‹ Études ophthalmologiquesChapitre 80 sur 111 · PROTHÈSE OCULAIRE · texte numérisé non relu

PROTHÈSE OCULAIRE

peuvent incommoder sérieusement les personnes chez lesquelles ils existent, et simuler le début d'une irritation sympathique.

Zi° Elle facilite les rapports sociaux, et rend à bien des gens, en dissimulant une infirmité grave, les moyens d'existence qui leur avaient été retirés. On sait, en effet, que la plupart des patrons des grandes manufactures se refusent à engager des ouvriers reconnus pour borgnes, aussi bien qu'ils excluent souvent de leurs ateliers les personnes que l'état de leurs yeux contraint à porter lunettes.

L'œil artificiel n'est toléré qu'à la condition que l'organe qu'il doit simuler ait diminué, au moins un peu, de volume, et que le cul-de-sac conjonctival ait encore une certaine profondeur. L'absence complète de l'œil et des parties molles qui y sont annexées est une condition très-défavorable à la prothèse ; mais elle ne la contre-indique pas. Dans ces circonstances, on peut être obligé, pour prévenir l'enfoncement si disgracieux des paupières, de faire construire des pièces coniques qui prennent leur point d'appui plus ou moins profondément dans l'orbite (1). La prothèse est bien plus facile et réussit beaucoup mieux après l'énucléation, alors que les muscles conservés forment avec la conjonctive un petit moignon, ou du moins un plan vertical contre lequel s'applique l'œil artificiel.

Tandis qu'après l'extirpation, la pièce réparatrice ne jouit d'aucune mobilité ; après l'opération de Bonnet, elle suit, au moins en partie, l'œil sain dans les mouvements qu'il exécute, et cela grâce aux tiraillements que la conjonctive bulbaire transmet à celle du cul-de-sac et des tarses, contre lesquels l'émail s'applique et frotte. Outre l'inconvénient d'abolir, en totalité ou en partie, la mobilité de l'œil artificiel, l'extirpation et l'énucléation ont encore celui de produire un enfoncement disgracieux au-dessous de l'arcade sourcilière. Pour obvier à cet inconvénient, M. Critchett emploie, comme nous l'avons fait aussi, de petites ligatures de fil d'argent fin, qu'il applique immédiatement au-dessous du sourcil, en y comprenant un pli cutané assez large pour attirer la paupière en avant. Les anses des fils sont dissimulées par le creux sourciiier et peuvent rester indéfiniment en place.

Les conditions les plus favorables à la prothèse oculaire sont une faible diminution du volume de l'œil, l'aplatissement de la cornée atrophiée et l'intégrité parfaite du cul-de-sac conjonctival. Alors la mobilité de la coque d'émail peut lui permettre des excursions si étendues, qu'à une certaine distance, elle induit en erreur l'observateur le plus attentif, sauf toutefois dans les cas où l'on a donné à la pièce artificielle un rayon de courbure excessif et des dimensions trop grandes.

(1) Voyez à ce sujet les bons travaux de M. Debout (Bulletin de thérapeutique, 15 nov., 15 déc. 1862 et 28 févr. 1863).

On peut dire, d'une manière générale, que le volume de l'œil artificiel et son rayon de courbure doivent être proportionnés à la réduction survenue dans le globe oculaire qu'il est destiné à remplacer. La coque sera d'autant plus volumineuse que le moignon sera plus petit. Lorsque cet organe, tout en ayant diminué de volume, est pourvu d'une cornée assez bombée, il faut, pour que la pièce soit supportée, que l'arrière-plan formé par l'iris ne soit pas vertical ; mais bien concave en arrière. Il est presque impossible de porter un œil artificiel, si mince qu'il soit, sur un œil de dimensions normales, surtout si la cornée a conservé son rayon de courbure. Aussi se voit-on parfois contraint de négliger le conseil de Hazard- Mirault (1), qui pense qu'une opération chirurgicale ne doit jamais précéder l'application d'un œil artificiel. Il faut bien s'y résoudre, au contraire, dans tous les cas où le volume de l'œil a augmenté par suite des altérations qu'il a subies. La plus simple de ces opérations consiste à traverser une partie du corps ciliaire d'un fil qu'on laisse en place jusqu'à ce qu'un léger cbémosis annonce le développement d'une choroïdite purulente, capable de déterminer une atrophie modérée du globe oculaire. S'il existe un staphylôme antérieur, on peut être obligé d'en pratiquer l'ablation, et c'est le cas de recourir à l'ingénieuse méthode de 31. Critchett (voy. p. 339).

Les principaux obstacles que rencontre la prothèse oculaire ne viennent pas de l'œil lui-même, mais bien du cul-de-sac conjonclival, qui, en se rétrécissant, peut finir par disparaître en totalité. Des brides cicatricielles peuvent s'étendre jusqu'au voisinage du bord libre des paupières et nécessiter l'usage de pièces écbancrées ; mais, dans un grand nombre de cas, nous avons vu ces symblépharons plus ou moins complets s'opposer si énergiquement à l'introduction de l'œil d'émail, que les malades euxmêmes, après bien des tourments, y ont renoncé pour revenir au bandeau classique.

Nous ne croyons pas utile d'entrer dans beaucoup de détails sur la forme à donner aux yeux artificiels qui, actuellement répandus presque partout, sont à la portée de chacun. Nous insisterons seulement sur les conditions que doit réaliser une bonne pièce artificielle. Elle ne doit pas avoir des dimensions trop considérables, afin que, pendant les mouvements de latéralité, elle ne puisse blesser le cul-de-sac conjonclival en le tiraillant. Le bord de la pièce doit être très-lisse, émoussé et renversé. Son plan postérieur ne doit pas proéminer en arrière, si le moignon sur lequel il vient s'appliquer est bombé en avant.

Dans les grands centres de population, on trouve facilement des artistes

(1) Loc. cil., p. 50.

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