‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 13 sur 59 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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naissante fut écrite avec esprit, finesse et naïveté par la sœur de François P'., par François I*". luimême, qui faisoit des vers aussi bien que Marot, par Rabelais, Amyot, les deux Marot et les auteurs de Mémoires. L'étude des classiques, celle des lois romaines , l'érudition générale , furent poussées avec ardeur. Les arts acquirent un degré de perfection qu'ils n'ont jamais surpassé depuis. La peinture, éclatante en Italie, fut transplantée dans nos forêts et dans nos châteaux gothiques; ceux-ci virent leurs tourelles et leurs créneaux se couronner des ordres delà Grèce. Anne de Montmorency qui disoit ses patenôtres, ornoil Ecouen de chefs-d'œuvre; le Primatice embellissoit Fontainebleau; François I"., qui se faisoit armer chevalier comme au temps de Richard Cœur de Lion, assistoit à la mort de Léonard de Vinci, et recevoit le dernier soupir de ce grand peintre. Auprès de cela , le connétable de Bourbon dont les soldats, comme ceux d'Alaric, se préparoient à saccager Rome , ce conné table qui d evoit mourir d'un coup de canon tiré peut-être par le graveur Benvenuto Cellini , représentoit dans ses terres de France, la puissance et la vie d'un ancien grand vassal de la couronne.

La Réformation est l'événement majeur de cette époque ; elle réveilla les idées de l'antique égalité, porta l'homme à s'enquérir, à chercher, à apprendre. Ce fut, à proprement parler, la vérité philosophique qui, revêtue d'une forme clirétienne, attaqua la vérité religieuse. La Réformation servit puissamment à transformer une société toute militaire en une société civile et industrielle; ce bien

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est immense, mais ce bien a été mêlé dej beau oun de mal, et l'impartialité historique ne permet pas de le taire.

Le Christianisme commença chez les hommes piir les classes plébéiennes , pauvres et ignorantes. Jésus-Christ appela les petits , et ils allèrent à leur maître. La Foi monta peu à peu dans les hauts rangs , et s'assit enfin sur le trône impérial. Le Christianisme étoit alors catholique ou universel la religion dite catholique partit d'en-bas pour arriver aux sommités sociales : nous avons vu que la Papauté n'étoit que le Tribunal des peuples, dans l'âge Politique du Christianisme.

Le protestantisme suivit une route opposée : il s'introduisit par la tête .de l'État , par les princes et les nobles, par les prêtres et les magistrats par les savants et les gens de lettres , et il descendit lentement dans les conditions inférieures; les deux empreintes de ces deux origines sont restées distinctes dans les deux Communions.

La communion Réformée n'a jamais été aussi populaire que la communion Catholique ; de race princière et patricienne , elle ne sympathise pas avec la foule. Equitable et moral, le Protestantisme est exact dans ses devoirs, mais sa bonté tient plus de la raison que de la tendresse ; il vêtit celui qui est nu mais il ne le réchaulïé pas dans son sein ; il ouvre des asiles à la misère, mais il ne vit pas et ne pleure pas avec elle dans ses réduits les plus abjects ; il soulage l'infortune , mais il n'y compatit pas.

Comparaison du prêtre catholique et du ministre protestant. La Réformation ressuscita le fanatisme qui s'éteignoit. En retranchant l'imaiiination des

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facultés de l'homme, elle coupa les ailes au génie et le mit à pie;!. Goëlhe et Schiller n'ont paru que quand le Protestantisme, abjurant son esprit sec et chagrin , s'est rapproché des arts et des sujets de la relii,non catholique. Celle-ci a couvert le monde de ses monuments ; on lui doit cette architecture gothique qui rivalise par les détails et qui elïace par la crandeur les monuments de la Grèce. Il y a trois siècle que le Protestantisme est né ; il est puissant en Angleterre , en Allemagne, en Amérique ; il est pratiqué par des millions d'hommes : qu'a-t-il élevé? Il vous montrera les ruines qu'il a fiiites , parmi lesquelles il a planté quelques jardins , ou établi quelques manufactures.

