BORDEAUX
La série monétaire de Bordeaux est encore fort incomplète. Avan que je n'eusse publié le denier de Sanche (<), qui marque la transition entre le type carlovingien immobilisé et ceux adoptés au xr siècle par les comtes de Gascogne et par les ducs d'Aquitaine, on en était réduit, à deux ou trois variétés près, aux pièces retrouvées du temps de Dnby. Je crois donc faire une chose agréable aux ama-
(1) Il serait bon d'examiner en même temps les pièces de Glermont et de Brioude, dont la comparaison peut fournir plus d'une indication utile, (a) Considérât, sur les Monn, de France, p. 114, et pi. Il, nPT,
teurs de cette ville, en leur signalant encore une monnaie digne en tout point de prendre rang à côté de son aînée.
+ BENARDV. Dans le champ une main. — Hf. + BVRDI6A?.
Croix. Poids : 19 grains.
Ce denier, d*un métal assez pur, vient d'être acquis par le Cabinet national, et m*a été communiqué par mon ami Dauban.
Deux comtes de Gascogne ont porté le nom de Bernard : Bernard- Guillaume, dont Tadministration diira de 984 à 1010, et Bernard d'Armagnac, qui s'empara du comté après la mort d'Eudes, et le conserva de 1040 à 1052. Auquel de ces deux princes attribuer notre denier? Ne l'ayant pas vu en nature, il m'est difOicile de prononcer; mais je penche volontiers vers le premier, à en juger d'après l'aspect de la vignette, et l'emploi du type de la main que l'on voit sur certaines monnaies de cette période (0. Le denier au nom de Sanche, sans le monogramme carolin, possédé, dit-on, par M. Rabanis, et sur lequel je n'ai pu obtenir, malgré mes instances réitérées, aucun renseignement, servira sans doute à élucider ce point controversable de doctrine.
Les collections bordelaises renferment, à ce que l'on assure, une foule de raretés précieuses pour la numismatique de la Gascogne, du Périgord et de plusieurs autres parties de l'ancienne Aquitaine. Pourquoi donc leurs possesseurs persistent-ils à garder indéfiniment le silence sur ces richesses? Depuis bientôt dix ans Tuu d'eux nous promet un recueil d'inédites. Est-ce que, par aventure, les eaux de la Garonne produiraient, sous plus d'un rapport, sur lui l'effet fâcheux de celles du Léthé ?
En dernier lieu, la raison commerciale fit adopter aux comtes de Gascogne le type odonique, utilisé dans beaucoup de provinces voi-
ci) V. entre autres le ii<* 13 do la pi. XVU de la Numismatique du moyen-âge de Lelewel.
aineB de leorê damaioes, telles qae It SaîDtonge el l'Angoamois 0). Ils le passèrent aux ducs d* Aquitaine, leurs successeurs. Ou n'a pas encore retrouvé, que je sache, de deniers primitife de cette catégorie. Ceux que Ton a proyiennent tous d'émissions postérieures; Tempreinte une fois immobilisée, ayant ser?i pendant une longue suite d*années. Quoi qu*il en soit, il est avéré, à cette heure, que les légendes des espèces du premier Guillaume dont le nom ait été inscrit sur les produits de Fatelier de Bordeaux, étaient : GVILEL- HVS — BVRDEGALA (<). .Défigurées plus tard par des graveurs inhabiles, elles donnèrent naissance à celles si barbares dans lesquelles on a voulu, bien à tort, reconnaître des essais de langage vulgaire. Il y a interversion et mélange de lettres, voilà tout.
La forme Guitelmo vint après; mais il paraîtrait que des ofScines secondaires, qui monnayaient à Tempreinte de Tatelier principal, comme cela se pratiquai! dans beaucoup d'autres provinces, continuèrent encore assez longtemps à se servir de la légende GuiMmus, témoins les n<" 819 et 820 du Catalogne de M. Poêy-d' Avant, qui ont assurément été fabriqués après le beau denier d'argent presque pur décrit au n"* 818 ; car on le dirait de la moitié du xr siècle. On aurait donc monnayé momentanéosent à ces deux empreintes simultanées.
SAinT-MÉDABD DE SOISSONS.
H. Gbarvet. m'a adressé les empreintes de plusieurs exemplaires du denier et de l'obole de Saint-Médard de Soissons décrits à la p. 63 (pi. II , n^"" 10 et 11). Voici les principales variantes qu'offrent les légendes du droit :
1» CAPAT se MEDARUI; 2« CAPVT SCI MERDI, 3» CAPAT SCI MEDVR.
Quant à l'inscription du revers, elle est toujours très-barbare.
(1) Il est présoinalde <pie le type de Louis IV, immobilisé à Aagovléme , a gagné de Ik Saintes et Bordeaux, et que la légende Lodoicus n'a été adoptée dans ces deuî villes que comme signe d'un lien commercial. Elle ne fit qu apparaître k Bordeaux.
(9) J ai déjk constaté oe fait dans une note dont s est servi M. Poëy-d Avant k la p. 174 de la Description des Monnaies seigneuriales de sa coilection.
Un fort bel exemplaire du denier, qui m'a été montré par une autre personne, et qui pèse un peu moins de 23 grains, porte : GAPYT SCI MEDABD. — iV. SC SEASBHSIT? (Quelques lettres sont renversées.) Dégénérescence, sans doute, de SCS SEBASTIANVS, comme je Tai avancé précédemment.