I. Yandal, I, même chapitre. — E. Bourgeois, II, 3iG-3i
souverain, désire bien que Votre Majesté soit en possession de la Finlande et pour l'avantage personnel de Votre Majeslé et pour que les belles de Pétersbourg n'en entendent plus le canon. » — « Je le remercie, répondit Alexandre, et pour moi et pour les belles de Pétersbourg : je le leur dirai '. »
Et il se jeta aussitôt sur la Finlande; 20000 Busses en commencèrent . la conquête. Bernadette reçut l'ordre de descendre en Scanie. Il reçut sans doute l'ordre de ne pas aller trop vile; il ne profita point de l'hiver pour franchir le Belt ; le printemps vint bientôt, avec lui le dégel, et les troupes françaises restèrent sur la côte allemande. Tout le |)oids de la guerre retomba sur les Russes. Le tsar s'en plaignit ; Napoléon lui avait promis un concours plus actif. Caulaincourt excusa son gouvernement comme il put. L'armée russe fut occupée plus longtemps à cette conquête ; c'était tout bénéfice pour Napoléon. De plus, l'invasion de la Finlande attira au nord l'attention du gouvernement anglais ; l'Emjîereur espéra |>cut-ètre à ce sujet un conllil entre Londres et Pétersbourg ; il n'eut pas ce bonheur : l'Angleterre et la Hussic sans doute se défièrent du piège qiii leur était tendu. Du moins les Anglais envojèrent-ils des vaisseaux dans la mer Baltique ; le général Moore fut rappelé de la Sicile dans l'océan Atlantique. L'Angleterre s'écar tait un peu de la Méditerranée; c'était pour Napoléon l'occa sion d'y porter ses elTorts.
Le 7 février, Napoléon ordonna à Gantheaume et au roi Joseph d'occuper la Sicile et de ravitailler Corfou. « Souvenezvous de ce mot, écrit-il, le mois stiivant : dans la situation actuelle de l'Europe, le plus grand malheur qui puisse m'arriver est la perle de Corfou. Elle porterait un coup funeste à mes projets. » Gantheaume put sauver Corfou. Clarke, ministre de la guerre, reçut Tordre de réunir à Toulon le matériel nécessaire : « Pour mieux comprendre mon idée, lui dit l'Empereur, comparez ce que je vous ilemande à ce que possédait l'armée d'Egypte à son débar-
I. Aff. élr. Corr. «io Russie, Uapporls de Caulaincourl, 7 mars 1808.
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quement'. » — « J'attends d'autres escadres, écrit-il encore à Joseph ; ce seront celles de Lorient, de Brest, de Carlhagène (il dispose déjà de l'Espagne comme de sa chose), les vaisseaux de l'île d'Elbe, ceux de Lisbonne, ceux de Cadix. Ainsi se composera une redoutable armée navale, irrésistible par sa masse : frôlant d'abord les rivages de Tarente, elle y prendra à son bord un corps expéditionnaire et ira le jeter en Egypte où la population nous appelle et espère en nous. » Le i3 mai, dans une lettre au ministre de la marine, Decrès, il établit l'accord entre ces armements ; il dit les dates auxquelles les flottes de Lorient et de Brest devront appareiller, et il ajoute : « Le concours de ces opérations portera l'épouvante à Londres^. » Le 3o juin, il annonce à Eugène qu'il passera les Alpes en octobre ou novembre.
Il est incontestable que l'Empereur a résolu en 1808 une entreprise importante sur l'Egypte. Nul doute que l'occupation de l'Egypte ne lui eût assuré une influence décisive dans le règlement des affaires d'Orient. Il eût pu reprendre la campagne oi^i il avait échoué en 1799, s'assurer de la Syrie et de l'Asie Mineure, fixer solidement les limites orientales de son empire. Mais il importe peu de rechercher les conséquences qu'aurait eues la seconde campagne d'Egypte ; à la date où Napoléon devait passer les Alpes pour donner à Tarente le signal de l'expédition, il passait les Pyrénées pour venger le désastre de Baylen.
Car les affaires d'Espagne ne furent pas simples. Il fut facile de détrôner d'un seul coup Charles IV et Ferdinand VII ; il le fut moins de dompter le peuple espagnol. Baylen ne fut pas seulement un désastre militaire; ce fut le premier coup, et déjà terrible, porté à l'édifice impérial. Si l'on considère qu'il arrêta court l'entreprise orientale et que Napoléon ne put jamais la reprendre, on en mesurera toute l'importance historique. Il espéra réparer le mal ; mais, malgré lui, il en demeura comme frappé au cœur.