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Id, id., 26 février, Rufiin à Talleyrand

I02 LA IHJLITIQLE ORIENTALE DE SAPOLÉOX

laine de Lascours, les lieutenants Desacres de Pleurages et Gérard. Les capitaines Boutin, Le Clerc, Coutaillout sont justement arrivés à Constântinople, de rarniéc de Dalmatio, le jour même de l'apparition de la flotte anglaise. Ils sont immédiatement occupés à Tarmement des batteries. Le sénateur comte de Pontécoulanl, de passage à Constantinople, se mêle aux travailleurs ; Tambassadeur espagnol, marquis d'Almenara, avec ses secrétaires et ses olliciers, Endiriz, Carnerrero, Pérez, Belin, se multiplie aussi; il organise une compagnie de canonniers espagnols ; il stimule raclivilé des Grecs par des compliments, des cadeaux : il prend à cœur d'infliger un échec à l'orgueil des Anglais.

De toutes parts, sous les yeux des ennemis, notamment tout autour de la courbe qui s'ouvre de la pointe du Sérail aux Sept-Tours, les murs s'écroulent, se dessinent en créneaux; des terrassements s'élèvent dans les jardins des |>alais; des maisons disparaissent et font place h des forteresses improvisées. Partout courent et s'agitent des milliers de travailleurs. Tout le long de la côte se croisent les encouragements, les imprécations aux Anglais. Et |)eu à |ieu, dans chaque embrasure, s'allonge menaçante la gueule des canons, s'entassent les boulets, se rangent en avant deux lignes de chaloupes Cimonnières et de bateaux incendiaires. Le rocher de la tour de Léandre se dresse, armé de pièces de gros calibre et d'un fourneau à boulets rouges. Le sultan est tout le jour au milieu des soldais ; il est souvent presque seul, à pied ; souvent aussi, il est accompagné de l'ambassadeur de France. Il entretient l'enthousiasme général par des largesses à profusion ; il tient à la main une archinc d'ivoire, comme le premier architecte de l'empire ottoman. Il sourit, il interroge les ingénieurs; il mesure lui-môme les dimensions des batteries. Il se persuade sans doute qu'il est tout à fait digne de son illustre ami l'empereur Napoléon.

Il ne peut s'emjK'chcr d'admirer ce que peuvent quelques honunes d'énergie dans des circonstances graves. Il témoigne hautement et publiquement de son estime des Français : « Monsieur l'ambassadeur », lui dit-il un jour devant tous ses ministres et la légation de France, u je regarde comme

DÉFENSE DE CONSTANTI.NOPLE PAU SÉBASTIAN! I o3

lin bienfait du ciel votre présence à Constantinople. Je n'oublierai jamais les services importants que vous m'avez rendus, et vous avez dignement rempli les intentions de votre auguste souverain'. »

En effet, dès le premier jour de ce fiévreux travail, loo pièces de canon avaient été tirées des arsenaux et dressées sur le rivage. En cinq jours, selon un état dressé par le capitaine Boutin, il y avait, des Sept-Tours au Sérail, 102 canons, 69 mortiers ; — sur la côte de droite, à l'ouest, "2 ^o canons, 12 mortiers; — en lace du canal, 84 canons, i5 mortiers; — sur la côte d'Asie, 9^ canons, 1/4 mortiers; soit au total 620 canons et iio mortiers ^

On ne craignait plus les Anglais, et, à mesure que les inquiétudes se dissipaient, l'enthousiasme grandissait, plus joyeux à la pensée de la prochaine défaite des ennemis. Le 28, ils •essayèrent d'enlever l'île de Proti, la plus grande des îles des Princes, à deux lieues de Constantinople. Soixante Turcs s'y étaient retranchés dans un couvent grec ; ils repoussèrent toutes les attaques et tuèrent beaucoup de monde aux Anglais, qui durent se rembarquer. On le sut à Constantinople quelques heures après; on y vit le présage de la victoire.

