C»L1GU1.A
De.l.-C. 4i.
pollonius de Thyaiie. Saûl , de persécuteur qu'il étoit , devint l'apôtre des gentils sous le grand nom de Paul. Pilate envoya à Rome les actes du procès du fds de Marie ; Tibère proposa au sénat de mettre J.-C. au nombre des dieux '. Et l'histoire romaine a ignoré ces faits.
Après Tibère , un fou et un imbécile , Cali- ^;.;;;^;J' gula et Claude , furent suscités pour gouverner l'empire lequel alloit alors tout seul et de luimême , comme leur prédécesseur l'avoit monté, avec la servitude et la tyrannie.
Il faut rendre justice à Claude; il ne vouloit pas la puissance : caché derrière une porte pendant le tumulte qui suivit l'assassinat de
magicasquas exhibuit virtutes deus habitus, et statua apud vos veluti deus honoratur : quae statua in amne Tiberi , inter duos pontes est erecta , latinam hanc Labens inscriptionem : Simoni deo sancto : ac Samaritani pvopè omnes, ex aliis nationibus etiam perpauci, illum quasi primum deum esse confitentes , adorent quoque. ( Juff. Mart. Apol. , t 2, p. 69.)
1 Pilato de christianorum dogmate ad Tiberium refelente , Tibeiius relulit ad senatum , ut inter caetera sacra reciperetur. Verùm , cum ex consultu patrum christianos eliminari urbe placuisset , Tiberius post edictum , accusatoribus cliristianorum comminatus est mortem , scribitTertullianus in Apologetico. (Euseb., Caes.,Chron. An doni. 38.— Baie.)
Caïus, un soldat le découvrit, et le salua empereur '. Claude, consterné, ne demandoit que la vie; on y ajoutoit l'empire, et il pleuroit du présent.
Sous Claude commença la conquête de la Grande-Bretagne : né à Lyon, l'empereur introdui^t les Gaulois dans le sénat.
Les juifs persécutés à Alexandrie députèrent Philon à Caligula. Hérode Antipas ^ et Pilate furent relégués dans les Gaules. Corneille est le premier soldat romain qui reçut la foi.
^ Neque multô post, rumore caedis extenitus, processit ad solarium proximum, interque praetenta foribus vêla se abdidit : latentem discurrens forte gregarius miles , animadversis pedibus , è studio sciscitandi quisnam esset , agnovit , extractumque , et prae metu ad genua sibi acci • dentem, imperatorem salutavit. (VitaClaudii, cap. 11, p. 202; édit. de 1761 , par Ophelot de la Pause. Paris. )
2 Anno Domini 38 — régnante Caligula , — Herodes Lugdunum Galliae mittitur in exilium. (Joseph. 18-14.)
Intereà Tiberius duobus et viginti circiter annis sui principatûs exactis , vivendi fînem fecit : postquàm Caius imperium suscepit : et continua Judaeoruîna principatum tradidit. Agrippae simul et Philippi ac Lysianae tetrachias , cum quibus et paulô post Ilerodis eidem pariter contulit. Ipsum verô Herodeni qui vel in Johannis nece au tor extiterat , vel in passione Domini interfuerat : multis excruciatum modis, aeterno damnât exilio . sicut Josephus in his
Le nombre des disciples de l'Évangile saecroît, les sept églises de l'Asie-Mineure se fondent. C'est dans Antioclie que les disciples de l'Évangile reçoivent pour la première fois le nom de chrétiens \ Pierre, emprisonné à Jérusalem par Hérode Agrippa, est délivré miraculeusement. Ce prince d'une espèce nouvelle , dont les successeurs étoient appelés à monter sur le trône des Césars, entra dans Rome, - le bâton pastoral à la main , la seconde c...nE. année du règne de Claude. Avant de se disperv7L, ser pour annoncer le Messie, les apôtres corn-
pape.