Rebelle h l'autorité es traditions , à l'expérience des âges, à l'antique sagesse des vieillards, le Protestantisme se détacha du passé pour planter une société sans racines. Avouant pour père un moine allemand du seizième siècle, le Réformé renonça à la magnifique généalogie qui fait remonter le Catholique par une suite de saints et de grands hommes jusqu'à Jésus-Christ , de là jusqu'aux patriarches et au berceau de l'univers. Le siècle Protestant dénia à sa première heure toute parenté avec le siècle de ce Léon protecteur du monde civilisé contre Attila, et avec le siècle de cet autre Léon qui , mettant fin au monde barbare , embellit la société lorsqu'il n'étoit plus nécessaire de la défendre.

Si la Réformation rétrécissoit le génie dans l'éloquence, la poésie et les arts, elle comprimoit les e;rands cœurs à la-iruerre : l'héroïsme est lima- •iination «!ans l'ordre militaire. Le Catholicisme

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avoit produit les Chevaliers ; le Protestantisme fit des capitaines braves et vertueux , mais sans élan : il n'auroit pas fait Du Guesclin , La Hire et Bayard.

On a di t que le Protestantisme avoit été favorable à la liberté politique et avoit émancipé les nations : Les faits parlent-ils comme les personnes?

Jetez les yeux sur le nord de l'Europe, dans les pays où la Réformation est née , où elle s'est maintenue , vous verrez partout lunique volonté d'un maître : la Suède, la Prusse, la Saxe sont restées sous la monarchie absolue -, le Danemarck est devenu un despotisme légal. Le protestantisme échoua dans les pays républicains ; il ne put envahir Gènes, et à peine obtint-il à Venise et à Ferrare une petite église secrète qui tomba : les arts et le beau soleil du midi lui étoient mortels. En Suisse , il ne réussit que dans les cantons aristocratiques analoi^ues à sa nature, et encore avec une e^rande ellusion de sang. Les cantons populaires ou démocratiques, Schwitz , Ury et Underwald, berceau de la liberté helvétique, le repoussèrent. En Angleterre, il n'a point été le véhicule de la constitution formée avant le seizième siècle^ dans le giron de la foi catholique. Quand la Grande-Bretagne se sépara de la cour de Rome , le parlement avoit déjà jugé et déposé des rois , les trois pouvoirs étoient distincts ; l'impôt et l'armée ne se levoient que du consentement des Lords et des Communes ; la monarchie représentative étoit trouvée et marchoit : le temps , la civilisation, les lumières croissantes y auroient ajouté les ressorts qui lui man<|uoienl encore, tout aussi bien sous 1 illuence du culte catholique que

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sous l'empire du culte protestant. Le peuple Anglois fut si loin d'obtenir une extension de ses libertés par le renversement de la religion de ses pères , que jamais le sénat de Tibère ne fut plus vil que le parlement de Henri VIII : ce parlement alla jusqu'à décréter que la seule volonté du tyran fondateur de l'église anglicane avoit force de loi. L'Angleterre fut-elle plus libre sous le sceptre d'Elisabeth que sous celui de Marie ? La vérité est que le Protestantisme n'a rien changé aux institutions : là où il a rencontré une monarchie représentative ou des républiques aristocratiques comme en Angleterre et en Suisse, il les a adoptées ; là où il a rencontré des aouvernemens militaires , comme dans le nord de l'Europe , il s'en est accommodé et les a même rendus plus absolus.

Si les colonies angloises ont formé la république plébéienne des Etats-Unis , elles n'ont point dû leur émancipation au Protestantisme; ce ne sont point des guerres religieuses qui les ont délivrées; elles se sont révoltées contre l'oppression de la mère-patrie protestante comme elles. Le Maryland , Etat catholique, fit cause commune avec les autres Etais, et aujourd'hui la plupart des Etats de l'Ouest sont catholiques : les progrès de la Communion romaine dans ce pays de liberté passent toute croyance, tandis <jue les autres Communions y meurent dans une indiiïerence profonde. Enfin , auprès de cette grande répulilique des colonies angloises protestantes , viennent de s'élever les grandes républiques des colonies espagnoles catholiques : certes celles-ci , pour arriver à l'indépendance , ont eu bien d'autres obstacles à surmonter que les co-

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lonies ani^lo-américaines nourries au gouvernement représentatif, avant d'avoir rompu le foible lien qui les atlachoit au sein maternel.

