I. Moniteur, a février
-que l'instrument d'une ambition égoïste et aveugle aux intérêts du pays. Comme Louis XV au temps de la guerre de Sept ans, Napoléon se détournait de son ennemie la plu? acharnée et la plus clairvoyante. Il poursuivait sur le continent la chimère d'une restauration de l'empire romain.
L'Angleterre porta aussitôt à Napoléon des coups répétés et furieux. Des « ordres du conseil » vexèrent même les neutres, obligèrent toute puissance maritime à subir le contrôle des vaisseaux britanniques. Copenhague fut bombardée et dut livrer sa flotte. Arthur AVellesley débarqua en Portugal, à l'embouchure du Mondego (6 août 1808), battit Junot à Vimeiro, lui imposa la capitulation de Cintra, prit pied sur le continent. Le gouvernement anglais résolut de porter secours à l'Espagne et le Parlement l'y encouragea ; le whig Sheridan déclara : « Bonaparte n'a eu jusqu'ici contre lui que des ministres et des princes ; 11 est temps de lui montrer ce qu'il doit redouter d'une nation. Je demande que l'Angleterre vienne au secours du peuple espagnol. » Napoléon ne rencontra pas seulement en Espagne les guérilleros; il y vit aussi l'armée anglaise du général Moore; il eût voulu la prendre ; il ne le put. Et c'est en Espagne que Wellington commença d'obliger les armées impériales à reculer.
A ce moment déjà l'Angleterre enserrait l'empire napoléonien dans un formidable cercle. Elle avait l'alliance de la Suède et elle la conserva parce que la Suède avait plus à craindre d'elle que de Napoléon. Elle gardait par Héligoland l'embouchure de l'Elbe. Elle surveillait toutes les côtes françaises, et le II avril 1809 elle y brûlait 8 vaisseaux devant l'îlot d'Aix. Elle était fortement établie en Portugal, prête à envahir l'Espagne. Elle avait Gibraltar, Malte et la Sicile. Plus loin elle dominait tout le Levant par ses vaisseaux. Elle était l'alliée de la Perse. Elle reparaissait à Constantinople. Elle entretenait toujours des rapports cordiaux avec la Russie, l'Autriche, annonçait à la Prusse une prochaine vengeance. Elle faisait, de ses intrigues et de ses efforts, tout le tour de l'empire de Napoléon, prête à l'étoulTer.
Nous voyons, à un siècle de distance, cette multiple attaque, partout présente. La France ne la vit pas ; elle ne Driault. — Napoléon. a4
voyait rien, elle ne savait rien, que son grand homme. Napoléon ne voulait pas voir, aveuglé lui-même par son ambition impériale. L'Angleterre fut victorieuse parce qu'elle voulut l'être et y consacra toute sa volonté et toute sa raison, toute son intelligence de ses intérêts nationaux. La France fut vaincue, parce qu'elle abdiqua toute volonté, tout libre examen de ses intérêts, entre les mains d'un homme qui l'éblouit dix ans des élincelants éclairs de son éj)ée. C'était la lutte d'une nation et d'un homme ; si grand qu'il fût, il n'était pas de force. Grande histoire qui est une grande leçon.