I. Cf. plus haut, ch. iv, pp. iSS-iSg
tir cette intégrité, couvrait-elle la Méditerranée de ses vais seaux : ils étaient parlout ; ils croisaient devant Toulon, devant Naplcs, devant Trieste, devant Gorfou, à Ténédos. élevant les rivages de l'Egypte et de la Syrie.
Les grandes nouveautés d'ailleurs que Napoléon produisait alors en Europe n'empêchaient pas l'Angleterre de [ioursuivre sans trouble, avec une impassible persévérance, la conquête de l'empire de l'Inde. Le marquis Richard de NVellesley avait inauguré son gouvernement de l'Inde par la destruction dn royaume du Mysore ; son dernier roi, Tippoo-Sahib, était mort sur les murs de sa capitale, au mois d'avril 1799, au moment où Bonaparte échouait devant Sainl-Jean-d'Acre. Jusqu'en i8o5, \Vcllesley fut un des plus grands conquérant^ de l'Inde anglaise. Tout en surveillant les approches de son <lomaine administratif, envoyant par exemple des cipayes en Egypte pour achever l'expulsion des Français, il s'occupait surtout d'agrandir toujours le territoire de la (compagnie. Il fut l'inventeur du système de la « force subsidiaire » : il obligeait les petits souverains du pays à recevoir chez eux dc:^ troupes anglaises, sous prétexte de les protéger, et, en échange de ce service, ils payaient des subsides en argent ; selon les besoins, la force de la garnison était augmentée et aussi l'indemnité pécuniaire, en proportion. Plus habile quo Dupleix, ^^ ellcsley faisait à la fois les affaires do rAngletern' et des actionnaires de la Compagnie.
Ainsi le Nizam perdit en 1800 les territoires que, l'année précédente, il avait obtenus du partage du Mysore ; dans ceux qu'il garda, il reçut une m force subsidiaire », Lo royaume de r.\oude fut démembré ; il jx-rdit, par le traité de Lucknow (1801), Gorakhpotir à l'est, Allahabad au sud, au confluent du (îango et de la Djenima, Faroukhabad, Schali djahanpour, Bareilly et le RohiILhand à l'ouest. Il se trouva ainsi complètement entouré par les possessions anglaises et acculé à l'Himalaya. Les Anglais pouvaient attendre : sa soumission n'était plus qu'une affaire de temps.
Mais l'empire anglais se trouvait toujours partagé en trois tronçons : le Bengale au nord-est, Bombay i\ l'ouest, la •côte de Coromandel au sud-est. Le centre du triangle formé
RÉVOLUTION DE NOVEMBRE. PAIX ANGLO-ÏURQUE 'dÔj
par ces trois points était occupé par les états des Malirattes. Quoique partagés e/itre plusieurs souverains, ils étaient redoutables. Les Malirattes avaient avec eux un grand nombre de Français, habiles organisateurs d'armées, vaillants soldats sur les champs de bataille. Les Mahrattes avaient été les principaux représentants de la réaction hindoue contre la domination musulmane et contre les envahisseurs afghans et persans ; ils y avaient subi des échecs ; mais il n'était pas assuré qu'ils ne tenteraient pas encore de refaire l'unité de l'Inde à leur profit. Les Anglais n'étaient pas disposés à leur en laisser le loisir.
Wellesley, sous divers prétextes ou même sans prétexte, leur fit une guerre continuelle et les décima peu à peu. En 1802, le Peshva de Pouna, voisin de Bombay, accepta le protectorat anglais sur toutes ses terres, étendues le long de la mer d'Oman, de Surate à Goa. Le nabab de Surate fut détrôné. Maîtres déjà de la côte de Malabar, les Anglais tenafent ainsi tous les rivages occidentaux du Deccan. De 1802 à i8o5 fut conduite la première grande guerre mahratte. Arthur Wellesley, le futur Wellington, frère du gouverneur, partit de Bombay, parcourut tout le pays jusqu'à la Djemma, renversant devant lui tous les obstacles. Le général Lake, parti d'Allahabad, occupa Agra ; le 11 septembre 1802, il livra bataille, sous les murs de Delhi, aux Mahrattes assistés de plusieurs corps de troupes françaises. Il fut vainqueur. Il remporta encore la victoire de l^asvari. Une garnison anglaise fut installée à Delhi, auprès du Grand Mogol, inutile spectateur de ces luttes autour de son trône.
Dès lors, c'en était fait de la puissance des Franco-Hindous, qui avait paru un moment capable de sauver l'indépendance de l'Inde, mais que le gouvernement français n'avait pas pu ou pas su soutenir. Vainqueurs des héritiers du grand Sindhya, les Anglais purent se donner pour les protecteurs du Grand Mongol, pour les légitimes représentants de sa souveraineté sur toute la péninsule. Leur empire de l'Inde avait déjà la plus grandiose unité ; il devait durer plus longtemps que l'empire napoléonien.
A partir de ce moment, du retour du marquis de Wellesley
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(i8o5), ils eurent plus de ressources et plus de résolution à consacrer à la lutte contre la France. Le blocus continental cl le traité de Tilsit, dont ils ignoraient les articles secrets, leur firent comprendre les terribles dangers dont Napoléon les menaçait ; ils purent redouter qu'il ne fondât en effet une gigantesque fédération de tous les états du continent et qu'ils ne fussent ainsi réduits à une misère prochaine. Ils se persuadèrent qu'une aussi excessive ambition devait, dans un avenir indéterminé, conduire la France à la ruine. Ils furent pris d'une sorte de fureur d'offensive ; ils déclarèrent à Napoléon une guerre à mort. Le discours du trône de janvier 1808 fut le signal de cette résolution inébranlable. « Si, comme Sa Majesté en a la ferme confiance, vous déployez dans celte crise des destinées de votre pays l'esprit qui caractérise la nation britannique et si vous affrontez sans crainte la ligue étrange qui s'est formée contre vous, Sa Majesté nous ordonne de vous assurer de sa ferme persuasion qu'avcil'aide de la divine Providence, la Grande-Bretagne sortira de cette lutte avec gloire et succès. Enfin nous avons l'ordre de •vous assurer que, dans celte lutte si imjwsanle et si terrible, vous pouvez compter sur la fermeté de Sa Mcijesté, qui n'a d'autre intérêt que celui de son peuple'... »
C'était l'indomptable esprit de Pitt. Le ministère (irenville s'était retiré au mois de mars précédent et le pouvoir appartenait désormais aux tories intransigeants : le duc de Portland, Canning, lord Castlereagh, plus tard le marquis de ^\ ellesley. C'est le parti de la guerre a outrance ; plus de négociations, plus d'hésitations : la nation anglaise ne prendra de repos que quand l'empire napoléonien aura été renversé. Cette fermeté rappelle le souvenir de Cuillaiinie d'Orange et du premier Pitt. Aussi bien est-ce ici m effet la troisième cl suprême crise où l'Angleterre fonda sa domination sur les mers. Car, grâce à ses libertés pt»li tiques, à l'habitude du « self-governmenl », elle connaissait ses intérêts et obligeait ses ministres à s'y dévouer. La France au contraire alors n'était pas une nation libre ; elle n'était