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TUMEURS DE LA GLANDE LACRYMALE

elles-mêmes, c'est surtout à Mackenzie (1) et à Burns que nous devons leur description. Le premier de ces auteurs a décrit une tumeur fibroplastique de la glande lacrymale, à laquelle il assigne le nom de chloroma, à cause de la coloration verdâtre que cette néoplasie présente, mais que d'ailleurs elle perd par le lavage dans l'eau ou dans l'esprit-de-vin ; sur la coupe, cette tumeur se montre uniformément ferme, fibrillaire et pauvre en vaisseaux. Elle offre comme caractère essentiel, à l'instar des autres sarcomes, d'envahir, en se développant énormément, les cavités voisines de celle où elle est née, et de se montrer à la fois dans plusieurs régions, affectant de préférence la dure-mère crânienne. Le chloroma aurait été, suivant quelques auteurs, principalement observé chez de jeunes sujets et se serait rencontré, non-seulement dans la cavité orbitaire, en dehors de la glande lacrymale ; mais encore dans les fosses nasales, la cavité crânienne, etc. (Balfour, Durand-Fardel, King).

Les tumeurs cancéreuses, ont rarement la glande lacrymale pour siège, et il faut croire que ces néoplasies, développées primitivement dans d'autres parties du contenu de l'orbite, n'ont envahi cette glande que par suite des progrès de leur évolution, dans plusieurs des cas où l'on a regardé cet

trame de tissu cellulaire assez serrée. Les culs-de-sac glandulaires présentent un volume au moins double de leur volume normal. Leur paroi propre est fortement distendue par une grande quantité de cellules d'épithélium nucléolaire. Cette hypergénèse cellulaire s'observe aussi dans les canaux excréteurs de la glande.

Observation IV. — Par A. Rothmund fils (Klinische Monalsblâtter fur Augenheilkunde, p. 264, 1863). M. Rothmund fils enlève chez une femme de trente ans, en juin 1862, une tumeur de l'orbite droit qui est arrondie, dure, immobile, recouverte par la paupière supérieure et présentant un diamètre de deux pouces et demi. Le globe de l'œil est complètement luxé sur la pommette, en bas et en dedans, et descend un pouce plus bas que celui du côté opposé. Il est légèrement aplati et la cornée s'est assez notablement opacifiée, à la suite d'une kératite panneuse, pour que la malade puisse à peine, avec cet œil, compter les doigts à un pied de distance. Il y a cinq ans que la tumeur a paru; au bout d'une année, elle avait la dimension d'un œuf de pigeon ; il y a deux ans, la malade pouvait encore lire de l'œil droit. L'extirpation fut facile et l'œil replacé dans l'orbite. La tumeur mesurait 5 -centimètres et demi de longueur sur 5 de largeur. Elle était compacte et la section y montra un contenu gélatineux. Le professeur Buhl constata, au moyen du microscope, qu'elle provenait de l'hypertrophie delà glande lacrymale. Après la guérison, la cornée recouvra une partie de sa transparence, et la malade put compter les doigts à quatre pieds de distance.

Des observations analogues ont été relatées par Halpin (Annales d'oculislique, t. XIX, p. 159, par Anderson (Edinburgh monthly Journal of med. science, Annales d'oculistique, t. XIX, p. 243, 1848) et par M. Warlomont (Annales d'oculistique, t. XLYIII, p. 53, 1862).

(1) Loccil., t. I, p. 122.

organe comme étant leur point de départ. Une migration semblable a trèscertainement été observée par M. Pamard père (1) pour la forme dite mélanose simple ou bénigne. Plusieurs auteurs nient que la glande lacrymale soit atteinte de cancer; quoi qu'il en soit de cette assertion, elle prouve du moins que cet organe n'est pas, tant s'en faut, le siège de prédilection de ces néoplasies dans l'orbite.

