‹ Études numismatiquesChapitre 13 sur 55 · CHARLES LE CHAUVE · texte numérisé non relu

CHARLES LE CHAUVE

Toulouse. — + CARLVS REX FR. Croix. — k/. + TOLOSA CI Monogranune de Charles.

Poids : 29 grains Vt.

Denier d'argent fin, un peu usé par la circulation.

— Monogramme de Charles, remplissant le champ.— R^.+TOLYSA. Croix.

Poids : 12 grains. «

Obole d'argent également un peu usée.

Elle est contemporaine du denier dessiné au n** 465 des planches de MM. Fougères et Conbrouse.

Le type de ces deux pièces fournit un argument de plus en faveur du système de ceux qui attribuent non à Charlemagne, mais à Charles le Chauve, l'initiative de l'emploi habituel du monogramme

craciforme sur les monnaies de la seconde race. Qaoi qu'on ait pu dire, celles-ci appartiennent certainement au second de ces princes, ainsi que Tobole d*Àgen publiée par H. de Coster, et reproduite par VL Cartier, Reuue numismatique, 1853, pi. XXI, n"" 19, qui est d'un travail identique à la nôtre. La présence du denier et de Tobole de Toulouse dans le trésor de Bonnevaux milite singulièrement, il fout Tavouer, en hveur de cette opinion, et la fobrique de la dernière accuse une décadence déjà trop sensible, pour qu'il soit permis de Tattribner à une époque antérieure au beau denier de Louis le Débonnaire, à légendes circulaires, qui marque le point à partir duquel le style monétaire toulousain alla en se déformant.

S'ensuiyra-t-il de là que Ton en soit encore réduit à dire que les espèces de Toulouse etd'Agen, comme celles de Helle, furent en dehors de la règle commune?

Remarquons, en outre, que les formes TOLOSA et TOLYSA s'employaient indi£féreamient , puisqu'on les voit figurer ici sur des monnaies à peu de chose près contemporaines, et portant le nom du même prince ; observation que l'on a déjà pu faire sur les pièces de Louis le Débonnaire. Il est possible que cela vint de ce que, comme en Poitou, où la désignation de Melle était passée à l'état de type régional, on émit, dans quelque atelier secondaire voisin de Toulouse, des monnaies revêtues du nom de cette ville, et que l'on voulut ainsi marquer le différent des officines.

Pour compléter le contingent de Toulouse dans le trésor de Bonnevaui, je signalerai encore un superbe denier de Garloman, que je n'ai malheureusement pas été à portée d'étudier, mais que l'on m*a assuré être semblable à celui du Cabinet national gravé dans la Reîtue numismatique, et dans le Catalogue Rousseau, p. 159. Il est bon de rapprocher son type de ceux du denier an nom de Charles, que je fais connaître, et du Pépin II d'Aquitaine, sorti de la même officine (0. L'examen impartial de cette série ne sera pas sans utilité pour arriver à la solution du problème qui tient encore en suspend une foule de numismatistes. Je fais de préférence appel à ceux qui s'occupent d'art, ou qui en ont réellement l'intelligence. Ils décideront si je confonds encore la progression ascendante, qui marque la tranrition entre la barbarie et la perfection, avec la décadence, qui

(1) Catalogue Rousseau, p. 145.

commence, poar chaque phase de l'art, à Tinstant précis où elle atteint son apogée, ainsi que me Ta reproché M. Cartier, dans son mémoire destiné à soutenir Fopinion de M. de Coster sur les monnaies portant la légende GABLYS BEX FR et le monogramme carolin (*).

