‹ Études ophthalmologiquesChapitre 26 sur 111 · A. IRITIS SIMPLE OU PLASTIQUE · texte numérisé non relu

A. IRITIS SIMPLE OU PLASTIQUE

Symptômes anatomiques. — Le premier symptôme de cette maladie est l'injection périkératique. La coloration que présente l'anneau vasculaire qui entoure la cornée varie selon l'intensité et selon l'âge de la maladie. De tout temps, les auteurs se sont beaucoup préoccupés de cette injection et ont cherché dans ses variations mêmes des caractères étiologiques. Les différences de coloration qui se remarquent dans l'injection périkératique sont tout à fait impropres à donner des éclaircissements de cette nature. Il faut en dire autant d'un anneau bleuâtre constitué par le limbe conjonctival moins hypérémié que le tissu épiscléral, et dont la nuance contraste vivement, chez quelques sujets âgés, avec celle des parties voisines. L'injection périkératique est peu prononcée dans les cas d'iritis légère et chronique; au contraire, si l'inflammation est aiguë et intense, et surtout si des produits purulents s'accumulent dans la chambre antérieure, le tissu sousconjonctival se gonfle quelquefois jusqu'à s'œdématier. Il peut arriver alors que le chémosis dissimule quelque temps l'injection sous-conjonctivale, ou qu'une coloration rouge jaunâtre remplace la teinte violacée de l'injection primitive.

Un autre symptôme important de l'iritis simple, c'estle trouble qui survient dans le contenu de la. chambre antérieure, et qui peut en imposer à un observateur inattentif pour une opacification générale de la cornée. Mais lorsqu'on fait miroiter cette membrane, on voit qu'elle est parfaitement lisse et tout à fait dépourvue des rugosités qu'elle présente dans certaines affections de la cornée accompagnées d'une opacification générale, telles que la kératite parenchymateuse. Celle-ci d'ailleurs peut., à son tour, lorsqu'elle est peu prononcée, simuler un trouble de l'humeur' aqueuse.

L'iritis se caractérise encore par l'immobilité plus ou moins complète de la pupille. Elle peut être rétrécie, mais normalement conformée ; tandis que dans d'autres cas on observe, dès le début de la maladie, au pourtour du bord pupillaire, une exsudation qui y forme des adhérences ou syné-

chies. Pour juger delà mobilité de la pupille, on recouvre l'œil sain d'un linge, et frottant doucement l'œil malade avec la paupière abaissée, on la relève à différentes reprises. Lorsqu'on s'est convaincu du défaut de contraclilité de ce diaphragme membraneux, on instille dans l'œil une solution d'atropine, et c'est alors que la résistance plus ou moins prononcée du tissu enflammé à l'action des mydriatiques se manifeste, et que l'irrégularité survenue dans la conformation de lapnpilledémontre irréfutablement l'exislencc de l'inflammation.

Souvent on voit se déchirer ainsi des synécliies encore faibles établies entre l'iris et la capsule, et la pupille peut reprendre, après une seule instillation, sa forme circulaire. Mais la dilatationincomplète de la pupille et le trouble produit dans l'humeur aqueuse restent encore comme signes de 1 inflammation. D'un autre côté, on rencontre quelquefois entre la capsule et l'iris, après une action traumatique, une opération chirurgicale par exemple, des adhérences assez solides qui sont presque le seul caractère auquel on reconnaisse l'inflammation, tandis que l'humeur aqueuse et le tissu épiscléral sont restés presque entièrement intacts.

Les changements de couleur dont nous avons parlé en traitant de l'hypérémie de l'iris, sont d'autant plus prononcés dans l'inflammation de cette membrane, que l'humeur aqueuse est plus transparente et que l'exsudat épanché dans la trame de l'iris est moins abondant. En effet, dans ces dernières conditions, il se manifeste dans l'iris une décoloration complète. La quantité d'exsudat qui se produit dans l'iritis simple peut varier considérablement. Chez certains sujets, c'est à peine si l'humeur aqueuse est troublée, et si de légères adhérences se forment entre la capsule et le bord pupillaire. Chez d'autres, des masses exsudatives assez considérables se rencontrent dans la chambre antérieure, et des épauchenienls pigmentés envahissent le champ pupillaire, quelquefois au point de l'oblitérer dans sa totalité. C'est alors que l'exsudation pénètre tout le parenchyme de l'iris, d'où résultent le gonflement et l'atonie de cette membrane.

