I. Corresp. de Napoléon, XIV, 11 387. Napoléon à Sébastiani
quitter en loiile sécurité Constanlinople : ce fut un beau triomphe sur la barbarie musuhnane, et Italinski fut reconnaissant à Sébastiani de lui avoir évité la rude caplivilé des Sept-Tours. La guerre à la Russie devait être solennellement proclamée quelques jours plus tard, selon toutes les formalités requises par la loi musulmane, afin d'exciter contre l'ennemi le religieux enthousiasme de toute la popidalionV
Dès ce moment, toutes les troupes de Houinélio reçurent l'ordre de gagner immédiatement le Danube. Toutes les troupes d'Asie furent appelées à Constantinople, pour se ranger autour de l'étendard sacré sous le commandement du grand vizir. Car c'était vraiment une guerre sainte, une réplique à la croisade grecque, une levée de toutes les forces de l'Islam pour barrer aux Russes Ja route de Constanlinople. Il en résulta, sous les veux quelque |>eu étonnés de Sébastiani, une réelle surexcitation des passions musulmanes ; les pachas en redevinrent plus fidèles. Mustapha le Rairactar répondit aux cordiales communications de Michelson par des plaintes contre l'occupation de la Moldavie, par l'envoi immédiat de ipiclques troupes en Valachie, jusqu'à Focsani, par l'annonce <te son prochain départ. I)e\\ iddin Pasvan-Oglou n'était pas moins résolu, franchissait le Danube avec 4oooo hommes. En Asie Mineure, le prince des Abazes, le \mc\\a d'Erzeroum envahissaient la Géorgie. Toute la Turquie se soulevait comme un flot pour refouler l'invasion étrangère.
Mais il y avait beaucoup de désordre en tout cela et Sébastiani craignait que tout cet enthousiasme ne fût pas très efficace ni très durable. « Il y faudrait des ofliciers français, écrivait il à TalleyraïuH. » L«' sultan en demandait, surtout des officiers d'artillerie et de génie, mais ils ne pouvaient pas arriver aussitôt. En attendant, rand)assadeur envoya le ciipilaine de Lascours à Erzeroum, et son beau frère et aide de camp M. de Goigny à l'armée du Danul>e. Pour lui, il n'était pas autorisé à quitter Constantinople, où sa présence
I. Aff. étrangère», Corr. de Turquie, Dôjiéclic de Sétwsliani, 17 déc.
a. Id., ('/., Déii^cho do Sébastiani, a^ déc. 180G.
LA DÉCLARATION DE GUERRE (dÉCEMBRE I 8o6) 'J^
était indispensable pour soutenir l'effort où venait de se résoudre le «gouvernement ottoman.
En effet, si le ministre russe était embarrassé par la nouvelle de l'occupation de la Moldavie, le ministre anglais s'agitait beaucoup pour empêcher la rupture. Il tenait, dit Sébastiani, « la conduite la plus absurde ». Trois jours de suite, il se présenta au palais du divan, forçant l'entrée, se répandant en menaces et en outrages, montrant les vaisseaux anglais embossés dans la Corne d'Or ; et les ministres turcs contenaient leur impatience, parce qu'ils ne voulaient pas^ rompre avec lui, parce qu'ils étaient mal défendus contre les canons anglais. Arbuthnot tentait encore d'émouvoir la population par de fausses nouvelles, que la moitié de l'armée française venait d'être détruite par les Russes, que l'autre moitié était dans les hôpitaux, ravagée par la dysenterie, que le Portugal et l'Espagne s'étaient réunis à la coalition et envoyaient des troupes aux Pyrénées, que Paris était en pleine révolte. Sébastiani et l'ambassadeur espagnol, marquis d'Almenara, durent démentir ces contes qui rencontraient quelque crédulité.