‹ Études NapoléoniennesChapitre 78 sur 177 · I. Cf. Archives Nationales, AF, IV · texte numérisé non relu

I. Cf. Archives Nationales, AF, IV

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viche, s'allonge face à terre devant Tapparition divine ; il salue le Mahdi, le Khalife désigné de Dieu, et le nomme Husscinben-Kapri. Ella foule émerveillée et stupide s'agenouille toute devant le successeur de Mahomet.

Le Pacha est sommé de comparaître devant le Mahdi. Il vient saisi de crainte. Il reçoit l'investiture divine du gouvernement de la Mésopotamie, et en outre de celui de la Syrie. Tout joyeux, il se déclare le lieutenant fidèle d'Hussein-ben- Kapri et lui garantit le dévouement de ses 5o ooo janissaires.

Alors le Mahdi on grand cortège, au milieu des populations enthousiastes, sur lesquelles Dieu enfin a bien voulu abaisser ses regards, va vers le Cachemire, où le prince Azad- Khan est révolté contre Timour, srhah de Caboul. Inquiet, le prince se présente devant Ilussein-ben-kapri ; on le fait asseoir sur un trône à l'armature de fer ; grâce à la machine électrique, q\ù n'a pas été oubliée à Bagdad, ce rebelle est foudroyé. Terrible miracle qui assure la soumission du pa\s : le Turc de Kameke est nommé khan de Cachemire.

Aussitôt il organise avec les robustes montagnards des environs une armée d'élite appuyée d'une artillerie volante. Il entre en rap[>ortavec Napoléon. II tombe sur les Busses au nord, sur les Anglais au sud pour rétablir dans toute leur puissance les descendants du Grand Mogol. Trois colonnes, dirigées sur Calcutta, Bombay, Madras, jettent les Anglais h la mer ; une escadre française, venue de Madagascar et de l'île de France, débarque quelques, soldats qui n'ont qu'à prendre la place des vaincus et restaurent d'un coup l'empire de Dupleix. Une frégate do celte escadre i"eçoit à son bord le comte de Kameke, qui, modeste autant que victorieux, ne dnuaiule qu'à passer le reste de ses jours en quelque chalet tlu midi de la France, avec une honnête aisance, dans les bras de sa femme.

Kn attendant, le comte de Kameke, assez misérable à Chio, prie l'Empereur de lui envoyer 2 000 louis, pour les premiers frais : en garantie du Ixin emploi des fonds, il oilro à Napoléon de lui laisser sa femme en otage.

.Napoléon n'utilisa pas ces excellentes dis[)ositions. Cepen-

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■dant il songeait à l'Inde. Il se souvenait de ses correspondances de 1798 avec Tippoo-Sahib, du grand projet qu'il avait dressé avec le tsar Paul P' en 1801. Peut-être ces rêves prendraient-ils un jour quelque consistance, avec ou sans l'appui de la Russie. Car cet homme, qui semble avoir épuisé les conceptions d'une ambition humaine, resta toujours en deçà de celles de son imagination.

A la satisfaction de ces desseins encore nébuleux la Perse pouvait être utile, nécessaire. Elle pouvait tout de suite inquiéter les Anglais, détourner leur attention de l'Europe. De là ses égards pour l'ambassadeur persan, la hâte mise aux négociations, la signature enfin du traité de Finkenstcin, le 4 mai 1807 ',

C'est le principal acte politique qui reste attaché au soutenir de son séjour dans ce château.

En voici les articles principaux. Napoléon garantit l'intégrité du territoire actuel de la Perse, reconnaît la Géorgie comme lui appartenant, s'engage à faire tous ses efforts pour ■obliger la Russie à l'évacuation de cette province et pour l'obtenir dans le traité de paix à intervenir. — La France fournira autant de canons de campagne, de fusils avec baïonnettes, enverra autant d'officiers d'artillerie, de génie et d'infanterie que l'empereur de Perse en demandera « pour fortifier ses places et organiser l'artillerie et l'infanterie persanes selon les principes de l'art militaire en Europe ». — L'empereur de Perse interrompra toutes communications politiques et commerciales avec les Anglais, leur déclarera la guerre, saisira leurs marchandises dans ses ports, entrera, lui aussi, dans le système du blocus continental. Il emploiera toute son influence pour déterminer les Afghans et les autres peuples du Candahar à s'armer contre l'Angleterre, et, passant sur leur territoire, « il fera marcher une armée sur les possessions anglaises de l'Inde ». Si une escadre française aborde dans les ports du golfe Persique, elle y trouvera toutes les facilités et tous les secours dont elle aura besoin. Si l'empereur Napoléon envoie une armée contre l'Inde par

I. De Glercq, Recueil des Iraités de la France, 11, p. 20i-2o3.

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terre, elle aurci passage en Perse, et une convention spéciale indiquera les routes à suivre, les subsistances et les moyens de transport à fournir et les troupes auxiliaires que l'empereur de Perse y joindra. — Un traité de commerce sera négocié à Téhéran. — Les ratifications du présent traité seront échangées Ji Téhéran dans le délai de quatre mois.

