‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 2 sur 59 · TOME I. a · texte numérisé non relu

TOME I. a

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les mettre en rapport avec les progrès de l'intelliaence. DaDS cette nécessité d'une reconstruction sur un nouveau plan, où faut -il chercher des matériaux ? Quels sont les travaux exécutés avant notre temps? Qu'y a-t-il à louer ou à blâmer dans les écrivains de l'Ancienne école historique? La Nouvelle école doit-elle être entièrement suivie, et quels sont les auteurs les plus remarquables de cette école ? Tout est-il vrai dans les théories religieuses , philosophiques et politiques du moment ? Voilà ce que je me propose d'examiner dans cette préface. Je travaillois depuis bien .'es années à une histoire de France dont ces Etudes ne présenteront que l'exposition , les vues générales et les débris. Ma vie manque à mon ouvrage : sur la route où le temps m'arrête, je montre de la main aux jeunes voyageurs les pierres que j'avois entassées, le sol et le* site où je voulois bâtir mon édifice.

ORIGIINE COIVIMUNE DES PEUPLES DE L'EUROPE. DOCUMENTS ET HISTORIENS ÉTRANGERS A CONSULTER POUR L'HISTOIRE DE FRANCE.

Les anciens avoient conçu l'histoire autrement que nous ; ils la regardoient comme un simple enseiiznenient, .t, sous ce rapport, ArisLote la place flans un rang inférieur à la poésie : ils attachoient peu d'importance à la vérité matérielle; pourvu qu'il y eut un fait vrai ou faux à raconter, que ce fait offrît un grand spectacle ou une leçon de morale et de politique, cela leur, suffisoit. Délivrés de

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ces immenses lectures sous lesquelles 1 imagination et la mémoire sont également écrasées, ils avoient peu de documents à consulter; leurs citations ne sont presque rien , et quand ils renvoient à une autorité;, c'est presque toujours sans indication précise. Hérodote se contente de dire dans son premier livre, Clio , qu'il écrit d'après les historiens de Perse et de Phœnicie ; d.ms son second livre , Eutcijje ,il parle d'après les prêtres égyptiens qui lui ont lu leurs annales. Il reproduit un ver« de V Iliade , un passage derO^/^55^(?,un fragment d'EscJjyle : il ne faut pas plus d'autorités à Hérodote ni à ses auditeurs des jeux Olympiques. Thucydide n'a pas une seule citation : il mentionne seul '•ment quelques chants populaires.

Tite-Live ne s'appuie jamais d'un texte : des auteurs , des historiens rapportent ; c'est sa manière de procéder. Dans sa troisième Décade, il ra])pelleles dires de Gintius Alimentus , prisonnier d'Annibal , et de Gaelius et Valérius sur la guerre Punique.

Dans Tacite les autorités sont moins rares , quoique encore bien peu nombreuses ; on n'en compte que treize de nominales , ce sont : dans le premier livre des ^/îma/e.y , Pline, historien des guerres de Germanie; dans le quatrième livre, les Mémoires d'Agrippine, mère de JNeron, ouvrage dont on ne sauroit trop déplorer la perte; dans le treizième livre, Fabius PiListicus, Pline l'historien, et Gluvius ; dans le (Quatorzième , Gluvius ; dans le quinzième , Pline. Dans le troisième livre des Histoires , Tacite nomme Messala et Pline, et renvoie à des Mémoires qu'il avoit entre les mains ; dans le quatrième

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livre, il s'en réfère aux prêtres égyptiens ; dans les Mœurs des Germains , il écrit un vers de Virgile en l'altérant. Souvent il dit : « Les historiens de ces temps racontent , » teniporum illorum scriptores prodiderint ; il explique son système en déclarant qu'il ne rapporte le nom des auteurs que lorsqu'ils diffèrent entre eux. Ainsi deux citations values dans Hérodote , pas une dans Thucydide, deux ou trois dans Tite-Live et treize dans Tacite , forment tout le corps des autorités de ces historiens . Quelques biographes, comme Suétone et Plutarque surtout, ont lu un peu plus de Mémoires ; mais les nombreuses citations sont laissées aux compilateurs comme Pline le naturaliste, Athénée, Macrobe et saint Clément d'Alexandrie, dans ses Stromates.

