CORPS ÉTRANGERS DE LA GLAÎS'DE LACRYMALE
partie, par la mobilité et l'élasticité de cet organe qui peut ainsi fuir devant le corps vulnérant. Larrey père (1) rapporte un fait dans lequel la moitié d'une balle, coupée en deux par l'angle externe de l'orbite gauche, avait pénétré dans la glande. On veut, en outre, avoir accidentellement ren-
p. 279, 1861). On extirpa chez un homme âgé de vingt et un ans, un kyste siégeant à l'angle externe de l'œil gauche. Une inflammation violente de toute la région suivit l'opération et la formation d'un ahcès nécessita des incisions profondes. Ces tentatives thérapeutiques combattirent avantageusement l'inflammation; mais elles laissèrent près de l'angle externe une petite plaie par laquelle s'écoulait souvent un liquide transparent. Des essais d'oblitération au moyen de lagalvano-caustiquerestèrentsans résultat ; d'ailleurs le malade n'éprouvait presque aucune incommodité de cette fistule. Lorsque ce jeune homme se présenta pour la première fois chez il. Alf. Graefe, celui-ci constata de la rougeur au voisinage de la commissure externe, où se voyaient quelques petites cicatrices, en partie adhérentes à l'os. Immédiatement au devant de la commissure se trouvait une petite ouverture, perméable seulement aux sondes les plus fines, qui n'y pénétraient qu'à la profondeur de h, millimètres, et par laquelle les larmes s'écoulaient souvent. Quelque temps après la présentation du malade, la fistule se ferma spontanément. A partir de cette époque, ce jeune homme fut tourmenté par des poussées inflammatoires qui se répétaient avec une grande régularité, de quinzaine en quinzaine. La paupière supérieure se gonflait alors à partir de l'angle externe, de manière à réduire presque à rien la fente palpébrale. La conjonctive entourait la cornée sous forme d'un bourrelet épais, et, le quatrième jour, une pustule s'étant élevée au-dessus de l'ancien emplacement de la fistule, celle-ci, en se rompant, donna passage à un pus cohérent. En même temps que ce pus s'écoulait, la région de l'angle externe était baignée par un liquide transparent, et le malade pouvait accélérer l'évacuation de ces produits, en exerçant sur la paupière une pression qui la refoulât vers le nez. Deux ou trois jours après, tous les symptômes inflammatoires avaient disparu, pour se reproduire périodiquement au bout d'un espace de temps qui variait entre dix et dix-huit jours. Ces attaques étaient si douloureuses qu'elles forçaient le malade à garder la chambre de 4 à 6 jours. Des tentatives faites dans l'espoir de rétablir, par la dilatation, le trajet fistuleux, échouèrent complètement. Ayant observé qu'à l'endroit où le kyste avait siégé primitivement, on pouvait constater une petite tumeur peu mobile qui se gonflait dès l'apparition de la période inflammatoire, M. Alf. Graefe extirpa ce reste de kyste qui renfermait un pus épais. En même temps, il fendit la commissure externe dans une étendue de 6 millimètres et après avoir dégagé les cicatrices des os, il pratiqua une nouvelle commissure par la réunion des parties saines de la peau. L'opération n'exerça aucune influence sur la périodicité des attaques. C'est alors qu'on procéda à l'extirpation de la glande qui fut détachée sans peine du périoste, moins facilement des parties sur lesquelles elle reposait et auxquelles elle était réunie par un tissu cellulaire dense dont la division fut suivie d'une hémorrhagie abondante. La réunion s'effectua par première intention, sans produire de difformité et sans déterminer chez ce malade d'autre embarras que l'impossibilité de pleurer de cet œil. Les attaques inflammatoires ne se renouvelèrent pas. (1) Clinique chirurgicale, t. I, p. 396.
contré dans cel organe une espèce de filiaire (filiaria lacrymalis, Allessi (1). Les concrétions calcaires, qu'on dit avoir observées dans le tissu de cet organe ou dans ses conduits excréteurs constituent des faits exceptionnels. La faible proportion de parties solides que contient la sécrétion de la glande lacrymale (un centième environ), explique pourquoi il est si rare de rencontrer ces concrétions dans les conduits excréteurs de cet organe, comparativement aux productions solides que l'on trouve souvent dans divers autres canaux destinés au transport de liquides plus abondamment pourvus de sels (conduits salivaires). L'analyse chimique de dacryolitbes de la glande a démontré qu'ils étaient presque exclusivement composés de phosphate de chaux, qu'ils renfermaient très-peu de substances organiques, et que le carbonate de chaux y faisait ordinairement défaut (Fourcroy et Vauquelin). Dans une observation rapportée par Meade (2), l'élimination de ces concrétions calcaires, dont vingt-trois s'évacuèrent dans l'espace de trois ou quatre jours, avait été précédée, chez une jeune femme, d'une céphalalgie violente localisée principalement au-dessus de l'œil gauche. Ces calculs semblaient (?) quelquefois sortir du cul-de-sac supérieur dont la conjonctive était fortement irritée. Tous les symptômes inflammatoires se dissipèrent après celte élimination mystérieuse.
Une observation plus précise nous a été transmise par de Walther (3). Chez une jeune fdle, il survient du larmoiement et du picotement avec photophobie de l'œil gauche. On observe dans la conjonctive qui recouvre le bord antérieur de la glande, une petite pierre anguleuse de la grosseur d'un pois qui, sous la pression du doigt, s'écrase en un sable graisseux. Peu de jours après, mêmes phénomènes d'irritation suivis de l'élimination d'un nouveau calcul. Pendant quelque temps, il s'évacua, quotidiennement, de la même manière, deux ou trois de ces concrétions, parties du point indiqué plus haut. Peu après, l'autre œil fut pris des mêmes symptômes, et la maladie qui avait mis environ dix semaines à se dissiper complètement, réapparut dix ans plus tard; mais bien moins prononcée.
MM. Laugier et Richelot (i) disent avoir observé un vieux troupier dont l'œil gauche était rouge et larmoyant, comme s'il contenait un corps étranger. En examinant la paupière supérieure après l'avoir relevée, on constata la présence d'un petit point blanc comme de la craie, occupant à peu près un point de la conjonctive situé à trois lignes au-dessus du
(1) Annales d'oculistique, t. XXIX, p. 58.
(2) Lonion med. Gazette, t. XV, p. 628, 1835.
(3) Journal fiir Chirurgie u. Augenheilkunde, t. I, Hf. 1.
(4) Traduction de Mackcnzie, Paris, 18/14.