‹ Études numismatiquesChapitre 35 sur 55 · LÉONOR CHABOT · texte numérisé non relu

LÉONOR CHABOT

LEONOR \ CHABOT. £cu surmonté d'une couronne de comte et entouré du collier de Tordre de Saint-Michel. — b/. GRAND . ESCVYER . DE . FRANCE. Ëpée avec son baudrier, insignes de la charge de grand écuyer.

Jeton de cuivre jaune. Coll. de Bonsergent. (PI. Y, n" 4.)

Léonor Chabot, comte de Cbamy et de Buzançais, chevalier de Saint-Michel et Tun des premiers chevaliers du Saint-Esprjt lors de la création de l'ordre, en 1578, était fils de Philippe Chabot, seigneur de Brion et d*Apremont (en bas Poitou), amiral de France, et de Françoise de Longwy. Il prit pour première femme Claude Gouffier, fille du grand écuyer de France ci-dessus, qui lui céda la survivance de cette charge importante. En secondes noces, il épousa Françoise de Rye, fille unique de Joachim de Rye, colonel-général de la cavalerie légère de Charles-Quint. Sa mort arriva au mois d*août 1597.

Il n'existe plus actuellement d'autres représentants de la famille Chabot que la branche des Rohan-Chabot. Les prétentions à cette descendance de quelques autres personnes du môme nom, ne sont justifiées par aucun document authentique.

JËAI^ D£ PARTHENAY-L'ARGHEYESOCE,

SBIGIfEUB DE SOUBISB ET DU PARC.

+ lO. LABCE . PÂBTH^NrVS . SVBISI^ . DNS. (Johannet Larcevesgue Parthœnius^ Subisiœ domi$iu$y Ëca aux armes de la maison de Parthenay : burelë d'argent ei d'azur à la coUce de gueules en bande brochant sur le tout. — i^. + ET . If ON . POENITEBIT. Arc«en-ciel aa milieu des nuages. Jeton de cuivre jaune. (PU Y, n"* 5.) Coll. de la Soc. de Statistique des Deux-Sèvres.

Catherine de Parthenay, la célèbre fille du personnage qui a fiiit fabriquer cette mëdaillet a laissé un inannscrit de sa main, que f ai actuellemeni sous les yenx (^), où elle a consigné l'histdire. de sa maisod, à laquelle elle attribue, avec le frère Estienne de Chypre, une origine fabuleuse, et où elle la rattache à cêUe de Lusignan. La dernière partie de ce mémoire, qui lui appartient pn pnipre, fournit des détails on ne peut plus exacts snr Jean L'Arcbevesque, et je ne puis mieux faire qne de Jes transcrire ici.

« Jean L'Archevesque, seigneur de Soubize, espouza Micbelle de Sanbonne, dame d*atour de la royne Anne, de laquelle elle estoit fort fatorteée et fut donnée par elle pour gouvernante à madame ftenée, sa fille, depuis duchesse de Ferrare. Elle ftat femme Ibrt estimée, tant pour sa sagesse que ponr son entendement et grande couduitte en aflkites. Budé Itiy rend ce tesmoignage en ses escrits. Stte avait dès lors cognoissancê de la vrage religion, ei y instruisit ioms ses enfants,

» De ce mariage vindrent im fils et trois filies : aaçavoir, Jean L*Archevesque, et Anne, Charlotte et B(Miée de Parthenay (*).

» Jean L'Arcbevesqne ^ dernier du nom^ seigneur de Sonbhse^ nasquit posthume et fvit élevé par la dite dame de Sanbonne, sa mère, en la cour du grand roy François, où il fut noorry enfant d'hon-

t*^i^t**t ■! I I iWbai^a^^ (I I II >■■«■■■.«■■.■■■ II. m imikmm * m

(1) Gommuiiiqaé par M. Bizenl (de Blain).

