‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 12 sur 59 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

cxiy PREFACE.

Là se terminent lesÊturies historiques ^ ^^ÏY substitue un nouveau titre pour continuer ma marche.

On sait que mon premier plan avoit été de faire des Discours historiques depuis l'établissement du christianisme ( en passant par l'empire romain , les races mérovingienne et carlovingienne , et la race capétienne) jusqu'au règne de Philippe VI dit de Valois. A ce règne , je me proposois d'écrire l'histoire de France proprement dite , et de la conduire jusqu'à la Révolution. Je ne m'étois engagé à publier , dans la collection de mes OEuures , que les Discours historiques. La vie qui m'échappe , ne me permettant pas d'accomplir mes projets, je me suis déterminé à satisfaire ceux de mes lecteurs qui témoignoient le désir de connaître mon système entier sur l'histoire de notre patrie. En conséquence je trace une analyse raisonnée de cette histoire sous les deux premières races et sous une partie de la troisième. Quand j'arrive à l'époque où devoit commencer mon histoire proprement dite , je donne des fragments des règnes de Philippe le Valois et du roi Jean, notamment les batailles de Créci et de Poitiers, ayant soin de remplir les lacunes par des sommaires. Après ces deux règnes, je reprends Yanalyse raisonnée^ et je la continue jusqu'à la mort de Louis XVI.

Les Etudes ou Discours historiques très-étendus , quivontd'Augusteà Augustule, montrent par la profondeur des fondements l'intention où j'étois d'élever un grand édifice : le temps m'amanqué; je n'ai ])ubâtir sur les masses que j 'a vois enfoncées dans la terre qu'une espèce de, baraque en planches , ou en toile ^

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peinte à la grosse brosse, représentant tant bien que mal le monument projeté, et entre-mêlée de quelques membres d'architecture sculptes à part sur jnes premiers dessins. Quoi qu'il en soit, voici ce que l'on trouve d;ms le tracé de mon plan , autrement dans mon jlnalyse raisonnée.

Pour les deux yjremières races, j'adopte généralement les idées de \ école modenie ; je ne transforme point les Franks en François ; je vois la société romaine subsister presque toute entière ''ominée par quelques Barbares , jusque vers la fin de la seconde race. Je suis le système de M. Thierry quant aux noms propres de la première et même de la seconde race. Rien en effet ne fixe mieux le moment de la métamorphose des Franks en François que les altérations survenues dans les noms. Mais je n'ai pas tout-à-fait orthographié les noms franks comme l'auteur ^/e5 Lettres sur l'histoire de France, je n'écris pas Hhlodowig ou Chlodowig pour Glovis ; j'écris Khlodovigh ; je blesse moins ainsi, ce me semble , les habitudes de notre œil et de notre oreille. La première syllabe de Clovis reste Khlo ; en l'écrivant Chlo,la ])rononciation françoise obligeroit à dire Chelo ; j'ajoute un h au g , comme dans l'allemiuid, ce qui , adoucissant ou mouillant le g, fait comprendre comment le gh a pu se changer en s. Je n insiste pas sur l'orthographe des autres noms, on la verra.

Au surplus, elle est justifiée par les chroniqueurs latins , germaniques et vieux françois ; Dutillet et surtout Ghantereau Lefebvre l'ont essayée dans quelques noms : il me semble utile que cette réforme passe enfin dans notre histoire. J'avoue cependant que j'ai été foibleà l'cgarddeCliarlemague;

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il m'a été impossible de le changer en Karle le Grand, excepté en citant le moine de Saint-Gall. Que voulez-vous? on ne peut rien contre la ij;loire ; quand elle a fait un nom, force est de l'adopter, l'eûtellc mal prononcé. Les Grecs étoient grands corrupteurs de la vérité syllabique ; leur oreille poétique et dédaigneuse, sans s'embarrasser de la vérité historique , ramenoit de force les noms barbares a l'euplionie. J"'écris aussi Karle le Martel au lieu de Karle Marteau : c'est absolument la même chose dans la vieille langue , et j'esjière que l'habitude du Martel fera pardonner au Karle.

J'avois commencé des recherches assez considérables sur les Gaulois ; l'ouvrage de M. Amédée Thierry a paru, et j'ai abandonné mon travail : il étoit dans la destinée des deux frères de m'instruire et de me décourager.