Par Tabsence de tout article relatif à une action militaire de la Perse contre les troupes russes, et par Tabondance des articles relatifs à l'Angleterre, il faut constater que Napoléon l^ensait davantage à cette dernière ennemie tandis que J'^eth-Ali pensait s'accorder avec la France surtout contre la Russie. C'était le principe d'un malentendu qui se manifesta bientôt.

Le 5 mai, Napoléon écrivit au schah de Perse pour lui annoncer Theurcuse conclusion de ce traité. Le schah s'en réjouit à sa manière et répondit : « L'on eût dit que chaque caractère sur ces nobles feuilles était goutte d'ambre sur du camphre pur, ou des cheveux bouclés et odorans sur les joues roses d'une amante au sein de lys. L'odeur ambrée de cet écrit aimable a embaumé l'alcove de notre Ame sensible à l'amitié et parfumé de musc le cabinet de notre cœur plein de constance et de droiture. » Et il accablait Napoléon des éloquentes expressions de son admiration. « Merveille de nos jours, souverain sur qui veille l'Kloile de Saturne, dont Jupiter est l'arc, Mars le champ de bataille, dont le soleil est Tœil, Vénus est la voix et Mercure le génie, à qui la Lune sert de couronne. Prince qui a arboré l'étendard de la grandeur et qui s'est assis sur le trône de la puissance suprême, Lion des forêts de la valeur et de l'héroïsme, lialeine de l'Océan de la science et de la sagesse, cloche de dignité qui répand h grand bruit sa haute renommée... le plus grand des Knipereurs, chef absolu des Ktats de la sublime France, Uoi d'Italie, » etc. Et le grand vizir de Felh Ali, Mir/.a-Mob;nnmed-Cliefy, n'était pas moins aimable pour Talleyrand, aiiqucl il offrait « les perles de l'éloge et de la louange apjwrtées sur le rivage. par le plongeur de l'amitié qui les a retirées des mers de la candeur et de la sincérité, et les fleurs do la bienveillance et de l'affection écloses

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sur les arbres des traités et de la bonne foi, où elles se sont changées en fruits au souffle flatteur du zéphire du printemps de l'union ».

Dans le même temps, il est vrai, Mirza-Mohammed-Chefy recevait avec beaucoup d'égards quatre Anglais d'une mission à la fois politique et commerciale, et refusait à M. de La Blanche, que lui avait envoyé Sébastiani, de lancer son manifeste de guerre contre l'Angleterre. Le désir de recevoir de toutes mains des cadeaux y était sans doute pour quelque chose.

Cela n'empêchait pas Napoléon de compter sur la Perse puisqu'elle avait besoin de lui. Dès avant le traité de Finkenstein, il avait résolu d'envoyer à Téhéran une ambassade extraordinaire. Il désigna le général Gardane, un de ses aides de camp, dont le grand-père avait vécu plusieurs années en Perse et signé le traité de commerce de lyiô. Il lui donna d'abord l'ordre de partir le 2 avril, pour se trouver à Téhéran le i""" juillet; deux frégates devaient le rejoindre en septembre par le golfe Persique et lui porter des cadeaux pour le schah et ses ministres, des fusils et des canons pour l'armée. 12 000 hommes bien armés et conduits par un général français pouvaient jouer un rôle capital dans le règlement des affaires d'Orient et frapper de stupeur Anglais et Russes.

L'arrivée de Mirza-Riza et les négociations du traité francopersan retardèrent le départ de Gardane, sans changer beaucoup lé caractère de sa mission.

Les instructions qui lui furent remises, datées du 10 mai', ne firent que préciser les termes du traité de Finkenstein. Il devait presser l'olTensive des Perses contre la Russie, obtenir d'eux un accord militaire avec les Turcs, l'établissement d'une marine de guerre sur la Caspienne, la promesse de ne faire aucune paix séparée avec les Russes. Il devait préparer l'établissement d'une voie commerciale par Bagdad, Alep,

1. Correspondance, 10 mai. — Cf. aussi un premier projet d'Instructions, Arcliives Nationales, AF, IV, 1686, — de Varsovie, 10 mars. Cf. enfin Affaires étrangères : Correspondance de Perse, 1806-1808, t. I, p. 170-174.