Une seule république et quelques villes libres se sont formées en Europe à l'aide du Protestantisme-, la république de la Hollande et les villes anséatiques ; mais il faut remarquer que la Hollande appartenoit à ces Communes industrielles des Pays- Bas qui , pendant plus de quatre siècles ;, luttèrent pour secouer le joug de leurs princes, et s'administrèrent en forme de républiques municipales , toutes zélées catholiques qu'elle étoient. Philippe H et les princes de la maison d'Autriche ne purent étouffer dans la Belgique cet esprit d'indépendance ; et ce sont des prêtres catholiques qui viennent aujourd'hui même de la rendre à l'état républicain.

Preuves et développements de tous ces faits jusqu'ici méconnus ou défigurés. Après ces preuves, je fais observer que dans mes investigations je ne parle des protestants qu'au passé : changés à leur avantage, ils ne sont plus ce qu'ils étoient au temps de Luther, d'Henri VHI et de Calvin ; ils ont ca-^né ce que les catholiques ont perdu.

Le règne des seconds Valois depuis François I*'. jusqu'à Henri IH, la Saint-Barthélémy, laLisj^ue, les Guerres Civiles, sont le temps de Terreur Aristocratique et Religieuse, de laquelle est née la monarchie Absolue des Bourbons, comme le despotisme militaire de Buonaparte est sorti du règne de la Terreur Populaire et Politique. La liberté succomba après la Ligue, parce que le passé qui mit les Guises h sa tête arrêta l'avenir.

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Faits et personnages de cette époque. La Saint- Barthélémy. Charles IX. Mort de ce prince. Son repentir. Charles IX avoit dit à Ronsard, dans des vers dont Ronsard auroit dû imiter le naturel et

l'élégance.

Tous deux également nous portons des couronnes ; Mais , roi , je la reçois ; poëte , tu la donnes-

Heureux si ce prince n'avoit jamais reçu une couronne doublement souillée de son propre sang et de celui des François ! ornement de tête incommode pour s'endormir sur l'oreiller de la mort.

Le corps de Charles IX fut porté sans pompe à Saint-Denis , accompagné par quelques archers de la garde , par quatre gentilshommes de la chambre ,' et par Brantôme, raconteur cynique qui mouloit les vices des grands , comme on prend l'empreinte du visage des morts.

Henri III. La Ligue. Sous la Ligue le peuple ne marchoit point devant ses affaires; il étoit à la queue des Grands. Il n'avoit point formé un gouvernement à part , il avoit pris ce qui étoit ; seulement il se faisoit servir par le Parlement, et avoit transformé ses curés en Tribuns. Quand Mayenne le jugeoit à propos , il ordonnoit de pendre qui de droit parmi le peuple et les Seize.

Les Pays-Bas se veulent donner à Henri III qui les refuse : la France , par une destinée constante , manque encore l'occasion de porter ses frontières aux rives du Rhin.

Journée des Barricades. L'histoire vivante a râpe-

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tissé ces faits de l'histoire morte , si fameux autrefois. Qu'est-ce en effet que la journée des Barricades, que la Saint-Barthélémy même , auprès de ces grandes insurrections du 7 octobre 1 789, du 10 août 1 792, des massacres du 2, du 3 et du 4 septembre de la même année , de l'assassinat de Louis XVI , de sa sœur et de sa femme, et enfin de tout le règne de la Terreur? Et, comme je m'occupois de ces Barricades qui chassèrent un roi de Paris , d'autres Barricades faisoient disparoître en quelques heures trois générations de rois. L'histoire n'attend plus l'historien : il trace une ligne ; elle emporte un monde.

La journée des Barricades ne produisit rien , parce qu'elle ne fut point le mouvement d'un peuple cherchant à conquérir sa liberté ; l'indépendance politique n'étoit point encore un besoin commun. Le duc de Guise n'essayoit point une subversion pour le bien de tous; il convoitoit une couronne; il méprisoit les Parisiens tout en les caressant , et n'osoit trop s'y lier. Il agissoit si peu dans un cercle d'idées nouvelles , que sa famille avoit répandu des pamphlets qui la faisoient descendre de Lother, duc de Lorraine : il en résultoit que les Capets étoient des usurpateurs et les Lorrains les légitimes héritiers du trône, comme derniers rejetons de la lignée carlovingienne. Cette fable venoit un peu tard. Les Guises représentoient le passé; ils luttoient dans un intérêt personnel contre les huguenots , révolutionnaires de l'époque , qui représentoient l'avenir; or, on. ne fait point de révolutions avec le passé , on ne fait que des contre-révolutions.