Mais si je me suis soumis aux heureuses innovations de l'École Moderne, je combats aussi quelquesuns de ses sentimens : Je ne puis admettre , par exemple, que les Franks fussent des espèces de sauvages tels que ceux chez lesquels j'ai vécu en Amérique ; les faits rebroussent cette supposition. Je rejette également la seconde invasion des Franks , laquelle auroit mis les Carlovingiens sur le trône : j'ai dit plus haut les motifs de mon incrédulité. Quant à l'Ancienne Ecole, je lui nie sa doctrine de l'hérédité des rois de la première et de la seconde race ; je soutiens que l'élection étoit partout ; qu'il ne pouvoit y avoir usurpation , là où il y avoit élection. Il y a plus : j'avance que Vhéréditè est une chose nouvelle dans les successions souveraines ; que l'antiquité européenne toute entière l'a

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ignorée ; que cette hérédité n'a commencé qu'à Hugues Capet , au dixième siècle , par une raison que j'indiquerai dans un moment.

L'antiquité romaine barbare finit vers la fin de la seconde race , et alors s'opère une des grandes transformations de l'espèce humaine par l'étahlissement de la Féodalité. Le Moyen Age fut l'ouvrage du Christianisme mêlé au tempérament des Barbares et aux institutions germaniques.

Avant d'entrer dans Vanalyse raisonnée des règnes delà Troisième race, je montre quelle étoit la Communauté chrétienne et quelle étoit la constitution de l'Eglise chrétienne, deux choses différentes l'une de l'autre. Je prouve que l'Eglise chrétienne étoit une monarchie élective, représentative , républicaine , fondée sur le principe de la plus complète égalité; que l'immense majorité des biens de l'Eglise appartenoit à la partie plébéienne des nations ; qu'une abbaye n'étoit qu'une maison romaine ; que le pape, souvent tiré des dernières classes sociales , étoit le tribun et le mandataire des libertés des hommes ; que c'étoit en cette qualité d'unique représentant d'une vérité politique opprimée, qu'il avoit mission et qualité de juger et de déposer les rois. Je dis qu'à cette époque où le Peuple disparut , le Peuple se fit Prêtre et conserva sous ce déguisement l'usage et la souveraineté de ses droits : c'est l'ère Politique du Christianisme. Le Christianisme dut entrer dans l'état et s'emparer du pouvoir temporel , lorsque toutes les lumières furent concentrées dans le Clergé. La liberté est chrétienne.

On voit par cet exposé comment mes idées sur

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le Christianisme difFèrent de celles de M. le comte de Mestre , et de celles de M. l'abbé de Lamennais : Le premier veut réduire les peuples à une commune servitude , elle-même dominée par une théocratie ; le second me semble appeler les peuples ( sauf erreur de ma part ) à une indépendance générale sous la même domination théocratique. Ainsi que mon illustre compatriote , je demande l'affianchissement des hommes ; je demande encore , ainsi qu'il le fait, l'émancipation du Clergé, on le verra dans ces Etudes ; mais je ne crois pas que la Papauté doive être une espèce de pouvoir dictatorial planant sur de futures républiques. Selon moi le Christianisme devint politique au Moyen Age par une nécessité rigoureuse : quand les nations eurent perdu leurs droits , la religion, qui seule alors étoit éclairée et puissante , en devint la dépositaire. Aujourd'hui que les peuples les reprennent ces droits, la Papauté abdiquera naturellement les fonctions temporelles, résignera la tutelle de son grand pupille arrivé à l'âge de majorité. Déposant l'autorité politique dont il fut justement investi dans les jours d oppression et de barbarie , le Clergé rentrera dans les voies de la primitive Eglise , alors qu'il avoit à combattre la fausse religion , la fausse morale et les fausses doctrines philosophiques. Je pense que l'âge Politique du Christianisme finit ; que son âge Philosophique commence ; que la Papauté ne sera plus que la source pure où se conservera le principe de la Foi prise dans le sens le plus rationnel et le plus étendu. L'Unité catholique sera personnifiée dans un chef vénérable représentant lui-même le Christ, c'est-à-dire les vérités de la naf iire de Dieu et de la

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nature de l'Homme, Que le souverain pontife soit à jamais le conservateur de ces vérités auprès des reliques de saint Pierre et de saint Paul ! Laissons , dans la Rome chrétienne, tout un peuple tomber à genoux sous la main d'un vieillard. Y a t-il rien qui aille mieux à l'air de tant de ruines ? En quoi cela pourroit-il déplaire à notre philosophie ? Le pape est le seul prince qui bénisse ses sujets.