Les annalistes de l'antiquité ne faisoient point entrer dans leurs récits le tableau des difFéientes branches de l'administration : les sciences, les arts, l'éducation publique, étoient rejetés du domaine de l'histoire; Clio marchoit légèrement, débarrassée du pesant bagage qu'elle traîne aujourd'hui après elle. Souvent l'historien n'étoit qu^un voyageur racontant ce qu'il avoit vu. Maintenant l'histoire est une encyclopédie; il y faut tout faire entrer depuis l'astronomie jusqu'à la chimie; depuis l'art du financier jusqu'à celui du manufacturier ; depuis la connoissance du peintre, du sculpteur et de l'architecte jusqu'à la science de l'économiste; depuis l'étude des lois ecclésiastiques, civiles et criminelles, jusqu'à celle des lois politiques. L'historien moderne se laisse- t-il aller au récit d'une scène de mœurs et de passions, la gabelle "survient au beau milieu; une autre impôt

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réclame; la guerre, la navigation, le commerce accourent. Comment les armes étoient-elles faites alors? D'où tiroit-on les bois de construction? Combien valoit la livre de poivre? Tout est perdu si l'auteur n'a pas remarqué que l'année comraençoit à Pâques et qu'il l'ait datée du 1^'. janvier. Comment voulez- vous qu'on s'assure en sa parole , s'il s'est trompé de page dans une citation, ou s'il a mal coté l'édition? La société demeure inconnue, si l'on ignore la couleur du haut de chausse du roi et le prix du marc d'argent. Cet historien doit savoir non - seulerrient ce qui se passe dans sa patrie, mais encore dans les contrées voisines, et parmi ces détails, il faut qu'une idée philosophique soit présente à sa pensée et lui serve de guide. Voilà les inconvénients de l'histoire moderne ; ils sont tels qu'ils nous empêcheront peut-être d'avoir jamais des historiens comme Thucydide, Tite-Live et Tacite; mais on ne peut éviter ces inconvénients , et force est de s'y soumettre.

L'écrivain appelé à nous peindre un jour le grand tableau de notre histoire , ne se bornera pas à la recherche des sources d'où sortent immédiatement les Franks et les François; il étudiera les premiers siècles des sociétés qui environnent la France, parce que les jeunes peuples de diverses contrées, comme les enfants de divers pays , ont entre eux la ressemblance commune que leur donne la nature, et parce que ces peuples , nés d'un petit nombre de familles alliées, conserveut dans leur adolescence l'empreinte des traits maternels.

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Quatre espèces de documents renferment l'histoire entière * es nations dans l'ordre successif de leur âge : les Poésies, les Lois, les Chroniques contenant les faits généraux, les Mémoires peignant les mœurs et la vie privée. Les hommes chantent d'ahord; ils écrivent ensuite.

Nous n'avons j)lus les Bardits que fit recueillir Charlemagne ; il ne nous reste qu'une ode en l'honneur de la victoire que Louis , fils, de Louis le Bègue, remporta en 881 sur les Normands; mais le moine de Saint-Gall et Ermold le Noir ont tout-à-fait écrit dans le goût de la chanson germanique.

La mythologie et les poésies Scandinaves; les Edda et les Sagas; les chants des Scaldes, que nous ont conservés Snorron , Saxon le Grammairien , Adam de Brème et les chroniques anglosaxonnes ; les Nihelungs , quoique d'une date plus récente, suppléent à nos pertes : on verra l'usage que j'en ai fait en essayant de retracer l'histoire des mœurs harbares. Quant à ce qui concerne les langues, les évangiles goths d'U'philas sont un trésor.

Pour le midi de la France, M. Renouard a réhabilité l'ancienne langue romane , et , en publiant les poésies écrites ou chantées dans cette langue, il a rendu un service important.

M. Fauriel, à qui nous devons la belle traduction des chants populaires de la Grèce , doit montrer dans la formation de la langue romane, les traces des trois plus anciennes langues de la Gaule encore parlées aujoui-d'hui lune en Ecosse, l'autre dans le pays de Galles et la Basse-Bretagne, la

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troisième chez les Basques. Il a remarqué un poëme sur les guf rres des Arabes d'Espagne ef, des chrétiens de l'Occitanie, dont le héros est un prince aquitain nommé Walther : ne seroit-ce point Waiffre? Plusieurs chants remémorent les rébellions de divers chefs du midi de la Fraûce ccrfitre les monarques (arlovingiens -, cela sert de ptus en plus à proaver que les hostilités de Charles le Martel , de Peppin et de Charlemagne , contre les princes d'Aquitaine , eurent pour cause une inimitié de race-, les descendants des Mérovingiens régnant au delà de la Loire. On nous fait espérer que M. Fauriel s'occupe d'une histoire des Barbares dans les provinces méridionales de la France : le sujet seroit digne de son rare savoir et de ses talents.

