DEFENSE DE GONSTANTOOPLE PAR SEBASTIANI
résultat de la tenir, comme on disait alors, au niveau voulu pour l'organisation d'une résistance sérieuse. Les musulmans se persuadaient aisément qu'il s'agissait de leur indépendance elle-même et se disposaient à lutter avec une énergie désespérée. Sébastiani ne les croyait pas capables d'un tel effort, qui ne fut sans doute vigoureux que parce qu'il n'eut pas à durer.
Sébastiani rédigea pour la circonstance une série de mémoires qui furent traduits en turc et servirent de guides aux ministres du sultan. Il s'agissait de garantir la ville d'un bombardement en empêchant l'approche des vaisseaux anglais ou au moins l'embossage des vaisseaux et des bombardes, de défendre si bien l'entrée du port que l'escadre anglaise ne pût y pénétrer pour détruire l'escadre turque et les établissements de marine, enfin de croiser tellement les feux des diverses batteries de Constantinople, combinées avec celles de la côte de Scutari, qu'il fût même dangereux aux vaisseaux anglais de canonner la ville en courant des bordées, et que l'escadre turque, au cas d'une affaire avec l'escadre anglaise, pût se retirer sous la protection du canon de la place et y trouver un abri sûr. Tout le problème était donc de construire au plus vite des batteries nombreuses, hérissées de canons, pour répondre à une attaque de l'amiral anglais ou lui ôter toute envie d'attaquer*.
Il y avait tout à faire et tout fut fait. Les batteries sortent de terre, « comme avec la baguette des fées », sur la côte d'Europe comme sur celle d'Asie. « Le général ambassadeur est partout, anime tout, organise tout. Sa Hautesse et tous ses ministres, à l'exemple de Son Excellence, déploient une activité étonnante. La nation turque redevient ce qu'elle était sous les Mahomet II et les Soliman, et cette régénération date du jour de son alliance avec Napoléon le Grand ^. »
Sébastiani est assisté de ses secrétaires d'ambassade, La Blanche et La Tour-Maubourg, de ses officiers, le capi-
1. Afr. étr. Gorresp. de Turquie : mémoire adressé par l'ambassadeur de France à la Sublime Porte le 37 février 1807.