A ce propos, qu'il me soit pennis de dire combien je me suis senti attristé en voyant la discussion de ce point controversé de doctrine prendre sous la plume de M. Cartier une forme qui sent Tacrimonie. Je crois pourtant n'avoir jamais autorisé un pareil procédé dans aucun de mes écrits, par une attaque qui lui fût personnelle, et m'ôtre toujours souvenu que le fondateur de la Revue numismatique avait droit à la reconnaissance et aux égards des jeunes travailleurs auxquels il a ouvert une mine si riche et si féconde en documents précieux. Souvent, j'ai profité de ses propres travaux , et je me plais à je répéter ici ; souvent encore, il est vrai, j'ai suivi une opinion contraire à la sienne, sans cesser néanmoins de lui rendre pleine justice, quoique nos appréciations historiques fussent, sur une foule de points, diamétralement opposées. Pourquoi, dès lors, avoir transporté le débat sur un terrain où un esprit de convenance facile à comprendre m'interdit de le suivre? — Serait-ce donc un crime si énorme, aux yeux d'un certain monde, de ne pas voir l'histoire à travers un prisme de môme couleur que celui dont se servent la plupart de mes doctes collègues?

Qaoi qu'il en soit, j'arrive de jour en jour à croire qu'il y a dignité et profit à prendre pour règle de conduite le passage suivant d'une lettre d'un excellent cœur, le pauvre Duchalais. « C'est un grand tort qu'ont trop souvent les hommes laborieux, m'écrivait-il le 11 décembre 1853, de se quereller à propos de sujets en réalité bien misérables. Pour moi, je me repens de m'étre laissé aller à cette triste faiblesse, et je tâcherai désormais de m'en préserver. »

Je veux suivre aujourd'hui son conseil. Il est cependant deux faits que je tiens à expliquer, parce qu'il s'agit d'une question de bonne foi. Dans l'appendice qui termine son mémoire, M. Cartier ilébute par déclarer que presque tout ce que je dis des monnaies carlovingiennes, dans mes Lettres à M. Dugast-Matifeux, appartient au Catalogue de la collection Rousseau, rédigé par M.- de Longpérier.

(1) Revue numismatique^ 1863, p. 408.

£q y regardant d'un peu près et sans prévention, on pourrait néanmoins, à la rigueur, signaler quelques légères yariantes; voire

même d'assez notables Mais à quoi bon insister là-dessus?

j'accepte volontiers le reproche; car je n'ai pas prétendu dire seulement du neuf, à chaque page de mon livre, et mon estimable antagoniste sait, aussi bien que personne , que le neuf n'est pas chose facile à rencontrer, surtout en parlant des carlovingiennes. D'ailleurs, je ne pouvais mieux faire que de me ranger, le plus souyent possible, à l'opinion d'un guide aussi éclairé. Ne serait-ce point là, par hasard, l'un de mes torts les plus irrémissibles?

Un peu plus loin, M. Cartier insinue qae les deux deniers de Yienne et de Marseille au nom de Charles, reproduits aux n'^' 15*et 16 de ma planche YII, ont été copiés sur les dessins de M. deCoster. Or, au fond de cette remarque peu bienveillante, il y a tout bonnement rarriërepensée de faire douter de ma véracité, lorsque je dis, en note, p. 128, que ma quatrième lettre était rédigée depuis longtemps, quand parut le travail du savant directeur de la Revue numismatique belge ^ qui n'a modifié en rien mon opinion.

A cela je répondrai :

1<* Que mon livre, imprimé en entier depuis plus de deux mois avant l'apparition de l'article de M. de Goster, n'a pu être donné au public que trois semaines après, par suite de la maladie du graveur, qui retarda la livraison de la planche sapplémentaire. Ce retard me permit, par conséquent, de faire retirer le quart de feuille où je fis entrer la note relative au mémoire inséré dans la Revue belge.

2* Que j'avais entre les mains, depuis plus de six mois avant cette époque , grâce à l'inépuisable obligeance de M. Henry Morin, les deux deniers qui lui avaient été cé4és par M. de Coster, et qui ont servi de modèle à nos dessins respectifs. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que ces dessins soient presque identiques ; car les planches de H. de Coster sont parfaitement exécutées, quoique avec un peu trop d'uniformité dans le trait ; et j'ai la prétention, à défaut d'autre mérite, de reproduire avec conscience les monnaies que je veux décrire. Il eût été facile à M. Cartier de s'épargner cette petite sortie intempestive, en jetant un simple coup d'œil sur la liste des personnes auxquelles je devais la communication de pièces inédites;.... mais il ferait croire que ce n'était pas précisément là son compte.