(3) « Anne de Parthenay épousa, en Tan 1553, Antoine', sire ùè Pobs« qiî est d'une maison tenue pour la première de Xaintonge; Charlotte ne se voulut marier, bien qu'elle fftt recherchée de plusieurs bons partis; Renée espouza René de Fonssèques, seigneur de Sargère, issu des Fonssèques d'Hespaigûe. Ces trois sœurs forent admirées ea leur temps pour leur raie esprit et singulière vertu. >>

neur, et, depuis, en eelle da roy Henry, son fils. En Tan 1S54, il fat lieutenant pour le roy en Lombardie, et en Tan 1555 et 1556, il fat lieutenant-général pour sa majesté enThoscane et au paysSiennois. Les aigreurs qui sur?lndrent en ce temps-là pour le fait de la religion, luy retranchèrent l'espérance de plus d*adTancement. Il enfltouTerte profession bientost après Tentreprise d' Amboise, en ayant eu secrMe cognoissance dès le berceau. A Theure des premiers troubles, il eut charge de feu monseigneur le prince de commander à Lion et au pays Lionnois, là où il ne se porta moins an contentement de ceux du pais, en ce qui dependoit de la police, que de ceux qui luy en ayoient commis la charge, en ce qui dependoit du fait des armes. Il espousa, en Tan 1553, Antoinette d^Aubeterre, dame tenue poar un miroir de chasteté entre toutes celles de son lemps, et non moins estimée pour son bon entendement.

» Geste maison d*Aubeterre (Bouchard) est ime ancienne maison du pais d*Angoumoix, en laquelle il y a eu de belles, et grandes alliances. La mère delà dite dame Antoinette fut héritière, ayecques une sienne sœur, de la maison de Saint-Seigne en Bourgoigne. Sa dite sœur estoit madame de Dampierre, dame d*honneur de la Royne, et grand mère de madame la duchesse de Raiz. La grand mère de la dite dame Antoinette estoit de la maison de Mareuil, sœur de madame la marquise de Mézières, grand mère de monseigneur le duc de Montpensier. Il y a eu dans la dite maison d*Aubeterre une fille d'Angleterre mariée, tellement qu'ils portent les armes d'Angleterre mi-partie avecques les leurs.

» Jean L'Arcbevesque, le dernier, mourut le 1*' de septembre 1566. De son mariage et d'Antoinette d'Aubeterre Tint un filz, qui mourut jeune, et Catherine de Parthenay, à présent vivante, du mariage de la quelle avecques René, vicomte de Rohan, prince de Léon, sont venus Henry, vicomte de Rohan, Benjamin de Rohan, seigneur de Soubize, Henriette, Catherine et Anne. »

Il y a peu de choses à ajouter à ces notes biographiques, sinon que le calvinisme pénétra d'abord dans le bas Poitou par l'entremise de Jean L'Archevesque, qui, depuis fort longtemps, avait gagné à ses croyances religieuses une partie des habitante du voisinage de sa terre du Parc-Soubiae (<), refuge ouvert bientôt après à oou qui

(0 Commune de Monchamp (Vendée).

étaient persëcatës pour cause de religion. Il fut fortement secondé, dans son prosélytisme, par les familles Bouchot de PuygrefiSer et Prévost du Chastelier-Portanlt, dont quelques membres étaient allés, avec lui, à la cour de Ferrare, sucer les idées de la Réforme.

Le jeton qui fait le sujet de ce paragraphe, fut émis à la fin du règne de Henri II. La devise du revers est à coup sûr protestante.

LANCELOT VOYSIH,

SBI6NBUB DE LA POPBLLmiÈRE.

J*ai fait connaître plus haut un beau jeton d'argent de Philippe de Commynes ; voici maintenant une petite médaille en plomb uniface qui rappelle le nom d'un autre historien moins célèbre , mais digne de la plus grande estime.

. . DIEV .-. EST .'. MON .'. RAMPART. — Écu portant deux roses à cinq feuilles en chef et un croissant en pointe, et timbré d'un casque de profil surmonté d'une étoile. Au-dessous, un monogramme composé des lettres L. Y. M. B. Dans le champ sont de chaque côté deux sigles que l'on plaçait souvent, au xvi* siècle, au commencement et à la fin des signatures.

