‹ Études numismatiquesChapitre 30 sur 55 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

+ CABLVS : BEX : 8. Croix cantonnée au i^^ d*an besant, an 2« d'une étoile, au 3« et 4* des débris dégénérés de Yalpha et de r oméga. — iV- + SB . A . . . . . R. (Senatus P. Q. R.) — Type provinois.

Ce denier a longtemps exercé la sagacité de plusieurs numismatistes, qui n'ont pu donner une explication satisfaisante de ses légendes ; et pourtant rien n'était plus facile. Tout le monde sait, en effet, que Charles d'Anjou, étant devenu l'un des compétiteurs de la couronne de Sicile, alla, au mois de mai 1265, faire un voyage à Rome, où le peuple, désireux de donner un éclatant témoignage de sa sjmapathie et de son respect pour le roi de France, fit à son frère une réception magnifique et le proclama sénateur, dignité qui attribuait à celui qui en était revêtu le droit de battre monnaie dans la ville éternelle. Duby a fait graver cinq des pièces frappées à cette occasion au nom de Charles, et il était tout naturel que l'on émit alors de ces provînois romains, dont le type avait été adopté depuis un certain temps pour faciliter les transactions commerciales avec les marchands français. Notre denier lève Tincertitude qui existait sur la date d'émission de la plupart de ces monnaies, et l'on voit maintenant qu'on en a frappé au moins jusqu'en 1265. Je pense donc que les provinois de Rome sont, en général, du xm** siècle. Le style de ceux de la collection Poëy-d' Avant, que ce numismatiste attribue, avec M. Cartier, au xir, m'ont surtout fait adopter cet avis, n faut attendre néanmoins d'autres découvertes, avant de se prononcer d'une manière définitive sur Tépoque à laquelle remonte l'emploi en Italie du type de Provins.

JETONS ET MÉEEACX.

Les nninismatistes ont longtemps repoussé les Jetons et mëreaux de leurs médailliers : G*était à peine si quelques-uns d'entre eux daignaient les recueillir, lorsqu'il leur en était présenté; mais l'on s'est enfin apergu que cette branche si négligée de la numismatique était | >/ l'une des plus i nstrncfivè^irëïploren Affranchis des règles strictes | imposées aux espèces monétaires , les types de ces petites médailles, par cela même qu'ils ne relevaient, en général, que de la mode et de la fantaisie , reproduisent avec plus de sans façon et d'originalité les mœurs et les vives allures de l'esprit français. Plusieurs bons travaux ont été récemment publiés sur cette matière, et ont beaucoup contribué à sauver de l'oubli tant de pièces intéressantes. L'impulsion donnée est telle, qu'il ne s'imprimera bientôt plus une seule monographie provinciale sans qu'on y ajoute un chapitre particulier pour les méreaux et jetons de la contrée. Hais, comme tout se lie dans le domaine des idées et des faits qu'elles engendrent , il faut bien reconnaître que l'un des mobiles principaux de cette recherche si active est la recrudescence prodigieuse des prétentions nobiliaires qui s'est manifestée depuis quelques années. Ce n'est pas ici le lieu de s'appesantir davantage sur ce symptôme d'une afifection morale qui n'a guère de portée : il suffit de signaler ses effets sur les études numismatiques. Chacun veut, en effet, produire ses titres, faire ses preuves, et il est tout naturel de venir en chercher parmi ces innombrables morceaux d'argent et de cuivre décorés des armes et des noms de tant de princes, ministres, généraux , financiers (financiers surtout, l'argent ayant toujours été le nerf de la vanité) , conseillers d'Ëtat ou de parlement, intendants , sénéchaux, maires ou échevins , et autres magistrats de tout rang et de toute sorte , sans compter les chefs des corps d'états et les membres des corporations privilégiées. Peu importe, d'ailleurs, que le motif de certaines de ces investigations soit d'un ordre plus on moins élevé. Les ridicules passent^ et les monuments restent : en définitive, l'his- ^ toire y gagnera.