TÉROUBNNB. — +GRATIA OV REX. Monogramme de Charles. — B/. +TARVENNA CI+. Croix.

Poids : 29 grains.

Variété de coin da denier de Charles le Chauve frappé à Térouenne, publié par MM. Fougères et Conbrouse. Celui-ci doit être d'une émission postérieure, car les. légendes sont déjà altérées. Entre les deux se place le n"* 439 du Catalogue Rotisseau. C*est peutêtre le premier degré vers Timmobilisation du type dans cet atelier.

CARLOMAW.

Limoges. — h CARLOMAN EX. en caractères rétrogrades; croix. — B/. + LfflOVX ClVrr, en caractères rétrogrades ; monogramme de Carloman. R y a un I dans le Y de Limoux.

Poids : 35 grains Vi*

Variété de coin bien tranchée du denier donné par MM. Fougères et Conbrouse, n^" 502. Ce denier est à Ronsergent.

— + CARLOMAN RX. Croix. -.«/.—+ LfflOVIX CIVL

Monogramme de Carloman.

Poids : 16 grains. (PI. II. n« 5 .)

Le travail de cette obole est meilleur que celui du denier, et indique qu'elle est d'une émission antérieure.

Le trésor de Ronnevaux contenait aussi six deniers à fleur de coin de Eudes, frappés à Limoges. Ce sera l'un des points de repère pour fixer la date de l'enfouissement.

Poitou. — Voici maintenant deux de ces monnaies d'un intérêt vraiment historique, et qui sont destinées à rester toujours au nombre des raretés de premier ordre, malgré les découvertes ultérieures; car elles ne peuvent avoir été fabriquées que pendant un temps fort court, et il n'en a été tiré, par conséquent, qu'un petit nombre d'exemplaires.

Poids : 31 grains.

Ce superbe denier, d*one Gonsenration parfaite, quoique ayant Gircolé, et jiisqn*à présent unique, fut émis en 880, aussitôt après le partage du royaume entre Louis HI et Garloman, ayant que Rainulfe II fût partenu à auccéder, dans le comté de Poitou, à son père, dont il suivit la politique, en cherchant de plus en plus à se rendre indépendant de la couronne.

Le revers prouve combien la remarque de H. Lecointre-Dupont était fondée, lorsquMl disait que les comtes de Poitou ayant substitué leur autorité à celle du roi, ajoutèrent tout d'abord une petite croix entre le T et le Y de la légende HETYLLO ; car il est bon de doute que déjà, depuis un certain nombre d*années, le type de Charles le Chauve était immobilisé dans les ateliers de la province, quand eut lieu rémission de ce denier de Garloman, qui se trouve porter, de la sorte, le cachet propre à Fempreinte féodale poitevine, qui ne tarda pas à reparaître en son entier avec le nom de Charles, aussitôt que le nouveau roi eut perdu tout poavoh* effectif dans nos contrées.

La mort de ce ptince, et les complications survenues à la suite, donnèrent encore plus de faveur à cette banale légende de Carlus rex Fr., qui servait à merveille à masquer les vraies tendances de Rainulfe sous une sorte de formule élastique, pouvant s*|ippliquer, à la rigueur, en temps opportun, à Charles le Gros, puis à Oiarles le Simple, pauvre enfant à peine âgé de neuf années, dont il avait tout à coup embrassé le parti, afin d'avoir un prétexte plausible de se soustraire à Tautorité de Eudes, suzerain plus gênant que le jeune fils de Louis le Bègue. C'était bien toujours la vieille tactique des hommes du Midi, antagonistes-nés de ceux du Nord, et s' alliant à leurs anciens ennemis, les Carlovingiens, pour tftcher de ressaisir une indépendance qui leur échappera sans cesse, jusqu'à l'entière absorption de leur patrie. Nous allons voir quel fond il fallait faire sur la fidélité de Rainulfe envers son jeune souverain.