Les armes gravées sur cette plaque sont semblables à celles de Lancelot Yoysin, seigneur de la Popellinière, et c'est ce qui me frappa la première fois que je la vis. La Vignette suivante, reproduisant le cachet de ce Poitevin (0, ne me laissait aucun doute à cet égard.

(i^ Le dessin en a été pris sur les lettres autographes cpii se trouvent à la Bibliothèqae nationale, mss. Dupuy, t. DCGXLIV. La devise : Pacis et MU artilms, se voit sur quelques-uns des livres de la Popellinière.

Hais les pièces de Fëcnsson sont si banales et ont été adoptées par tant de familles nobles ou bourgeoises, que je ne pouvais encore considérer mon attribution comme irrécusable. Mis cependant sur la voie par ce premier indice, je ne tardai pas à déchififrer le monogramme placé au-dessous de Técu, et à en dégager les lettres L. y. M. B, qui signifient Lancelot Yoysin, Marie Bobineau; c'està-dire les noms réunis de Thistorien des guerres de religion et de sa femme. Mes présomptions se changèrent dès lors en certitude, et cette modeste médaille acquérait à mes yeux une valeur que Ton était loin, de prime abord, de lui soupçonner.

La Popellinière est Tun de ces rares et recommandables écrivains qui ont pris la plume pour la défense de la vérité. S'élevant au-dessus des passions vulgaires des partis, il a su rendre justice à tous, et n*a pas reculé, dans cette tâche périlleuse, devant les rancunes et les menaces de vengeance des hommes puissants qu*il osait démasquer. Il avait raison de choisir pour devise : Dmv EST MON RAMPART (}). AU moment où parut l'édition de son Histoire de France, imprimée à la Rochelle en 1581, en deux volumes in-f^", il fut tout bonnement question de se défaire de lui par un coup d'arquebuse ou de poignard, et Ton vit & la tôte de ses ennemis déclarés le roi de Navarre et le prince de Condé. Trois lettres inédites de la collection Dupuy feront juger de l'esprit dans lequel le livre était écrit et de la fureur des gens qui s'étaient sentis blessés.

A Monsieur, Monsieur de Beze, ministre de la parole de Dieu, à Genève.

« Monsieur, je vous envoie mon histoire tellement acreue et enri-

(I) Cette devise a dû être tirée de la traduction du psaume XVm.

« Dieu est mon roc, mon rempart haut et seur, » C'est ma rançon, c'est mon fort défenseur. »

Clément BIUrot.

chie sur la précédente, que vous la jagerez, sinon pins belle, da moins tout antre et, comme nouveau traité de tous les troubles francois, digne d'estre leue pour la grandeur et variété, mais non pour ie mérite de la matière, en laquelle vous recognoistrez quelques beaux traits, tirés de la vostre ecclésiastique, sur le narré des premières séditions : de quoy vous ne serez marry non plus que moy , de ce que ma première fut tournée en latin et employée aux commentaires de TBstat et Religion, imprimée à Genève ces aps passés. Joint que nous avons un mesme but : d'illustrer la gloire de Dieu par l'esclarcissement de sa doctrine en véritables discours des actions de son Ëgllse. Si eslongné de vostre profession, je n'y travaille si heureusement que vous : ce sera comme il plaira à Dieu disposer les cœurs et les esprits des hommes a bien ou mal faire leur profflt de ce que je leur présente. Or bien que mon discours soit dressé d'aussy divers accidents qu'n y a de diverses vaccations entre les hommes, et que je me sois fort soigneusement enqnis des partioularitez que je n^ay veu ny manié , juge de mon insuffisance et bon tesmoin de llnconstance et variété des choses humâmes (occasion à plusieurs doctes païens de ne rien asseurer et maintenir tout douteux), ayant d'ailleurs esgard aux grâces et à la charge que Dieu vous a donné. Je vous prieray de m'envoyer les Mémoires dont vous avez en abondance, pour enrichir et augmenter la seconde édition, puis m'avertir de ce que vous trouverez bien séant au sujet, à l'ordre, au langage et gravité de f œuvre, mesmement pour le fait de Religion, laquelle m'estant proposé pour premier but, je deshre régler et faire cognoistre en tout conforme à la tradition de TEglise Ghrestienne, de la cognoissance de laquelle et mesmes de la justice de nos portements guerriers et paisibles. Considérant que les Catholiques se destoumoient par les in- )ures et passions trop évidentes, desquelles les escrits de nos frères estoient remplis, f ay pratiqué ce nouveau moyen de présenter les desseins et actions d'une part et d* autre, comme neutre et indifiTerent aux deux partis, tel que doibt estre historiographe; et f ay, pour mesme occasion, adressé mon labeur au Roy et Royne mère, non pour «■ tirer ftiveiv, car mon nal»el et conditimi de vie m'«n dispensent assez, joint que faisant courir ce bruit comme orphelin et sans aveu, je suis OMtsnt qu'ils «e me ^cagnoisseBt pour m'en graAiffier» mais afin que les caXboUqoea voy^ins le front du livre gravé du nom de nostre Prince Soararaia et iMMnnw à tous Pr«igQis« se fantasians

