PARALYSIE DE L'ORBICULAIRE DES PAUPIÈRES ET DES MUSCLES DU SOURCIL
La paralysie de la septième paire entraîne dans la coaptation des paupières une certaine difficulté, caractérisée tantôt, dans les cas légers, par du larmoiement, tantôt, dans les cas extrêmes, par une coaptation incomplète des paupières et par la chute de l'inférieure. Souvent alors, celle-ci se renverse en dehors, tandis que la supérieure, n'obéissant plus qu'à l'action
(1) « Un homme d'une trentaine d'années, fort et bien constitué, exerçant la profession de juge près d'un tribunal de province, porte depuis longtemps une petite tumeur dans l'épaisseur de la paupière supérieure de l'œil gauche. Cette tumeur, aujourd'hui de la grosseur d'une noisette, fait une saillie notable dans le petit angle de cet œil, au-dessus de la commissure externe des paupières ; elle est légèrement bosselée à sa surface et donne à la peau qui la recouvre une coloration noirâtre. Cette même coloration se retrouve sur la conjonctive qui revêt la face inférieure du cartilage tarse. Enfin, à l'aide du toucher, on constate l'existence d'un prolongement dur qui s'applique contre la paroi externe de l'orbite pour se perdre dans les graisses de cette cavité. Du reste, il n'existe aucune trace appréciable de cicatrice sur la peau qui recouvre ou qui avoisine cette tumeur et le malade ne donne d'autres commémoratifs que ceux-ci : qu'il a fait une chute sur cette partie dans son très-jeune âge et que la maladie ne prend de l'accroissement que depuis trois ans. A ces signes, il était bien difficile de ne pas croire à l'existence d'une petite tumeur mélanique de la paupière supérieure envoyant un prolongement dans l'orbite. L'extirpation large et entière du mal fut proposée par le chirurgien et acceptée par le malade. Elle fut exécutée le lendemain au moyen d'une incision longitudinale parallèle au pli palpébral et d'une dissection attentive faite à l'aide de ciseaux et d'une pince-érigne. La tumeur fut aisément renversée sur son pédicule, mais quand on voulut couper celui-ci, les ciseaux rencontrèrent un corps dur sur lequel ils s'émoussèrent. Ce corps enlevé avec la tumeur n'est autre qu'un morceau de fer long de 2 centimètres environ et qui paraît être formé par la pointe d'un petit clou. Ce corps étranger s'était enkysté dans le tissu cellulaire de la paupière et de l'orbite et ce sont les parois assez épaisses de ce kyste, infiltrées d'oxyde ou de sels ferreux qui donnaient à cette, tumeur l'aspect des tumeurs mélaniques. (Lenoir, Archives d'ophthalmologie, t, II, p. 261.)
de son muscle propre, peut s'élever outre mesure, en perdant ses rapports normaux avec le globe de l'œil ; toutefois, il faut le dire, on n'observe cette prépondérance d'action du releveur que quand le malade regarde en haut : s'il dirige ses yeux en bas, la paupière supérieure s'abaisse plus du côté affecté que du côté sain. Le défaut qui survient dans la coaptation des paupières, quand l'orbiculaire est paralysé, a été désigné sous le nom de lagophthalmus paralytique. Comme la paralysie faciale est le plus souvent bornée à un côté, on trouve dans cette circonstance quelques symptômes propres à la maladie qui nous occupe. Ainsi, le sourcil est élevé, la joue affaissée comme l'aile du nez, et la bouche attirée du côté sain. Le défaut d'action du muscle orbiculaire devient beaucoup plus manifeste encore, lorsque le malade s'efforce de fermer l'œil atteint, en laissant l'autre ouvert, tandis que la difformité du visage devient moins choquante, lorsque les deux yeux se ferment à la fois. Si la paralysie est ancienne et très-prononcée, de telle sorte que la position des paupières soit sensiblement changée, on voit, pendant le sommeil, l'œil se porter en haut, de façon que la pupille disparaisse en arrière de la paupière incomplètement abaissée, et le malade tenter instinctivement de suppléer avec ses doigts au défaut d'action de l'orbiculaire, pour échapper aux sensations pénibles que lui causent le froid et la sécheresse de la conjonctive, exposée d'une manière constante au contact de l'air.
Quand toutes les branches de la septième paire sont affectées de paralysie, le voile du palais est lui-même atteint et la luette déviée du côté sain. Suivant M. Longet (1), la déviation de la luette ne surviendrait que dans les cas où la cause paralysante agirait sur le nerf, avant le premier coude de l'hiatus de Fallope.
Pour mieux se renseigner sur la cause primitive de la paralysie et sur son siège et pour se rendre meilleur juge du pronostic, il est important de s'éclairer sur la part que le nerf auditif prend à la maladie. On sait que le nerf facial et le nerf auditif se rendent ensemble dans le conduit auditif interne, et que leur origine, ainsi que leur trajet primitif, sont si intimement liés qu'avant Sœmmering on confondait ces deux paires en une seule, et l'on admettait dans la septième paire une portion dure (ou faciale) et une molle (auditive). Si donc la cause du mal siège dans l'intérieur du crâne, près de l'origine du nerf facial, il survient le plus souvent un trouble dans les fonctions du nerf auditif correspondant. Si la cause paralysante est sur le trajet du nerf et si le voile du palais montre des symptômes de paralysie, cette cause est au-dessus du ganglion géniculé, situé, on le sait, au genou, ou à la première courbure du canal de Fallope, ganglion qui reçoit
(1) Traité de physiologie, t. II, p. 360. Paris, 1850.