POITOU
1 obole au grand monogramipe sans la croisette. Celte pièce, qui remonte au DQoins aux vingt premières années du règne de Charles le Chauve, a peut-être été ajoutée au trésor par Torfèvre qui a le premier recueilli la découverte. Poids : 16 grains faibles.
100 et quelques deniers présentant les variétés suivantes :
1"* Car lus rex FR., traces de circulation ; poids moyen : 32 grains; ' 2<» Carlvs rex FR., de fabrique un peu plus récente, portant également des traces de circulation ; poids : 32 grains Vs;
3« Carlus rex FP, ; poids : 32 grains Va;
4<' Carlus rex F., très-belle conservation; poids : 33 à 33 gr. Va;
5<> Carlus rex R., à flenr de coin; poids : 33 grains;
6<> Carlus rex P., à fleur de coin ; poids : 30 grains ;
Je n'ai pu peser qu'un seul exemplaire de cette dernière variété.
Ces monnaies ont une croisette entre le T et le Y de Metullo, à l'exception d'une seule, qui est cependant de fabrique relativement récente; car elle porte la légende Carlus rex F.
On a pu remarquer que tous ces deniers poitevins sont identiquement de la même époque que ceux du trésor de Bonnevaux, et que la série s'arrête au même point.
Voyons maintenant quelles indications nous fournit l'ensemble de la découverte.
Une seule variété des deniers d'Eudes, frappés à Angers, n'était pas connue; c'est celle dont le monogramme a une croisette au centre, au lieu d'un point. Elle est d'une émission postérieure aux autres qui étaient avec elles, et l'acheminement vers la décomposition du type est déjà visible.
Après la mort d*Eudes, on reprit à Angers l'empreinte Caroline (*), qui fut plus tard immobilisée, et qui continua à être employée jusqu'à la création du type féodal. Le denier publié précédemment à la p. 58 , est cependant la preuve que la légende odonique ne cessa pas d'être utilisée dans quelques ateliers secondaires de la province.
(1) No 3 de la planche qui accompagne Tarticle de M. Fougères sur une découverte de monnaies du premier tiers du x*» siècle faite à Évreux , insérée dans le Cabinet de l'Amateur, 1844, p. 356, article dont je suis loin dadopter les coaclttsions.
n est vrai qae, dès le temps de Charles le Simple, les comtes d'An- }0Q étaient de fait indépendants de la cooronne, et que, llnscription do nom royal sur leurs monnaies étant moins la constatation da droit direct du prince sur la contrée, que la conséquence de Tintérét des seigneurs à maintenir les empreintes consacrées par un long usage , peu leur importait de se servir de tel on tel nom, pourvu qu'il fût pour le peuple une sorte de garantie du bon aloi du numéraire. En réalité, les espèces angevines furent complètement féodales presque à dater du moment où le roi Eudes descendit dans la tombe.
Il y a loin de nos deniers d'Angers à ceux des émissions pins récentes. Ici le métal est pur; le travail, quoique propret et maigre, est fin et ptalt à rœil par sa régularité, qui rappelle celle des empreintes des monnaies du Mans de la bonne époque. Plus tard, au contraire, le billon remplace Targent, les caractères des légendes perdent leur correction, et, arrivés an milieu du %• siècle, nous n'avons plus que des espèces sans relief et à demi barbares, sur lesquelles se maintiennent pourtant tes anciens types royaux immobilisés. La Loire continue, toutefois, à servir de limite enore deux arts monétaires complètement distincts, et dont tous les numismatistes ont été à portée de constater la différence. Sur la rive droite et dans le rayon d'influence de chaque cité placée de ce côté, les pièces se distinguent toujours par une certaine finesse d'exécution, tandis qu'à partir de la rive gauche, elles se font remarquer, pendant tout le X* siècle, par l'exagération des formes attribuées aux types et aux lettres des légendes. Le germe de cette dissemblance est sensible dèa Charles le Chauve.
Il parait assez extraordinaire que l'art ait pu se maintenir en Anjou, pendant le dernier quart du O" siècle, dans un certain éclat, lorsqu'on songe aux ravages des Normands dont cette province fut alors victime. On ne peut expliquer ce fait, qu'en donnant pour cause à la ressemblance singulière du style de ces monnaies d'Eudes avec celui dés espèces contemporaines du Mans, la translation à Angers d'une colonie de monnayeurs de cette ville, destinée à remplacer ceux tués ou dispersés par les barbares, quand la population reprit possession de ses foyers, envahis plusieurs fois depuis quinze ou vingt années (<).
(1) Les poinçons, dont on s est servi pour fabriquer les coins, sont parfois évidemment les mêmes que ceux employés au Mans.
