OPÉRATIONS PRATIQUÉES DANS L'ORRITE
désorganisé, il acquiert, comme dans le staphylôme, des dimensions énormes. Voici comment Bonnet s'exprimait au sujet de celte opération qui, lorsqu'il la publia (1841) n'avait pas encore été pratiquée sur le vivant (1):
« Si je rencontrais un cas favorable à cette application, voici comment je procéderais à l'extirpation de l'œil. Après avoir écarté les paupières au moyen d'instruments que j'ai conseillés, je couperais le muscle droit interne avec les mêmes précautions que dans l'opération du strabisme ; puis glissant les ciseaux à travers la plaie que j'aurais faite, et les faisant pénétrer entre la sclérotique, d'une part, et le fascia sous-conjonctival et les muscles, de l'autre, je couperais circulairement tous les muscles droits près de leur insertion à l'œil. Après cette section, il ne resterait plus qu'à diviser aussi près que possible de l'œil les deux obliques, puis le nerf optique. L'œil serait alors enlevé sans que j'eusse intéressé aucun vaisseau, aucun nerf (?) et sans que j'eusse pénétré dans les graisses de l'orbite. »
Ce procédé opératoire n'a subi que des modifications insignifiantes, destinées à conserver autant que possible la conjonctive et à couper les muscles le plus près possible de la sclérotique.
Les instruments nécessaires à cette opération sont deux élévateurs pleins, une paire de pinces à crochets, un crochet à strabisme ; une paire de ciseaux recourbés sur le plat, à pointe émoussée ; enfin la spatule dessinée
vers le rocher droit. Il survint une faible hémorrhagie, et j'appliquai un pansement léger. Vers le soir, la malade fut prise de vomissements violents et de douleurs trèsvives dans la moitié droite de la tête et vers l'occiput. Le pouls s'éleva à 100. Je fis prendre à la malade de la glace et de l'acétate de morphine à la dose de 1 centigramme ; mais les vomissements et la céphalalgie persistèrent. Continuation du traitement. Le 22 avril, les nausées, les vomissements et la fièvre existaient toujours. La mémoire était affaiblie et la malade plongée dans une demi-somnolence. Le 24 avril, la suppuration diminue dans la plaie, toujours sensible, et le toucher de la paroi supérieure de l'orbite, surtout en dehors, dans la région de la glande lacrymale, est extrêmement pénible : anorexie, soif, pouls à 90, plein et bondissant; respiration très-accélérée, céphalalgie générale. Je prescris le calomelà haute dose. A partir de ce moment jusqu'au 30 avril, les symptômes généraux s'amendent pour réapparaître avec toute leur intensité le 9 mars, jour où la malade fait sa première sortie. Trois émissions sanguines locales ramènent peu à peu un état très-satisfaisant (Ier juin). La malade fut soumise pendant trois semaines à une surveillance attentive, et comme au bout de ce temps il n'était pas survenu de nouvelles rechutes, elle put quitter la clinique. D'après les dernières nouvelles que nous en avons reçues, elle jouit actuellement d'une bonne santé, et les troubles fonctionnels de son œil gauche, qui n'avaient cédé qu'à l'extirpation du corps étranger, n'ont pas reparu. »
(1) Traité des sections tendineuses et musculaires. Lyon, 1841, p. 322.
(fig. 5U), mais dont on peut, à la rigueur, se passer. Voici comment nous exécutons l'énucléation. Après avoir soumis le malade aux inhalations de chloroforme et saisi près de la cornée un repli de la conjonctive, nous l'incisons pour introduire le crochet à strabisme, avec lequel Fig. 54. nous souievons ia muqueuse à mesure que nous la section- (l/2grandeur.)nonS) en SL,iVant très-exactement le contour de la cornée au moyen de ciseaux dont une branche glisse sur la sclérotique. La conjonctive une fois détachée, nous coupons très-près de la sclérotique les muscles soulevés avec le crochet. Pour détacher le nerf optique et les obliques, il est nécessaire d'immobiliser l'œil à l'aide des pinces à griffes qu'on fixe à l'insertion du droit interne ou externe. Pour offrir plus de prise aux pinces sujettes à glisser sur la surface polie de la sclérotique, quelques chirurgiens ménagent en partie l'extrémité tendineuse de l'un de ces muscles. Nous aimons mieux nous servir de la spatule indiquée plus haut, employée dans les hôpitaux anglais, et à l'aide de laquelle on soulève légèrement le globe de l'œil, pour faciliter le passage des ciseaux qui doivent sectionner le nerf optique tout près de son insertion. Celui-ci coupé, il est très-facile de luxer le globe de l'œil en imprimant à la spatule un mouvement de bascule ; puis on saisit cet organe avec les doigts et l'on termine l'opération en détachant avec précaution les muscles obliques.
Si l'on pratique l'énucléation d'un œil qui renferme une tumeur, il faut porter toute son attention sur la partie du nerf qui adhère au globe détaché ; et si elle présente sur la coupe la moindre altération, il faut, après avoir arrêté l'écoulement sanguin, généralement presque nul, réséquer une nouvelle portion du nerf optique.
Le pansement se fait ensuite au moyen du bandeau compressif. La guérison par première intention s'effectue avec tant de rapidité, que nous avons quelquefois, permis à nos malades de faire, pendant quelques heures par jour, usage d'une pièce artificielle, dix ou quinze jours après l'énucléation. V extirpation de l'œil et de toutes les parties molles contenues dans l'orbite est une opération bien autrement grave, à laquelle on ne doit se décider que lorsqu'une tumeur maligne a pris dans cette région un développement considérable et a aboli les fonctions de l'organe visuel. Les instruments nécessaires pour la pratiquer sont : des élévateurs pleins, un double crochet fort ou un fort ténaculum courbe très-pointu (alêne de Schniucker) , une paire de pinces à crochets, des ciseaux à pointes mousses et courbes sur le plat, un bistouri droit ou courbe.
S'il s'agit, par exemple, d'extirper une tumeur cancéreuse siégeant tout