Il ne faut pas s'en tenir auxlois Salique, Ripuaire et Gombette pour l'élude des lois barbares ; on doit considérer comme chapitres d'un même code national , les lois lombardes , allemandes , bavaroises , russes (celles-ci ne sont que le droit suédois), anglo-saxonnes et galliques : avec les dernières on peut reconstruire plusieurs parties du primitif édifice gaulois. Toutes ces lois ont été imprimées ou séparément ou dans les dillerens recueils des liistoriens de la France, de l'Italie, de l'Allemagne et de l'Angleterre./' Le père Canciani recueillit à A^enise, en 1781, Barbarum leges antiquœ ^ en cinq volumes in-fol. ; excellente collection qui devroit être nans nos bibliothèques : on y trouve la traduction italienne des Assises du royaume de Jérusalem et divers morceaux inédits. On assure que nous aurons bientôt les Assises entières publiées

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sur le manuscrit retrouvé , avec les traductions grecque-barbare , et italienne de 1 490. L'Académie des inscriptions s'en occupe.

La collation des deux textes de la loi Salique, dont il existe dix-huit ou vingt manuscrits connus, collation faite par M. Wiarda, est estimable-, il sera bon d'y avoir égard. Mais Bignon reste toujours le docteur en cette matière, comme Baluze est à jamais l'homme des Capitulaires et des Fonnules .

Après les Poésies et les Lois , on ne consultera pas sans fruit, pour les six premiers siècles des temps barbares, les historiens de la Russie, de la Pologne , de la Suède et de l'Allemagne , quoiqu'en général ils aient écrit après les nôtres.

Le plus ancien annaliste russe est un moine de KiofF, Nestor. La monarchie russe fut fondée vers le milieu du neuvième siècle: KiofF, depuis l'an 882, en devint la première capitale. A la fin du dixième siècle, Kiofï" et toute la vieille Russie embrassèrent le .christianisme. Nestor rédigea en slavon son ouvrage vers l'an 1073. Cet ouvrage a été traduit en allemand par Scherer, et commenté par Schloezer : il n'en existe aucune traduction Françoise ou latine. Quelques notes tirées de Nestor se trouvent seulement dans la traduction françoise de l'Histoire de Karomsine. Nestor a imité Constantin, Cedren, Zonare et autres écrivains de la Byzantine ; il a transporté dans son texte plusieurs passages de ces écrivains; il nous a conservé in extenso Aexxx. documents précieux de l'histoire de la Russie , les traités de paix d'Olez et d'Igor avec la cour de Constantinople. Les Grecs eux-mêmes ne connois-

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soient pas l'existence de ces deux pièces , car elles sont de l'époque la plus stérile de leurs annales, de l'an 81 3 à l'an 959.

La chronique de Nestor finit à l'année 1096. Nestor reste , d'après l'opinion de Schloezer , la première , l'unique source , au moins la source principale pour l'histoire du Nord Scandinave et finois ; jusqu'à lui ces contrées étoieut , pour les historiens, terra incognita. Dans un des continuateurs de Nestor, on remarque le plus ancien code des lois russes , nommé la J^érité russe ou le Droit russe; il est tiré des lois Scandinaves. Les premiers souverains de la Russie vinrent de la Scandinavie^ appelés qu'ils furent par la volonté des peuplades russes. Pour se convaincre que le Droit russe est d'origine Scandinave , il suffit de le comparer avec la législation suédoise , dont les fragments les plus authentiques ont été conservés. Un ouvrage assez rare aujourd'hui , imprimé à Abo ou à Upsal , « De Jure » Sueonum Gothorumque wetusto , » offre le texte original du droit russe, et souvent on ne petit comprendre le texte russe qu'à l'aide du texte suédois.

Un travail à consulter sur les historiens et la littérature slavo-russe , est celui de Kohi , Introductio ad histor. litterar. Slau.

Les historiens des autres peuples d'origine slave sont venus plus tard que Nestor, et même plus tard que son premier continuateur, car Nestor a écrit entre l'an 1056 et l'an 1116, et l'historien de Praajue , Cosme , est mort l'an 1125.