UeJ.-C. 43-
quœ suprà inseruimus scribit. ( Eusebii Caes. Historiae, lib. H, pag. 482; édit. 1559, Basileœ, per Henricum Pétri in-4". )
Voici le passage qu'Eusèbe , d'après Nicéphore et Joseph ( antiq. jud. ) rapporte dans l'endroit indiqué :
In tantas et tam graves calamitates ut fertur, incurrit , ut necessitate adductus, sibi propriâ manu mortem conscisceret, suorumque ipse scelerum vindex existeret. ( Eiiseb. Hist. Ecclesiast. , lib. n, cap. 7. )
1 Et annum totum conversati sunt ibi in ecclesiâ : et docuerunt turbam multam, ita ut cognominarentur primum AntiocHIte discipuli christiani. ( Act. Apostolor. , cap. 11, vers. 26, pag. 295. Lugduni, 1684.)
^ Continua namque in ipsis Claudii temporibus, cleroentia divine Providentiae probatissiraum omnium apostolorum et maximum fidei , magnificentiae et virtutis merito primoium pvincipcm Petrura , ad urbem Romam ,
posèrent à Jérusalem le symbole de la foi. Cette charte des chrétiens qui devoit devenir la loi du monde, ne fut point écrite : J.-G. n'écrivit rien ; sept de ses apôtres n'ont laissé que leurs œuvres; il y en a d'autres, dont on ne sait pas même le nom. Et la doctrine de ces inconnus a parcouru la terre. Jean enseigna dans l'Asie- Mineure , et retira chez lui Marie que le Sauveur lui avoit léguée du haut de la croix.; Philippe alla dans la haute Asie, André chez les Scythes , Thomas chez les Parthes , et jusqu'aux Indes où Barthélemi porta l'Evangile de
velut adversum humani generis communem perniciem repugnaturum deducit , ducem quemdam et niagistrum militi3& suae , scientem divina praelia gerere, et virtutum castraductare , iste adveniens ex orientis partibus , ut caelestis quidam negotiator, mercimonia divini luminis, si quis sit comparare paratus, advexit, et salutans praedicationis verbo primiis in urbe Româ evangelii sui clavibus januam regni cœlestis aperuit. (Euseb. Coes. Eccles Hist. , iib. II, pag. 487 ; edit. Basileae per Henric. Pétri, 1559, in-4°.)
Petrus Apostolus , uatione Galilœus , christianorum pontifex , eum piimum antiochenam ecclesiam fondasset Romam proficiscitur, ubi evangelium praedicans viginti quinque annis ejus urbis episcopus persévérât. ( Eusebii Caesaris Chronicon., D. Hieronymo interprète. Anno Dom. 44, pag. 77 ; edit. Basileae, per Hcnricum Pétri, 1559.)
saint Matthieu , écrit le premier de tous les Evangiles. Simon prêcha en Perse , Matthias en Ethiopie, Paul dans la Grèce; Marc, disciple de Pierre, rédigea son Evangile à Rome, et Pierre envoya des missionnaires en Sicile, en Italie, dans les Gaules, et sur les côtes de l'Afrique. Saint Paul arrivoit à Ephèse lorsque Claude mourut, et il catéchisa lui-même dans la Provence et dans les Espagnes.
Nous apprenons par les épîtres de cet apôtre que les premiers chrétiens et les premières chrétiennes k Rome furent Epenitas, Marie, Andronic, Junia, Ampliat, Urbain, Stachys, Appelles. Paul salua encore les fidèles de la maison d'Aristobule et ceux de la maison de Narcisse^, le fameux favori de Claude. Ces noms sont bien obscurs et ne se trouvèrent point dans les documens fournis à Tacite; mais il est assez merveilleux, sans doute, de voir du point où nous sommes parvenus , le monde chrétien commencer inconnu dans la maison d'un affranchi que l'histoire a cru devoir inscrire dans ses fastes.
NÉRon, De même que tous les conquérants sont deve-
sii«T p.ERRK. nus des Alexandre, tous les tyrans ont hérité du
DeJ.-C. 54. .
^ Salutate eos qui sunt ex Narcissi domo , qui sunt in Domino. ( Ep. 16, B. Pauli ad Romanos, vers. 11.)
HISTORIQLES. > S'")
nom de Néron. On ne sait trop pourquoi ce prince a joui de cet insigne honneur, car il ne fut ni plus cruel que Tibère, ni plus insensé que Caligula, ni plus débauché qu'Elagabale : c'est peut-être parce qu'il tua sa mère et qu'il fut le premier persécuteur des chrétiens. Peut-é^e encore son enthousiasme pour les arts, donua-t-il à sa tyrannie un caractère ridicule qui a servi à la faire remarquer. Le beau ciel de Baïa et des fêtes étaient les tableaux où Néron aimait à placer ses crimes.