RAmULFE, ROI D'AQUITAmE.

Poitiers. — - La position désespérée dans laquelle se trouvait le royaume franc, livré, par la lâcheté de Charles le Gros, à la merci des Normands et aux conséquences plus fatales encore de son organisation éphémère, ayant fait jeter les yeux, en 888, sur Eudes, comte de Paris, comme seul capable de sauver l'Ëtat, plusieurs partis se formèrent, ayant tous un môme but, celui de créer, avec

quelque» lambeaux du territoire, de petits royaumes libres de tout contrôle de la part du pouvoir centraL Bailtulfe, secondé de ses parents et de ses nombreux alliés, fut des premiers à profiter d*une circonstance si favorable à la réalisation de ses plus ardents désirs. L'année suivante, il se fit proclamer, à Poitiers, roi d'Aquitaine, dans une assemblée solennelle de hauts dignitaires, sur ksqueJs it avait su conquérir beaucoup d'influence par sa hardiesse dans les entreprises aventureuses, ses possessions immenses, et par son titre de descendant de Gharlemagne, du côté des femmes.

Eudes, averti à temps^ se hâta de conjurer Torage, et de marcher à la tète d'une année contre son audacieux vassal. Surpris à l'improviste, Bainulfe s'enfuit en Auvergne^ d'où il parvint à faire la paix avec son suzerain,^ après un court conflit, à la condition de ne plus prétendre au tiure de roi d'Aquitaine, que celui-ci prit luimôme à Limoges, pour fermer de ce côté la porte aux ambitions rivales.

Tel est le résumé des faits qui nous sont révéMfs par l'histoire : la numismatique va nous en fommir la confirmation.

+ PICTAVI CIVI. Croix. — B?. + MET + YLLO. Monogramme de Charles dans le champ.

L'attribution de ce rarissime denier à Rainulfe, après son élévation au trône d'Aquitaine, ressort, selon moi, de deux catégories de faits fort distincts, mais qui n'en concourent pas moins au même but. D'un côté, les arguments tirés de l'étude des monnaies de la période transitoire ne nous manquent pas pour appuyer ce que j'avance; d'un autre, la composition du trésor de Bonnevaux me permet d'assigner une date précise à la fabrication de la pièce qui nous occupe.

rai fait connaître ailleurs les diverses phases subies par les empreintes monétaires lors de l'établissement du régime féodal (*};

(1) V. Considiraiians historiques el artistiques sur les monnaies de

' je dirai simplement, à rheare qa'il est, que Toii des caraeiëres les pins distinctifs de rentier accooâplissement de cette transition, fut la suppression da nom du roi, suppression qui frappe tout d'abord sur notre denier, et qui témoigne d'une rupture sinon complète, du moins bien grave, entre le suzerain et le Tassai. Le monogramme carolin n'a même été conservé ici qu'en raison de ce qu'il était passé depuis longtemps à l'état de type banal et rappelait un nom étrangère Eudes, ou faisait allusion à celui du petit Charles le Simple, mannequin politique tenu en réserve pour créer des diflScultés au fils de Robert le Fort.

n importe de constater, en outre, que l'accouplement des noms de Poitiers et de Helle est l'exemple le plus ancien que Ton possède d'une alliance de ce genre ; car les deniers de Cbinon aux légendes : Canumi Castro ^^Turones dtntas, ne remontent vraisemblablement qu'aux premières années du x* siècle. On ne procéda pas, d'ûlleurs, de même fagon dans les deux endroits : à Cbinon, l'impulsion vint de . Tours, chef-lieu de la cité; tandis qu'en Poitou, elle partit de Helle, atelier alors si renommé pour seâ mines de plomb argentifère, que son nom avait perdu sur les monnaies la valeur d'une désignation géographique, et était employé dans les ateliers d'une vaste circonscription territoriale à l'instar d'un type permanent, garantissant le bon aloi du numéraire. La prodigieuse quantité d'espèces melbnses qui jaillissent chaque jour du sol, est la preuve la plus irrécusable de leur immense popularité.

