‹ Études numismatiquesChapitre 4 sur 55 · MARSEILLE · texte numérisé non relu

MARSEILLE

Tandis que les types romains allaient partout ailleurs se défigurant , l'atelier de Marseille adoptait et conservait assez longtemps ensuite Pun d'eux dans toute sa pureté. On connaît le charmant triens au nom de Justin II (565-578), que j*ai publié (*), et qui s'oppose à ce que je puisse partager l'avis de M. Lenormant, lorsqu'il ne fait remonter qu'à la tentative de Gondovald sur la Provence, en 583, l'introduction de cette empreinte dans la Gaule {Revue numismatique , 1854, p. 308). Il est impossible de voir une monnaie de ces temps d'un style plus pur. Marseille renfermait par conséquent, lorsqu'il fut frappé , des artistes habiles, et n'avait pas besoin d'aller emprunter le burin de ceux de Constantinople. On ne sera donc plus étonné de rencontrer un sol d'or de Maurice-Tibère, sorti de la même ville, d'un travail encore plus remarquable que celui gravé au n** 1 de la pi. XIII de M. Lenormant. On croirait voir une pièce de cinquante années plus ancienne, tant les types sont traités avec soin. La tradition artistique romaine avait, en vérité, trouvé un refuge dans cette antique cité, qui a toujours été comptée au nombre des plus policées et des plus intelligentes du monde. Ses relations continuelles avec l'Orient ne devaient pas peu contribuer à la maintenir à cette hauteur.

D. Pî. MAYRG. TIfi. P.P. AVG. Buste casqué de face; la main droite soutient un javelot sur l'épaule. — »/. VICTORIA AYGGV. Croix sur un degré et au-dessus d'un globe, accosté des lettres M A et du nombre XXI ; à l'exergue : CONOB.

Poids : 72 grains. (PI. I. n» 10.)

Le triens de Justin II est, au contraire, du poids transitoire de 26 grains; d'où il faut conclure que ce fut entre le règne de cet empereur et celui de Maurice , que s'acheva cette importante révolution dans le système monétaire de la Gaule.

Je dois le plaisir de publier ce superbe sol d'or à M. de Lagoy, qui

(1) Lettres à M, Ch. Dugast-Matifeux sur quelques monnaies françaises inédites, p. 44.; pi. l'e, ^o 5. jg^ qi^^i rendu ma pensée dans ce travail, en parlant des monnaies de Marseille, quand j*ai dit que le type des triens de Justin U fut employé sous la première race tout entière. Il fallait ajouter : » à partir de cette époque. »>

a tant de droit à ma reconnaissance pour les nombreuses communia cations qu*il a bien voulu m*adresser plusieurs fois.

Le type adopté par Marseille se maintint longtemps et passa dans une foule d*ateliers du Midi. Les rois francs ne firent d'abord, au commencement du yn* siècle, que substituer leurs noms à ceux des empereurs. Un peu plus tard, ces empreintes, modifiées de la sorte, furent immobilisées et employées dans beaucoup d'officines qui s'établirent sur le territoire de la cité , et peut-être môme en dehors de ses limites. De là vient que Ton trouve tant de monnaies à légendes barbares , dérivés informes de celles du chef-lieu de la province. M. de Lagoy en possède une d*or à bas titre du poids de 19 grains (PI. I", n^» 11). LMnscription du droit est un composé de lettres jetées au hasard ; au revers, on lit au contraire assez distinctement en caractères rétrogrades : VICTVI CHOTAIII, pour Victuria Chlotarii. C'est par conséquent une imitation dégénérée des trions, de Cblotaire II, et la légende de Tobvers était dans le principe MASSILU GIYITAS ou CHLOTABIYS REX.

Cette pièce est du milieu du vir siècle. Je la mets sur la P* planche à la suite du sol de Maurice , afin que Ton puisse apprécier le pas immense que le type massaliote avait fait dans ua demisiècle vers la barbarie.

VAKNES.

Du midi et du centre de la Gaule, je vais, à cette heure, remonter vers les cités de Touest, et décrire un triens d'un type nouveau et propre à lever bien des incertitudes.

— IILUA3+AIVI3c/:5PAyC (dégénérescence de la légende DN IVSTimANFS PFAFG). Buste diadômé tourné à droite ; devant la figure, un X et un globe. — n. fflCIOIAcnVAIoaiIA (débris altérés de Victoria Augtistorum). Victoire passant à droite et tenant une palme et une couronne ; dans le champ, un point ou petit globe derrière elle; un autre plus gros devant et la lettre V ; à l'exergue : VOIIO.

Poids : 26 grains Va. (PI. I, n» 12.) Ce triens, trouvé aux environs de la Boche-Bernard, doit être donné à Vannes, dont il porte deux fois au revers la lettre initiale : dans le champ et à l'exergue, qui, au lieu de Conob, donne FOIlO.

Son travail et son poids assignent la date d'émission an commencement de la seconde moitié du yi* siècle. Quant aux légendes, je les crois des dégénérescences de celles des tiers de sou au nom de Justinien, et les considère comme la preuve de l'immobilisation du type de ce prince à Vannes, où des comtes continuaient à batire monnaie à leur bénéfice (<).