Que faisaient donc l'amiral ûuckworth et Arbuthnot pendant que les Turcs et les Français s'occupaient si bien? Les premiers jours, ils furent trompés par les négociations dilatoires du divan, uon pas très longtemps sans doute. Puis les vents contraires rendirent difficile l'embossage des navires de bombardement ; et surtout ils virent bientôt que leur petite escadre ne pouvait qu'être mise en miettes par les batteries turques si elle ouvrait le feu, et qu'elle était menacée d'un complet désastre. Ils savaient d'ailleurs qu'aux Darda-

I . Lettre du comte polonais de X. X. — Aff. étr. Corresp. de Turquie : 3 mars, Sébasliani à Talleyrand.

a-Aff. étr. Corresp. de Turquie, Supplément n" 2'; (1806-1810): Rapport du capitaine Boutin sur les travaux exécutés à Constantinople du 2 1 au 27 février 1807 ®' *"'' ^'^^^ de défense de cette capitale, avec un état des batteries et de leur armement. — Id., i»"" mai 1807, Rapport du «hef de bataillon d'artillerie Le Clerc, aide de camp de Marmont, sur les travaux exécutés aux Dardanelles.

nelles les travaux de fortifications étaient poussés avec vigueur et que le passage serait au retour très dangereux.

En dépit de ces craintes justifiées, ils essayèrent d'en imposer encore au sulUm ; ils espérèrent quelque accord qui tirerait leur flotte et leur prestige de la redoutable aventureoù ils étaient engagés. Ils ne se hâtèrent point de partir, pour n'avoir pas Tair de fuir; ils cherchèrent à se donner une contenance ; mais la partie était désormais perdue.

Ce fut Duckworth qui conduisit ces pourparlers, l'ambassadeur étant malade et désireux de laisser à ilaulres la responsabilité de l'échec inévitable. Le 21, il avait remis à Isaac-bey son ultimatum très dur et fixé la réponse au lendemain soir au plus tard. Le ^3, la Porte demande quels négociateurs représenteront l'Angleterre ; mais elle adresse cette note très lentement, avec des retards successifs dont elle se montre désolée, nécessité de la traduction, choix d'une barque, d'un lieu d'embarquement, craintes sur la sincérité des dispositions pacifiques des Anglais, surexcitation des passions musulmanes.

Le 24 au matin, Duckworth afiirme une fois de plus ses dispositions pacifiques ; si le divan peut garantir sa propre sécurité, il quittera lui-môme son escadre pour se rendre il l'endroit qui sera désigné pour les conférences. (Icprndaut, il observe qu'on vient d'ouvrir huit nouvelles tMubrasures sur les murs du sérail. Aussi sa patience aura-t-elle bientôt des limites ; il faut que, dans le délai de deux jours, le projet de conférence ait abouti à un résultat.

Le même jour, à cinq heures du soir, il se ravise, se plaint des préparatifs de défense que l'on fait dans la ville, exige ime réponse dans les trois heures ; sinon, tous les bateaux turcs de la mer de Marmara seront coulés ou pris.

Dans la nuit, la Porte pro|)08e, conmie lieu des conférences, un château de la cote d'Asie, à sept lieues de C.onstantinople. Le 25, Duckworth accepte cet endroit; mais, à cause de l'éloignement, il ne pourra s'y rendre en personne ; il y enverra le contre-amiral Lewis. Cependant, cinq Anglais, un aspirant cl quatre matelots, ont été pris sur une chaloupe et conduits à la côte d'Asie. L'amiral exige leur mise en liberté inmiédiate.

RETRAITE DES ANGLAIS Io5

Le 26, il s'impatiente. Une barque ottomane devait venir la veille pour prendre les négociateurs anglais ; elle n'arrive pas, pourquoi ? Les cinq Anglais prisonniers n'ont pas été relâchés, pourquoi ? Il est pourtant d'esprit conciliant ; il ne demandera plus la remise de la flotte turque et des châteaux des Détroits, ni même l'abandon de la Moldavie et de la Valachie aux Russes ; il se contentera de l'éloignement de l'ambassadeur de France et du renouvellement de la triple alliance offensive et défensive entre la Russie, l'yVngleterre et la Porte*.

Le reis-effendi répond enfin que, décidément, il n'y a pas un lieu, pas un pouce de terre dans tout l'empire ottoman oîi un Anglais puisse descendre sans être exposé à la fureur du peuple, que jusqu'au sein du sérail le sultan même ne serait pas assez puissant pour défendre un Anglais contre l'indignation des musulmans, que d'ailleurs le divan a pris la résolution de ne point traiter avant que l'escadre anglaise ait quitté la station devant Constantinople et repassé les Dardanelles ; « Réponse sublime, lit-on dans le Moniteur, comparable à celle que le sénat romain fit à Pyrrhus. » Et Sébastiani ajoute au récit de ces événements : « Tout s'était fait de concert avec moi et d'après mes insinuations. »

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