La vérité religieuse ne s'anéantira point , parce qu'aucune vérité ne se perd ; mais elle peut être défigurée , abandonnée , niée dans certains moments de sophisme et d'orgueil par ceux qui , ne croyant plus au Fils de l'homme , sont les enfants ingrats de la nouvelle synagogue. Or , je ne sache rien de plus beau qu'une institution consacrée à la garde de cette vérité d'espérauce où les âmes se peuvent venir désaltérer comme à la fontaine d'eau vive dont parle Isaïe. Les antipathies entre les diverses Communions n'existent plus ; les enfants du Christ, de quelque lignée qu'ils proviennent , se sont serrés au pied du Calvaire , souche maternelle de la famille. Les désordres et l'ambition de la cour romaine ont cessé; il n'est plus resté au Vatican que la vertu des premiers évéques , la protection des arts et la majesté des souvenirs. Tout tend à recomposer l'Unité catholique ; avec quelques concessions de part et d'autre , l'accord seroit bientôt fait. Je répéterai ce que j'ai déjà dit dans cet ouvrage : pour jeter un nouvel éclat, le Christianisme n'attend qu'un génie supérieur venu à son heure et dans sa place ^. La religion chrétienne entre dans ' Depuis que ces lignes ont été écrites, le cardinal Capellari

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une ère nouvelle; comme les institutions et les mœurs , elle subit la troisième transformation. Elle cesse d'être politique ; elle devient philosophique sans cessée d'être divine : son cercle flexible s'étend avec les lumières et les libertés , tandis que la Croix marque à jamais son centre immobile.

Avec la troisième race se constitue la Féodalité, et sous le règ^ne de Philippe I". paroît le Moyen Age dans l'énergie de sa jeunesse ; l'âme toute religieuse, le corps tout barbare, l'esprit aussi vigoureux que le bras. L'hérédité et le droit de primogéniture s'établirent dans la personne de Hugues dipet par la cérémonie du Sacre. Le Sacre, ou l'élection Religieuse, a usurpé l'élection Politique : j'apporte les preuves de ce fait qu'aucun historien , du moins que je sache, n'avoit jusqu'ici remarqué.

Les Franks deviennent des François sous les premiers rois de la troisième race.

Il y a eu quatre monarchies , à compter de Hugues Capet à Louis XVI : La monarchie purement Féodale et de la grande pairie, la monarchie des Etats (appelés dans la suite états généraux) , la monarchie Parlementaire dans les intermissions des Etats, la monarchie Absolue qui se perd dans la monarchie Constitutionnelle.

Incidence de ces diverses monarchies ou grands événements qui s'y rattachent : afïranchissemerit des Communes, Croisades, etc., etc.

La monarcliie Féodale étoit une véritable répu-

a été nommé pape. C'est un homme d'une vaste science, d'une éminente vertu et qui comprend son siècle ; mais n'est il pas arrivé trop tard? j'avois appelé ce choix de tous mes vœux da«s le précédent conclave.

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bliqiie aristocratique fédérative , ou plutôt une démocratie noble , car il n'y aVoit point de peuple dans cette aristocratie; il n'y avoit point de sujets; il n'y avoit que des serfs. Le nom de peuple ne se trouve point à cette époque dans les chroniques , parce qu'en effet le peuple n'existoit point . Le peuple commence à renaître sous Louis le Gros , dans les villes par les bourgeois , dans les campagnes par les serfs affranchis , et par la recomposition successive de la petite et de la moyenne propriété.

Exposé de la Féodalité. Quel étoit le Fief? Le Fief étoit le mélange de la propriété et de la souveraineté. La propriété prit le caractère du propriétaire ; elle devint conquérante. Le Pouvoir, la Justice et la Noblesse furent attachés à la terre ; cause principale de la longue durée du règne féodal. Preuves et exjîlications à ce sujet.

Le Fief et l'Aleu étoient le combat et la coexistence de la propriété selon l'ancienne sqciété, et de la propriété selon la société nouvelle. Le monde Féodal ne fut qu'un monde militaire où tout reposa, comme dans un camp entre des chefs et des soldats , • sur la subordination et des en<rairements d'honneur.