Martin Gallus , annaliste de Pologne;, doii

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être placé de 1109 à 1136. Helmold , dont Touyrage sert de source à l'histoire des peuples du moyen âge de l'Allemagne , et surtout à celle des Slaves, a écrit à Lubeck vers l'an 11 70 , Chionica Slavorum.

Adam de Bremen est presque contemp'^rain de Nestor; il est utile pour l'histoire du Danemarck. Un autre annaliste aussi consciencieux que Aestor, et de quelques années plus ancien que lui (mort l'année 1018 ) , est Difmar, évêque de Mersebourg ; il a écrit touchant l'Allemaiine.

Tous les documents de l'histoire de la Germanie se trouveront réunis dans le recueil des historiens allemands , que publie en Hanovre le savant Paeitz sous les auspices du baron de Stcin. M. Paertz a visité le cabinet de nos Chartes, et il a fouillé dans les archives du Vatican pour 1 làstoire du moyen âge de l'Allemagne.

Le premier volume in-folio de ce recueil a été publié j le second et le troisième doivent bientôt paroître. Ce recueil rendra inutiles ceux connus jusqu'à jirésent sous la dénomination de Scriptores reiuin Gennanicarum. Reste à savoir pourtant si l'on se pourra passer de la collection de Leihnitz ^ de Scriptores rerum Brunsuice?isium. Leibnitz , génie universel^ a pressenti l'importance de son travail pour la Mythologie des Slaves et des Germains , et même pour la langue de ces peuples : dans une :'.e ses préfaces on trouve, sur l'histoire du Moyen Age, des idées que les appréciateurs modernes de ces temps , n'ont fait souvent que reproduire sous d'autres formes.

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L'histoire delà Suède de Dalen est une compilation assez complète , mais p u critique : celle de Rûhs est la plus estimée. Le nouveau recueil , dont deux volumes ont déjà paru, est de Gejer. On a deux forts in-folio de La|;erbrini^ , composés de matériaux historiques et législatifs sur la Suède.

L'histoire de Danemarck, deMallet, n'est pas à négliger. L'introduction relative à la mythologie et aux poésies du Nord est intéressante, quoique depuis on ait fait des progrès dans la langue et des découvertes dans les fables Scandinaves.

Saxo-Gramniuticus est le Nestor du Danemarck comme Snorron est l'Hérodote du Nord : Ce pays possède aussi un recueil de Scriptores .

Quant à l'iiistoire de Pologne , outre Martin Gallus , on trouve J^incent Kadluheck , évéque de Cracovie , mort en 1 223. L'évéque Dlugosh compila les annales de son pays , vers le milieu et la fin du quinzième siècle , empruntant ses récits , comme il l'avoue lui-même, aux traditions populaires.

Par ordre de Nicolas I". on yjrocède en Russie à la réunion des documents slaves et autres Titres de ce vaste empire. La Lusace et la Bavière commencent des collections. La société formée à Francfort s'occuppe sans relâche de la découverte et de la publication fies diplômes et papiers nationaux de l'Allemagne.

Telles sont les richesses que nous offre le Nord de l'Europe. Toutefois n'abusons pas , comme on est trop enclin à le faire, des origines Scandinaves, slaves et tudesques. Il semble aujourd'hui que toute notre histoire soit en Allemagne , qu'on ne trouve que là

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nos antiquités et les hommes qui les ont connues. Les quarante ans de notre Révolution ont interrompu les études en France , tandis qu'elles ont continué dans les Universités germaniques ; les Allemands ont regapné sur nous une partie du temps que nous avions gagné sur eux ; mais , si pour le droit, la philologie et la philosophie, ils nous devancent à l'heure qu'il est, ils sont encore loin d'être arrivés en histoire au point où nous nous trouvions, lorsque nos troubles ont éclaté

Rendons justice aux savants de l'Allemagne, mais sachons que les peuples septentrionaux sont, comme peuples , plus jeunes que nous de plusieurs siècles ; que nos chartes remontent beaucoup plus haut que les leurs ; que les immenses travaux des Bénédictins de Saint-Maur et de Saint- Vannes ont commencé bien avant les travaux historiques des professeurs de Gœttingue , d'Iéna , de Bonn , de Dresde, de Weimar, de Brunswick, de Berlin^ de Vienne , de Presbourg, etc. ; que les érudits françois , supérieurs par la clarté et la précision aux érudits d'outre-Rhin , les surpassent encore par la solidité et luniversalité (les recherches. Les Allemands ne l'emportent véritablement sur nous que dans la codification: encore les grands légistes, Cujas, Domat, Dumoulin, Pothier, sont-ils François. Nos voisins ont sur les origines des nations barbares quelques notions particulières qu'ils doivent aux langues parlées en Dalmatie , en Hongrie , en servie, en Bohême , en Pologne, etc. ; mais un esprit sain ne doit pas attacher trop d importance à ces études qui finissent jiar dégénérer dans une mé-