Ainsi tout s'opéroit sans une de ces grandes con-

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vidions de doctrine politique , sans cette foi à l'indépendance , qui renverse tout. Il y avoit matière à trouble; il n'y avoit pas matière à transformation, parce que rien n'étoit assez édifié, rien assez détruit. L'instinct de liberté ne s'étoit pas encore cbanffé en raison ; les éléments d'un ordre social fermentoient encore dans les ténèbres du Chaos ; la Création commençoit , mais la Lumière n étoit pas faite.

Même insuffisance dans les bommes ; ils n'étoient assez complets ni en défauts, ni en qualités, ni en vices , ni en vertus , pour produire un cbangement radical dans l'état. A la journée des Barricades , Henri III et le duc de Guise restèrent au-dessous de leur position; l'un faillit de cœur, l'autre de crime.

Plus d'orgueil que d'audace, plus de présomption que de génie, plus de mépris pour le roi que d'ardeur pour la royauté, voilà ce qui apparoît dans la conduite du duc de Guise. Il intriguoit à cbeval comme Catherine dans son lit : libertin sans amour, ainsi que la plupart des hommes de son temps, il ne rapportoit du commerce des femmes qu'un corps afïbibli et des passions rapetissées. Il avoit toute une religion et toute une nation derrière lui , et des coups de poignards firent le dénonment d'une tragédie qui sembloit devoir finir par des batailles , la chute d'un trône et le cliangement d'une race.

La journée des Barricades, si infructueuse, lui resta cependant à grand honneur dans son parti. « Mais quels miracles- avons-nous veu depuis dix- » huit mois qu'il a faits à l'aide de Dieu. Qui est-ce

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» qui peut parler de la journée des Barricades sans » grande admiration , voyant un si grand peuple , » qui jamais n'a sorty des portes de sa ville pour » porter armes, ayant veu à l'ouverture de sa bou- » tique les escadrons royaux , tous armez , dressez » par toutes les grandes et fortes places de la ville, » se barricader en si grande diligence, qu'il rem- » barra tous ces escadrons jusque dans le Louvre j» sans effusion de sang? » ( Oraison funèbre des duc et cardinal de Guise. )

La ressemblance des éloges et des mots avec ce que nous lisons tous les jours , donne seule quelque prix à ce passage oublié dans un pamphlet de la Lioue.

On a tant de fois peint le caractère de Catherine de Médicis , qu'il ne présente plus qu'un lieu commun usé. Une seule remarque reste à faire : Catherine étoit Italienne, fille d'une famille marchande élevée à la principauté dans une république; elle étoit accoutumée aux orages populaires, aux factions, aux intrigues, aux empoisonnements, aux coups de poignards ; elle n'avoit et ne pouvoit avoir aucun des préjugés de l'aristocratie et de la monarchie francoi se , cette mordue des grands, ce mépris pourles petits, ces prétentions de droit divin, cette soif du pouvoir absolu en tant qu'il étoit le monopole d'une race. Elle ne connoissoit pas nos lois et s'en soucioit peu ; on la voit s'occuper de faire passer la couronne à sa fille. Incré !ule et superstitieuse ainsi que les Italiens de son temps , en sa qualité d'incrédule elle n'avoit aucune aversion contre les protestants, et elle ne les fit massacrer queparpolitique. Enfin, si on la suit dans toutes ses

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(lémarclies , on s'aperçoit qu'elle ne vit jamais dans le vaste royaume dont elle étoit souveraine, qu'une Florence agrandie , que les émeutes de sa petite république , que les soulèvements d'un quartier de sa ville natale contre un autre quartier, que la querelle des Pazzi et des Médicis dans la lutte des Guises et des Châtillons.

Détails circonstanciés de l'assassinat du Balafré à Blois. La réunion dés protestants aux catholiques , après cet assassinat, fit avorter les libertés. Jacques Clément. Mort de Henri III. Tableau général des hommes et des mœurs sous les derniers Valois , et histoire de ces mœurs par les pamphlets de cette époque. Débauche, cruauté, assassins à gage , femmes , mignons, protestants, magistrats. La Presse ( ou les idées ) joue pour la première fois un rôle important dans les affaires humaines. Ce qu'il y a à dire en faveur des Valois. Leur siècle est le véritable siècle des arts, et non celui de Louis XIV. Henri IV lui-même eut quelque chose de moins royal et de moins noble que les princes dont il reçut la couronne. Tous ensemble sont écrasés par les Guises, véritables rois de ces temps.

