‹ Études NapoléoniennesChapitre 15 sur 177 · PREMIÈRE ACTION DIPLOMATIQUE DE SÉBASTIANI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ACTION DIPLOMATIQUE DE SÉBASTIANI

énergique : rempeieur Alexandre était très irrité du renvoi des hospodavs ; c'était une violation expresse du hatti-chérif de septembre 1802 : les hospodars devaient rester encore trois ans en fonctions ; ils avaient été destitués sans avis préalable au ministre russe, sans motif invoqué. C'est pourquoi le gouvernement de Saint-Pétersbourg, se fondant sur les conventions passées, exigeait le rétablissement immédiat des deux hospodars et leur maintien dans leurs fonctions jusqu'à l'expiration des sept années. Aucune réponse évasive ne serait admise. Si la Porte n'acceptait point les termes de cet idlimatum, Italinski demanderait aussitôt ses passeports.

La Porte répondit le i*'"' octobre par une note embarrassée : que la Russie n'avait pas non plus respecté les traités antérieurs, que la suzeraineté ottomane n'avait pas été observée dans les Sept-Iles, que les fonctionnaires russes s'y étaient comportés comme les seuls maîtres ; que d'autre part le prince Ypsilanti était un traître et que sa déposition était urgente. Italinski insista : le rappel des deux hospodars avait déjà eu les conséquences les plus déplorables ; il en était résulté une sorte d'anarchie ; le pacha de \Mddin, Pasvan-Oglou, en avait profité pour envahir la Valachie avec une troupe de brigands, et il s'était fait payer par les chrétiens de fortes contributions. Il était urgent de rétablir l'ordre dans le pays, de rassurer les populations, de rendre aux hospodars leur autorité ; sinon, le gouvernement russe serait obligé d'intervenir luimême pour protéger les chrétiens. C'était le développement des avantages assurés à la Russie par le traité de Koutchouk- Kaïnardji.

Le sultan et ses ministres paraissaient résolus à la plus vaillante conduite ; ils donnaient l'ordre de fortifier Bender et les châteaux du Bosphore, de former deux grands camps à Routchouk et à \A'iddin ; ils appelaient une nombreuse armée d'Asie et allaient la diriger sur Silistrie. Sébastian! n'avait pas une grande confiance : « Tout cela est ordonné, mais tout cela sera mal exécuté et ne sera prêt que dans quelques mois. Dans quelle fausse sécurité avait vécu ce gouvernement jusqu'à ce jour 1 Quelle incurie il avait de l'avenir ! Et l'Archipel, dont les îles ne sont habitées que par Driault. — Napoléon. 5

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des Grecs tout dévoues aux Russes, que devicndra-l-il ? Sera t-il possible de défendre les Dardanelles ? Je ne le crois jms '. » Le gouvernement turc ne pensait pas autrement. En réalité, l'ultimatum d'Italinski avait jeté Tcirroi au divan ; les ministres sentaient bien qu'ils n'étaient pas en état de faire la guerre : « les caisses publiques étaient vides, les places fortes dégradées et mal armées, les trou|)es peu nond)rousos et mal organisées, » La scMde présence de Sébasiiani ne pouvait pas suffire à arrêter les Russes. Aussi dans le temps même où le sultan donnait à ses armées des ordres bclli queux, écrivait-il lui-même à Napoléon, le C octobre, p«nir lui expliquer la nécessité où il était de rétablir les liospodars ; il se retranchait derrière la non-ratification du traité d'Oubril pour consolider son argumentation un peu s|)écieuse et sur tout pour se faire pardonner sa faiblesse ; il e\pli(|uail que la Russie s'était plainte delà violation du traité de 1803, qui l'Angleterre menaçait d'ouvrir aussi les hostilités si la guerre éclatait entre la Russie et la Porte ; que le gouvernemenl ottoman n'avait pas adressé à la Russie de nolilication préa lable au sujet de la déposition des hospodars, « dans la cou viction que nous étions que l'on pourrait, d'après la garnniii de Votre Majesté, donner de l'exleiision à la clause de rind»pendance qu'elle avait voulu renfermer dans son traité avd la Russie ». Ce traité n'avatil pasélé ratifié, les engagemeulv antérieurs de la Porte persistaient ; c'est pounpioi, Italinski menaçant de partir, l'Angleterre de prendre sa cause, tondeux de déclarer la guerre, v poin- éviter cette extréniil» prématurée et contraire aux lois de la religion », le goii vernement ottoman avait pris la résolution île réinlégrn Ypsilanli et Morousi dans leurs fonctions. Ce long raisonne ment avait queUpie apparence de solidité; la nouvelle de la non-ratification du traité d'Oubril n'était en ellct arrivée A Constanlinople que dans les derniers jours de septembre- Mais si la Porte n'avait en vérité déposé les hos[Kxlars qu'en se fondant sur le traité franco-russe, cela enlève l>eaucou|'

I. Afr.élr.,Corr. (le Tiirquio, Sébasiiani à Tallojrand, 10 octobre i8o)i. a. Id., ici., Si-basliani à Talioyrand. ai sept. iSoO.

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<le valeur à cet acte d'énergie; elle ne s'y était donc résolue que dans la pensée qu'elle n'y risquait rien. Sébastiani avait l'impression que ce gouvernement n'était conduit que par la crainte, « accoutumé déjà aune verge de fer ».

Le 1 2 octobre, Arbuthnot faisait passer une note à la Porte ; il annonçait la formation de la quatrième coalition, les armements redoutables levés par la Prusse, la Suède, la Russie, l'Angleterre, la certitude que Napoléon serait écrasé par un pareil effort, et qu'en tout cas il ne serait d'aucun secours à la Turquie. Le i5, les nouveaux hospodars, Soutzo et Callimachi, furent déposés à leur tour et leurs prédécesseurs rétablis dans leurs fonctions. Et Sébastiani laissa éclater son indignation. « C'est la plus honteuse soumission qu'il soit possible de rencontrer dans les annales de cet empire. » Les princes Ypsilanti et Morousi, très riches, ont corrompu tous les ministres de la Porte et en particulier le reis-effendi ; le ministère turc est désormais « en état de vasselage » ; il ne se mène que par l'or et la terreur. Il suffit, continue l'ambassadeur, de considérer sa politique dans les dernières années ; elle a été toujours à la merci des événements extélieurs : après Marengo, la Porte s'était décidée à envoyer une ambassade à Paris ; après la formation de la troisième coalition, elle avait refusé de reconnaître à Napoléon le titre impérial ; après Austerlitz, elle avait chargé Muhib-efiendi d'une ambassade extraordinaire ; aujourd'hui, elle apprend la formation de la quatrième coalition : elle est aux pieds des Russes ; Sébastiani demande une audience du sultan ; le reisefFendi refuse. — Il n'y a peut-être pas lieu d'être si étonné de tout cela ; le gouvernement ottoman ne fut pas seul dans l'histoire à se mettre du côté du plus fort : n'est-ce pas souvent le dernier mot de la politique.^ Et alors ne faudrait-il pas louer l'habileté de la Porte ?

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