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Alexandretle, étudier le développement de la puissance des ^^ ahahiles de TArabie, tâcher de connaître leur chef et de sonder ses dispositions à l'égard de la France : « cela \k>uvait intéresser l'avenir de l'Egypte. » Il devait surtout lancer ses officiers à travers toute la Perse, pour en prendre une connaissance exacte en moins de quatre mois, faire comprendre au schah le danger pour lui de la domination anglaise dans son voisinage, entrer en communication avec les Mahrattes et se renseigner sur la situation de l'Inde. En un mot, rJardane doit se persuader que son rôle, tout à fait d'avant-garde, est de frayer un chemin vers les Indes. C'est le plan du comte de Kameke, plus pratique.

Quand ce résultat sera obtenu, — cela peut demander quelque temps, — Napoléon sans doute en aura fini avec la Russie, et elle sera brisée, ou entraînée avec lui sur ce chemin. Tout est prêt pour la forcer; le séjour de Finkenstein a été bien employé.

Qu'on mesure l'étonnant travail de ces deux mois de repos. L'Emjiereur ne songe pas seulement au temple de la Gloire, à l'encouragement des lettres et des sciences, aux chaires nouvelles du Collège de France, aux programmes d'enseignement de l'Ecole d'Écouen ; ce sont « œufs à la neige », comme il disait, distractions légères d'une intelligence qui ne se repose qu'au changement de travail. Il répare totalement les suites de l'alfaire d'EyIau, et son échec, au moins moral, ne fait que l'exciter à un plus écrasant eiîort. Il arme les côtes de l'Italie, de la France, de la Hollande, contre toute tentative anglaise; il appelle dos renforts d'Espagne et d'Italie, stimule Junolà Paris, cantonne Brune à Hambourg, Mortier k Stettin, Kellermann à Mayence, dispose de Mayence h Magdcbourg, de Magdcbourg à Kustrin, de Kustrin à Posen, de Posen à la Vislule, une suite de lignes vivantes de bataillons, qui martèlent la terre d'Allemagne de la ajdence de leur pas, et se pressent doucement, sans heurts, les uns sur les autres, de la France h la Hussie, portant en vagues régulières et invincibles sur l'Orient lointain le flot montant des forces guerrières de l'Empire.

Cejxîudant il surveille les .\utrichicns de Bohême, jette à

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la mer les Suédois, dégage son flanc gauche en enlevant Danzig, excite les Turcs sur le Danube, les Perses au pied du Caucase, songe à soulever les mystérieux Tarlarcs de l'Asie Centrale, pointe de tout Thorizon sur les Russes une effrayante rangée de canons et de baïonnettes européennes, de lances et de cimeterres asiatiques. Et si cela est excessif pour les vaincre, le trop-plein de ces énergies sera, d'un signe de son génie, d'un geste de sa main, lancé sur d'autres obstacles.

L'épée est proie. Elle va sortir du fourreau. L'herbe pousse dans les plaines de la Prusse Royale. Les ordres sont partout donnés pour la levée des camps le lo juin au matin. Napoléon est devancé : le 5 juin, les Russes prennent l'offensive, attaquent soudain Ney et Bernadolte, les refoulent un moment. Cela ne fait que hâter le coup que Napoléon veut leur porter: « L'ennemi ne sait ce qu'il fait, dit-il, puisque, après avoir laissé prendre Danzig, il s'enfourne sous des positions retranchées. » La diplomatie se tait ; ïalleyrand est envoyé à Danzig : « Il faut le rassurer, écrit l'Empereur à Rapp, car il n'a pas mal peur. » Le 6 juin, le quartier impérial quitte Finkenstein pour Saalfcld. Napoléon monte à cheval. Le 7, toute l'armée est « en plein mouvement ». L'attaque est franche ; elle s'enfonce irrésistible sur les ennemis. Le i4 juin, ils sont écrasés à Friedland, leurs débris poussés sur le Niémen ; la frontière russe, si l'on ne traite, va être crevée.

Ce jour-là, le sultan Sélim ne règne plus àConstantinople. La révolution du 27 mai l'a renversé, permet à Napoléon de se délier de ses vagues engagements avec lui, semble jeter la Turquie à la ruine. Sébastiani demande encore à quitter son poste : ce n'est point le moment. Gardane est en route ; il a ordre de se presser : il emporte vers l'Orient le rêve de l'Empereur.

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