Ceci une fois établi, passons aux arguments à tirer de l'état respectif de la monnaie de Poitiers et des autres trouvées avec elle.

Et d'abord» elle pèse 35 grains; sa conservation est excellente; mais il y a néanmoins traces visibles de circulation momentanée. Le travail des coins est mauvais, et la façon dont les légendes sont traitées, surtout les grènetis, qui n*ont pas été exécutés, selon la coutume, avec des poinçons, mais malbabilemeot au burin, indique assez que cette pièce est le produit d'une fabrication hAtive et accidentelle. Les deux autres exemplaires recueillis en même temps pèsent 33 grains forts et un peu au delà.

France, et Lettres à M. Ch, Dugast- Mali feux sur quelques itionnaies (rancoites inédites.

Gelai de M. F. Poéy-d' Avant, dont Toici le côté principal, est d*an coin différent et a une légère yariante dans la légende.

Ainsi, ils appartiennent à la période où le poids a été le plus élevé dans le monnayage poite^n, c'est-à-dire à celle comprise entre la fin du règne de Charles le Cbanve et les six on sept premières années de celui de Eudes. Limoges présente un fait analogue. Les deniers de Carloman sortis de cet atelier donnent en moyenne une pesée semblable à celle des trois pièces de Poitiers; tandis que cinq ou six deniers de Eudes de cette monnaiene, qui sont, ainsi que je Tai déjà fait observer, à fleur de coin, en fournissent une plus faible d'un grain et demi (*).

Il était surtout fort important de soumettre à cette opération les diverses variétés de deniers poitevins de la découverte. Voici, en effet, à quel résultat je suis arrivé, en mettant à tour de rôle dans la balance un grand nombre de monnaies de chaque espèce :

1» GARLYS REX FR. — MET+YLLO; traces d'une circulation

assez longue , lettres des légendes d*un bon style. 31 grams.

2^ Le Carloman, même travail 31 —

3<' GARLYS REX FR. lettres un peu plus larges,

traces également visibles de circulation 32 —

40 GARLYS REX FF, bonne conservation , de. . . 32 gr. à 32 Vs. S» Id. lettres plus évasées ayant

absolument la forme de celles des deniers de

Poitiers, bonne conservation, sans être à fleur

de coin, de 32 gr. Vs à 34.

6« GARLYS REX F., mômes travail et état que les

précédents. H y en avait un fort petit nombre. . 34 gf . à 36.

(1) Il est probable que Ton continna, à Limoges, à frapper des espèces au nom de Carloman jusqu'au couronnement du roi Eudes dans cette ville.

V CARLYS RBX R., à flenr de coin ; travail différent, spécialement dans la croii 33 gr. Va

80 CARLYS REX P. , à flenr de coin; même travail. 32 gr. à 33 .

Les oboles correspondant à ces divers deniers pèsent ordinairement de 16 à 17 gr. Les variétés, comme on Fa vn en tète de cette partie de mon travail, sont an nombre de cinq. Celle qni n*a pas la croisette et qni est d'un style plus ancien, n'est que de 15 grains.

Les pièces de la découverte de Guerdale pèsent, au contraire, en général, de 27 à 30 grains, et celles de Hourlîeu, de 25 à 30. Il est vrai qu'elles sont, les unes et les antres, d'émissions plus récentes que celles d'où sortent les monnaies de nôtre dépôt; car les légendes sont déjà altérées, souvent défigurées, et les lettres, principalement celles des oboles, sont bavenses et mal formées (^). Or, comme il a été clairement constaté que ces deux trésors avaient été confiés à la terre, le premier vers 910, le second.de 915 à 920, je ne pense pas m'écarter du vraisemblable en plaçant tout à fait à la fin du EL" siècle on dès le commencement du x*, l'époque où le nôtre fut caché dans la muraille de la chapelle de Bonnevaux.