Les sénateurs qui le condamnèrent à mort lui prouvèrent qu'un artiste ne vit pas partout , comme il avait coutume de le dire , en chantant sur le luth ^ Ces esclaves qui jugèrent leur maître tombé, n'avoient pas osé l'attaquer debout : ils laissèrent vivre le tyran ; ils ne tuèrent que l'histrion.
L'incendie de Rome dont on accusa les chré- oe j. c. 64. tiens que l'on confondoit avec les juifs, produisit la première persécution : les martyrs étoient attachés en croix comme leur Maître, ou revêtus de peaux de bêtes et dévorés par des chiens, ou enveloppés dans des tuniques imprégnées de poix ,
'' Praedictum à mathematicis Neroni olim erat, fore utquaiidoque destitueretur. Unde vox ejus celeberriraa : To Tcj(;vMv Ty.'7'ji. y-A'x rpg'i'st. (Suet. In vit. Ncronis.)
auxquelles on mettait le feu ^ : la matière fondue couloit à terre avec le sang. Ces premiers flambeaux de la foi éclairoient une fête nocturne que Néron donnait dans ses jardins : à la lueur de ces flambeaux il conduisait des chars.
Paul jQccusé devant Félix et devant Festus vient à Rome où il prêche l'Evangile avec Pierre ^.
Hérésie des nicolaites, laquelle avait pris son
■" Pone Tigellinum , taedâ lucebis in illâ
Quâ stantes ardent : qui fîxo gutture fumant Et latum mediâ sulcum deducit arenâ^
(Juv. Sat. 1. Vers 139.)
Afilicti periculis christiani. ( Suet. In vitâ JNcronis, pag. 251, cap. 16. )
Nero , quaesitissirais paenis adfecit , quos per flagitia invisos , vulgus christlaiios appellabat.
Et pereuntibus addita ludibria , ut ferarum tergis contecti, laniatu canum interirent, aut crucibus affixi , aut flammandi , atque ubi defecisset dies , in usum noc turni luminis urerentur. (Tacit.' Annal., lib. xv , édit. de Barbou. )
- Cum autem venissemus Romam, permissum est Paulo manei-e sibimet cum custodiente se milite. (Act. Apost., cap, 28, vers 16. )
Mansit autem biennio in suo conducto ; et suscipiebat omnes qui ingrediebantur ad eum.
Prïedicans regnum Dei , et docens quae sunt de domino Jesu-Christo , cum cm ni fiduciâ , sine prohiitione.
agjuiu.
nom de Nicolas , un des premiers sept diacres. Saint Jacques, évêque de l'église juive, avoit souffert le martyre. La guerre de Judée, commençoit sous Sextus Gallus , et les chrétiens s'étoient retirés de Jérusalem.
Appollonius de Tjane , débarqué dans la capitale du monde pour voir, disoit-il, quel animal c'étoit qu'un tyran ^ , s'en fit chasser avec les autres philosophes. Pierre et Paul enfermés dans la prison Mamertine au pied du Capitole sont mis à mort : Paul a la tête tranchée , ^* 'r^' ^'' comme citoyen romain , auprès des eaux Salviennes, dans un lieu aujourd'hui désert où l'on voit trois fontaines , à quelque distaiice de la basilique appelée Saint-Paul-hors-des-murs , qu'un incendie a détruite au moment même de la mort de Pie VIT. Pierre, réputé juif et de condition vile, fut crucifié la tête en bas, sur le mont Janicule , et enterré le long de la voie
^ Praetereà tantum qui peragraverim terrarum , quantum anteà mortalium nemo , belluasque viderim Arabicas , Indicasque varii generis; haec tainen bellua quam tyrannum vulgô vocant , neque quot capita habeat novi , neque utrum curvis unguibus serratisque sit dentibus.
