‹ Études NapoléoniennesChapitre 19 sur 177 · III. — La déclaration de guerre (décembre · texte numérisé non relu

III. — La déclaration de guerre (décembre

Le sultan tint bon. Le 2 4 décembre, il faisait notifier officiellement àltalinski la rupture de toutes relations; il y résumait les griefs de la Porte : depuis le traité d'Yassy, la Russie ne cherchait qu'à séduire les sujets du sultan, les prenait sur ses vaisseaux, leur donnait des patentes de naturalisation, « s'impatronisait de la marine des insulaires de l'Archipel ». Puis elle avait excité les Serbes à la révolte. Elle avait occupé sans motif le fort turc d'Anacria sur le Phase. Elle avait embauché, en Albanie et même à Gonstanlinople, des sujets ottomans pour larmée russe. Enfin elle avait occupé la Moldavie, sans déclaration de guerre ; elle s'était emparée violemment de Choczim et de Render ; elle avait envoyé aux autorités turques im manifeste trompeur.

"jQ LA POLITIQI E ORIENTALE DE NAPOLÉON

— C'est pourquoi M. d'Ilalinski était invité à quitter Constantinople dans les trois jours avec tous les agents russes. Italinski partit pour Malte sur un vaisseau anglais, quelques heures après.

Le même jour, la guerre fut solennellement déclarée à la Russie ; les deux hospodarsde Moldavie et de Valachie furent destitués de nouveau. Alexandre Soulzo fut nommé hospodar de Valachie avec droit d'inspection sur les fonctionnaires de la Moldavie. Le grand vizir annonça son prochain départ pour le Danuhc. L\^nthousiasnie jwpulairo on fut très exallé'. Mais le ministère ottoman demeurait froid ; le rcis-elTendi continuait de garder une attitude mystérieuse ; les autres fonctionnaires de la Porte n'entraient dans cette aventure qu'à contre-cœur. Sébastiani ne potivail rien contre cotte inertie et cette froideur; il no lui plaisait pas do pousser sans cesse au combat des gens qui ne voulaient pas se battre ; il s'estimait très houroux des résultats obtenus et no ponsail pas pouvoir faire plus. Il y avait quatre mois qu'il était à Constanlinople et déjà il écrivait à Ttilleyrand : « Je solli cite de Sa Majesté la faveur d'étn? retiré de ce pays ; il me serait impossible d'y demeurer davantage. J'ai fait toiit ce qui dépondait de moi pour le service de mon auguste maître. Je le supplie de m'accorder la récompense de ni'envoyer à une armée. J'aimerais mieux servir comme volontaire et sans aucun commandomoiit (pie de rester ici plus longtemps'. »

Nul agent sans doute ne mit moins d'enthousiasme à l'ac çomplissement de sa tâche, et, si elle avait été iiu)ins heii reuse, on serait en droit de lui en faire cpieUpio reproche. Il avait comme la nostalgie de la (îrando Armée; il n'avait pas foi dans le succès de sa mission ; il se croyait dans un poste sacrifié, chargé d'un d«^voir sans éclat, loin de Talten

I. Napoléon jii^foa im^mc utile de le rcchaulTor encore arlificiclloment. Il fil com|>o8or, traduire en turc, imprimer et répandre à profusion dan» le Levant une proclamation aux Ottomans, sous ce titre imaginaire : n Le muezzin ottoman à ses frères les musulmans. Ap|M;l aux armes. » Paris, 1807, Imprimerie Impériale. I^e texte turc est aux AIT. élr., Turquie, supplément n" 2^ (iSo*)- 1810). pièce i3o.

a. AIT. élr., Corr de Turquie, Sébastiani à Tallevrand. a'i déc. 180G.