En résumé, il me semble avéré maintenant que, d'une part, le denier de Poitiers a été mis en circulation quelques années après r époque où parut celui de Garloman, et avant néanmoins la fabrication des CARLYS REX R et P. (>), et des Eudes de Limoges qui étaient avec lui. La nomenclature des antres pièces venues de la môme source et leur état respectif de conservation arrivent d'ailleurs à l'appui de cette assertion.

D'autre part, la suppression anormale d'un nom royal immobilisé depuis longtemps et qni n'était plus la constatation de l'autorité centrale snr l'atelier, n'a pu avoir lieu que dans une circonstance exceptionnelle, comme était celle de l'élévation de Rainulfe II an trône

(i) V. Description des monnaies seigneuriales franoaises composant lacolleetion de M. F. Poêy-d'Jvant , pp. 100 et 101.

(3) L*un de mes amis, aacpiel j*d soumis ces pièces, vent traduire ainsi lenrs légendes : Carliu rex, Bainulfus, et (jarlus rex. Pictavis, J^ayone trouver Fexplication ingénieuse ; mais ne pas la jnger appuyée sur des bases assez solides pour Tadopter. D'aillenrs, les deniers de cette catégorie sont indubitablement postérieurs à la mort de Rainulfe II. — Je penche plutôt k croire qoe ces variantes n'étairat que des difiërents d'émissions ou d'ateliers.

d'Aquitaine. Je crois être, par conséquent, dans le vrai en attribuant mon d^ier à ce prince, et en le plaçant, a^ec ceux de Eudes, frappés à Orléans, et de Bozon, de Yienne, ai tête de la liste des plus anciennes monnaies féodales connues.

La guerre civile qui suivit Tempoisonnement de Rainulfè, à la fin de 890, favorisa la réinstallation entière de Tancienoe légende Carlus rex, sur les monnaies au type mellois. Il est même présumable qu'elle n'avait jamais été abandonnée ailleurs qu'à Poitiers, où il ne serait pas impossible que l'on eût momentanément forgé des espèces au nom d'Eudes; supposition qu'il est réservé peut-être à des découvertes futures de confirmer.

Hais, quoiqu'il arrive, ces dérogations accidentelles au monnayage ordinaire n'infirmeront en rien l'ensemble du travail de M. Lecointre- Dupont sur la grande période féodale de notre numismatique poitevine. Son livre, aujourd'hui incomplet, aurait simplement besoin d'être refondu, afin d'y faire entrer le produit des découvertes nouvelles, et d'être élargi et épuré dans les parties qui traitent des temps gaulois et mérovingiens. C'est une entreprise que je songe depuis bien des années déjà à m'imposer, et que je pourrai réaliser quelque jour, si je suis certain de recevoir des communications assez nombreuses. Je dois ajouter que, si j'aborde tôt ou tard ce sujet, ce sera seulement lorsque j'aurai acquis la certitude que mon Savaut ami et collègue aura, contrairement à ce que nous avions espéré jusqu'ici, abandonné tout à fait l'idée de remplir une tâche qu'il est si capable d'accomplir à la satisfaction de tous.

