PUSTULE MALIGNE
Symptômes anatomiques. — La pustule maligne, lorsqu'elle se développe sur les paupières, accident assez fréquemment produit au contact des mains salies par des matières animales en décomposition ou par le virus de la morve (1) ou du farcin, ne présente aucune particularité digne de remarque, si ce n'est que, dans cette région, cette affreuse maladie laisse des traces indélébiles et souvent funestes pour l'œil, alors même qu'elle est ar-
(1) Après l'inoculation de la morve, on voit survenir, dans la plupart des cas, des douleurs articulaires intenses et des frissons , signes précurseurs des manifestations locales et qui peuvent simuler une attaque de rhumatisme articulaire aigu (Rayer). Ici les phénomènes locaux semblent succéder à une infection généralisée, tandis que dans la pustule maligne, l'intoxication du sang paraît êire sous la dépendance d'un ou de plusieurs foyers infectants, primitivement développés,
rivée à une terminaison heureuse. La paupière est gonflée, luisante ; mais médiocrement enflammée : on y voit apparaître une pustule de dimension moyenne contenant une sérosité transparente et coagulable. Comme la base sur laquelle repose cette pustule est fortement ecchymosée, elle lui donne une couleur foncée qui contraste vivement avec la coloration des parties voisines tuméfiées. L'attention du médecin est tout d'abord attirée par les vives souffrances et la fièvre du malade. Les parties centrales de la tumeur, siège de la pustule, sont prises d'une gangrène susceptible de bientôt s'étendre: à ce moment la rougeur et le gonflement augmentent, souvent jusqu'au point d'envahir la moitié ou la totalité de la face.
C'est alors qu'éclatent les symptômes d'une véritable intoxication : frissons, nausées, prostration des forces ; et le malade succombe après le délire et le coma. Vingt-quatre heures suffisent quelquefois à l'évolution complète et mortelle du mal. Chez les sujets robustes et bien portants, la gangrène peut se circonscrire, grâce à une réaction inflammatoire salutaire, se borner à détruire les téguments de l'œil, cet organe lui-même, et laisser une vaste cicatrice. Il est important, pour le praticien, de savoir que les victimes de ces inoculations y sont ordinairement exposées par leur profession et que les médecins vétérinaires, les tanneurs, les corroyeurs, les bouchers, les bergers, les palefreniers, etc., y sont surtout sujets. De même, toutes les fois qu'on a lieu d'observer à la suite d'une piqûre de mouche, un gonflement notable de la paupière avec vésication et fièvre intense, on ne doit pas oublier que l'insecte a pu se faire colporteur de celte contagion.
Le pronostic de cette affection est extrêmement grave, et la propagation des symptômes inflammatoires vers le fond de l'orbite peut encore accélérer la manifestation des accidents cérébraux.
Quant au traitement, il faut avouer que notre intervention arrive souvent trop tard; car le diagnoslic ne s'appuie guère, surtout dans les pays où la pustule maligne est rare (Grande-Bretagne, sud de l'Allemagne), que sur les accidents généraux et la disproportion qui existe entre ces derniers et les désordres locaux.
Néanmoins, sinon pour empêcher l'absorption d'un virus déjà passé dans l'économie, au moins pour détruire le foyer infectant clans l'intérêt du sujet et de son entourage, et pour tenter l'élimination des parties gangrenées, on doit pratiquer sur le champ une cautérisation énergique. Dans ce but, on fait sur la paupière une ou plusieurs incisions horizontales ; et protégeant le globe de l'œil par l'interposition d'une plaque d'ivoire, on cautérise énergiquement au moyen de la galvano-caustique ou d'un petit cautère actuel. On doit rejeter les cautérisations qu'on obtient de la pâte de Vienne ou des acides minéraux, à cause des dangers qu'il y aurait pour
LÉSIONS EXANTHÉMAT1QUES ET SYPHILITIQUES DES PAUPIÈRES. 567 l'œil à les employer. Pour combattre la phlogose progressive qui prend son point de départ dans le foyer morbide, et pour s'opposer autant que possible à l'absorption du virus, on a conseillé d'appliquer autour de la partie malade un nombre considérable de sangsues ; nous avouons que toute expérience personnelle nous manque pour juger ce point de thérapeutique. On prescrira, à l'intérieur, les préparations à base de quinine, en élevant les closes, et l'on tâchera de corroborer les forces du malade par un régime tonique.
ARTICLE VI