LA DÉCLARATION DE GUERRE (dÉCEMBRE i8o6) 77

tion de rEmpcreur. Surtout il n'avait que du mépris pour le gouvernement auprès duquel il était accrédité, pour la nation usée qu'il avait à exciter, à redresser. Il considéra Constant! nople comme un lieu d'exil. Ce n'est point faire tort à son courage personnel que d'eslimer qu'il redoutait un échec, un désastre infligé au sultan par les ennemis de la France ; il jugeait les Turcs incapables de lutter contre les. Russes ou contre les Anglais ; il avait peur d'être entraîné dans la catastrophe où il voyait sombrer la Turquie; il lui répugnait d'être lié à ce cadavre.

Car il semble bien, au commencement de l'année 1807,, que la ruine de la Turquie ne soit pas éloignée ; c'est une opinion commune en Europe, et les faits, vus de près par Sébastian!, paraissent donner raison à cette opinion.

La Porte est sans force. Le sultan est à peine obéi dans sa capitale ; les janissaires murmurent contre lui, forment, à côté du gouvernement régulier, une sorte de gouvernement insurrectionnel. La rébellion est à l'état latent dans la région même de Constantinople. Au delà l'empire ottoman est tombé dans une sorte d'anarchie féodale; en Asie et en Europe, chaque pacha est maître dans sa province, parfois plus puissant à Constantinople que le sultan lui-même : Pasvan-Oglou, Ali- pacha sont riches, répandent l'or dans le divan, ont leurs créatures parmi les plus puissants fonctionnaires de la Porte, imposent souvent leurs volontés. Au delà, les provinces chrétiennes se soulèvent, sont déjà, comme la Serbie, presque absolument indépendantes. L'empire ottoman, en vérité, n'existe plus ; il est une proie.

Elle tente les convoitises des grandes puissances. La France occupe à cet égard des positions importantes; le traité de Presbourg vient de l'établir en Dalmatie et Marmont y commande toute une petite armée : Napoléon, vainqueur à léna, a son quartier général à Varsovie. Sébastian! est écouté du .sultan ; autant que ses illustres prédécesseurs, Vergennes ou Villeneuve, 11 agit sur les conseils de la Porte. Mais il ne paraît pas que des conseils et même le prestige de Napoléon puissent suffire à la gravité des circonstances. La Porte est trop faible et la France est trop loin.

Les Russes sont déjà maîtres delà Moldavie ; ilj> menacent la'Valachie ; ils sont attirés au sud par Tinsurrection serho qu'ils encouragent, à laquelle ils tendent la main ; ils veulent barrer dans cette direction la route à Tarpiée de Dalmatic, rejeter les Français dans l'Adriatique. Ils sont appelés au sud du Danube par les vœux secrets ou déclarés des chrétiens ; ils sont les chefs de la croisade orthodoxe qui doit remettre la croix au dùme de Sainte-Sophie. Mais ils sont retenus dans cette marche fatale par la présence de Napoléon en Pologne; il inqui('*te leurs communications vers le Nord; il les empêche de faire sur le Danube un effort vigoureux; il appelle sur lui presque toutes leurs ressources militaires ; déjà il contient leur ambition, il les oblige à planter leui-s tentes en Moldavie, à attendre im moment plus favorable pour se remettre en route.

Et tout cela profiterait aux Anglais si les Anglais avaient une politique clairvoyante et énergique. La Porte déclare hi guerre aux Russes leurs alliés, se confie à Najwléon leur ennemi. Ils peuvent considérer la Porte comme une ennemie, et maintes fois il leur a fallu moins de prétextes pour faire œuvre de guerre. L'occasion est singulièrement ten tante; Napoléon ne peut rien contre eux dans ces jmys; ils.sonl maîtres de la mer. Les Russes ne peuvent agir vigoureuse ment. Conslantinople est sans défense. Quelle garantie, si elle tombe entre leurs mains ! Qu'est ce quWusterlity., qu'Iéna, auprès d'un pareil fait : les .\nglais à Constanlinople ? Le gouvernement de Londres eut une conscience vague de la politique qu'il devait suivre ; il tenta un coup «le main sur (ionstantinople. C<; |H)u\ait être im moment décisif dans l'histoire de l'Europe.

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