par là que le cimteDU soit aussi commun aux deux partis que le titre, ils s'affectionnent davantage à le lire que ceux lesquels ils ne daignent voir oultre la couverture, pour le préjugé qu'ils en font aussytost qu'ils le pensent fait par Tun des nôtres. Yostre jugement en cela comme en autres choses me sera pour règle à l'avenir; et sur ce,

» Yostre très affectionné à vous obéir et servir

» 15 janvier 1581, »

'pûp^^hm

A Monsieur, Monsieur de la Popeiiniere, à (a Rochelle.

« Monsieur et frère, je ne vous saurois assez remercier du présent que m'avez envoyé qui m'est cher et prétieux, tant pour le contenu que pour la main dont il vient; ne m' ayant cependant esté apporté que le 23 du présent, en un temps auquels les occupations de ma charge ne m'ont permis quasi de rester l'œuil dessus. Aussi n'avez vous nul besoin de ce dont vous requérez celui qui a plustot à apprendra de vous qu'à enseigner aultruy; ce nonobstant, usant de la liberté que me donnez et du droict de l'amitié fraternelle qui doit estre entre nous, je ne vous tairay point que, fueilletant le livre, j'ay trouvé en la page 299, au premier tome, un récit de François Baudouin qu'il me semble se debvoir amander , car onlire ce que je say fort bien que ce personnage avoit longtemps auparavant trouvé tout ce faict en très mauvaise conscience, estant desjà apostat, il ne meritoit le tittre de Docte Roy d'éloquence, n'ayant cognoisaance de science anlcune, ny chose recommandable qu'un Recueil d'histoires et amas de passages recueillis des indices des livres; et en puis parler pour l'avoir bien particulièrement cognu. En somme il m'est advis qu'un si meschant homme, ayant par trois fois changé de religion et tant malheureusement et ingratement mesdit des serviteurs de Dieu, ne mérite d'estre nommé en cest escrit autrement qualifié que selon ses deportements. Je suis aussi tombé sur le massacre de Yassy que vous faites fort maigre et touchez en telle façon, qu'il semble que vous laissiez en doubte d'où vint la faulte, estant toutefois^bose 1res asseuréc que jamais n'y enst parole ni faict de la