Les jetons ont une origine fort ancienne. Il ne parait pourtapt pas

— saque Ton en ait retrouvé d* antérieurs au xni* siècle. On s*en servait pour calculer, fonvjecter, comme Ton disait au moyen-âge. Plus tard, OQ détourna leur usage de son but primitif, et ils devinrent des sortes de médailles destinées à satisfaire Tamour-propre des gens en place et des grands seigneurs. Il y en eut d*or, d'argent , de cuivre et môme de plomb. De nos jours, ces innocents souvenirs d*un autre âge ont subi le sort des institutions qui les avaient créés : ils servent d'ornements au tapis vert des tables de jeu de quelques descendants, non ruinés, de ceux qui les ont fait frapper.

Les méreanz datent d*nne époque aussi reculée que les jetons ; mais on en possède de bien plus anciens que les exemplaires de ces derniers parvenus jusqu'à nous. « La marque constatant qu'un droit a été acquitté, dit M. J. Bouyer; la médaille on signe qui permettait de circuler en exemption de droits avec des objets soumis à rimpôt; les pièces de plomb, de cuivre et d'autres substances qui, sans être de véritables monnaies, en tenaient lien par leurs usages, et en approchaient le plus souvent par leurs formes ; celles qui, dans le clergé surtout, témoignaient de l'accomplissement d'un devoir, de l'assistance à un ofBce ou à une assemblée..., toutes ces marques, et quelques autres encore, étaient des méreaux (*). »

Je croirais volontiers que les pièces mérovingiennes en plomb, de la collection Bonsergent, que j'ai publiées, sont de véritables méreaux , et ont servi à témoigner de l'acquittement d'une contribution ou d'un droit quelccmque (^. M. Bondier en a recueilli récemment une, trouvée aux environs de Briou (Deux-Sèvres), qui est on ne peut plus {uropre à éclairer la question.

TIDIBICI4 y. Dans le champ un grand A, au-dessous de chaque branche duquel est un point. — Kf. + 6AG0ALD0. Croix cantonnée de quatre points.

Le poids de cette médaille, en plomb, est de 234 grains, et ne

(1) Rev, num, 1849 ^,p. 356.

(3) Ocnsid, sur les Monn. de France j p. 331 et 282, pL IV, n»» 3 et 5.

permet pas, par conaëqaent, de la supposer fabriquée au commen-* cernent dn ym* siècle, date de son émission, avec la pensée de la faire passer pour une monnaie, connue on aurait pu le croire de celles de Bonsergent. G*est donc bien une pièce destinée à un usage étranger à celni du numéraire; à moins pourtant que ce ne soit un ancien poids monétaire. Si cette dernière hypothèse, pouvait se confirmer, cet objet et ceux de même nature auraient un puissant intérêt; car on en tirerait enfin des renseignements décisifs sur Tun des pinnts les plus controversés de la numismatique française. Mais il faudrait, pour cela, que Ton connût lé genre de monnaies auquel chacun d*eux a^appliquait, vérification que Ton arrivera sans doute à opérer en retrouvant des espèces aux types qu'ils portent. Celui de la médaille découverte par M. Bondier doit avoir été créé pour des deniers d'argent. Ne serait-ce point, par hasard, le poids dn son d'argent de douze deniers, monnaie de compte ayant servi de base an système qui prenait alofs faveur? L'oxydation du métal a pu lui enlever quelques grains. Le trésor de Plassac, que M. de La Grange nous promet depuis si longtemps de faire entrer dans le domaine de la science, renferme peut-être des monnaies avec des types analogues ('). En attendant quelque chose de positif, je signale ces pièces à l'attention des numismatistes. Ce n'est que par l'étude d'un plus grand nombre d'entre elles que l'on parviendra à découvrir leur destination véritable.

