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BLESSURES ET CORPS ÉTRANGERS DE L'ORBITE

qu'immédiatement après une blessure de cette région, il faut, autant que possible, examiner avec soin l'instrument vulnérant, pour s'assurer de son intégrité, et soumettre la plaie à une investigation minutieuse, si l'on y soupçonne le moins du monde la présence d'un corps solide. On est quelquefois obligé, pour y arriver, d'élargir la plaie extérieure. Nous donnerons une idée du temps pendant lequel un corps étranger peut demeurer dans la cavité orbitaire en citant une observation que notre ami M. Pagenstecher (de Wiesbaden) a bien voulu nous communiquer (1).

(1) « Marie D..., âgée de vingt-quatre ans, se présente le 26 mars 1863 à la clinique de Wiesbaden. La malade est d'une bonne constitution et son extérieur annonce la santé. Dans le cours de sa septième année, elle tomba, en tricotant, et se perfora le globe oculaire droit avec une aiguille qui fut, dit-elle, retirée dans son intégrité. A ce moment, ilsurvint dans cet œil une inflammation chronique qui abolit bientôt la fonction visuelle et se termina en produisant une convergence considérable de l'œil malade, avec impossibilité de le porter dans l'abduction. La malade eut souvent, par la suite, à souffrir dans cet œil d'attaques inflammatoires subaiguës qui la contraignaient à recourir à un traitement médical. Il y a quelques années, on tenta même de pratiquer l'opération du strabisme, mais cet essai resta infructueux, car il fut impossible de découvrir le muscle droit interne. Dans ces derniers temps, l'œil gauche, qui n'avait pas souffert, présenta des symptômes inflammatoires qui, d'après les indications de la malade, doivent être rapportés à des conjonctivites pustuleuses avec kératites superficielles. Actuellement, le globe oculaire droit est réduit aux deux tiers de son volume primitif. Il est fortement attiré en dedans et fixe, de telle sorte qu'une partie seulement de la masse cicatricielle qui remplace la cornée s'aperçoit au-dessous de la conjonctive fortement tuméfiée. La conjonctive bulbaire"est le siège d'un chémosis, et les paupières atteintes d'œdème et rougies. 'Le toucher du globe de l'œil, assez dur, y excite des douleurs. L'œil gauche craint beaucoup la lumière, la conjonctive est légèrement rougie; la cornée, l'iris et le cristallin d'aspect normal. L'examen fonctionnel révèle un affaiblissement marqué des fonctions accommodatrices et une diminution de la latitude de l'accommodation. L'examen ophthalmoscopique montre les milieux à l'état normal, la choroïde saine, la papille très-rouge. Dans ces conditions, nous croyons urgent de recourir à l'énucléation de l'œil droit, pour faire cesser les symptômes précurseurs d'une inflammation sympathique de l'œil gauche. L'opération fut pratiquée le 30 mars. Elle offrit quelques difficultés, car il fut impossible de produire la rotation du globe de l'œil pour couper les muscles droits interne, supérieur et inférieur. Lorsqu'on essaya de sectionner le nerf optique, les ciseaux rencontrèrent une résistance très-considérable causée par un corps acéré de 6 à 8 millimètres de long sur 1 millimètre de large, et qui, provenant de la voûte orbitaire, avait traversé la sclérotique dans sa partie postérieure et inférieure et tenait évidemment l'œil dans l'adduction. Ce corps, en forme d'arête, semblait légèrement mobile et élastique, et la malade, revenue de l'état anesthésique, accusait, quand on le touchait, de vives souffrances. Comme les ciseaux ne réussissaient pas à le sectionner, on se vit contraint de n'enlever que les trois quarts environ Wecker. — i. 48

ARTICLE IX

OPÉRATIONS PRATIQUÉES DANS L'ORBITE. — ÉNUCLÉATION ET EXTIRPATION DE L'OEIL.

Nous avons dit plus haut quels procédés il faut employer pour ouvrir les abcès et les kystes de l'orbite, et comment il faut traiter les différentes tumeurs dont cette cavité peut être le siège; il ne nous reste donc plus qu'à exposer la méthode par laquelle on doit procéder à l'énucléation de l'œil et à l'extirpation de cet organe avec une portion ou la totalité des parties molles intra-orbitaires.

On entend par énucléation l'ablation de l'œil, moins ses annexes, et, en particulier, son système de muscles. Nous devons cette opération au chirurgien regretté de Lyon, à Bonnet. Elle est indiquée principalement dans les cas où l'œil est le siège d'une néoplasie maligne, limitée par ses enveloppes; dans ceux où cet organe exerce sur son congénère une influence sympathique fâcheuse ; lorsque, impropre à la vue, il est le siège de souffrances vives; enfin dans quelques cas exceptionnels, lorsque, après s'être

de la sclérotique et leur contenu. La pointe de cette prétendue arête osseuse était recouverte d'un tissu modulaire épais et de vestiges de la sclérotique. On appliqua le bandeau compressif et l'on se réserva de soumettre la malade à une exploration plus attentive. Dans le cours de l'après-midi, la jeune fille fut très-agitée, accusa de vives douleurs dans le côté droit de la tête, et eut, à diverses reprises, des vomissements violents, symptômes qu'on attribua à l'action du chloroforme. Cependant la guérison n'avançait pas : la réunion ne se fit pas, comme il arrive habituellement après l'énucléation, par première intention ; au contraire, il survint une suppuration fétide et la malade fut agitée par un mouvement fébrile incessant. La céphalalgie persista, les paupières se tuméfièrent fortement ; les vomissements seuls cessèrent le 1er avril. Jusqu'au 20 de ce mois, la malade garda une grande faiblesse, avec anorexie complète, et la céphalalgie dont elle souffrait persista, ainsi que la suppuration de mauvaise nature dont l'œil opéré était le siège. Mon ami M. le professeur Esmarch (de Kiel), qui vint, ce jour-là, à ma clinique, me fit penser qu'un corps étranger laissé dans l'orbite pourrait être la cause de cette suppuration et retarder la guérison. Contre la volonté de la malade qui nous assurait que l'aiguille qui avait pénétré dans son œil ne s'y était pas rompue, nous la soumîmes de nouveau à l'action du chloroforme, et le doigt introduit dans l'orbite rencontra encore la pointe élastique et mobile dont j'avais constaté la présence. J'introduisis le long de mon doigt une pince à pansements, je saisis ce petit corps, et par une traction assez énergique je retirai un fragment d'aiguille à tricoter long de 1 centimètre et fortement rouillé, et cela dans une direction telle qu'il ne fut pas douteux que l'aiguille, après avoir pénétré le long de la face interne de l'orbite, avait longé la face interne de la cavité crânienne et s'était dirigée

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