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taphysique de grammaire, laquelle paroît d'autant plus merveilleuse qu'elle est plus noyée dans les brouillards.

Que par l'étude du Sanscrit et des différents dialectes indien , tubéthain , chinois , tartare , on parvienne à dresser des formules au moyen desquelles on découvre le mécanisme général du langage humain^ philosophiquement parlant, ce sera un progrès considérable de la science ; mais, Aziton^i/eme/îi parlant, il est douteux qu'il en résulte beaucoup de lumières. Au système des origines communes par les racines du logos , on opposera toujours avec succès le synchronisme ou la spontanéité du verbe comme de la pensée, dans divers temps et dans divers pays.

Si nous passons de l'Allemag-ne à l'Angleterre, il n'est pas sans profit de parcourir les poésies anglo - saxonnes , galliques , écossoises , irlandoises, afin de prendre un sentiment général de l'enfance d'une société barbare; mais il ne les faudroit pas convertir en preuves, car la vanité cantonnale a tellement mêlés les chants faits après coup , aux chants originaux , qu'on les peut à peine distinguer.

Quant aux lois , j'ai déjà dit qu'il étoit bon de consulter les lois anglo-saxonnes et galliques. Les actes de Rymer, continués par Robert Sanderson , sont un bon recueil , mais ils ne commencent qu'à l'an 1101, sautent tout à coup de l'an 1103 à l'an 1137, et continuent de la sorte avec des lacunes de 10, 15 et 20 ans, jusqu'au treizième siècle où les chartes se multiplient. Ce recueil , tout important qu'il soit , est fort inférieur à celui

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des Ordonnances de nos rois et autres collections qui dévoient faire suite à ces Ordonnances ; les matières y sont mêlées et incohérentes; elles ne sont point précédées de ces admirables préfaces dont les De Laurières, les Secousse, les Vilevault, les Bréquigny ont enrichi leur travail , et qui sont des traités complets du droit français. Le Clerc et Rapin ont pourtant donné , dans le dixième volume des actes de Rymer, un abrégé historique sec, mais utile , des vingt volum.es de l'édition de Londres de

Dans les historiens primitifs de l'Angleterre, l'annaliste françois peut glaner avec succès les trois Gildas , Vhistoire ecclésiastique de Bède , et , dans les bas siècles , les chroniqueurs , poètes ou prosateurs , de la race normande. Les traductions anglo - saxonnes faites du latin , par Alfred le Grand, les lois de ce prince publiées par Guillaume Lombard , son testament avec les notes de Manning, apprennent quelques faits curieux. Dans sa traduction anglo-saxonne dOrose, Alfred a inséré deux périples Scandinaves de la Baltique, du norwécien Other et du danois Wulfstan : c'est ce qu'il Y ^ fis plus authentique touchant cette mer intérieure, au bord de laquelle étoient cantonnés ces Barbares qui dévoient aller conquérir les habitans civilisés des rivages de la Méditerranée.

Il existe plusieurs recueils des historiens anglois, mais sans ordre ; ils se répètent aussi , parce que , dans ce pays de liberté , le gouvernement ne fait rien et les particuliers font tout. Il faut joindre à la collection d'Heidelberg (1587), la collection de Francfort ( 1601) et ies dix auteurs du recueil

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de Selden (Londres, 1652) : on aura alors à peu près tout ce qui est relatif aux mœurs communes de lAnoleterre et de la France. La réunion des anciens historiens ani^lois , écossois , irlandois et normands de Camden ne vaut pas sa Britanniœ descripdo ; c'est celle-là qu'il faut étudier pour les oripines romaines et barbares. Le i^rénie des Normands lié si intimement au nôtre , se décèle surtout dans le Doomsdayhook : ce document , d un prix inestimable, a été imprimé en 1783, par ordre du parlement d' Angleterre . On le compléteroit en consultant le Fouillé général du clercé d'Angleterre et du pays de Galles, auquel Edouard II fit travailler en |291 ; le manuscrit de ce Fouillé est aux bibliothèques d'Oxford. La principauté de Galles , les comtés de Northumberland, de Cumberland , de Westmoreland et de Durham manquent au Doomsdajbook : cette statistique offre le détail des terres cultivées , habitées ou désertes de l'Angleterre, le nombre des habitans libres ou serfs et jusqu'à celui des troupeaux et des ruches d'abeilles. Dans le Doomsdayhook , sont grossièrement dessinées les villes et les abbayes.