Kat aX).w; è7r£),Qwv yriv , (î/;v oÏTrw Tiç avGlpw;r^)v , Briçiix f/£v Apaêia ze za't IvSl7.x 7raf*7roX^a eloov , to §î OtiÙO'j tou-o ô -/x/oufftvot 7ro).).ot Tvoavjov, oure o~ocraf/î9z).at kutco okÎx, O'Jts £t yoL^^- Ciwjfocxt xxt zapj^apôooyç êffTt. (Philost. in vit. Ap. Tyan. )
Aurélia , près du temple d'Apollon ^ : là s'élève aujourd'hui le palais du Vatican et cette église de Saint-Pierre qui lutte de grandeur avec les plus imposantes ruines de Rome. Néron ne savait pas sans doute le nom des deux malfaiteurs de bas lieu , condamnés par les magistrats : et c'étoient, après J.-C. , les fondateurs dune religion nouvelle, d'une société nouvelle, d'une puissance qui devoit continuer l'éternité de la ville de Romulus.
^ PaulumproindèRomaeeo régnante securi percussum, etPetrum etiam suffiixum cruci , historiarum monumentis proditum est ; quin etiam insignis ac testata Pétri ac Pauli inscfiptio , quae in cœmiteriis Romae ad hoc usque tempus manet , hujus rei gestae fidem facit = atque haec ità se habere confirmât itidem \ïr ecclesiasticus , Caius nomine, qui Zephyrini pontificis romani temporibus viïit , inque disputatione scriptis proditaî..
Ego, inquit, apostolorum trophea perspicuè possum ostendere : nam, si lubet in \aticanum proficisci , aut in viam quae Ostiensis dicitur, te conterre , trophaea eorum qui istam ecclesiam suo sermone et virtute stabiliverunt, invenies. Poirù Dionysius, Corinthiorum episcopus, illos ambos martyrium eodein tempore pertulisse, sic ad Romanes scribens commémorât : Petrum etPaulum qui Romanos et Corinthios primum in ecclesiam Chiisti inseruerunt, prudenti quâdam admonitione impulsi, in unum locum conclusistis... Nam ambo... Eodem tempore pariter martyrium subierunt. (Eusebii Hist. ecclesiast. lib. ii, pag. 49. )
Petrus ad extremum cum Romae versaretur , capite
Lin, dont il est question dans les épî très de néeos.
. • • /-Il r eiup.
saint Paul, succéda à saint Pierre; saint Clé- l.j,,
pape.
ment ou saint Clet , à saint Lin. De j.c. 67 es.
T 1 • • T^T ' "1 '1 Clet ou AHiCLCT,
Le peuple romain aima i>eron, il espéra le clémert, retrouver après sa mort dans des imposteurs; De j.c. 68-77. quelques chrétiens pensèrent que Néron étoit Tante -christ, et qu'il reparaîtroit à la fin des temps ^ : le monde païen l'attendoit pour ses délices, le monde chrétien pour ses épreuves,
deorsum statuto , sic enim perpeti cupiebat cruci suflBxus est... Qiiid attinet de Paulo dicere... Nerone summam rerum administrante, martyrio occubuit. Ista ab Origine ad verbum tertio tomo commentariorum quos scripsit in Genesimreveràcommemoratasunt. (Ib. lib. m, cap. 1 , pag 51.).
Petrus ad terram capite verso cruci affixus est in Vaticano juxta Viam TriumpLalem sepultus. . .Paulus vero gladio animadversus et Via Ostiensi sepultus. ( Baron. Martyr, pag. 289. )
^ Nero... Dignus exstitit qui persecutionem in christianos primus inciperet, nescioanpostremus explerit : siquidem opinione multorum receptum sit, ipsum Ante- Christum venturum. ( Sulpitii Severi sacrae liist. lib. 11, pag. 95. Edit. Elzeviriana. Lugd. Batavor. , an. 1643. )
Caeterum cùm ab eo de fine saecuH quaereremus , ait nobis ( Sanct-Martinus ) , Neronem et Ante-Christum priùs esse venturos : Neronem in occidentali plagâ regibus subactis decem , imperaturum, persecutionem autem abeo hactenùs exeicendam , ut idola gentium coli cogat. (Sulpitii Severi, dialog. 2, pag. 306. Edit. ead. )
Ce fut encore sous le règne de Néron que saint Marc fonda i'église d'Alexandrie qui commença surtout parmi les Thérapeutes^ secte juive, livrée à la vie contemplative ' , et qui servit de premier modèle aux ordres monastiques clirétiens. Les Thérapeutes différoient des Esseniens, qui ne se voyoient qu'en Palestine, etquivivoient en commnn du travail de leurs mains. L'école philosophique d'Alexandrie mêla aussi ses doctrines à celles du christianisme , subtilisa la simplicité évangélique, et produisit des hérésies fameuses.
