‹ Études NapoléoniennesChapitre 28 sur 177 · LA PORTE ET L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA PORTE ET L ANGLETERRE

laquelle on a fait tout ce qu'a voulu l'Angleteire ». Au reste, il a. confiance en la justice de sa cause; cet empire <;viste par la volonté de Dieu grand et miséricordieux, et, si telle est la volonté divine, du désespoir môme auquel on a réduit le sultan Sélim résultera l'énergie nécessaire pour la défense de l'Etat'.

Le soir même de ce 26 janvier, l'ambassadeur Arbutlmot se rendit à bord de VEndymion, portant le pavillon du contre-amiral sir Thomas Lewis. Une grande fête y avait été préparée, à laquelle les principaux commerçants anglais de Coustantinople avaient été invités. Ils y vinrent nombreux, €n costume de gala, et le banquet fut très brillant. Au milieu de la nuit, VEndymion coupa les chaînes de ses ancres, et, profitant du vent qui soufflait du TSord, vogua vers les Dardanelles. L'ambassadeur annonça alors aux invités qu'ils ne retourneraient pas à la ville, que la situation n'y était pas sûre pour eux, que les relations étaient rompues avec la Porte. Ils protestèrent, se plaignirent hautement: ils avaient laissé leurs familles, leurs richesses ; ils avaient au moins leurs affaires à régler. Ce fut en vain. La fuite se poursuivit toute la nuit à force de voiles. Les Turcs des Dardanelles laissèrent passer le vaisseau anglais, ignorant qu'il emportait l'ambassadeur. Il rejoignit à Ténédos d'autres vaisseaux qui formèrent bientôt une flotte imposante.

Le 29 janvier, Arbuthnot renouvelait son ultimatum à la Porte et la déclarait responsable de la vie et des biens des résidents anglais.

En même temps, le baron de Hiibsch, ministre du Danemark, était chargé de la protection de ces intérêts et «n particulier des biens de l'ambassadeur britannique, de sa vaisselle, « estimée à plus de 6000 louis d'or ». Arbuthnot lui recommandait les femmes laissées à Constantinople, le priait même de s'adresser à l'ambassadeur de France « pour <ju'il empêche que la Porte manque envers ces personnes en

I. Aff. étr. Corrcsp. de Turquie : déclaration d'Arbuthnot, a4 janvier. — Moniteur du 3 5 mars.

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tout ce qu'on pourrait attendre d'un gouvernement civilisé» ; h l'occasion, il en ferait autant pour les Français ; il serait surtout empresse pour la famille de l'ambassadeur, ayant eu riionnenr d'être inlimcnicnt lié avec la famille de M"*" Sébastiani'.

Sébastian! n'avait pas attendu ct'llc ioNitalion pour accomplir à l'égard des Anglais de Conslantinople tout son devoir d'humanité : ils ne souffrirent aucun dommage, même dans les journées plus critiques qui suivirent ^

Quelques jours après, embarrassé peut-être de la conduite qu'il avait tenue, Arbullinot écrivit à plusieurs membres du corps diplomatique pour expliquer son départ, assurant qu'il n'avait eu d'autre objot qtie de se mettre dans une position où il put continuer avec sûreté les négociations. 11 engagea en effet quelques pourparlers avec le capitan-pacha établi aux Dardanelles. De son cùté, le gouvernement ottoman déclarait qu'il ne trotivail point convenable d'entrer en négociation formelle avec un and)assadeur qui avait quitté son poste, qu'il enverrait ses explications directement à Londres, et, dans xme circulaire aux ministres étrangers, il se plaignait vivement du déj)art subit de l'ambassadeur, « rien nayarït été fait contre lui ni contre les autres sujets anglais qui ait pu compi-omcttrc leur sûreté ». Enfin, il remettait au baron de lliibscb, muni de procurations du « susdit ambassadeur», tous les effets et meubles appartenant à ce dernier ; il assurait sa protection à toutes les familles et sujets anglais restés dans le pays et s'occupait de pourvoir à leur sûreté {)arfaite dans tout l'empire ottoman^.

Arbutbnot avait sans doute craint d'être enfermé aux Sept-Tours, par une application turque du système du blocus continental et selon la coutume do la Porte. Cependant, une fuite aussi rapide, dans une telle confusion des intérêts des marchands anglais, eût été à peine explicable si la rupture diplomatique avait été brusque et si les hostilités

I. AIT. l'ir. Corrpsp. de Turquie: .\rbiitlinot au baron de Hûbich, ag janvier.

a. Ibùl., 3o janvier : Sébastiani k Tallevrand. 3. Moniteur du i" avril.

LES ANGLAIS DEVANT CONSTANTINOPLE 8g

avaient aussitôt commencé. Mais cette rupture ne fut pas consommée, ni à ce moment, ni même dans tout le mois qui suivit, et ainsi il ne paraît pas que la dignité de Pambassadeur britannique soit sortie intacte de toute cette afl'aire.

Certes, il afTecta tout d'abord de ne plus pouvoir entretenir de conversation avec la Porte, et les pourparlers qui durèrent tout le mois de février, — avec quelques intermèdes de coups de canons, — furent conduits par le contreamiral sir Thomas Lewis ou ensuite par le commandant en chef de la flotte anglaise, Famiral Duckworth. Mais ceux-ci expliquèrent maintes fois leur intervention par diverses indispositions de l'ambassadeur, et il ne se désintéressa nullement des négociations. Aussi bien ses instructions lui défendaient sans doute d'aller jusqu'à l'ouverture des hostilités : les Anglais menacèrent sans cesse de la guerre sans s'y résoudre; ils pensèrent que la menace serait suffisante ; ils refusèrent d'affronter les conséquences d'une guerre déclarée. Les menaces auraient peut-être suiïi en l'absence de Sébastiani; comme elles furent inutiles, leur amour-propre eut fort à souffrir. Mauvaise politique que celle des menaces sans effet.

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