III. — La Révolution du 28 juillet à Cens tan tinople
Et cependant de grands changements se produisaient en Orient dont Napoléon, occupé ailleurs, ne {}ou>ail pas profiter et que ses ennemis s'efforçaient d'exploiter à leur avantage.
Une nouvelle révolution éclatait à Constanlinople au niois* de juillet 1808 et renversait Mustapha IV. Ce prince avait été élevé au trône au mois de mai 1807 par la volonté des janissaires ; mais son règne, très court il est vrai, n'avait pas lionne à leur fanatisme les satisfactions qu'ils espéraient. Les Turcs étaient de plus en plus menacés par les influences chré tiennes, soit vers le Danube, soit vers l'Adriatique, soit même par les vaisseaux anglais de l'Archipel. Les Husses demeuraient maîtres de la Moldavie et de la ^ alachie ; on redoutait, sans les connaître, les projets de l'empereur des Français ; on ajoutait foi aux bruits qui couraient partout d'un prochain démembrement de l'empire turc. Il en résultait part<»ul. cl
LA RKVOLITION DU 28 JLILLET 353
notamment à Gonstantinople, un malaise croissant, dangereux au prestige du gouvernement ; en février, en mars, au bruit des démêlés d'Ali-pacha avec les Français des îles Ioniennes, l'émeute avait été maintes fois imminente ; Sébastiani avait redouté quelque terrible explosion du fanatisme musulman. Le sultan Mustapha IV avait d'autres ennemis, les amis de Sélim III, les partisans des réformes et du nizamdjédid ; Sélim III vivait retiré dans une tour secrète du sérail, avec son cousin Mahmoud, le frère de Mustapha ; ils s'entretenaient ensemble de la situation de l'empire, de la menace chrétienne, delà nécessité de réformer les institutions militaires du pays. Ils avaient des amis, connus ou inconnus, ils en avaient parmi les ministres, parmi les pachas des provinces ; on ne les avait pas tués tous lors de la révolution de mai. Et il y avait, entre les partisans des réformes et ceux de l'ancien régime, les hésitants et les ambitieux ; il y avait même, 'parmi les ministres dévoués à Mustapha IV, les intri gants, jaloux les uns des autres ; le pouvoir était énervé, décliiré par les rivalités personnelles. Le terrain était favorable à quelque nouvelle révolution.
Cabakchi-Oglou, le véritable auteur de la révolution de 1807, était depuis lors resté tout-puissant, avec le titre de commandant supérieur des forts du Bosphore ; il vivait tranquillement au milieu des plaisirs dans son château du Fanar, sur les bords de la mer Noire. Il excitait la jalousie de quelques autres ministres, et surtout du caïmacan Tayar-pacha. Il réussit à se défaire de lui, obtint sa destitution : Tayar s'enfuit, par crainte d'un sort plus rigoureux, et se retira auprès de Mustapha le Bairactar. Celui-ci, connu pour être un ami de Sélim et im partisan du nizam, n'avait pas été inquiété dans son pachalik de Boutchouk, parce qu'on le savait très fort et qu'il était utile à la défense du Danube contre les Busses ; il se tenait à l'égard du gouvernement dans la réserve la plus inquiétante ; il se tenait en rapport avec ses amis de Gonstantinople : Boutchouk devint le refuge de tous les mécontents.
Tayar-pacha en augmenta le nombre et l'activité. Il excita Mustapha le Bairactar à se prononcer résolument contre le Driault. — Napoléon. a3
gouvernement de Constantinoplc, au moins contre les ministres de Muslaplia IV. Le grand-vizir était, depuis Tannis lice de Slobodzié, resté à Andrinople avec une partie de l'armée ; il ne rentrait pas à Constanlinople, sous prétexte qu<' la guerre pouvait à tout moment recommencer, en réalité parce qu'il redoutait rinfluencc de Cabakclii-Oglou. Mustapha-pacha envoya à Vndrinople un de ses ofliciers, Beygyefîendi: un accord fut secrètement conclu avec le grand-vizir. Beygy poursuivit sa route jusqu'à Constanlinople, fut reçu par Cabakchi, lui donna des présents de la part du pacha de Roulchouk, endormit ses soupçons, put voir ses ennouiis, s'entendit avec eux. Une grande conspiration se tendit ainsi de Roiitchouk à Constantinople, par Vndrinople.
A la lin de juillet 1808, Mustapha pacha arrive à Andri nople avec 4 000 hommes, laooo le suivent. Il propose au grand-vizir de rentrer à Constanlinople avec lui et de reprendre ses fonctions olTicielles. Un détachement de aivalerie est envoyé au Fanar pour surprendre Cabakchi au milieu de ses yamaks et le rendre impuissant ; ce détachement est sous le commandement d'IIadgi-Ali, auquel, pour exciter son zèle, on promet la succession de Cabakchi. Hadgi-Ali arrive au Fanar dans la nuit, surprend Cabakchi au milieu de ses femmes, le tue, envoie sa tête à Mustapha-pacha. Au malin, il invile les yamaks à lui obéir, car il a été désigné pour les commander. Mais les femmes et les enfants de Cabakchi sortent en larmes du château et racontent le crime dont il a été victime ; son oncle Soliman aga prend le connuandenionl des yamaks, les excite, les soulève contre les assassins. Iladgi- Ali et ses compagnons se réfugient dans les maisons voisines ; ils y sont assiégés, ils résistent, re|)oussent les assauts lancée contre eux, font l)eaucoup de victimes parmi les yamaks. Ceux-ci furieux apj)ortent des fascines, mettent le feu aux maisons. Les assiégés se sauvent dans la tour du Fanar, ma çonnée h l'épreuve du feu. La tour est atta(|uée à coups de canons ; la canonnade se répercute tout le long du Bosphore. Une vive émotion s'y répand, gagne Constantinople, où l'on est mal renseigné, où l'on parle d'une redoutable bande de brigands qui va sans doute bientôt marcher sur la capitale.