La mort de Néron causa une révolution dans l'état. L'élection passa aux légions, et la constitution devint militaire. Jusque-là , la dignité impériale s'étoit maintenue dans la famille d'Auguste par une espèce de droit de succes-
^ Aiunt Marcum primùm in jEgyptum trajecisse... Atque tantâ hominum et mulierum fidem christianam amplexantium ex prima aggressione et conatu , pergrave in primis, sanctum et severum ejus vivendi exeinplum ibi cogebatur multitudo , ut Philo ipse eorum studia , excercitationes, mores , fréquentes congressus , communem inter ipsos victùs rationem , suis scriptis persequi , operae pretium existimaret... Apud nos ao-xjjiai , id est monachi... appeilati sunt ... Ab Hebrais, ut videtur, ducebant originem. Proptereà permulta vetera instituta , propius ad Judaèorum consuctudinem accedentia observabant. (Euseb., Hist. ceci., lib. n, pag. 29.)
sion : le sénat, il est vrai, et les prétoriens avoient plus ou moins ajouté de la force à ce droit , mais enfin l'élection étoit restée attachée à la ville éternelle et au sang du premier des Césars. Usurpée par les légions, elle amena des choses considérables : elle multiplia les guerres civiles, et partant les causes de destruction ; l'armée nommant son maître, et ne le recevant plus de la volonté des Sénateurs et des dieux, méprisa bientôt son ouvrage. Les Barbares introduits dans l'armée s'accoutumèrent à faire des empereurs : quand ils furent las de donner le monde, ils le gardèrent.
Dans le despotisme héréditaire il y a des chances de repos pour les hommes; il perd de son àpreté en vieillissant. Dans le despotisme électif, chaque chef surgit à la souveraineté avec la force du premier né de sa race, et se porte à l'oppression de toute l'ardeur d'un parvenu à la puissance : on a toujours le tyran dans sa vigueur élective, tandis que la nation qui ne se renouvelle pas reste dans sa servitude héréditaire. Et comme l'empire romain occupoit le monde connu; comme l'empereur pouvoit être choisi partout, de là cette diversité de tyrannies, selon que le maître venoit de l'Afrique, de l'Europe ou de l'Asie. Toutes les variétés d'oppression répandues aujourd'hui dans les divers climats sas-
sejoient par l'élection sur la pourpre où chaque candidat arrivoit avec son caractère propre et les mœurs de son pays.
Séjan qui, profitant de la jalouse vieillesse de Tibère, avoit empoisonné Drusus, amené la disgrâce, et par suite la mort d'Agrippine et de ses deux fils aînés, n'atteignit point le troisième fds de Germanicus. Celui-ci fut Caïus Caligula : Claude, son oncle, frère de Germanicus, proclamé empereur par les prétoriens et surtout par les Germains de la garde, eut de Messaline l'infortuné Britannicus. Agrippine, sœur de Caligula et fille de la première Agrippine femme de Germanicus, épousa en secondes noces son oncle Claude et lui fit adopter Néron, qu'elle avoit eu de son premier mariage avec Domitius Ahénobarbus. Néron parvenu à l'empire, après s'être défait de Britannicus, fut contraint de se tuer. En lui s'éteignit la famille d'Auguste. Malgré les vices et les crimes qui l'ont rendue exécrable, cette famille eut dans ses manières quelque chose d'élevé et de délicat que donne l'exercice du pouvoir, l'habitude des richesses, les souvenirs d'une lignée historique. La maison de Jules prétendoit remonter d'un côté à Enée par les rois d'Albe, de l'autre à Clausus, le Sabin, et à tous les Claudius , ses fiers descendants.