Le style est fort caractéristique et sert à distinguer les pièces vraiment bretonnes de cette époque (s). Il s'éloigne tout à fait de celui des triens ayant au revers le monogramme dans lequel M. Lenormant veut déchiffrer le nom de l'Armorique, et que l'on ne trouve /afTiai^ en Bretagne; tandis qu'ils viennent toujours de l'est et du midi de la France, où l'on a rencontré cette curieuse petite pièce d'argent, décorée du môme monogramme, que j'ai fait graver au n« 4 de la pi. I'*" des Lettres à M. Ch. Dugast-Matifeux sur quelques monnaies françaises inédites, avec celles des Burgondes, trouvées en sa compagnie dans le lit du Bhône.

Avant d'en finir avec le vi* siècle, mon sujet me permet de relever une erreur dans laquelle est tombé l'un de nosnnmismatistes les plus distingués, dont la mort récente laisse un vide si regrettable dans la science. Il s'agit du triens attribué par Ducbalais à un prétendu Audulfe ou Adolfe, roi ou duc de Frise, et qui n'est en réalité qu'une monnaie rentrant dans le domaine commun, frappée par le monétaire d'un bourg de l'une des cités du nord de la Gaule (^).

Mise en parallèle avec celles de Troyes du monétaire Genulfus (a), et de Trêves à la victoire (^, elle prend place à côté d'elles, tant pour le faire que pour la contrée d'où elle est sortie et la date de sa fabrication.

Ce rapprochement était si naturel, que je m'étonne de ce qu'il ait

(1) V. Lettres à M. de Saulcy, par M. Lenormant , RevtAe numisrnatique, 1849, p. 23; 1854, p. 357.

(â) J'ai Yu un autre triens identique sur lequel le V du champ du revers était absent.

(3) R&o. num,, 1854, p. 51.

(4) Mon. des rois mérov. de Conbrouse, pi. XUV, n<> 17.

(5) Jd., 09 18.

échappé à un homme aussi ?ersé dans cette matière. Les légendes doivent donc être ainsi laes :

AVDVLFVS. - FRISIA.

VICTVRIA. — AVDVLFO. M.

(PL I, no 13.)

Audolfe était le monétaire d*Qn lien appelé Frise, nom que portent deux ou trois villages des départements placés entre la Seine, la Moselle, et la frontière de Belgique. L'un d'eux est dans la banlieue de Péronne. Le mot Victoria est un souvenir de la légende impériale, dont le triens de Trêves, cité plas haut et qui est d'une fabrique un peu plus ancienne, fournit un autre exemple; mais, sur celui-ci, son accompagnement indispensable, la figure ailée, n'a pas disparu. Sur l'une et l'autre de ces pièces, la lettre M est dans la même position, et signifie monetarius. Il importe de ne pas oublier non plus qu'à Frise, comme à Trêves, il y a une étoile dans le champ du revers, reste bien significatif du type romain de ces contrées {*).

En définitive, les légendes du triens édité par Duchalais servent à compléter l'opinion de M. Lenormant sur les transformations qu'éprouva la manière d'indiquer les noms des ateliers monétaires de la Gaule au vr siècle. Après avoir mis leurs initiales dans le champ on à la fin de l'inscription du revers, on leur attribua une pins large place de l'un des deux côtés, sans s'écarter toutefois de l'agencement primitif, ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'exemple mis sous nos yeux; puis, enfin, on les substitua complètement à la vieille formule impériale, qui n'avait plus de valeur et était devenue un véritable non-sens sur les pièces des Francs. — Les noms des monétaires subirent sans doute des transformations semblables.

Ces quelques lignes sufiQront, je l'espère, pour ranger les numis^ matisies à mon avis, et pour leur faire admettre que les tiers de son du genre de ceux de Frise et de Troyes, dont il a été question tout à l'heure, ont été frappés dans le dernier tiers du vr siècle, quelque temps après ceux de Ghildebert du monétaire Chramnus; de Sige-

(0 J'avoue m*être laissé aller k une préoccupation singulière, dans les Considérations sur les monnaies de France, p. 11, lorsque j'ai contredit ma première opinion sur Tâge du triens de Trêves à la victoire {Mev. num. , 1844 , p. 196). Le travail de cette pièce est en efiTet remarquable pour le temps; mais un examen plus éclairé m'oblige à la repousser jusqu'à la seconde moitié du VI» siècle. /

bert I" (Rev. num., 1844, p. 196); de Monzon (Cat. Rousseau, n« 156); d'Alby (JUanét. des rois mérov., pi. V, n* 5). etc., etc. c( Plas Tempreinte impériale se décompose, plas ils se rapprochent du vn* siècle (*). »

La révolution monétaire est accomplie. Les types romains ont fait place à d^autres qui, pour en être des dérivés, n'en ont pas moins un caractère assez original. De 28 grains, le poids des triens, après avoir été de 26, est tombé à 24. En un mot, le système mérovingien est entré en possession de la monnaie.

Les pièces de cette catégorie qui ont été mises à ma disposition, sont assez nombreuses, et sont, en général, faites pour aider à la classification des espèces du vn* siècle.

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