Il ne faut pas négliger de consulter les cartes du Moyen Age-, elles sont utiles non-seulement pour la géographie historique, mais encore parce qu'à l'aide des noms propres de lieu on retrouve des origines de peuples. Dans le périple de Wulfstan, par exemple, l'île de Bornhoîm est appelée Burgenda-land, et dans l'ouvrage historique de Snorron, Heinis-Kringla , on voit que les Scandinaves disoient Borgundar-hoLm : voilà la patrie des Burgundes ou des Bourguignons. En ne pressant pas

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trop ces indications, on en lire un bon parti; mais il ne faiidroit pas, comme plusieurs auteurs allemands , se figurer qu'une tribu de Franks prit le nom de Salii ^ parce qu'elle campoit sur les bords de la Saale en Franconie. Le gouvernement anclois a employé , à Rome , le savant Marini à la collection des lettres des papes et des autres pièces relatives à l'histoire de la Grande-Bretagne, depuis l'an 1216.

Le Portugal et l'Espagne fournissent d'autres espèces de documents. Les langues qu'on parloit dans le midi de la Gaule , avant que ces langues eussent été envahies par le picard ou le françois wallon, étoient parlées dans la Catalogne, le Xonn, du cours de l'Èbre, et se répandoient derrière les Basques par les vallées des Astures , jusque dans les Lusitanies. Les poèmes primitifs du Gid et les Romances de la même époque, les anciennes lois maritimes de Barcelone, le récit de l'expédition de la Grande Compagnie Catalane en Morée, doivent être lues la plume à la main ])ar l'historien françois; il trouvera aujourd'hui de nouveaux éclaircissements dans les antiquités du droit maritime, savant ouvrage de M. Pardessus, et dans la Chronique en grec-barbare des guerres des François en Romanie et en Morée , publiée par M. Buchon à qui Ton doit de si utiles éditions.

Alphonse I". , roi de Castille, surnommé le Sage, a laissé en vieux espagnol un corps de législation bon à consulter. Alphonse remonte souvent aux lois premières ; il y a un ton de candeur et de vertu dans l'exposé de ses Institutions ,

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qui rend ce roi de Castille un digne contemporain de saint Louis.

Parmi les chroniqueurs espagnols, Idace doit être recherché pour la peinture des mœurs des Suèves et des Goths,et pour celle des ravages de ces périples dans les Espagnes et les Gaules; mais il y a plus à prendre dans Isidore de Séville, postérieur à Idace d'environ cent cinquante ans. Il faut lire particulièrement dans Isidore la fin de sa Chronique, depuis l'an 500 de Jésus-Christ, son Histoire des Rois goths, vandales et suèves, son livre des Etymologies, sa Règle pour les moines de l'Andalousie et ses ouvrages de Grammaire. Dans la collection des historiens espagnols en quatre volumes in-folio, l'ordre chronologique des auteurs n'a point été suivi; parmi les bruts matériaux de l'histoire d'Espagne, gît le travail des écrivains modernes et en particulier Hisîoria de rébus hispaiiicis de Mariana.Les premiers livres de cette histoire sont excellents, surtout dans la traduction espagnole. Il y a deux cents pages à parcourir dans les antiquités lusitaniennes de Rcsend.

En descendant de l'Espagne à l'Italie , on retrouve la civilisation qui ne périt jamais sur la terre natale des Romains. Néanmoins le royaume dOdoacre, celui des Goths, celui des Lombards ont laissé des documents où l'on reconnoît la trace des Barbares. Les collections de Muratori offrent seules une lara^e moisson. Mais nous avons néî'li2ré d'ouvrir, lorsque nous le pouvions, deux sources, l'Escurial et le Vatican, dont labondancc auroit renouvelé une partie de 1 histoire moderne. Quon en juge par un fait presqu'entièrement ignoré : il

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