part de ces paourea gens, en sorte quelconques, qui donnast occasion de s'irriter aux meurtriers. £t, pour ce que ce feust la source de la première guerre, à mon advis, il estoit requis d'enforcer aultrement ceste matière, et mesmes ne taire point Tinjustice par trop manifeste de TArrest depuis donné sur ce faict. Quant au faict des massacres, estant cest acte si exorbitant et si lamentable, j'eusse désiré que vous Toussiez représenté en termes plus correspondans à la matière, n'omettant les circonstances nécessaires : comme aussi ce surnom de Luthérien nous estant calomnieusement imposé, il me semble qu'il eust esté bon de n'en user qu'après quelque préface. C'est ce que j*y ay peu remarquer, en regardant quelques fueillets sans plus : trouvant très bon que ne vous soye^ formalisé pour les uns ny pour les aultres, pourveu cependant que rien ne soit ten ny dissimulé de ce qui se doit dire pour la pure et simple vérité requise, comme vous savez très bien, pour la perfection. Quant à l'aultre de laquelle vous me faites mention, elle ne mérite nom d'histoire à parler proprement, mais de mémorial seulement, et y a avec cela infinies faultes en l'impression, que l'autheur du livre amandera s'il croit à bon conseil. Quant aux mémoires de ce qui s'est passé depuis le temps où il finit, je tascheray de savoyr et veoir ce qu'il en a, si je puis le destourner pour vous en faire part. Mais je "ne crois pas que ce soit chose dont vous puissiez grandement vous servir. Monsieur, vous voyez en quelle liberté je vous escri, qui vous sera, s*il vous plaist, un certain tesmoignage de la rondeur dont j'use envers mes amis principalement, et par conséquent un gage de nostre amitié, dont vous vous asseurerez, s'il vous plaist, comme je vous en prie d'aussi bon cœur que je prie nostre bon Dieu et père,

» Monsieur et frère, vous multiplier ses grâces et vous maintenir de plus en plus en sa saincte protection. De vostre maison ce 29 de

Mars 1581.

» Vostre à vous obéir

» Th. db B. »

Le Roy de Navarre au corps de ville de la Rochelle.

« Messieurs; j'ay entendu que, au mesprys de l'edict de pacification faict par le roy monseigneur, ung nommé Popellynyère, qui demeure pour le présent en vostre ville, a faict ung livre contre la religion réformée, et aussy contre ceulx de nostre maison, lequel il a

faict imprimer en vostre ville, par vostre imprimeur, qui est. ... , d'antant que je scay que estiez desirealx do bien et repos de cest estât, et zélateurs de la relligîon contre laquelle ledict livre est faict, et aussy aiant à cœur rhonneur de nostre maison, pour y avoir trouvé faveur et adsistance quand vos affaires Tout requis, je vous ay bien vouUu escripre les présentes et vous envoyer à ceste fin le seigneur de Saint-Mesme, gentilhomme signallé, que bien cognoissez, pour vous prier, messieurs, vouUoir faire faire telle et si exemplaire justice d*ung Popellynybre et de vostre imprimeur, qu'elle donne occasion de retenyr les aultres en leur debvoir; que si telles choses estoient souffertes, cela feroyt queungchascungseenbardyroit à faire le semblable, pour Tespérance qu*ilz auroient de demeurer impunis. J'ay donné charge audit seigneur de Saint-Mesmes de poursuyvre vivement ce faict, jusqu'à ce que la justice desdicts Popellynyëre et imprimeur s'en ensuyve, ce a quoy, attendant que ne ferez fanlte, ne vous diray d'avantage pour pryer Dîen vous avoir, messieurs, en sa très saincte et digne garde.

» De Nerac ce troisiesme jour de joing 1581.

» Vostre affectionné amy » Henry. »

Tandis que cela se passait, les amis de celui qui était si violemment attaqué par le roi de Navarre, lui écrivaient, d'un autre côté, de se tenir sur ses gardes, car le prince de Coudé était fort irrité, et il avait à redouter qu'on ne lui fit un mauvais parti. Mais, peu à peu, les colères tombèrent en apparence devant ses explications, et il en fut quitte pour voir censurer quelques passages de son ouvrage par les ministres calvinistes, fauteurs ou complices de cette déplorable cabale contre sa bonne foi d'historien.