Avec les Bourbons commence la monarchie Absolue. Henri IV étoit ingrat et gascon , promettant beaucoup et tenant peu , mais sa bravoure , son esprit, ses mots heureux et quelquefois magnanimes, son talent oratoire , ses lettres pleines d'originalité , de vivacité et de feu, ses aventures, ses amours mêmes, le feront éternellement vivre. Sa fin tragique n'a pas peu contribué à sa renommée : disparoître à propos de la-vie, est une des conditions delà gloire.

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On s'est fait une fausse idée de la manière dont les Bourbons parvinrent au trône ; le vainqueur d'Ivri ne monta point sur le trône botté et éperonné en sortant de la bataille ; il capitula avec ses ennemis, et ses amis n'eurent souvent pour toute récompense que l'honneur d'avoir partagé sa mauvaise fortune. Détails h ce sujet.

Quels étoient les Seize, Comité du salut public de la Ligue. Processions pendant le siège de Paris. Description de la famine. Henri IV abjure ; il ne pouvoit faire autrement pour régner. Croyoit-il? Henri IV alloit porter la guerre dans les Pays-Bas , lorsqu'il fut arrêté par un de ces envoyés secrets de la Mort, qui mettent la main sur les rois. Ces Lommes surgissent soudainement et s'abîment aussitôt dans les supplices : rien ne les précède, rien ne les suit; isolés de tout , ils ne sont suspendus dans ce moi*de que par leur poignard ; ils ont l'existence même et la propriété d'un glaive ; on ne les entrevoit un moment qu'à la lueur du coup qu'ils frappent. Ravaillac étoit bien près de Jacques Clément : c'est un fait unique dans l'histoire, que le dernier roi d'une famille et le premier roi d'une autre, aient été tués de la même façon , chacun d'eux par un seul homme au milieu de leurs gardes et de leur cour, dans l'espace de moins de vingt-un ans. Le même fanatisme anima les deux assassins ; mais l'un immola un prince catholique , l'autre un prince qu'il croyoit protestant. Clément fut l'instrument d'une ambition personnelle-, Ravaillac, comme Louyel , l'aveugle mandataire d'une opinion.

Les Guerres Civiles religieuses du seizième siècle ont duré trente-neuf ans : elles ont engendré les

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massacres de la Saint-Barthélémy , versé le sang de plus de deux millions de François , et dévoré près de trois milliards de notre monnoie actuelle; elles ont produit la saisie et la vente des biens de rÉglise et des particuliers, frappé deux rois de mort violente, Henri III et Henri IV, et commencé le procès criminel du premier de ces rois. Qu'a fait de mieux la Révolution? La vérité Religieuse quand elle est faussée , ne se livre pas à moins d'excès que la vérité Politique, lorsqu'elle a dépassé le but.

La monarchie des Etats expire sous Louis XIII , la monarchie Parlementaire meurt .ivec la Fronde. Le premier vote des Communes de France , lorsqu'elles furent appelées aux Etats par Philippe le Bel ])Our s'opposer aux empiétements de Bonifaee VII , fut ainsi conçu : « Qu'il plaise au seigneur » roi de garder la souveraine franchise de son royau- » me, qui est telle que dans le temporel le roi ne » reconnoît souverain en terre , fors que Dieu. » Le dernier vote des Communes aux Etats de 1614 fut celui-ci :

« Le roi est supplié d'ordonner que les seigneurs » soient tenus d'afïi-anchir dans leurs fiefs tous les » serfs. »

Ainsi le premier vote du Tiers-Etat, en sortant de la longue servitude de la monarchie Féodale , est une réclamation pour la liberté du roi ; son dernier vote , au moment où il rentre dans l'esclavage de la monarchie Absolue , est une réclamation en faveur de la liberté du peuple : cest bien naître et bien mourir. J'ai dit piourquoi la monarchie des Etats ne se put établir en France. Richelieu devient

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ministre; sa souplesse fit sa fortune , son orgueil sa gloire.

