‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 17 sur 59 · DE JULES CÉSAR A DÉCE OD DECIUS · texte numérisé non relu

DE JULES CÉSAR A DÉCE OD DECIUS

Après avoir prêché l'Évangile, Jésus -Christ laisse sa croix sur la terre : c'est le monument fie la civilisation moderne. Du pied de cette croix , plantée à Jérusalem , partent douze législateurs pauvres, nus, un bâton h la

main, pour enseigner ]es nations et renouveler la face des royaumes.

Les lois de Lycurgue n'a voient pu soutenir Sparte; la religion de Numa n'avoit pu faire durer la vertu de Rome au delà de quelques centaines d'années : un pêcheur, envoyé par un faiseur de jougs et de charrues , vient établir au Capitole cet empire qui compte déjà dix -huit siècles, et qui, selon ses prophéties, ne doit point finir.

Depuis long-temps Rome républicaine avoit répudié la liberté , pour devenir la concubine des tyrans : la grandeur de son premier divorce lui a du moins : ervi d'excuse. César est l'homme le plus complet de l'histoire, parce qu'il réunit le triple génie du politique, de l'écrivain et du guerrier. Malheureusement César fut corrompu comme son siècle : s'il fût né au temps des mœurs, il eût été le rival des Cincinnaïus et des Fabricius, car il avoit tous les genres de force. Mais quand il parut à Rome, la vertu étoit passée; il ne trouva phis que la gloire : il la prit, faute de mieux.

Auguste, hériter de César, n'étoit pas de cette Av. i.-c. 29. première race d'hommes qui font les révolutions; il étoit de cette race secondaire qui en profite , et qui pose avec adresse le couronnement de fédifice dont une main plus forte a creusé

Al'KUSTE.

Ad. de R. 725.

les fondements : il avoit à la fois l'habileté et la médiocrité nécessaires au maniement des affaires qui se détruisent également par l'entière sottise ou par la complète supériorité.

La terreur qu'Auguste avoit d'abord inspirée lui servit; les partis tremblants se turent : quand ils virent l'usurpateur faire légitimer son autorité par le sénat ^ , maintenir la paix , ne persécuter personne, se donner pour successeur au consulat un ancien ami de Brutus, ils se réconcilièrent avec leurs chaînes. L'astucieux empereur aflfectoit les formes républicaines; il consul-

< Haec cum Cassai- ità recitasset, miré senatorum animi afFecti sunt. Fuerunt pauci qui ejus animum intelligerent ideôque adstipulaienturs reliqui aut suspicabantur quo hœc concilia dicta essent, autfidem iis habebant. Horum alteri artificium in occultandâ callidè suà sententiâ Csesaris admirabantur ; alteii hoc ejus propositum : alteri œgrè ejus versutiam .• alteri pœnitentiam captœ reipublicée procurationis ferebant : janjenim exstiterant qui popularem reipublicae formam ut turbulentam odissent ac mutationem ejus approbarent, Caesarisque imperio delecta-

''^"^"'' Pi'o iiidè cum fréquenter etiam diceiiti adhuc

occlamassent , ubi peroravit, multis omnes eum verbis precati sunt, ut solus imperii summam gereret : multis quequibus id ei persuadèrent adductis argumentis tandeoi eôcompulerunt ut principatum solus obtioeret. (Dionis., hist. rom., lib. nu, edit. Joannis Luenclavii , pag> 502^

Page 1