‹ Études NapoléoniennesChapitre 140 sur 177 · I. — Baylen · texte numérisé non relu

I. — Baylen

L'année 1807 avait été pour Napoléon l'année du grand dessein oriental; l'année 1808 fut pour lui, plus qu'il ne

344 LA POLITIQUE ORIE?iTALE DE NAPOLÉON

Taurait voulu, celle des aflaires d'Espagne. Il croyait qu'elles le retarderaient peu, qu'elles seraient résolues aussi facilement et rapidement que celles de Naples en i(Si)6, que la posses sion de l'Espagne lui donnerait une plus large base d'opé rations pour l'exécution de son grand dessein méditerranéen. 11 réservait le printemps h Madrid, l'automne à Conslanlinople : tout au plus pensait-il qu'il lui faudrait attendre l'année suivante pour la réalisation de son rôve oriental.

C'est pourquoi, tout en surveillant surtout ce qui se passait au delj\ des Pyrénées, tout en contenant avec une suprènx* habileté l'impatiente ambition du tsar, il portait parfois quel que attention vers les pays du Levant. Pour n'être pas pris au dépourvu au moment où l'occasion lui paraîtrait fiwo rable, il continuait et môme il précipitait les préparatifs dtino action dans ce sens.

Car il se rendait bien compte que le principal obstacle à ses entreprises sur l'Orient était la situation de l'Angleterre sur la Méditerranée. Son insaisissable ennemie le surveillait de partout, de Gibraltar, de Malte, de la Sicile; les flottc> anglaises croisaient sans cesse de l'Espagne à la Syrie. Le gouvernement de Londres ménageait la Porte, cherchait à renouer avec elle des relations cordiales, l'assiégeait de ses ambassadeurs jwrteurs de propositions pacifiques. Il n'en serait pas de mémo si Napoléon donnait le signal du partage ottoman, ou dirigeait sur Constantinople quelque entreprlMdécisive. L'Angleterre aussitôt s'emparerait évidemment d<'s meilleures positions maritimes du Levant; elle était bien placée pour s'assurer la plus grosse part. C'est ce que Napoléon et Caulaincourl avaient sans cesse opposé aux pressantes sollicitations du gouvernement de Pétersboiirg : <;'avait été leur « plus forte objection' ». Sans doute c'était aiissi un moyen de retenir l'ambition russe; uiais l'argumeiil n'en avait pas moins une valeur considérable : à mettre les choses au mieux, l'alliance de Tilsit n'avait pas été conclue

I. \an(inl, Sapoléon el Alexandre h'', I, ch. 8: les Kntrclieai d<> Sainl-Pélcrsbourg. — E. bourgeois. Manuel historique de yoUlique étraii- 'jcre, II, ji. 3i3.

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pour aboutir à un partage de Fempirc ottoman entre la France, la Russie et l'Angleterre. Napoléon eût alors joué un rôle de dupe, et il y était mal disposé.

Donc, avant de décider quoi que ce fût de définitif au sujet de rOrient, avec ou sans la Russie, il lui fallait reprendre toute liberté d'action sur la Méditerranée ; il lui fallait en ôcarter les Anglais. Le 29 janvier 1808, trois jours avant la fameuse lettre qui excita d'abord l'enthousiasmed'Alexandrel'"", Champagny écrivait à Caulaincourt : « L'Empereur préférerait de beaucoup que les choses restassent telles que le traité de ïilsit les a établies... Par l'abandon de la Moldavie et de la Yalacbie, par le partage de l'empire turc, l'alliance russe sera chèrement payée. Faites voir l'avantage de différer ces mesures, au moins jusqu'au moment où on aurait pu arracher .à l'Angleterre l'empire de la Méditerranée qui la met en état de recueillir dès ce moment les plus précieuses dépouilles de l'empire ottoman*. » C'était subordonner la solution du problème oriental à la défaite de l'Angleterre ; c'était avouer la pensée d'employer d'abord l'alliance de Tilsit à l'abaissement de la puissance anglaise ; cela confirme encore le caractère platonique des Entretiens de Caulaincourt et Roumiantzov.

Retenir la Russie au nord du Danube tout en l'amusant de projets grandioses, chasser l'Angleterre delà Méditerranée, ce sont les deux faces d'une même politique qui a pour but d'assurer à la France la domination de l'Orient, Les préparatifs maritimes de Napoléon complètent la mission diplomatique de Caulaincourt, pendant que l'ambassade de France à Gonstantinople garde la Porte dans le système napoléonien, réserve l'avenir. Le conseil donné au tsar de prendre la Finlande était destiné à ce double résultat ; il est aussi renfermé dans la lettre du 2 février : « Votre Majesté, dit Napoléon, a besoin d'éloigner les Suédois de sa capitale ; qu'elle étende de ce côté ses frontières, aussi loin qu'elle voudra. Je suis prêt à l'y aider de tous mes moyens. » — « L'Empereur, ajoutait Caulaincourt d'après la dictée de son

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