Sous la Féodalité , la servitude Germanique remplaça la servitude Romaine. Le Servage prit la place de l'Esclavage ; c'est le premier pas de 1 affranchissement de la race humaine, et, chose étrange! on le doit à la Féodalité. Le Serf devenu Vassal ne fut plus qu'un soldat armé, et les armes délivrent ceux qui les portent. Du Servage on a passé au Salaire, et le Salaire se modifiera encore, parce qu'il n'est pas une entière liberté.

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Louis le Gros n'a point affranchi les Communes , comme l'a si long-temps assuré l'Ancienne école historique ; mais le mouvement insurrectionnel général des Communes dans le onzième siècle , qu'a remarqué l'école Moderne, ne doit être admis qu'avec restriction : cette école s'est laissée entraîner sur ce point à l'esprit de système.

Les Croisades ont recomposé les grandes armées modernes, décomposées par les cantonnements de la Féodalité.

La Chevalerie n'a point son origine dans les Croisades ; les romanciers , qui la reportent au temps de Charlemagne, n'ont point menti à l'histoire comme on l'a cru. La chevalerie a commencé à la fois chez les Maures et chez les Chrétiens, sur la fin du huitième siècle. L'auteur du poëme d'Antar et le moine de Saint-Gall (qui l'un et l'autre écrivoient les exploits des paladins maures et chrétiens ) , Charlemagne et Aron al Racheld, étoient contemporains. Preuves de cette antiquité delà chevalerie parles mœurs, les combats, les armes, les arts, les monuments et l'architecture.

Il n'y a point eu de chevalerie Collective, mais une chevalerie Individuelle. La chevalerie historique a fait naître une chevalerie romanesque. Cette chevalerie romanesque , qui marche avec la chevalerie historique , donne aux temps Moyens un caractère dimagination et de fiction qu'il est essentiel de distinguer. .

La monarchie des Etats dont l'origine remonte au règne de saint Louis, quoiqu'on n'en fixe la date qu'à celui de Philippe le Bel , n'est jamais bien entrée dans les mœurs de la France : elle a

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toujours été foible parce que les deux premiers Ordres , le Clergé et la Noblesse , avoient des constitutions particulières , et faisoient peu de cas d'une constitution commune. Le Tiers-F^tat , appelé uniquement pour voter des impôts, n'étoit attentif qu'à se coller à la Couronne, afin de se défendre contre les deux autres Ordres. La monarchie Parlementaire afibiblissoit encore les Etats, en usurpant leurs fonctions et leurs pouvoirs. Enfin le royaume ne formoit pas alors.un corps homogène ; il avoit des Etats de provinces ;, et l'autorité des Etats de la langue d'Oyl étoit méconnue à trente lieues de Paris.

Tableau général du Moyen Age au moment où la branche des Valois monte sur le trône. Vie prodigieuse de cet Age : éducation , mœurs privées , arts, etc. ; Manière indépendante et vigoureuse d'imiter et de s'approprier les classiques. Population et aspect de la France dans le Moyen Age. Le sol étoit couvert de plus de dix-huit cent mille monuments.

Admirable architecture Gothique ; son histoire. Elle a peut-être sa source première dans la Perse. Elle est née du néo-grec asiatique apporté à la fois par deux religions et par trois chemins en Europe : en Espagne, par les Maures-, en Italie, par les Grecs; en France, en Angleterre et en Allemagne, par les Croisés.

Ici je quitte Y Analyse rnisonnée pour VHisloire même. — Règnes desValois. Changements sociaux arrivés sous ces règnes. Les peuples se nationali-

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sent. L'Angleterre se sépare de la France dont elle devient la rivale et l'ennemie ; elle forme sa constitution et établit ses libertés.

Fragments des règnes de Philippe VI et de Jean son fils. Guerre de Bretagne. La France est envahie et désolée. Bataille de Gréci et de Poitiers. La haute et première Noblesse perd les trois grandes batailles de Grécy, de Poitiers et d'Azincourt , et périt presque toute entière. Une seconde Noblesse paroît. Gette seconde aristocratie délivre la France des Anglois, et se montre pour la dernière fois à Ivry. L'armée plébéienne ou nationale, commencée sous Charles VII, s'augmente. La poudre, en changeant la nature des armes, sert à détruire l'importance militaire de la Noblesse qui finit par donner des officiers à l'armée dont jadis elle composoit les soldats. Si le système des gardes nationales se généralise, il détruira l'armée permanente ; on retournera aux levées en masse du Moyen Age; le ban et l'arrière-ban Plébéiens remplaceront le ban et l'arrière-ban Nobles.

