‹ Études numismatiquesChapitre 3 sur 55 · TOULOUSE · texte numérisé non relu

TOULOUSE

D N ANASTA+SIVS PP AVG. Buste diadômé tourné à droite. — IV. VICTORIA AVGVSTO NVA. Victoire passant à droite, et portant une palme et une couronne; derrière elle, la lettre T; à l'exergue : OINOB.

(Planche I, n» 6.)

Je ne connais que le cliché de ce joli triens, qui m'a été communiqué par M. Deniau ; je ne puis donc parler ni du poids , ni du titré de l'or. Mais ce qui frappera de suite le lecteur, c'est le style du

revers, qoi présente déjà le caractère distinctif de la Tictoire wisigothe : les plis de la robe coudés et ramenés avec affectation en avant. II remarquera de plus la croisette, coupant en deux parts la légende du droit, qui figura plus tard sur la plus grande partie des monnaies des rois wisigotbs.

Le T, placé dans le champ du revers, est, par conséquent, la lettre initiale de Toulouse.

Je ne chercherai point à expliquer les lettres NVA qui termment la légende du même côté, à moins que VA final n*ait été mis là pour indiquer le nom d*Alaric, contemporain d*Ânastase (484-507).

M. Lenormant a publié dans la Revue numismatique de 1853, pi. IX, n"" 6, une pièce qui a une certaine analogie avec celle-ci.

AGEIN.

Chaque fois qu*un numismaliste est en voyage, il profite du moindre temps d'arrêt de la diligence, pour aller rendre visite aux orfèvres des lieux qu'il traverse. Je n'eus garde d'oublier une ausû louable coutume, et bien m'en prit, le jour où, venant de Poitiers, je repassais à Saint-Maixent , ville qui m'avait fourni jadis tant d'excellentes découvertes, et qui vaut mieux, je vous assure, que sa facétieuse réputation. L'un de ces honnêtes marchands me tenait en réserve une jolie bague romaine ornée d'une intaille de quelque prix, une de ces belles gauloises en or que mon collègue M. Hucher attribue, non sans raison, au Poitou (<), et enfin un tiers de so« frappé dans un atelier de la même portion de la Gaule que le précédent. Quelques jours avant l'arrivée de cette pièce entre mes mains, la charrue d'un laboureur du voisinage l'avait fait sortir de terre, et, par un de ces hasards si communs dans la vie du numismatiste, la voilà qui venait bien à propos m'aider à reconnaître la provenance de celle de Toulouse. Aussitôt qu'elle fut en ma possession, je me rendis de suite compte de la corrélation à établir entre elles.

— ON IVSTI+NVS PF AVC. Buste diadème tourné à droite. — b?. VICTORIA AV6VST0 A. Victoire passant à droite ; derrière elle et dans le champ, la lettre A ; à l'exergue : CONOB. Poids : 28 grains. (PI. I, n* 7.)

(1) Revtie numismatiqite, 1853, pl. VI, n» 1.

Ce triens est contemporain de Jastin I*', dont il porte le nom (518- 527). La croisette partage encore ici la légende du droit, et la yictoire a pris dairantage la toamare wisigothe. L*inflaence artistique a sorvéca à la défaite par les armes.

L*A qui est dans le champ da revers, désigne probablement Agen, ville sitaée assez près de Tonlouse et presque au centre des anciennes possessions gauloises d^Alaric. Quant à celui qui termine la légende V^ictoria Augusto A, c*est peut-être un souvenir d'une formule antérieure, ou une seconde indication de Tatelier monétaire.

Si nous franchissons maintenant un espace d'une cinquantaine d'années, nous arrivons au tiers de sou suivant, qui est d'un faire complètement virisigoth, quoique fabriqué dans le système franc. Il sort d'une officine voisine des Pyrénées.

— FIBIUIN HON (Firmin Monetarius). Buste diadème tourné à droite. — ly. Légende indéchiffirable. Victoire barbare passant à droite. •

Poids : 26 grains d'or pâle. (PI. I, n"» 8.) Coll. Bonsergent.

Le poids est celui des triens de la période transitoire entre les systèmes romain et mérovingien, temps d'arrêt qui commença, selon toute probabilité, à la fin du second tiers du vi' siècle.

Mais le triens d'Agen n'était pas la dernière pièce qui dût arriver à propos pour entrer dans ce travail. A peine étais-je de retour à Fontenay, que M. Ph. Salmon m'envoyait de Sens celle gravée au n» 9 de la première planche, et dont le style est essentiellement ostrogoth.

If. D. IVSTINVS. C. Buste diadème tourné à droite. Le nœud du ruban du diadème s'aligne, comme à l'ordinaire sur les monnaies de ce genre, avec les premiers caractères de la légende; ce qui l'a fait prendre à tort pour une lettre ou un monogramme. — iv. VICTOBIAVARI. Victoire de face tenant une croix d'une main et une couronne de l'autre; à l'exergue: CONOC.

Poids : 27 grains d'or pâle.

L'aspect général de cette monnaie se rapproche à un tel point de celui des tiers de sou contemporains de Lyon, que son émission dans

ane officine des cités voisines da Rbône est évidente (i). La légende du revers peut, il est vrai, s'interpréter de diverses façons; mais la plus rationnelle est celle-ci : YICTORI. AV. AR. Le trait ressemblant à la lettre I qui vient ensuite, et que Ton rencontre sur beaucoup de monnaies, n'est destiné qu'à séparer la légende de Texergue.

n est à peu près hors de doute maintenant que le type ostrogoth de la victoire de face passa les Alpes dans la première moitié du VP siècle, et fut utilisé momentanément dans tout le territoire situé entre ces montagnes, celles de l'Auvergne et les dernières ramifications des Cévennes ('). Il y prit une tournure propre à le faire distinguer d'avec celui des pièces frappées hors de la Gaule. Ce point de doctrine établi, il ne s'agit plus que de chercher, dans cette circonscription, l'atelier qui donna naissance à notre monnaie. Deux villes, placées à ses deux extrémités, se le disputent : Jrverna Civitas (Clermont) et Arausicorum Civitas (Orange). Je penche vers la seconde attribution.

Le nom de l'empereur inscrit sur l'obvers est, selon moi, celui de Justin II, à moins que l'on ne^veuille y reconnaître celui de Justin P', immobilisé depuis longues années. Dans cette seconde hypothèse, le C de la fin* de la légende pourrait indiquer le nom de Glotaire P'; mais ce n'est qu'avec une extrême défiance que je me lance sur un pareil terrain, où j'ai toujours petir d'arriver à l'absurde en croyant toucher du doigt la vérité.

On a avancé, dans ces derniers temps, que les noms de Justinien et de Justin II avaient quelquefois été rétablis de nouveau sur les monnaies, à la fin du vr siècle, après que celui de Maurice fut devenu impopulaire en Gaule; cela est si contraire à tous les principes qui paraissent régir la numismatique mérovingienne, que j'attends des arguments plus péremptoires pour adopter une théorie aussi hasardée. Les empreintes de ces empereurs, ainsi que je l'ai dit autrefois, furent immobilisées et maintenues, comme, plus tard, cela arriva pour celles des rois de la seconde race.

(1) Cf. monétaires des rois mérovingiens, pL LXI, n» i. — ■ Lettres à M, Ch, Dugast-Matifeux , ]^l. I", n°^ 13 et 14, et p. 50.

(2) Cf. Reo. num., 1853, pp. 112, 113 et 114. Lettres à M. de Saulcy, par M. Lenormant. — - Le savant oonserr^teur du Cabinet national émet, sur ce siyet, une opinion presque analogue à la mienne.

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