Un mot encore sur ce personnage, dont la vie est moins connue que les livres. Il naquit à la Popellinière de Sainte-Gemme-la-Plaine, près LuQon, en 1541, du mariage de Jo'achim Yoysin et de Marie Le Tourneur. Ses parents sortaient de la classe intermédiaire des propriétaires, qui se confondait alors avec la petite noblesse, jet s'étaient enrichis dans les fermes, particulièrement dans celle de l'abbaye de Moreilles, quoiqu'ils eussent embrassé les idées de la Réforme; mais avant d*étre agriculteur, son père avait porté les armes et fait les guerres d'Italie. Il eut pour parrain Lancelot

Boacbet, ce terrible baron de Sainte-Gemme, qui incendia, à la tète des huguenots, les églises de Poitiers.

Ëleyé dans les meilleurs universités, le jeune la Popellinière se fit de bonne heure estimer des hommes de son parti, qu'il servit bravement de sa plume et de son épée. Il se maria deui fois: Tune, aTec Marie Bobineau, d'une famille de mairie de la Roebelle, qui ne lui donna pas d'enfants, non plus que son autre femme. Au moment de sa mort, arrivée à Paris le 8 janvier 1608, Tannée du grand hiver, il était réduit à la plus profonde détresse, sort ordinaire des cœurs honnêtes et désintéressés. Ayant seulement été touché de rintérôt du juste et du vrai durant tonte sa yie, c'eût été miracle que sa fin n'eût pas été telle. « Il fut enterré au cimetière des huguenots, faubourg Saint-Germain, par les soins du ministre Du Moulin, et aux frais de Scarron, l'apôtre, son parent du côté de sa première femme, auquel il en coûta cinq livres tournois. »

La gentilbonunière où il naquit, se voit encore au bourg de Sainte- Gemme. Une partie des constructions remonte an xv* siècle; le reste a été reb&ti par ses soins (^).

Joacbim Yoysin et Marie Letoumeur eurent également quatra filles. Trois d'entre elles s'allièrent à des roturiers : Gillette épousa Jean Ranfiray, élu à Mareuil, d'une famille qui porta depuis le nom de la terre de la Bajonnière ; Joachine eut pour mari Jean Godereau, avocat à Fontenay, et Marie fut la femme de Jean Goguet, sieur de la Nouhette, élu à Tbouars, puis ensuite à Fontenay, sa ville natale.

Tai vainement cherché à me rendre compte de Husage que Ton a pu faire de la médaille en plomb de la Popellinière ; et je n'ai pu lui trouver d'antre explication satisfaisante, si ce n'est qu'elle a été fabriquée à la Rochelle, au moment du mariage de notre historien avec Marie BobineaùV ei que ce plomb n'est qu'une épreuve préparatoire d'un jeton destiné à avoir un revers. Si quelque numismatiste signalait l'existence de médailles de môme nature, cela servirait à résoudre ce petit problème.

(1) Les détails précédents sont tirés des mss. de Dapuy,et d'nne suite de pièces originales sur la Popellinière et sa famille, qui sont dans ma bibiio- 4hè<iae.

Le Poitou compte sur la liste des hommes remarquables auzquds il a donné le jour, oa qui ont ?éctt sur son territoire, deux autres historiens : Tbéodore-Agrippa d'Aubigné et Jean Besly. A défaut de jetons frappés pour eux, qui n'ont probablement jamais existé^ j*ai fait graver leur& cachets 0), diaprés les empreintes attachées aux lettres autographes que je possède,

et je profiterai de ce que ces nome ont été prononcés ici pour livrer à la publicité deux documents de quelque intérêt. Le premier est une misuve ungolière de d*Aubigné, écrite à l'occasion d'un procès engagé entre lui et Louis de Lezay, seigneur du Vanneau (s), oncle de sa femme. Il ne faut pas oublier, en la Usant, qu'elle est adressée à un procureur, et que le contact de la chicane abaisse le niveau des natures les plus fortement trempées. On s'est beaucoup occupé,

(1) Théodore-Agnp^ d*Aubigné portait: de gueules au lion d'hermine couronné d^or. Le cachet, qui est gravé ici, passa, après sa mort, à Nathan, son fils naturel.