A l'époque des guerres d'Edouard III , la couleur nationale françoise étoit le rouge , et la couleur nationale angloise le blanc. Edouard prit le rouge comme roi de France, et nous quittâmes cette couleur devenue ennemie. Le traité de Brétigny ne mutila pas la France, comme on l'a cru. Philippe ne céda presque rien des provinces de la Couronne ; il n'y eut que des seigneurs particuliers qui changèrent de Suzerain. Cela ne se pourroit comparer en aucune sorte au démembrement de la France homogène d'aujourd'hui.

Pourquoi ne trouve -t -on dans notre histoire

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qu'une centaine de noms historiques? Parce que les chroniqueurs sous la monarchie Féodale, n'ont fait que l'histoire du duché de Paris, et que les écrivains, sous la monarchie Absolue, n'ont donné que l'histoire de la cour.

Après le règne de Philippe de Valois, je quitte Y Histoire et je rentre dans V analyse raisonnée.

Tableau des malheurs de la France pendant la captivité du roi Jean. Charles V et Du Guesclin viennent ensemble et l'un pour l'autre ; intimité de leurs destinées. Paris se transforme, en 1357, en une espèce de démocratie Ancienne,, au mdieu de la Féodalité. Fameux Etats de cette époque. Charles le Mauvais, roi de Navarre; ses desseins contre le roi Jean. Mettre un souverain en jugement , n'est point une idée qui appartienne au temps où nous vivons : preuves historiques que l'Aristocratie et la Théocratie ont jugé et condamné des rois long-temps avant que la démocratie ait suivi cet exemple. Article remarquable, et généialement ignoré, du testament de Charlemagne, lequel article suppose que les fils et petits-fils de ce grand prince et de ce grand homme, tout rois qu'ils étoient , peuvent être judiciairement tondus , mutilés et condamnés à mort.

Le soulèvement des paysans, les fureurs de la Jacquerie, l'existence des Grandes -Compagnies furent des mallieurs qui pourtant engendrèrent l'armée nationale. Les mouvements des hommes

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rustiques dans le Moyen Age n'indiquoient que l'indépendance de l'Individu, cherchant à se faire jour au défaut de la liberté de l'Espèce.

Charles Le Sage , médecin patient , la main appuyée sur le cœur de la France et sentant la vie revenir, parloit en maître : il sommoit le prince Noir de comparoître en son tribunal , envoyoit un huissier appréhender au corps le vainqueur de Poitiers et signifier un exploit à la gloire.

Calamités du règne de Charles VI , règne qui s'écoula entre l'apparition d'un fantôme et celle d'une bergère. Quelle fut la Pucelle. Trois grands poètes l'ont chantée et comment : Shakespeare , Voltaire et Schiller.

Charles VU. La monarchie Féodale se décoippose sous le règne de ce roi ; il n'en reste plus que les habitudes. Changements capitaux : armée permanente et impôt noQ voté , les deux pivots de la monarchie Absolue. Formation du Conseil d'Etat ; séparation de ce Conseil du Parlement et des Etats généraux. Du ])oint où la société étoit parvenue sous Charles VII , il étoit loisible d'arriver à la monarchie libre ou à la monarchie absolue : on voit clairement le point d'intersection et d'embranchement des deux routes ; mais la liberté s'arrêta et laissa marcher le pouvoir, hfl cause en est qu'après la confusion des guerres civiles et étrangères, qu'après les désordres de la Féodalité, le penchant des choses étoit vers l'unité du principe gouvernemental. La monarchie en ascension devoit monter au plus haut point de sa puissance ; il falloit qu'en écrasant la tyrannie de l'aristocratie , elle eût commencé à faire sentir la

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sienne , avant que la liberté pût régner à son tour. Ainsi se sont succédés en France, dans un ordre réiTulier, l'Aristocratie, la Monarchie et la République : la JNoblesse , la Royauté et le Peuple ayant abusé de la puissance, ont enfin consenti à vivre en paix dans un gouvernement composé de leurs trois éléments.