Au commencement de la maladie, les adhérences produites entre l'iris et la capsule sont faibles; mais peu a peu elles gagnent en solidité et opposent aux mydriatiques une grande résistance. Cen'estpas un tissu organisé et pourvu de vaisseaux qui constitue la synéchie, elle se compose d'une niasse amorphe qui agglutine le bord pupillaire, la face postérieure de l'iris et la capsule. Lorsqu'elle se rompt, les débris qu'elle laisse fixés à la capsule s'atrophient et disparaissent, en général, assez rapidement; seules les niasses pigmentaires résistent quelquefois davantage.

On peut observer dans le champ même de la pupille les dépôts d'exsudat les plus variés quant au volume et à la forme : nous y reviendrons à propos delà cataracte ça psulaire. Disons seulement qu'au début de la maladie ils sont

presque complètement amorphes, ne contiennent que peu d'éléments cellulaires, tandis que les exsudats d'ancienne date peuvent, dans certains cas, prendre les caractères du véritable tissu cellulaire.

Si l'exsudat épanché dans le champ pupillaire est très-considérable, il peut amener une occlusion totale de la pupille, ou du moins, une adhérence complète entre son bord et la capsule, état que l'on désigne sous le nom de synéchie postérieure totale et qui peut, du reste, se combiner à l'oblitération de la pupille.

B. — IRITIS SÉREUSE,

Symptômes anatomiques. — Cette forme d'inflammation de l'iris se distingue de la précédente en ce que l'exsudat est séreux au lieu d'être plastique et consistant. La maladie se caractérise donc par une hypersécrétion d'humeur aqueuse légèrement troublée. Elle se rapproche ainsi de certaines affections de la choroïde, où s'observe dans le corps vitré une hypersécrétion sur laquelle nous reviendrons plus tard. Comme dans ces derniers cas, la pression intra-oculaire augmente. La chambre antérieure devient plus profonde, et, probablement par suite d'une compression directe des nerfs de l'iris, la pupillle se dilate moyennement. L'injection périkératique est moins prononcée que dans l'iritis plastique, l'humeur aqueuse se trouble légèrement et toute la surface postérieure de la cornée semble se couvrir d'un nuage.

Assez souvent on a occasion d'observer sur la membrane de Descemet, une ponctuation triangulaire dont nous avons déjà parlé. Au début de la maladie, ce phénomène résulte d'une véritable précipitation, sur la membrane de Descemet, des parties solides en suspension dans l'humeur aqueuse. Aussi, lorsqu'on vide alors la chambre antérieure, la plupart de ces points disparaissent; mais une fois la maladie plus avancée, les taches qui recouvrent la surface postérieure de la cornée persistent ; car elles sont dues, comme nous l'avons dit à propos de la kératite ponctuée, à un changement morbide de la couche épithéliale. La chambre antérieure augmente de profondeur, et le toucher du globe oculaire y révèle une tension plus considérable qu'à l'état normal.

A l'époque où l'on pensait encore que la membrane de Descemet se prolongeait sur toute la surface de l'iris, et que les chambres de l'œil étaient tapissées chacune d'une membrane hyaloïde continue, on attribuait ce pointillé de la face postérieure de la cornée, quelquefois étendu jusqu'à la capsule même du cristallin, à une inflammation qu'on désignait sous le nom d'aquo-capsulite (Descemétite, hydroméningite), et qu'on croyait analogue aux inflammations des séreuses en général. Une pareille confusion

était d'autant plus excusable qu'on n'avait recours pour s'éclairer ni à l'emploi des mydriatiques, ni à l'éclairage oblique, et qu'on pouvait ainsi facilement négliger les caractères néanmoins assez nettement dessinés de l'inflammation de l'iris.

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