Jean Besly, fils d'un marchand de Goulonges-les-Royaux, avait pris pour armoiries : d^axur aux trois flèches d'argent emmenchées d'or, mises en fasce, eit au soleil d^or en pointe, allusion plus ou moins poétique à son nom, que les beaux esprits du temps disaient venir de celui de Belus, le dieu brillant des peuples orientaux. *

Sol^apud Jssyrios celebratus nomine Beli, Belus in Jrbelis iudda gemma fuiU lU cum sis notns et sol ei lucida gemma, Belius, atU potius Delius aller eris.

(Œuvres latines et françaises de N* Bapin, p. 30.) Plus tard, Besly remplaça son soleil par une fleur.

(3) Loys de Lezay, seigneur du Vanneau, sur les bords du marais delà Sèvre- Miortaise, dit le capitaine Le Vanneau, figura dans un rang secondaire pendant les guerres de religion, n était fils de François de Lezay, seigneur de Surimeau, près Niort, et de Charlotte de Gascougnolle, ainsi qu'Ambroise, père de Suzanne, Csmme de d*Aubigné. Loys mourut sans avoir eu d'enfants de Glande Accarye, avec laquelle il s'était marié par contrat du i3 février 1571. La familk de I^ezay se prétendait issue de la maiaon de Luaignaa; mais c'est un lait qui n'est pas du tout prouvé.

dans ces derniers temps, de d'Anbigné; il n'est donc' pas indifférent de le faire connaître sons tontes ses faces.

ff A Monsieur, Monsieur Esserteau, à Niort (*).

9 Mon cnratenr, je vous envoyé Le Gamns, despécbé pour aHer à Saint-Jean {nfÀngély). Il ne lui fs^ult que vostre despéche, laquelle je vous prye luy bailler promplement, et Targçnt qu'il faudra pour la comparution. Cependant , si M. du Vanneau voulait arrester un conte des intërest au denier douze, et faire une transaction du tout, sans déroger à Tancienneté de Tobligation, pourvu qu'il me donnas! une robe de bureau pour plége, comprenant aussy les despends, je tuy en quitterais mes intéri&ts de mon yoyage à Paris, Jentends que rintéresl de Tannée fut dans le globe. Si vous entrez en propos avec luy^ dittes que vous me le ferez faire, encore que nui colère me pousse bien loin de là; mais tousiours en redoublant vos pour^ suites jusques à la dite transaction signée^ et un plëge trouvé. Son filz est icy à qui je parleray plus rudement que cela.

• Vous aurez tousiours de Isr peine ponr » Vostr^ bien obliggé pupille ,

» Â131II6IVÉ.

« De Mnrsay, en montant à cheval ponr aller à Haillezay, ce 14 de juillet 1600.

« Mon cousin passera par Niort. Si mon oncle si trouvait assez matin pour passer Tobligation , les frais seroient moindres, et vous TOUS serviriez de mon lacquais pour contredemander. »

D'Âubigné était un homme fort entendu en affaires, à en juger par cette lettre. H Tétait pour le moins autant que le procureur Esserteau, son fondé de pouvoirs. Le procès venait d'une somme de 430 écus d'or, due par Louis deLezay à son neveu. Il ne serait pourtant pas juste d'apprécier le caractère de Tillnstre écrivain d'après un trait semblable; sa vie est assez remplie de bonnes et grandes choses, pour qu'on lui pardonne un oubli momentané de sa dignité (>).

Le second document concerne les manuscrits de Jean Bealy.

(I) Cétait le procureur chargé des afiaiies de d^Aubigné. (3) V. dans les Mémoires de 2h. jÊgr. d'Jiubigne, édition de M. Ladovie Lsdanne, pages 43S et 436, son testament et rénumération de ses biens.

A Monsieur Dupuy, garde de ta Bibliothèque du Roy.