Louis XI vint faire l'essai de la monarchie Absolue sur le ( adavre palpitant de la Féodalité. Ce personnage placé sur les confins du Moyen Age et des temps Modernes , né à une époque sociale où rien n'étoit achevé et où tout étoit commencé , eut une forme monstrueuse , indéterminée , particulière à lui et qui tenoit des deux tyrannies entre lesquelles il se montroil. Ses mœurs , ses idées, sa politique : justification de la dernière.

Quant Louis XI disparoît , les ruines de l'Europe féodale achèvent de s'écrouler : Constantinople est pris ; les lettres renaissent ; l'imprimerie est inventée , l'Amérique au moment d'être découverte; la grandeur de la maison d'Autriche se fait pressentir par le mariage de l'héritière de Bourgogne dans la famille impériale; Henri VIII, LéonX, Charles-Quint, Luther avec la Réformation ne sont pas loin : vous êtes au bord d'un nouvel univers.

Le point le plus élevé de la monarchie des Trois- Etats se trouve sous le règne de Charles VIII et de Louis XII. Charles VIII épouse Anne, héritière du duché de Bretagne. Guerres d'Italie. Dès que les rois de France eurent brisé le dernier anneau de la chaine aristocratique, ils purent marcher hors de leur pays à la tête delà nation.

Louis XII épouse la veuve de Charles VIII. La

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Bretaij^ne fut le dernier gnind fief qui revint à la couronne. La monarchie Féodale, commencée par le démembrement successif des provinces du royaume, finit par la réunion successive de ces provinces au royaume , comme les fleuves sortis de la mer retournent à la mer.

Événements du rèc;ne de François 1". On ne retrouve plus l'original du billet tout est perdu fors l'honneur ; mais la France , qui l'auroit écrit , le tient pour authentique. Transformation sociale de l'Europe.

La découverte de l'Amérique, arrivée sous Charles VIII, en 1492, produisit une révolution dans le commerce , la propriété et les finances de l'ancien monde. L'introduction de l'or du Mexique et du Pérou baissa le prix des métaux , éleva celui des denrées et de la main-d'œuvre , fit changer de main la propriété foncière, et créa une propriété inconnue jusqu'alors, celle des Capitalistes, dont les Lombards et les Juifs avoient donné la première idée. Avec les Capitalistes naquit la population industrielle et la constitution artificielle des fonds publics. Une fois entrée dans cette route , la société se renouvela sous le rapport des finances , comme elle s'étoit renouvelée sous les rapports moraux et politiques.

Aux aventures des Croisades succédèrent des aventures d'outre-mer d'une toute autre importance, le globe s'agrandit , le système des colonies modernes commença , la marine militaire et marchande s'accrut de toute l'étendue d'un océan sans rivages. La petite mer intérieure de l'ancien monde ne resta plus qu'un bassin de peu d'importance,

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lorsque les richesses des Indes arrivèrent en Europe par le cap des Tempêtes. A quatre années de distance , Charles-Quint triomphoit de Montezume à Mexico , et de François P^ à Pavie.

Il y a des époques où la société se renouvelle, où des catastrophes imprévues, des hasards heureux ou malheureux , des découvertes inattendues déterminent un changement préparé de longue main dans le gouvernement, les lois et les mœurs.

Les guerres de François I"., de Charles-Quint et de Henri VIII mêlèrent les peuples , et les idées se multiplièrent.

Quand Bay;ird acquéroit le haut renom de prouesse, c'étoit au milieu de Tltalie moderne, de l'Italie dans toute la fraîcheur de la civilisation renouvelée ; c'étoit au milieu des palais bâtis par Bramante et Michel-Ange, de ces palais dont les murs étoient couverts des tableaux récemment sortis des mains des plus grands maîtres ; c'étoit à l'époque où l'on déterroit les statues et les monuments de l'antiquité. Des armées régulières , connues en Europe depuis la fin du règne de Charles VII firent disparoître le reste des milices féodales. Les braves de tous les pays se rencontrèrent dans ces troupes disciplinées. Ces Infidèles, que les Clievaliers alloient avec saint Louis chercher au fond de la Palestine , maîtres de Constantinople et devenus nos alliés, intervenoient dans notre i^olitique.

Tout changea dans la France ; les vêtements mêmes s'altérèrent; il se fit des anciennes et des nouvelles mœurs un mélange unique. La langue

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