‹ Études NapoléoniennesChapitre 99 sur 177 · I. A. Vandal, Xapoléan et Alexan '/v 7«^ I, 1G · texte numérisé non relu

I. A. Vandal, Xapoléan et Alexan '/v 7«^ I, 1G

•du moment. La Suède refusait d'observer le blocus continental, de fermer ses ports aux Anglais, de leur déclarer la guerre ; elle ne cessait pas d'être en élat de guerre contre la France, ne s'étant point préoccupée d'être admise aux négo- -ciations de Tilsit. Napoléon envoya Bernadolte en Poméranie, y prépara une expédition contre la Scanie, invita le tsar à l'aider en envahissant la Finlande. « Il ne fallait pas, disait-il jadis, que les belles de Saint-Pétersbourg entendissent de leurs maisons le canon suédois. » Le tsar entra dans cette affaire, envoya une armée en Finlande, en commença la conquête. Mais ceci n'était qu'à j)cinc une diversion, un os entre les crocs d'un chien affamé ; la proie convoitée était au sud, et les convoitises qu'elle excitait étaient comme exaspérées par les insuflisantes satisfactions dunt on prétendait les tromper. La Russie se prépara à conquérir la Finlande, mais n'en désira pas moins vivement Constanlinople.

El le gouvernement français craignit qu'il ne fallu I bientôt al)andonner fornicllenjcnt à son allié la Moldavie el la Yalachie. En somme, Na{)oléon l'avait admis dès Tilsit. En se résignant à céder sur ce point, il voulut des compensations, n'admettant |)oinl que son alliance comporli\t de sa part des sacrifices désintéressés. Alexandre conscjitait volontiers que la France prît un autre morceau de l'empire ottoman, « un empire qui s'en va », disait-il à Savary ; il eût abandonné, par exemple, l'Albanie, en prolongement de la Dnlmatie et des provinces illyriennes.

Napoléon ne l'accepta point ; il n'accepta aucune compensation territoriale en Turquie, et il niolivait son refus avec une grande force d'argumentation. — Les liusses étaient maîtres de la Moldavie et de la Yalachie ; ils n'avaient {>as à la conquérir; c'était une proie certaine, déjà saisie. Les Français auraient A conquérir leur part, et ce ne serait point chose facile; il y faudrait toute une expédition pénible; <ar il fallait compter avec les Monténégrins, qui n'avaient pas cessé d'inquiéter les frontières du gouvernement de Marniont. Il fallait compter avec le pacha de Janina, Ali Tébéléni, très puissant et très habile, vrai souverain de l'Albanie -et mal disposé à admettre une domination étrangère. Jadis

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•déjà, avant la paix d'Amiens, lorsque les Français avaient pendant quelques années occupé les îles Ioniennes, Ali les avait vivement combattus ; plus lard, il avait de même combatlu les Russes, devenus les protecteurs de la république Septinsulaire, et Napoléon lui avait envoyé des canons et un colonel. Maintenant que les Français en redevenaient les maîtres, ils redevenaient les ennemis naturels d'Ali ; car il voulait pour lui les îles Ioniennes ; il y redoutait le voisinage des Français, comme de tous autres étrangers ; il rêvait pour lui-même la fondation d'une sorte de royaume de l'Adriatique ; il avait quelque chose de Pyrrhus, l'ancien roi d'Épire. Il ne serait certes point facile de le dompter, car il ne manquerait pas de solliciter l'aide des Anglais, et les Anglais ne manqueraient pas de l'aider*. Il fallait compter avec la Porte, qui demeurait fidèle à l'alliance française, officiellement du moins, mais qui frémissait d'inquiétude, et se jetterait dans les bras de l'Angleterre, si la France et la Russie entreprenaient de démembrer son empire. Et si Napoléon et Alexandre donnaient alors ce signal de la mort de la Turquie, l'Angleterre, maîtresse de la Méditerranée, se nantirait des plus riches dépouilles ; elle prendrait les Iles, les Détroits, la Crète, l'Kgypte, l'Egypte le pays de prédilection de l'imagination de Napoléon, 011 il avait fondé autrefois tant d'espérances, où il revenait sans cesse par la pensée, l'Egypte et le Levant qui jusqu'au bout furent à travers sa dramatique carrière la part du rêve et de la poésie.