« Monsieor, f appris dernièrement par M. Bonenfant qae vous désiriez qae je prisse soin poar conserver les travaut de feu monsieur Besly, à quoi f ai travaillé il y a pins de six ans, et l'affaire est en bon estât, tous les papiers ayant été conservés par son fils et par M. Aleaume 0), son beau fils, lesquels m'en ont adverty. Hs ont un trésor qui ne se peut estimer : THisloire des ducs de Guienne, THistoire des comtes de Toulouze et celle des évèques de, Poitiers, Lusson et Maillezays ('), et je crois que Ton pourrait avoir cela à prix raisonnable, vu qu'aucun d'eux ne se plaist a cette sorte d'estude. Tay prié M. Achard (>), avocat à Poictiers, sénéchal d'une des baronnies de mon évesché, et bean-përe du dict sieur Aleaume, de savoir d'eux ce qu'ils en désireraient et que i^écrirais à Paris, à l'un de mes amis, pour leur faire trouver marchand. Jamais homme n'entreprendra tel ouvrage qui en soit plus capable comme le défunct. Le travail a esté extrême et la recherche. Outre cela ils ontceste histoire de l'isle de Maillezays manuscrite (^, le cartulaire de Maillezays et autres, et un père Anselme, bénédictin réformé, qui a veu son estude depuis un an, m*a dit qull y avait une très-grande quantité de titres anciens, qui ne serviront à Phistoire do Guienne, mais qui estaient rares et de considération. Tespère qae ces trois histoires cF-dessus valent bien qaatre mille francs, à très-bon marché, si on peut mettre prix à ce qui n'en a point, et sonhaitérais que vous pussiez envoyer à Fontenay qaelqae personne intelligente qui peust vous faire savoir exactement ce qui en est, et je lui donnerais adresse, si vous le jugiez à propos. Ces messieurs les héritiers me tesmoignent beaucoup de bonne volonté, à cause de la

(I) Jean Alleaume, seigneur de la Oienallière, lieutenant particulier aa siège de Fontenay, fils de Jean Alleaume, avocat du roi au même si^, premier mari de Claude du Boulay, seconde femme de Besly.

(3) L'histoire des évêgoes de Poitiers a été imprimée; mais les manuscrits de celles des évSques de Luçon et de Maillezais ont probaUement été perdus.

(3) Jacques Âchard, avocat à Poitiers, père de Catherine, femme de Jean Àlleaume, dont il est question à ravant-demière note.

(4) n s*agit de la chroniq[ae dite de Maillezais, dont rorigmal est aiûourd'hni àlaBiiiiiothèqae nationale , et qui est imprimée en partie dans la Nwa fnbliotkeca manuscriptorum du père Labbe.

grande amitié qui estait entre monsieur Besly et moy, et m*ont faict asseurer qu'ils conserveraient le tout soigneusement, avec des civilités extraordinaires, jusqu'à me vouloir donner la disposition du tout, ce que Je n'ay garde de faire ; mai» je voudrais bien que ce grand travail ne fftt perdu, et que les héritiers y pussent trouver leur Compte. Vous avez tous les moyens, par la cour ou aultres voyes, pour remédier à teste affaire que je n'affectionne pas moins que vous, et sur laquelle f attendray de vos nouvelles, demeurant tonjours, Monsieur, vostre très-humble serviteur,

» Heioit, E. SB POI6TIERS.

» A Dyssay, ce 30 août 1644. »

Henry-Louis Chasteigner, qui a écrit cette lettre si pleine de nobles sentiments, était Télëve de Scaliger et entretenait des relations habituelles avec plusieurs savants. On a de lui divers ouvrages de théologie et de controverse. Son amitié pour Besly ne se démentit jamais, et le soin qu'il prit, après la mort de celui-ci, pour conserver ses manuscrits, lui mérite la reconnaissance des hommes laborieux.

Ce fut ce prélat qui chargea André Duchesne de dresser la généalogie de sa maison, travail dans lequel il fut beaucoup aidé par Jean Besly. Le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque nationale.

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