstantinople le 9 août 1806, après un voyage que la chaleur excessive avait rendu très pénible, particulièrement pour M"'® Sébastiani'. Il fut l'objet d'une magnifique réception ; le grand vizir, le reis-cflcndi lui firent aussitôt cadeau de chevaux superbes ; une maison de campagne fut mise à sa disposition pour y passer l'été. Les ministres d'Angleterre et de Russie ne manquèrent pas de se plaindre de ces honneurs extraordinaires qui n'étaient pas conformes aux habitudes diplomatiques.

En vérité, la Porte se sentait toute réconfortée par la seule présence de l'ambassadeur de France. « Elle n'attendait, dit Sébastiani, que le moment de secouer le joug et de se montrer une puissance indépendante'^. » Le 2^ août, avant même que Sébastiani n'eût été reçu par le sultan, les princes de Moldavie et de Valachie étaient destitués : Morousi était remplacé par GalUmachi, et Ypsilanti par Alexandre Soutzo. Ils étaient les instruments de l'influence russe, les agents actifs de la désagrégation de l'empire ottoman par la renaissance chrétienne ; ils étaient puissants même au divan, 011 ils jetaient l'or à pleines mains ; ils méditaient une révolu tion dans l'empire ; toute la population de religion grecque y était préparée ; le premier signal en avait été donné en Serbie ; les autres provinces devaient suivre. Derrière eux, le gouvernement rvissc poursuivait ses ambitieux desseins. Aussi Sébastiani triomphait-il de cette énergie de la Porte : « C'est hier, s'écriait-il, que la Porte est sortie réellement de la tutelle et de l'ascendant russe, qu'elle a repris son ancien système et qu'elle a adopte les mesures nécessaires à son salut. ))

I . AJf. Etr., Corr. de Turquie, Sébastiani àTallejrand, 23 août iSoO. a. 1(1., i(h, a5 août iSoG.

Le ministre de Russie, M. d'Italinski, cnlra naturellement dans une grande colère, protesta contre la violation des traités antérieurs, menaça d'une prochaine diVlaration de guerre, dépêcha un courrier extraordinaire à Saint-Pétersbourg. Le ministre anglais, Arbuthnol, crut de son devoir de parler du même ton, adressa à la Porte une « note fulminante », l'accusa de s'èlre enlièroMHMit livrée à l'influence delà France.

Le 28 août, le sultan reçut Séhasliani en audience solennelle ; contrairement à la coutume, l'ambassadeur eut la permission de conserver ses armes pour se présenter devant Sélim ; il fut accueilli par les plus significatives marques de faveur. L'audience fui longue, et, à cause de la gravité des circonstances, la conversation sortit des ordinaires banalités. Séhasliani annonça au sultan que l'Empereur Na])oIét»n était dis[K)sé à renoncer h l'institution des barats, ou des patentes de naturalisation accordées par les gouvernements étrangers à des sujets ottomans ; il encouragea Sélim à retii*er cette faculté surtout à la Russie (pii en abusait jMiur corrompre un grand nombre des habitants de l'empire turc. Sélim fut très louché de cette concession, comprit que Nai)oléon ne voulait en effet (pi'écarter l'influence russe, et parut résolu h se don ner lout entier à la politique française ; n<»n seulement les hospodars étaient destitués ; mais Yousouf-aga, « le coryphér du parti russe » à Constantinople, était exjK'diéà La Mecipic. Le sultan savait bien qu'ainsi il allait exciter les colères de la Russie ; il élail prêt à une résistance vigoureuse ; malheureusement, il ne pouvait pas avoir une confiance absolue dans ses troupes ; les désordres excités en Roumélie jMir les janissaires étaient à peine apaisés ; il avait conscience de lin sullisance de ses ressources militaires ; il demanda le con cours de Sébastian i ; il le pria de faire venir de France un ingénieur de marine et un officier d'artillerie. La Porte, conmieau siècle précédent, se mettait à l'école de la France. Séhasliani |)ou va it se féliciter déjàrd'avoir u rempli toutes leinlenlions de Sa Majesté ».

Son triomphe ne fut pas de longue durée. Le 29 sep tembre, Italinski, ayant reçu un courrier extraordinaire de son gouvernement, adressa à la Porte une noie cxtrêmemenl

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