Galba qui prit un moment la place de
Néron éloit encore de race aristocratique; mais après lui comnaence une nouvelle sorte de princes. Toutes les fois qu'un grand changement dans la constitution d un état s'opère, les anciennes familles disparoissent ; soit qu'elles s'épuisent et s'éteignent réellement; soit qu'obéissant ou résistant au nouveau pouvoir, elles disparoissent dans le mépris qui s'attache à leur soumission, ou dans l'oubli qui suit leur fierté. Le despotisme étoit aristocratique par l'élection du sénat; il devint démocratique par l'élection de l'armée.
Remarquons sous la première année du règne de JNéron , la naissance de Tacite : il parut derrière les tyrans pour les punir, comme le remords à la suite du crime. Tite-Live étoit mort sous Tibère. Tite-Live et Tacite se partagèrent le tableau des vertus et des vices des Romains; les exemples rappelés par le premier furent aussi inutiles, que les leçons données par le second.
Pendant le règne de Néron la Grande-Bretagne se souleva et fut écrasée; les Parthes remuèrent et furent contenus par Gorbulon; les Germains restèrent tranquilles, hors les Frisons et les Ansibares, qui voulurent occuper le long du Rhin le pays que les Romains laissoient inculte. Le vieux chef des Ansibares , repoussé par le
Gi ETUDES
général romain : s'écria « Terre ne peut nous )) manquer pour y vivre ou pour y mourir \ » Nous devons compter les Ansibares au nombre de nos ancêtres; ils firent dans la suite partie de GiLBA, othon, ]a lieue des Franks. Galba, Othon et Vitellius
VlTELLIUS, O '
T'!" passèrent vite; ils eurent à peine le temps de se
Clet, Clément , i A A
papes. cacher sous le manteau impérial. Galba avoit
De J.-C. 68-69. . . .
dit à Pison , dans le beau discours que lui prête Tacite , que l'élection remplaceroit pour le peuple romain la liberté : cette liberté ne fut que la décision de la force.
Quelques mots de Galba sont dignes de l'anciennne Rome dont il conservoit le sang. Des légionnaires sollicitaient une gratification nouvelle: « Je choisis des soldats, répondit-il, et ne les achète pas ^ » .
Othon venait de soulever les prétoriens ; un soldat se présente à Galba l'épée nue, affirmant avoir tué Othon : «Qui te l'a ordonné, » dit le vieil empereur ^?
Galba fut massacré sur la place publique. Entouré par les séditieux qu 'avoit soulevés Othon ,
'' Déesse nobis terra in quâ vivamus, in quâ moriamur non potest. (Tacit. Annal, lib. xiii,'pag. 236. Apud . ' Barbou, Parisiis, 1779.)
2 Légère se militem , non emere consuesse. (Suet. , in vit. Galb. )
^ Quo auctore ? (Id. , ibid. )
il tendit la gorge aux meurtriers, en leur disant « Frappez si cela est utile au peuple Romain. « Sa tête tomba; elle étoit chauve; un soldat, pour la porter , fut obligé de l'envelopper dans une étofie ^ Cette tête auroit dû mieux conseiller un vieillard de soixante-treize ans : étoit-ce la peine démettre une couronne sur un front dépouillé?
Othon avoit voulu l'empire; il l'avoit voulu tout de suite, non comme un pouvoir, mais comme un plaisir. Trop voluptueux pour régner, trop faible pour vivre, il se trouva assez fort pour mourir. Ses soldats ayant été battus par les légions de Vitellius, il se couche, dort bien, se perce h son réveil de son poignard 2 et s'en va à petit bruit, sans avoir lu
^ Suétone ajoute quelques circonstances à ce récit Jugulatus est ad lacum Curtii , ac relictus ita uti crat, donec gregai-ius miles, à frumentatione rediens abjecto onere caput ei amputa^it : et quoniam capillo ms, calvitie arripere non poterat , in gremium abdidit mox inserto per os pollice ad Othonem detulit. (Suet. In vit. Galbas, pag. 298 et 299. ) ,
2 Posthœc, sedatâ siti gelid^e. aquœ potione, arripuit duos pugiones, et exploratâ utriusque acie, cum alterum pulvino subdidisset, foribus adopcrtis, arctissimo somno quievit : et circa lucem demum expergefactus , uno se traj.cit ictu infra la^vam papillam. ( Suet. In vitâ Othonis, pag. 308.)