Toutes les libertés meurent à la fois, la liberté politique dans les Etats, la liberté religieuse par la prise de La Rochelle , car la force huguenote demeura anéantie , et 1 édit de Nantes ne fut que la conséquence de la disparition du pouvoir matériel des protestants. La liberté littéraire périt à son tour par la création de lAcadémie françoise ; haute cour du Classique qui fit comparoître devant elle, comme premier accusé , le génie de Corneille. Racine vint ensuite imposer aux lettres le despotisme de ses chefs-d'œuvre, comme Louis XIV le joug de sa grandeur à la politique. Sous l'oppression de l'admiration , Chapelain , Coras , Leclerc , Saint- Amand, maintinrent en vain dans leurs ouvraees persécutés l'indépendance de la langue et de la pensée : ils expirèrent pour la liberté de mal dire sous le vers de Boileau, en appelant de la servitude de leur siècle à la postérité délivrée. Ils eurent raison de réclamer contre la règle étroite et la proscription des sujets nationaux ; ils eurent tort d'être de méchants poètes.

Il n'y a qu'une seule chose et qu'un seul homme dans le règne de Louis XIII , Richelieu. Il apparoît comme la monarchie Absolue personnifiée, venant mettre à mort la vieille monarchie Aristocratique. Ce Génie du Despotisme s'évanouit, et laisse en sa place Louis XIV chargé de ses pleinspouvoirs.

Lamonarchie Parlementaire, survivant à la monarchiedes Etats, atteignit sous la minorité de Louis XIV le faîte de sa puissance : elle eut ses guerres ; ou se

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battit en son honneur ; ses arrêts servoient de bourre à ses canons : dans son règne d'un moment elle eut pour magistrat Mathieu Mole, pour prélat le cardinal de Retz , pour héroïne la duchesse de Lonfifueville , pour héros populaire le fils d'un bâtard de Henri IV, pour généraux Condé et ïurenne. Mais cette monarchie neutre qui n'étoit ni la monarchie Absolue , ni la monarchie tempérée des Etats , qui paroissoit entre l'une et l'autre, qui ne vouloit ni la servitude, ni la liberté, qui n'aspiroit qu'au renversement d'un ministre fin et habile, cette monarchie à la suite de quelques princes brouillons et factieux, passa vite. Louis XIV, devenu majeur, entra au parlement avec un fouet , sceptre et symbole de la monarchie Absolue, et les François furent mis à l'attache pour cent cinquante ans.

Auprès de la comédie de Mazarin se jouoit la tragédie de Charles l". Les guerres parlementaires delà Grande-Bretagne furent les dernières convulsions de l'arbitraire anglois expirant , les querelles de la Fronde , les derniers eiiorts de Findépendance françoise mourante. L'Angleterre passa à la liberté avec un front sévère, la France au despotisme en riant.

Le siècle de Louis XIV fut le superbe catafalque de nos libertés éclairé par mille flambeaux de la gloire qu'élevoit à l'entour un cortège de grands hommes.

Louis XIV, comme Napoléon, chacun avec la différence de leur temps et de leur génie , substituèrent l'ordre à la liberté.

La monarchie absolue de Louis XIV étoit une nécessité, un fait amené par les faits précédents;

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elle étoit inévitable. Le peuple disparut de nouveau comme au temps de la féodalité; mais il étoit créé, il existoit, il dormoit et se réveilla à son heure : pendant son sommeil il eut de beaux songes sous Louis le Grand. Il ne fut exclu ni de la haute administration , ni du commandement des armées.

Quand la lutte de l'aristocratie avec la couronne finit, la lutte de la démocratie avec cette même couronne commença. La royauté , qui avoit favorisé le peuple afin de se débarrasser des -rands, s'aperçut qu'elle avoit élevé un autre rival moins tracassier mais plus formidable. Le combat s'établit alors sur le terrain de l'égalité , principe vital de la démocratie. Il y eut monarchie Absolue sous Louis XIV, parce que l'ancienne liberté aristocratique étoit morte, et que l'égalité démocratique vivoit à peine: dans l'absence de la liberté et de l'égalité, l'une moissonnée, l'autre encore en germe, il y eut despotisme et il ne pouvoit y avoir 'gue cela. ^

La Féodalité ou la monarchie militaire JVoble perdit ses principales batailles , mais les étranoers ne purent garder les provinces qu'ils avoient ^occupées dans notre patrie; ils en furent successivement chassés: l'Empire, ou la monarchie militaire Plébéienne, fit des conquêtes immenses, mais elle fut forcée de les abandonner; et nos soldats, en se retirant, entraînèrent deux fois avec eux les étrangers à Paris : la monarchie royale Absolue nalla pas loin chercher ses combats, mais le fruit de ses victoires nous est resté; notre indé-

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