L'église fit un grand et long usage des méreaux. An fur et à mesure que les rois de France absorbèrent à leur bénéfice le droit exclusif d'émettre des monnaies , et forcèrent les possesseurs d'ateliers féodaux à les fermer les uns après les autres, les barons laïques finirent par subir cette dure nécessité imposée par la contrainte. Ils se contentèrent, pour se consoler, de faire fabriquer, de temps à autre, par les officines royales, quelques rares jetons ornés de leurs armobries. Il n'en fut pas ainsi de l'Ëglise, plus tenace dans ses. coutumes traditionnelles, plus difficile à dépouiller de ce qu'elle considère une fois comme un privilège acquis. Des évêques, des cha-

(i) Le lieu où a été faite la renoontre de la pièce en plomb de lïtUnciacum et le nombre considérable des espèces dor de ce vicus, que Ton trouve en Poitou, n'est pas un des moindres arguments à faire valoir en faveur de Topinion qui tend à le placer dans le pagos de Briou.

pitres, des abbayes, dont plusieurs n'avaient Jamais {ooi des droits de monnayage, tentèrent maints eJDTorts poor se soustraire à la loi commune en faisant circuler, dans le ressort de leur fief, des méreaux de cuivre ou de plomb pour la valeur qui leur était attribuée dans renceinte des cathédrales ou des monastères Q). Les exemples de ces usurpations ne sont pas rares ; je n*aurai besoin que de mentionner les deux suivants :

Les députés de la Cour des monnaies , passant à HAcon en 1557, furent obligés de défendre, sous des peines très-graves , le cours des méreaux en plomb du chapitre qui circulaient , de temps immémorial, comme monnaie, non-seulement parmi les gens d*église, mais dans toute la ville. (Constans , Traité de la Cour des Monnoies.)

A Luçon, évécbé de création récente (1317), les boulangers et bouchers portèrent plainte , le 4 avril 1772 , devant la sénéchaussée de Fontenay, de ce que les marques ou plombs du chapitre de la cathédrale « couraient abusivement sur le marché et dans les boutiques de la ville » , et causaient un préjudice considérable , parce que le trésorier des chanoines avait refusé plusieurs fois d*en rembourser la valeur, sous prétexte .que des faussaires glissaient parmi ces méreaux les prodoits de leur coupable industrie.

G*est donc à tort que H. de Pétigny, que je remercie d'ailleurs de la manière flatteuse dont il a bien voulu parler, dans une antre circonstance, de mes derniers travaux, m*a fait un reproche d'avoir considéré TËglise conmie le dernier refuge du monnayage féodal (^). Les faits parlent d'eux-mêmes : du plomb circulant sur les marchés an bon de confiance, la distance est imperceptible; et le bon de confiance est une véritable monnaie. Ce qui se passait à Luçon en 1772, dix-sept années avant la Révolution ! avait probablement lieu dans plusieurs autres domaines ecclésiastiques.

Les amateurs de méreaux et de jetons doivent consulter les divers mémoires qui ont été publiés dans la Revue numismatique, par HM. Cartier, Duchalais, J. Rouyer, de la- Grange, Hucher, etc.; les travaux particuliers de HM. Hermand, Rigollot, Georges de

(i) On continua à inscrire, sur beaucoup de méreaux ecdésiastiques, les anciennes formules des légendes monétaires , et le mot moneta , ou son initiale, figurèrent , jusque dans les derniers temps , sur plusieurs.

(3) nev. num., 1854 , p. 79.

Soullrait, Bossignoi, Barthélémy, Daocoisne, et le nouveau Manuel de M. de Fontenay, qui a sa place marquée dans les bibliothèques de tous les numismatistes.

Le Cabinet national possède une collection unique de plus de quinze mille jetons. Cest là qu*il faut aller puiser, quand on veut entreprendre quelque monographie provinciale.

Ceux que je vais décrire sont les seuls de la série poitevine que j*aie pu rencontrer dans les cabinets mis à ma disposition. Je les ai fait précéder par une jolie pièce du même genre, au nom d*Anne de Bretagne.

Tobiesen-Duby et M. Lecointre-Dupont ont donné les gravures de ceux de Madeleine de Bourbon, tante d'Henri IV, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, et de Geoffroi de Saint-Belin, évéque de la môme ville, de 1578 à 1611, prélat qui a joué un rôle actif pendant la Ligue (0.

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