Les inyasioQS des Normands eurent nne grande influence sur le monnayage des ateliers qui furent exfjosés à leurs sanglantes visites, et ceux qui étudient la numismatique de ces temps sont toujours forcés de tenir compte des événements de ce genre, s'ils veulent arriver à un classement conforme à la vérité.
Il est un autre point que ce trésor sert à éclaircir. M. de Longpérier a essayé d'attribuer, dans la Notice des monnaies françaises composant la collection de M. J. Rousseau, p. 203, quelques deniers de Tours à Robert P', se fondant sur la forme du monogramme odonique, qui offre, sur ces pièces, une légère variante, en ce qu'il y entre deux fois la lettre B. Or, parmi les deniers qui viennent de m'étre communiqués, je trouve un exemplaire de cette variété de coin, portant des traces évidentes d'une circulation assez longue : d'où je conclus que ces monnaies appartiennent non-seulement à Eudes, mais ont été même émises à une date antérieure à la fin de son règne. On ne peut donc pas les classer à celui de Robert.
Mais l'indication la plus précieuse que fournisse la découverte, est celle à tirer de la présence des deux deniers de Tours au type cjarolin. Ces pièces sont, en effet, d'une émission incontestablement plus récente que celles décorées du monogramme du roi Eudes. La forme des lettres ne convient plus au règne de Charles le Chauve, tandis qu'elle se rapporte fort bien au temps de Charles le Simple. On sait d'ailleurs positivement que l'atelier de Tours reprit cette empreinte, puisqu'elle se combina plus tard avec le type de Chinon (9. Les monnaies du successeur de Louis le Débonnaire pourraient se distinguer, à la rigueur, de celles de son arrière-petit-flls, en ce que l'O de leurs légendes n'est pas encore cruciforme, comme sur ces dernières. Cette distinction ne peut sans doute pas s'appliquer aux produits de tous les ateliers ; mai^ je crois néanmoins qu'il y a souvent lie^a de ne pas la négliger.
Sous Charles le Chauve, les caractères ont de la netteté, les légendes sont correctes, le métal est pur, le poids élevé et uniforme, les types ne sont pas encore défigurés, ni les croix cantonnées, en général, de croisettes, de besans ou d'autres accessoires, ainsi que
(1) V. la plauche da Cabinet de l'Amateur citée plus haut. 11 résulté de Ih que latelier du seigneur laïque de Tours ne fut transféré à Chinou qu'au commeacernent du x» siècle.
cela se pratiqua au v siècle ('). C*est donc à ces signes que Ton peut reconnaître les espèces datant de cette époque, et celles qui leur sont de beaucoup postérieures. Je citerai, par exemple, ce qui se passa à Angers, à Blois, à Reims, à Quento^dc, à Beauvais, à Namur, et dans une foule d'autres lieux, où le monogramme carolin fut repris sous Charles le Simple, et employé à Tétat de type immobilisé pendant une période plus on moins longue. Il faut ranger dans la môme catégorie le denier de Baugency publié par Ducbalais, dans la Revue numismatique de 1839, p. 204, et qui est sûrement da x" siècle. Son poids seul de 24 grains le démontrerait, à défaut d'antres preuves.
En résumé, la découverte de notre petit trésor n'est pas sans utilité pour la science. Il confirme plusieurs points de doctrine qui avaient besoin d'être établis avec plus d'exactitude, et rectifie quelques erreurs. Pour ce qui me concerne, il i^ouve jusqu'à l'évidence que j'avais bien déterminé l'âge des monnaies poitevines de Bonnevaux, puisqu'il en renferme d'absolument identiques, et qu'il est possible de préciser, à un ou deux ans près, la date de son enfoiiissement. Quelque habitant de Thonars, de Saumur ou du voisinage a dû, en eflet, déposer ces deniers en terre eulre 897 et 900, forcé qu'il y était par nne invasion des Normands. La nature des pièces et leur état respectif de conservation conduisent, à cet égard, à lue véritable certitude.
+ 6BATIA DI-REX. Croix. — i^. PARISI CIYITA en deux lignes séparées entre elles par un grènetis horizontal, avec nne croisette au-dessus et une au-dessous. — Poids : 25 grains forts.
(1) Je ne parle pas ici des pièces au temple; mais seulement de celles an monogramme.
Le desain de ce denier me fnt envoyé , en 1852, par Ducbalais, qni voulait en faire le. sujet d*un article, et qui le considérait comme étant de la première nuHtié du x* siècle. La mort prématurée de cet
'^bile numismatiste ayant mis obstacle à la réalisation de ce projet, je ne crois pouvoir mieu faire que de livrer sa précieuse monnaie à la publicité.