Je terminerai ce paragraphe en faisant part aux numismatistes d'un doute qui m'est venu tandis que j'étudiais les monnaies de la découverte de Bonnevaux. L'existence du denier de Poitiers et de celui de Pépin n de la même ville porterait à faire supposer que son officine, qui ne fut certainement jamais fermée sous les Garlovingiens, continua à fabriquer , de temps à autre et dans des circoiistances anormales , des espèces en son nom. Leur absence de nos médailliers ne serait pas, à la rigueur, une preuve de nature à infirmer cette proposition, et rien n'empêche, ce me semble, que Ton n'en retrouve quelque jour. J'ai toujours considéré, en effet, comme singulier, qu'après avoir émis, depuis le vi' siècle jusqu'au premier tiers du vni*, tant de trions et de deniers, Poitiers ait sid^itemeiit cessé d'inscrire son nom sur les monnaies. Les raisons données f v

moi dans diverses circonstances en faveur de Topinioa contraire (<), me paraissent actnellement susceptibles â*étre modiflëes tôt on tard en partie par ies faits, et je ne serais pas étonné que l*on vit sorgir, an moment oà Ton s*y attendra le moins, des deniers de Pépin (*), de Cliarlemagne et de son saccessenr immécHat, sortis de la capitale de notre province.

L*emploi exclusif de Targent, à dater de Charles Martel et de Pépin le Bref, et la grande exploitation des mini&s de Melle dorent, sans doute, tendre à faire subordonner Tatelier de Poitiers à celui de ce dernier lieu; mais cela ne d«t pas se passer brasquement et sans transition. La pièce que j*attribue à Rainulfe fut prdiablement le dernier reflet d'une autonomie accidentelle et récemment disparue.

vm.

9EOE9NAIBS FÉODALES.

Toutes les fois qu'il s*agit de publier des féodales inédites, un certain malaise vous saisit en mettant le pied dans le dédale des monographies particulières. On se demande si telle ou telle monnaie qui est présentée comme nouvelle, n*a pas été déjà décrite ; et ce n'est pas chose facile de se livrer à cet examen préparatoire, quand il faut aller puiser des renseignements dans cent ouvrages, dont quelques-uns sont souvent fort rares, iou étrangers à nos éludes spéciales. Jamais on ne comprend mieux combien est regrettable l'absence d*un catalogue complet de toutes les pièces que l'on a retrouvées jusqu'à ce jour.

On parle depuis plusieurs années de refondre séparémrat les livres de Le Blanc et de Duby : je crois un pareil travail sans aucune portée ; tandis qu'il serait bien autrement utile d'entreprendre une description raisonnée de toutes les monnaies françaises royales

(1) Considérations sur Us monnaies de France, p. 96. — Description des monnaies seigneuriales françaises composant la collection de M. F. Poéyd^Jvant, p. 96.

(2) n a pu être frappé des monnaies de ce prince à la fin de son règne et mSme pendant les guerres qu'il soutint contre Waifre.

et féodales conflues, ot elles seraient classées dans un oirdre méthodique fondé sur rbistoire, sans tenir aucun compte de ces fractionnements arbitraires qui sont si préjudiciables à la science. Mais une pareille entreprise ne peut être abordée par un seul homme, et, à plus forte raison, par un simple particulier : les dépenses à faire pour arriver à sa réalisation sont trop considérables. Le Gouvernement doit intervenir; et, certes, des sommes plus fortes ont été dépensées, en maintes circonstances, pour arriver à un résultat moins digne d^encouragement. Ce magnifique ouvrage serait le complément indispensable des grands recueils où sont contenues les sources de notre histoire.

Qu*une commission de numismatistes, de dessinateurs, de savants versés dans Fétude des vieilles chroniques, de paléographes et d^archéologues soit donc réunie sous la présidence du conservateur du Cabinet national, et aborde cette œuvre vraiment patriotique. Chacun s'empressera de lui apporter son* contingent, et, dlci à quelques années au plus, on aura élevé à la gloire de la France un monument que lui envieront les peuples voisins.

En attendant que ce beau travail soit entrepris, il est du devoir de tous ceux qui s'occupent de numismatique de faire connaître les matériaux susceptibles d'y prendre place. Ce motif m'a guidé dans mes publications antérieures, et j'ose espérer que celle-ci, qui tend au môme but, recevra de mes collègues un encourageant accueil.