On prétend avoir trouvé dans la glande lacrymale des kystes de dimensions différentes et de contenu variable, sur l'origine desquels les opinions des auteurs ne s'accordent guère. La dilatation cystique d'un conduit excréteur de la glande, connue sous le nom de dacryops, a été décrite à l'occasion des tumeurs des paupières (voyez p. 585). Nous avons dit, au sujet des kystes transparents (p. 579) et des kystes folliculaires (p. 583) que leur siège le plus ordinaire est l'angle supero-externe du bord orbitaire antérieur, et nous avons ajouté que ces kystes ont beaucoup de tendance à s'introduire dans l'orbite. On comprend sans peine combien il est naturel de regarder ces kystes comme nés de la glande lacrymale, lorsqu'ils se sont insinués dans l'épaisseur de cet organe ou lorsqu'ils s'y sont si étroitement juxtaposés qu'ils en ont déterminé l'atrophie, en le comprimant.

Si, dans un cas donné, on avait réellement affaire à un kyste englobé dans la glande lacrymale et contenant lui-même un liquide plus ou moins transparent, on devrait l'attribuer à la rétention du produit normalement sécrété par la glande (kyste par rétention de Virchow), ou rechercher avec beaucoup de soin s'il ne résulterait pas de la présence d'un cysticerque ou d'un échinocoque. Les observations connues d'hydatides siégeant dans l'épaisseur de la glande lacrymale semblent se rapporter principalement à cette dernière espèce d'entozoaires. (Ad. Schmidt, Benedict, Dupuytren.) Quoiqu'on ait déjà pu, après l'ouverture de l'hydatide, en extraire une poche ayant, pour l'aspect extérieur, les caractères de l'échinocoque (Ad. Schmidt), l'absence de tout examen histologique nous engage à beaucoup de réserve dans l'appréciation de ces faits. Les hydatides de la glande lacrymale se seraient fait remarquer par un développement extrêmement rapide, la production d'un exorbitisme très-considérable et des phénomènes de compression des plus alarmants. En somme, les facilités que l'époque actuelle fournit aux recherches anatomopathologiques sont, peut-être, une des raisons pour lesquelles on n'a pas, depuis quelque temps, recueilli d'observations de ce genre ; et lorsqu'on songe que Rosas (2) a, dans son traité, consacré dix paragraphes à l'étude de celte maladie exceptionnelle, on est bien en droit de se demander avec

(1) Annulez d'eculislique, t. XXIX, p. 27.

(2) llandbuch der theor. u.pract. Augenheilkundc, Wien, 1830, t. II, p. 348.

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quelles affections cet auteur la confondait. Si toutefois l'on était indubitablement en présence d'un de ces faits, il faudrait se conformer aux règles indiquées pour le traitement des kystes de l'orbite.

ARTICLE IV

ANOMALIES FONCTIONNELLES (EPIPHORA).

Les troubles qu'on signale le plus communément dans la sécrétion des larmes, sont l'augmentation (epiphora) ou la diminution de la quantité de ce liquide normalement fournie par la glande. Hâtons-nous de dire que l'on ne sait rien de précis sur la quantité de liquide sécrété par la glande lacrymale dans un temps donné, ni sur le mode, continu ou intermittent, d'après lequel s'accomplit cette fonction. Il reste encore à savoir si cette sécrétion n'est pas accélérée par le clignement des paupières, comme la sécrétion salivaire l'est par les mouvements de mastication. Tout ce qu'on peut affirmer, en s'étayant de la clinique, c'est qu'il existe à cet égard des variations physiologiques des plus marquées.