Je commencerai par déclarer que je ne partage pas l'avis de Du* cbalais sur l'âge de cette pièce, qui, par la forme des caractères des légendes, et spécialement du C et du 6 carrés, a tout Tair d'être d'une époque postérieure à celle qu'il lui assignait, et d'avoir été fabriquée sous l'autorité de Hugues Capet. Quoi qu'il en soit, elle est sortie de l'atelier de Paris après l'émission du denier bien connu de Louis IV, qui paraît clore la série des espèces royales de cette officine, à moins que l'on n'y ait frappé accidentellement plus tard des monnaies au nom de Lothaire; ce qui est possible, le puissant duc de France ayant montré çà et là, par politique, une apparente déférence au faible chef de la monarchie.
La pièce de Dacbalais appartient à la seconde phase du monn&yage féodal parisien. Celle de l'immobilisation pure et simple du type royal a déjà regu ici quelques modifications. Au monogramme royal on a substitué la croix, comme sur les deniers analogues d'Ëtampes (Fougères et Conbr., n"* 519) et du Mans {Bev. num., 1840, p. 437); peu importe sa forme , la donnée est toujours la môme. — Il existe un autre denier de Paris qui se rapproche de celui-ci , mais qui est un peu moins ancien; on en trouvera la gravure au n<» 524 de MM. Fougères et Conbrouse. Sur ce dernier, la légende du droit est fort altérée, et on serait tenté de croire qu'elle se termine par le mot DVX. Cette circonstance n'autoriserait-elle pas à supposer que Hugues le Grand et Hugues Capet , se conformant, pour leur monnayage , à ce qui se passait autour de leurs domaines , ont procédé dans l'ordre suivant ?
1<* Immobilisation de Tempreinte de Louis IV ou, peut-être , de Lothaire ;
2« Suppression du monogramme royal et son remplacement par une croix ;
3"* Substitution du mot DVX à celui de BEX, sur la légende du droit, qui continuait à être la vieille formule royale;
4° Apposition du monogramme ducal dans le champ.
La plus large part de ces différentes modifications procède de Hugues Capet (956-987), si tant est même quelMnitiative en revienne à son père, mort deux années seulement après Lonis lY. ' La conclusion à tirer de cet exposé, c*est que les mennaies sur lesquelles se voient le monogramme ducal et la légende 6RÀTIA D - 1 DYX sont de Hugues Gapet, et ont immédiatement précédé celles qu*il fit frapper on qualité de roi.
J*ai sans cesse recherché avec grand soin les pièces transitoires, parce qu'elles fournissent toujours quelques indications utiles à la classification des suites féodales. Prises isolément , il n'est pas souvent aisé d'en tirer tout le parti désirable ; mais il importe néanmoins de les publier. Arrivent bientôt après d'autres jalons, et l'on finit par percer le voile qui couvrait les origines de tel ou tel monnayage.
Celui des ducs de France présente cela de particulier que, malgré la puissance de ces princes, il fut l'un des derniers à s'affranchir de l'empreinte royale. Il faut en chercher la cause en ce que la situation géographique des domaines respectifs amena continuellement un contact immédiat, une sorte de juxtaposition entre la famille de Robert le Fort et celle de Charles-Martel, qui lièrent assez étroitement leurs intérêts les uns aux autres, pour que, malgré des conflits incessants, elles aient dû garder longtemps quelque mesure entré elles. Les ducs, qui aspiraient à la couronne, voulaient affaiblir le roi, mais non le prestige de la royauté ; ils agirent donc en conséquence, et restèrent fort tard , en apparence, les vassaux des Carlovingiens.
ARTOIS ou VERMANDOIS.
+ GARCIA I*r EX (gracia d^i rex). Monogramme dégénéré de Charles ou peut-être de Lothaire. — iV. + I^IAT W HÏONE. ' Croix.
Coll. de M. Hoffmann.
Les légendes et le type de ce denier, de la seconde moitié du x«
siècle, ont été altérés par an assez long usage, ce qui indique une émission féodale à une empreinte royale immobilisée. Mais à quel lien le classer 7 La forme du monogramme le fait reconnaître pour le produit de Fun des ateliers de la partie nord de la France, sans que Ton puisse lui donner une attribution plus précise. La pièce de Quentoyic gravée an n"" 329 de la Description de la seconde race de MM. Fougères et Gonbrouse lui ressemble beaucoup et est à peu près contemporaine. Celle d*Ârras donnée par M. Hermand, au n"" 21 de la pi. n de son Histoire monétaire de l'Artois, se trouve dans le même cas. La légende du revers se termine par les débris du mot MONE (moneto), qui figure souvent sur les espèces de TArtois, du Yermandois et de quelques-unes des ofiBcines des provinces environnantes. Cest encore une de ces énigmes que d^antres découvertes feront déchiffrer un jour.