Simple nomenclature de monnaies nouvelles de choix, réunies dans un cadre commun, afin d'établir entre elles un point de contact, je n'ai pas f oulu l'élever au-dessus du modeste rang à\m catalogue. Dans les précédents paragraphes, il m'est rarement arrivé de toucher aux questions de doctrine ; dans ceux qui vont suivre, je serai encore plus sobre d'excursions au delà des limites que je me suis tracées.

Je n'ai trouvé, dans les collections de Poitiers/ que fort peu de monnaies féodales non encore connues. A part celles de la Marche, dont quatre sont à Bonsergent et une à M. Lecointre-Dupont, toutes les autres proviennent de sources étrangères à cette ville. M. F. Poêyd'Avant m'en a communiqué près d'une trentaine, et m'a fourni plusieurs renseignements qui m'ont été d'une grande utilité pour la rédaction de cette portion de mon mémoire.

PARIS

+ HAI]!fBICyS. Dao8 le champ, REX. — HT- PABISIVS GIVITAS. Croix.

Obole d'argent da poids de 11 graiDS.

On conDaissait des monnaies de Robert et de Philippe I** à ce tjrpe; mais on n*en avait pas encore reconvrë de Henri I*'. Celle-ci a été trouvée à Sireuil, canton d'Hiersac, départemoit de la Charente, il y a qnelcpies semaines.

Les pièces de ce prince étaient autrefois fort rares; mais on commence à les rencontrer plus communément. Le denier de Paris avec Yalpha et Voméga est maintenant dans toutes les collections un peu importantes. Hous sommes loin du temps où il était coté de 300 à 350 fr. dans le catalogue de H. Conbrouse. Den a été découvert, en une seule fois, plus de soixante.

L*obole, placée en tête de ce paragraphe, a* été frappée an commencement du règne de Henri I", qui monta sur le trône en 1031. La légende Parisius civitas n*est pas encore altérée, comme elle le fut ensuite sur toutes les espèces sorties de cet atelier.

Cette monnaie m*a été présentée par J'un <|i ces marchands coureurs, qui font le commerce des vieux galons et des matières d*or et d'argent. Il avait en outre dans sa sacoche, enveloppés dans un morceau de linge, avec une centaine d'horribles pièces de toutes les époques, Tobole des évéques d'Uzès, que je décris plus loin, et trois triens provensint de la Baugisière, qu'il avait arrêtés au passage, au moment où la fermière venait me les vendre, ainsi qu'elle le fait chaque fois que la pelle de son nfttri les retire de terre. L'un d'eux offrait seul de l'intérêt; il était de Sens, et du monétaire Sigofredus. H. Ph. Salmon en donnera bientôt la gravure. Les prétentions exagérées de leur possesseur ne m'ont pas permis d'en faire l'acquisition; mais il m'a été possible d'en obtenir des empremtes en cire et des dessins exacts.

ORLÉANS

+ AVBELIANIS CIVITA. Croix. — iV- + PHILIPVS XBBT D-L Dans le champ, portail cTëglise, an centre duquel est la lettre S; de chaque côté, deux croisettes , et au-dessous un T. Poids : 22 grains Va. (PI. n, n« 6.)

Le type particulier du droit de ce denier au nom du roi Philippe P', m*a engagé à le faire graver. Il diSbre beaucoup de celui des pièces ordinaires d*Orléans, et a tout à fait la tournure de celui des monnaies de Saint-Maf tin de la transition, remarque qui peut servir à fixer la date à laquelle s'opéra cette transformation sur ces dernières. La croix du revers n'est pas non plus cantonnée de X alpha et de Yùméga ou de leurs dégénérescences.

n est presque certain que les évéques d'Orléans participaient aux bénéfices de la monnaie de cette ville. Cest ce qui lui a fait donner cette empreinte quasi-ecclésiastique et la légende religieuse D-I DEXTRA BENEDIGTA. Mais, que Ton considère ces deniers comme émis soit par le roi, soit par les prélats, ils n'en sont pas moins, dans l'un et l'autre cas, de véritables espèces féodales.

Page 1