Une fois la question établie sur ce terrain, on comprend combien il faut hésiter à admettre, dans un cas particulier, une hypersécrétion de larmes, toutes les fois, bien entendu, qu'il ne s'agit pas de l'effet ordinaire d'une impression morale vive, ou d'une action réflexe exercée par les nerfs de sensibilité qui se répandent dans les paupières ou dans le globe de l'œil sur ceux qui président à la sécrétion lacrymale. Imaginons, en dehors de cette action réflexe, une abondance de larmes telle que les voies naturelles d'élimination deviennent insuffisantes, quoique leur position et leur perméabilité n'offrent aucune anomalie, sera-t-on en droit d'affirmer qu'il existe une hypersécrétion lacrymale ? Nous ne le croyons pas ; car il peut exister dans le jeu des parties de l'orbiculaire qui président à l'élimination des larmes, des troubles capables d'entraver cette fonction délicate, troubles qui échappent encore à nos moyens d'investigation, si ce n'est dans les cas où l'orbiculaire participe en entier à une paralysie de la septième paire (1). On peut chercher la raison de cette ignorance dans ce fait que les auteurs étant, encore de nos jours, en discussion ouverte sur les forces musculaires qui entrent en action dans l'élimination des larmes et sur le mécanisme intime de cette fonction, n'ont pas encore pu porter leur attention sur les aberrations auxquelles ces forces musculaires sont sujettes. Toutefois, il est peu de praticiens voyant passer journellement sous leurs yeux un certain nombre de maladies des voies

(1) Dans la paralysie complète du facial, le muscle lacrymal postérieur innervé par un filet moteur de la cinquième paire continue à se contracter et à maintenir les parois du sac lacrymal en contact (Henke).

lacrymales, qui n'aient observé des personnes tourmentées par un épiphora continuel, bien que l'appareil éliminateur et ses muscles parussent être chez elles dans un état d'intégrité complète (1). Faut-il chercher la cause de cet épiphora dans une anomalie de sécrétion, ou, au contraire, le rapportera un trouble survenu dans l'élimination des larmes? Jusqu'à plus ample informé, nous penchons pour la seconde de ces interprétations.

On se trouve encore dans l'embarras, lorsqu'il s'agit de constater d'une manière évidente une diminution de la sécrétion lacrymale ; quoique, dans ce cas, l'oblitération des canaux excréteurs de la glande, agissant en diminuant la quantité des larmes déversées dans le sac conjonctival, soit parfois accessible à l'investigation. Autrefois on se contentait, pour admettre une diminution de la sécrétion lacrymale, de la sensation de sécheresse accusée par les malades. Cette sensation, si pénible dans certaines hyperhémies et dans quelques catarrhes de la conjonctive, ne s'explique pas par un défaut de lubréfaction de l'œil, survenu faute de larmes; mais bien par un état morbide de la muqueuse et un trouble fonctionnel de la sécrétion de cette membrane.

L'extirpation plus ou moins complète de la glande lacrymale a suffisamment prouvé que les larmes ne sont pas indispensables aux fonctions

(1) Il y a quelque temps, nous avons eu l'occasion d'observer un homme d'une trentaine d'années, chez lequel on pouvait introduire avec beaucoup de facilité, dans le canal nasal gauche, une sonde n° 6 de Bowman. Les paupières et les voies lacrymales n'offraient rien de particulier. Cet homme, doreur sur cuir, était fort tourmenté par un larmoiement continuel et si abondant que, maculant ses travaux, il lui rendait presque impossible l'exercice de son état. Ayant essayé de divers modes de traitement et ayant poussé le sondage avec des sondes fortes jusqu'au point de provoquer dans la muqueuse du sac une hypersécrétion légère, mais néanmoins propre à augmenter encore l'épiphora, nous en étions arrivé à proposer au malade l'extirpation de la portion palpébrale de la glande lacrymale. Cet homme, auquel on avait exagéré les difficultés de celte opération, nous quitta pour se remettre entre les mains d'un de nos confrères qui tenta de lui pratiquer l'oblitération du sac lacrymal au mojen du beurre d'antimoine. 11 est probable qu'il avait été induit en erreur par la légère sécrétion morbide de la muqueuse, qui, résultant uniquement d'un cathétérisme prolongé et pratiqué avec des sondes fortes, n'avait été pour rien dans la production du larmoiement, comme nous avions pu nous en convaincre à l'arrivée du malade. Environ trois mois plus tard, celui-ci revint à notre clinique : le larmoiement n'avait pas du tout changé de caractère et, eu présence des médecins qui se trouvaient là, nous introduisîmes sans beaucoup de difficulté et sans le moindre écoulement de sang, la sonde n° 3 de Bowman dans le canal nasal, montrant ainsi dans quelle erreur on peut quelquefois tomber en croyant à une oblitération du sac. Nous perdîmes notre malade de vue, après l'avoir soumis, à quelques reprises, à la faradisation des muscles des paupières.

