I. Correspondance, i5 mai
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Le i5 mai, quand il donne ses instructions sur l'organisation de la maison d'Écouen, il annonce à Jérôme la mort du prince royal de Hollande ; il s'occupe avec Cambacérès du. Code de commerce à présenter au Corps législatif; il commande à Portalis un rapport sur les curés de Morra, de Sommariva del Bosco, de Cortcmiglia, et sur M. de Trémoulct, curé de Mondalazac, dans TAveyron, qu'il est disposé à décorer ; il réprimande le général Beaumont qui a prdu une journée ; il ordonne à Clarke d'envoyer au plus vite les fusiliers de la garde à Bromlx>rg, les marins du même corps à Danzig ; il surveille point par point tous les détails du siège de Danzig. Toutes ses journées sont ainsi remplies, sans qu'apparaisse jamais le moindre trouble dans cette merveilleuse organisation cérébrale : cet homme ne connut pas le repos, n'en sentit pas le besoin.
A Finkenstein en particulier, cette activité étonnante, toujours calme, sûre d'elle-même, sans liAle ni fièvre, se jK)rla aux plus dillicilcs opérations militaires, au\ plus délicates conceptions diplomatiques. 11 faut, pour la clarté de l'exposition, les étudier séparément. Mais il Huidrait, pour donner une exacte idée du génie de l'Empereur, tout mènera la fois, entraîner dans le même mouvement de la pensée les affaires de la guerre et de la paix, de l'administration et de l'armée, des finances et des arts, le gouvernement de l'Europe et les intérêts domestiques. 11 n'y faut point songer. D'ailleurs le principal objet n'est pas ici de tenter un nouveau portrait de Napoléon, mais d'étudier seulement un des traits de son caractère politique, un des moments de son énergie.
Aussi bien ce moment est-il parmi les plus intéressants de sa carrière. C'est le lendemain d'EyIau. L'elTel moral de celte rencontre a été considérable ; on était si peu habitué à voir Napoléon ne remporter que de demi-victoires, et d'autre part on se persuadait si volontiers que sa grandeur aurait une limite et qu'un jour on apprendrait tout à coup la ruine du colosse, on le considérait si bien comme un extraordinaire météore dont l'éclat devait être aussi fugitif que brillant, que, l'imagination et l'espérance aidant, on traduisit en beaucoup d'endroits la bataille d'Eylau en un éclatant succès des Busses ;
NAPOLÉON' A FINKENSTEIN. OPÉRATIONS MILITAIRES iSy
et bientôt on annonça, de-ci de-là, en Angleterre, en Italie, sur le Rhin et le Danube, la retraite de l'Empereur, l'entrée des Russes à Varsovie, leur marche en avant sur Berlin, la prochaine déroute des Français et la délivrance des peuples. De tels bruits sont aussi funestes qu'une défaite réelle. Napoléon redoutait l'espérance et le courage qu'ils pouvaient rendre à ses ennemis, et il multipliait les mesures de précautions.
Il redoutait surtout l'Angleterre. N'allait-elle pas profiter de cette crise pour soudoyer sur le continent quelque nouvelle alliance ? Le blocus continental menaçait gravement ses intérêts : ne serait-ce pas le stimulant le plus énergique à sa haine un peu engourdie depuis la mort de Pitt ? Son ennemi était loin, au fond de la Pologne : avec la lenteur et l'inexactitude des courriers de ce temps, ne pouvait-on essayer de l'atteindre quelque part avant qu'il pût se mettre en garde ? — En vérité Napoléon crut que l'Angleterre ne laisserait pas passer le printemps sans quelque grand effort, sans un débarquement quelque part, en Italie, en Hollande, en Allemagne, sinon en France. Car il fut tout l'été question, à Londres, d'une « grande expédition », de quelque formidable Armada, oîi se concentreraient pour une action décisive toutes les forces navales de la nation, avant que tous ses alliés du continent fussent écrasés les uns après les autres. 11 fallait se hâter; car la querelle sans doute ne tarderait pas à être vidée entre la France et la Russie, sur les derniers débris du royaume prussien.
Mais l'année 1807 fut de tout point malheureuse pour les Anglais. Leur grande expédition était toujours prête à partir et ne partait jamais. Ils en épuisèrent les ressources en les dispersant sur l'océan Atlantique 011 ils assiégèrent Montevideo, sur les mers de l'Inde où ils surveillaient sans les pouvoir prendre les flibustiers intrépides que lançait Decaen sur leurs côtes, sur la Méditerranée où ils essayèrent de venger leur délaite des Dardanelles par la conquête de l'Egypte. Le succès de ces entreprises fut compromis par leur multiplicité même, et d'ailleurs aussi par les difficultés du gouvernement intérieur, suites naturelles de la mort de Nelson en octobre
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i8o5, de Pilt en janvier 1806, et de Fox le i3 septembre de la même année. L'Angleterre manqua d'hommes.
Le ministère Grenville, où Fox fut remplacé aux affaires étrangères par lord llovick, ne survécut pas longtemps h son plus illustre membre. Depuis longtenjps déjà, beaucoup •d'hommes d'Ftat anglais voulaient régler la question d'Irlande, pour recruter dans l'île des soldats bien nécessaires h la longueur et à l'ardeur des luttes engagées, et pour guérir une plaie où tout le Royaume-Uni se sentait gravement vul né- Table. Déjà en 179.3, sous Pitl, les catholiques avaient été autorisés à servir dans les troupes d'Irlande ; ils y pouvaient aspirer à tous les grades, jusqu'à celui de général d'état-major •exclusivement ; mais un Irlandais catholique devenu colonel perdait son grade dès le moment où il était versé dans les troupes d'Angleterre. Lord Grenville résolut de proposer au Parlement l'extension du bill de 1793 à tout le royaume, h toutes les troupes anglaises. Le roi George III parut approuver celte intention, et le lord-liculenant d'Irlande, le duc de Betlford, en fut immédiatement informé. Les Irlandais demandèrent si, dans le nouve<iu régime, ils seraient admis au généralat ; le ministère, de l'aveu du roi, leur fit répondre par l'anirmativc. Le bill fut déposé aux communes le ."> mars, et beaucoup de députés s'y montrèrent dès l'abord favorables. L'affaire paraissait bien engagée'.
Quelques jours après, le bruit court que le roi n'approuve pas du tout le projet de bill, qu'il ne consent pas à l'admission •des catholiques à tous les grades militaires, qu'il y a eu malentendu entre lui et ses ministres. Ceux-ci retirent le bill avant que la discussion n'en soit entamée. Le roi exige d'eux qu'ils lui promettentde ne plus jamais proposer de nouvelles concessions à l'égard des Irlandais ; ils s'y refusent au nom de la responsabilité ministérielle, donnent leur démission, qui est acceptée.
Le nouveau ministère eut pour chef le duc de Porlland, un vieillard de 70 ans, et non de 80, quoi qu'en dise Napoléon. L'administration de la guerre fui confiée à lord Caslle- ■reagh, les affaires étrangères à Canning.