Fallait-il donc faire, même à l'alliance russe, un pareil sacrifice, courir de tels risques, livrer peut-être à l'Angleterre tout l'Orient? — Napoléon, dans cet automne de 1807, visita longuement son royaume d'Italie ; il vint à Venise ; il eut des nouvelles de l'Orient ; il s'occupa davantage des destinées de la Turquie, de l'Egypte, de la Méditerranée orientale. 11 agita sans doute en sa tête tout ce problème redoutable, un jour résolu à contenter le tsar, à prononcer le mot décisif de la condamnation de la Turquie, le lende-

1. Aff. ûlr. Gorr. de Turquie, Pouqueville, consul de France à Jariina, à Talleyrand, 3o août.

main effrayé de cette résolution, rejeté aux hésitations, au respect du principe de l'intégrité de l'empire ottoman, du moins au statu quo provisoire. Il n'élail pas assez libre de ses mouvements, il était trop préoccu|)é des affaires de l'Occident, de l'application du blocus continental, pour pouvoir se donner tout entier aux affaires d'Orient, et elles valaient la peine d'une attention non distraite ; il fallait les réserver à d'autres temps.

Mais il fallait donner quelque satisfaction à la Russie. Il accorda une audience à l'ambassadeur d'Alexandre I'"", le comte Tolstoï, le 6 novembre 1807, et ce fut une audience d'importance capitale'. Tolstoï n'avait pas, comme I\oumiantzov, comme le tsar, la « fièvre ^orientale », il en était resté, comme la plupart des seigneurs russes, t\ la haine de la France napoléonienne ; il était de l'opiK^sition à la politique de Tilsit. Certes il était un serviteur fidèle et obéissait aux instructions de son gouvernenjenl ; mais il était mal ilis posé à se prêter aux séductions du langage de Napoléon ; il n'était [tas dans le ton de Tilsit. Il avait })our mission d'obtenir de la France l'autorisation j)our la Russie de garder la Moido -^ alachie, en rappelant les promesses verbales de Na|)oléon à ce sujet ; il devait aussi s'elTorcer d'obtenir la libération aussi rapide que possible du territoire prussien, et il attachait une importance spéciale à cette partie de ses instructions, car il n'aimait point la présence des troupes françaises sur la Vistulc, aux confins de ce grandduché de Varsovie dont la reconstitution récente excitait sa colère.

Il demanda aussitôt k rem|)creur Napoléon l'évacuation de la Prusse par ses armées, conformément aux articles de Tilsit. Napoléon lui fit observer que la Prusse avait encore des contributions de guerre à payer, que d'ailleurs, s'il s'agissait de l'observation stricte des articles de Tilsit, il fal lait aussi que les troupes russes quittassent la Moldo-Valachie. Il offrait donc à Tolstoï une entente parfaite, fondée sur l'exécution intégrale du traité de Tilsit, c'est-à-dire sur

I. S. Talistchef, Alexandre l"^ et i\apoléon, p. 287 et suivaalcs.

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révacnation simultanée, par la Russie et par la France, des pays du Danube et des pays de la Yistule.

Sans doute il avait pu promettre verbalement à l'empepereur Alexandre P*" de ne pas tenir rigoureusement à l'éva- ■cuation des principautés danubiennes ; mais c'était une parole amicale; et, si la Russie exigeait, peu amicalement, la retraite immédiate des Français à l'ouest de l'Elbe, la France était en droit d'exiger la retraite immédiate des Russes à l'est du Prulh.

Mais ce n'était pas là le ton qui convenait aux rapports entre les deux souverains alliés. Napoléon consentait donc à laisser la Moldavie et la \ alachie à la Russie ; mais il voulait pour lui-même une compensation en Prusse ; car c'était le seul endroit de l'Europe oii il la pouvait trouver sans avoir encore à faire la guerre. Les armées russes resteraient sur le Danube; les armées françaises garderaient, par exemple, la Silésie ; le reste de la Prusse serait aussitôt évacué, la Prusse aussitôt libérée, « rédimée » des charges qu'elle avait encore à supporter.

Le plan de Napoléon est évidemment de tenir en respect les puissances continentales ; maître de la Silésie, indirectement de Varsovie, il séparera la Prusse de l'Autriche, de la Russie ; il empêchera de nouvelles coalitions contre lui, et, à la moindre résistance, la Prusse rejetée sur la côte sera écrasée, détruite. De là encore, si la Russie, non contente de la rive gauche du Danube, veut franchir le fleuve et marcher sur Constantinople, Napoléon la contiendra en pressant sur son flanc. La Silésie, c'est pour lui un moyen de prolonger l'existence de la Turquie.

Ainsi Alexandre P"' l'invite au partage, Napoléon ne songe qu'à l'empêcher.

Tolstoï est irrité. Il a promis tout son dévouement à la cause de la malheureuse Prusse, et l'idée d'un nouveau démembrement soulève son indignation, surexcite toute sa haine contre la France. 11 a peine à se contenir devant l'Empereur. Mais, dès le lendemain, il écrit de longues et vives lettres au chancelier Roumianlzov ', que l'empereur des Français a cer-

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