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de l'oeil, et que la sécrétion conjonctivale, unie à la transsudation qui s'opère au travers des membranes de l'œil, joue le rôle principal dans la lubréfaction de cet organe (Magendie et Martini) ; quoique, dans ces cas, il faille peut-être admettre une suppléance fonctionnelle (P. Bernard) (1). On comprend donc sans peine que de faibles diminutions de la sécrétion lacrymale échappent à l'observation. D'un autre côté, comme nous venons de le dire, lorsque la partie du cul-de-sac conjonctival qui correspond aux conduits excréteurs de la glande a subi dans sa totalité la transformation modulaire, ce fait rend parfaitement compte de la suppression absolue des larmes ; aussi sommes-nous bien loin de nier qu'à la suite de brûlures étendues, d'une conjonctivite granuleuse généralisée ou d'une conjonctivite diphthéritique, le xéroina lacrymal puisse compléter la xérophthalmie. En pareille circonstance, on a même observé une atrophie complète de la glande.

Nous lisons dans plusieurs auteurs que la sécrétion des larmes se tarit à la dernière période de maladies débilitantes et de fièvres graves, enfin aux approches de la mort. Ce fait, très-intéressant pour un romancier, ne repose sur aucune observation sérieuse.

Vu la difficulté que Ton éprouve à recueillir le liquide lacrymal pur et non mélangé du produit de la sécrétion conjonctivale, en assez grande quantité pour le soumettre à l'analyse (2), nous n'acceptons qu'avec réserve les opinions professées jusqu'ici sur certaines modifications morbides des larmes, à la suite desquelles ces dernières deviendraient plus acres, visqueuses, etc. Si le contact prolongé de la sécrétion lacrymale provoque, chez quelques enfants plutôt que chez les autres, des excoriations du

(i) M. de Graefe (Archiv fur Augenhellkunde, 1. 1, A. 1, p. 295). rapporte un cas où il a été forcé d'enlever la glande en totalité avec une tumeur de l'orbite ; le malade sentait son œil plus sec et était forcé de le fermer plus souvent quand il l'exposait au vent. Lorsqu'on instillait dans cet œil du laudanum ou une solution de nitrate d'argent, la rougeur et la douleur y étaient bien plus persistantes que du côté opposé, et cela probablement à cause d'une dilution moins rapide des matières irritantes.

(2) M. Arlt {Archiv fiir Augenheilkunde, t. II, A. 2, p. 137) a pu recueillir la sécrétion pure de la glande lacrymale chez un jeune homme atteint d'une fistule de la glande à la suite d'un lupus qui avait détruit la conjonctive en majeure partie. Voici les résultats de l'analyse de ce liquide faite par M. Lerch :

Eau 98,223

Chlorure de sodium . . ' 1,257

Albumine 0,504

Parties salines 0,016

Quelques traces de graisses

•100,000 Voyez, page 8, l'analyse des sécrétions lacrymale et conjonctivale réunies, par Frerichs.

tégument externe, cela tient, non aux changements de nature du liquide sécrété; mais plus probablement à ce que la constitution de la couche épidermique et du derme varie suivant les sujets et résiste plus ou moins à cette cause d'irritation.

Le liquide lacrymal est sujet à deux espèces d'altération faciles à reconnaître d'après les caractères qu'elles communiquent à ce fluide. Ainsi on y signale, dans quelques formes intenses d'ictère, une coloration jaunâtre si foncée que le linge en est taché (Weller), et, dans quelques formes de scorbut, une coloration rougeàtre (Lanzoni, Rosas, Hasner) peut être due tout simplement à l'extravasalion d'une petite quantité de sang dans le sac conjonctival.

ARTICLE V

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